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20 décembre 2010

laïcisation

 

Laïcité et laïcisation

 

Le nom laïcité est vieux d’à peine plus d’un siècle. Il est quelque peu étonnant qu’un mot aussi récent et désignant un concept politique aussi nouveau ait pu s’acclimater aussi rapidement et connaître de tels succès, à moins que – et c’est l’hypothèse pour laquelle penche ALJ – les innombrables accrocs au principe de laïcité que l’on constate tous les jours, accrocs qui s’élargissent chaque jour au point qu’il ne reste presque plus rien du tissu initial, n’attestent le caractère illusoire et fantasmatique de la laïcité.

Dérivé de l’adjectif laïc, lui-même emprunté au latin laïcus, lequel est emprunté du grec, laïcité est attesté le 11 novembre 1871 dans le journal La Patrie au sujet d’un vote du Conseil général de la Seine qui a repoussé « une proposition de laïcité » qui lui était soumise. Pierre Larousse l’enregistre dans le tome X, publié en 1873, de son Grand Dictionnaire universel du XIXe siècle, dans lequel il le définit sommairement : « caractère de ce qui est laïque, d’une personne laïque », illustrant ce sens des deux exemples suivants, le premier relativement « neutre » : « la laïcité de l’enseignement » (laquelle, faut-il le préciser, n’était pas acquise alors et ne le sera qu’après les lois, dites lois Ferry, de 1881 et 1882, qui rendent laïque, non pas « l’enseignement », mais « l’instruction publique », ce qui n’est pas la même chose, une instruction publique laïque pouvant être dispensée dans des écoles confessionnelles) ; le second, engagé et partial : « il fut un temps où la laïcité était comme un note d’infamie », ce qu’elle est devenue aujourd’hui dans les quartiers « populaires » (comprendre : islamisés) de notre « belle » République une, indivisible, laïque, c’est-à-dire multiple, divisible, islamisée ou islamisable. Dans ce même tome X, Larousse, militant laïque et républicain, très éclairé et même un peu illuminé, relève les mots laïcisme (en 1873, c’est la « doctrine de certains théologiens anglais du XVIe siècle qui attribuaient aux laïques (il aurait fallu écrire laïcs, mais Larousse ne fait pas de différence entre laïc et laïque) le gouvernement de l’Eglise ») et laïque, adjectif et nom auquel il donne le sens de laïc ; et dans le tome XVII (c’est le Supplément 2 du Grand Dictionnaire), publié en 1890 (Larousse est mort depuis plus de quinze ans et les lois Jules Ferry sont appliquées), laïcité, dont le sens ne change pas par rapport à la définition du tome X, est complété par le verbe laïciser (« remplacer un personnel religieux par un personnel laïque ») et le nom laïcisation ou « remplacement d’un personnel religieux par un personnel laïque », les activités dans lesquelles s’effectue la laïcisation étant les écoles communales (pas les collèges jésuites), les hôpitaux, l’Assistance publique). Ce processus est illustré de cet extrait : « on vient de créer un mot nouveau, peu euphonique : laïcisation. Quant à la chose, elle a, selon les cas, des avantages qu’on ne saurait nier (lesquels ? Cela n’est pas dit, et pour cause) ; mais encore faudrait-il appliquer sagement cette laïcisation, et non en user à tort et à travers ». En 1890, la laïcisation n’en est qu’à ses débuts et déjà, elle suscite autant de rejets que d’adhésions. Plus d’un siècle plus tard, les descendants de ces républicains qui ont tout laïcisé pactisent désormais avec les musulmans qui ont entrepris de tout islamiser. La laïcisation parvenue à son terme, c’est l’islamisation qui la continue. On ne remplace plus de personnel religieux par du personnel laïque, on remplace les lois laïques par les lois de l’islam, sans que les autorités de la « république » s’en inquiètent.                      

    Après Larousse, Littré relève laïcité dans le Supplément (1877) de son Dictionnaire de la langue française (1863-77). Il le définit a minima, comme Larousse d’ailleurs, se contentant de « caractère laïque », sans cerner la notion de laïcité, comme si justement ce mot ne désignait aucune notion. Le seul indice laissé par Littré est l’orthographe de l’adjectif laïque : il n’écrit pas caractère laïc, ce qui est une façon de placer la laïcité hors du giron de l’Eglise et d’en faire un mot du vocabulaire civil. Les académiciens l’enregistrent pour la première fois dans la huitième édition (1932-35) de leur Dictionnaire en y donnant un sens plus précis et presque conforme à ce qu’est la laïcité institutionnelle, en théorie du moins : « caractère de neutralité religieuse d’un établissement d’instruction ou d’assistance, d’une loi, d’une institution », employant quatre mots, instruction, assistance, loi, institution, qui délimitent le champ d’application de la neutralité religieuse : écoles, hôpitaux, législation, institutions publiques. La définition est conforme à la loi de 1905 qui garantit la liberté de conscience (mais de laquelle garantie il ne reste pas aujourd’hui grand-chose), assure le libre exercice des cultes (liberté qui en théorie devrait être suspendue en cas de troubles à l’ordre public, mais ne l’est pas quand, lors de l’exercice d’un culte, il est lancé des appels, inscrits dans le Livre Saint, au meurtre, des incitations à la haine et du racisme pur jus – tous facteurs de désordres publics gravissimes) et interdit que l’argent public finance quelque culte que ce soit (sauf quant il s’agit de « mosquées » - pardon d’annexes culturelles de lieux cultuels islamiques) ou rémunère les ministres d’un culte quel qu’il soit (sauf si ces ministres sont des imams, comme c’est le cas à Toulouse et à Avignon).

 

Dans la seconde moitié du XXe siècle, la laïcité qui était un principe de droit devient une arme idéologique. Pour les académiciens, en 1932-35, la laïcité caractérise les seuls écoles, hôpitaux, lois, institutions. En revanche, pour les auteurs du Trésor de la langue française (1971-94), qui sont des idéologues, elle est un « caractère » et un « principe » et elle n’a pas tout à fait le même sens suivant qu’elle est un « caractère » ou un « principe ». En faire un principe, c’est l’étendre ou tenter de le faire à des domaines qui en étaient préservés. La définition comme « principe de séparation dans l’État de la société civile et de la société religieuse » (in Trésor de la langue française) appelle plusieurs commentaires. La loi de 1905 n’a pas séparé l’Eglise de l’Etat, pour la seule et bonne raison que ceux-ci n’ont jamais été confondus et que, pendant un millénaire et demi, depuis Clovis, ils ont été distincts. La « société civile » et la « société religieuse » (si tant est que la « société religieuse » ait quelque existence que ce soit, ce dont Arouet le Jeune doute avec raison, et que ce ne soit pas un fantôme inventé par des lexicographes en perdition) sont hors de l’Etat ; elles ne sont pas « dans l’Etat », elles en sont exclues par définition. L’exemple tiré d’un ouvrage sur la pédagogie et censé illustrer le principe laïque est de la même farine : « la laïcité est un des grands principes sur lesquels repose, avec l’obligation et la gratuité, l’enseignement public français » (1972). Ce n’est pas l’enseignement public qui est fondé sur la laïcité, mais l’instruction publique. Il y a un abîme entre l’instruction publique et les établissements d’enseignement, fussent-ils publics. Si un établissement privé instruit les élèves, il est laïque ; si, dans une école communale ou un CES ou un lycée, les élèves ne reçoivent aucune instruction publique, ces établissements, tout laïques qu’ils s’affichent, ne sont plus laïques. L’idéologie a perverti la laïcité. Ce principe, vague et flou, peut être opposé par les idéologues à tous ceux qui leur déplaisent, fût-ce pour les « stigmatiser », et il peut disparaître des écoles, des hôpitaux, des institutions publiques, tout laïques qu’ils sont.

Dans le Trésor de la langue française, la laïcité est l’objet de déformations : « caractère des institutions, publiques ou privées, qui, selon ce principe, sont indépendantes du clergé et des Églises » et « impartialité, neutralité de l’État à l’égard des Églises et de toute confession religieuse ». Il suffit de comparer cette définition ou celle, presque contemporaine, de la neuvième édition du Dictionnaire de l’Académie française (en cours de publication : « caractère de neutralité religieuse, d’indépendance à l’égard de toutes Églises et confessions ») à celle de la huitième édition du Dictionnaire de l’Académie française (1932-35, citée ci-dessus : « caractère de neutralité religieuse d’un établissement d’instruction ou d’assistance, d’une loi, d’une institution ») pour prendre conscience que la laïcité, qui est d’application restreinte, s’est chargée d’intentions militantes et a pu s’étendre à d’innombrables domaines. Ainsi, aucun des auteurs de dictionnaires actuels ne s’interroge sur la réalité de « l’indépendance » proclamée des « institutions publiques », auxquelles sont ajoutées les « institutions privées », ce qui n’est pas prévu par la loi, à l’égard « du clergé et des Eglises » ou de « toutes confessions ». On sait que la République a créé son propre clergé d’éducateurs, de médiateurs, d’agitateurs stipendiés ou subventionnés, d’illuminés des « sciences de l’éducation » ou de la LFE, de faux enseignants qui sont de vrais inquisiteurs, etc., qu’elle rémunère ou finance, en contradiction avec la loi de 1905 ; on sait aussi qu’elle impose sa propre religion sociale, humanitaire et vaguement occultiste à tous les citoyens, violant ainsi le caractère laïque, c’est-à-dire la neutralité religieuse, qui, en théorie, la définit. Rien de cela n’est évoqué dans les articles de dictionnaires, ni dans les définitions, ni dans les exemples. Dans les dictionnaires, le mot occupe une place minime, même si, dans le Trésor de la langue française, la notion est déformée. Or, dans la société, il en va tout autrement. Google signale près de deux millions de pages qui traitent de la laïcité. Une notion minuscule, non pas au sens où elle est insignifiante (au contraire), mais au sens où elle a un champ d’application étroit (l’instruction publique, les institutions publiques), a fini, en devenant un principe fondamental, par s’étendre à tout : même à la vie privée des personnes, s’autodétruisant de fait.

 

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