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26 décembre 2010

Le tabou de Noël

 

 

 

            Noël, le mot, pas la chose (encore que…), tend à disparaître, non pas de la langue française (le mot est toujours dans les dictionnaires), mais des usages publics qui en sont faits, surtout de la part des autorités.

La sinistre Education Nationale, sinistre parce qu’elle est l’éducastration de la Nation, a imposé le tabou il y a une vingtaine d’années ou plus, socialistibus regnantibus. Ce qui a toujours été nommé vacances de Noël (par toujours, il faut comprendre depuis l’origine de la langue ou depuis que des écoles sont établies en Gaule romaine) est désigné désormais par « vacances d’hiver », comme si le début d’une saison pouvait justifier des vacances. Il est vrai que Big Mother, la Grosse Bureaucratie Enseignante, nomme aussi vacances de printemps les anciennes vacances de Pâques et vacances d’été, celles qui étaient naguère dites vacances tout simplement et qui ont effectivement lieu en été, alors que, dans les siècles classiques, XVIIe, XVIIIe siècles et une grande partie du XIXe siècle, elles étaient fixées en septembre et en octobre, c’est-à-dire à l’automne.

Le tabou a fini par se généraliser, sous l’influence des innombrables élus locaux, qui sont souvent des fonctionnaires de Big Mother. Il n’est plus aucun maire, député, sénateur, ministre, plus aucun président de Conseils général ou régional, ou de comité des fêtes ou d’office de tourisme ou d’université qui ose souhaiter aux administrés ou aux citoyens un Joyeux Noël ou de joyeuses ou bonnes fêtes de Noël. Ces « élus » se contentent de « joyeuses fêtes », retranchant volontairement, et non par paresse ou économie d’encre, de leurs formules de souhait le mot Noël, comme si ce mot, qui est pourtant bien français, trop français sans doute, faisait tache et qu’il dût ne plus franchir la barrière des lèvres ou celle des doigts et ne plus être prononcé ou écrit nulle part.

            Bien entendu, les imbéciles, qui sont légion, invoquent la laïcité, mais justement la laïcité n’a rien à voir là-dedans. Souhaiter Joyeux Noël à des citoyens, libres, souverains, autonomes, ce n’est en rien confondre l’Eglise et l’Etat, ni même tenter de rétablir ou d’établir (si tant est qu’il l’ait jamais été) le catholicisme comme religion officielle de la France. D’ailleurs, ces scrupules n’empêchent pas ces élus qui ont rayé Noël de leur langue française de souhaiter, le moment venu, et avec une componction de dévots, un bon ramadan ou un joyeux aïd ou un gai mouloud aux musulmans, comme si la laïcité était à géométrie variable et devait être imposée, mais à contretemps et de façon tout arbitraire, aux seuls Français.

            Nos ancêtres ne connaissaient pas ce tabou. Noël était non seulement le « cri de réjouissance » qu’ils poussaient pour saluer « la naissance du Sauveur », mais encore, par extension, le cri qu’ils poussaient « à l’occasion d’un événement qu’il considéraient comme heureux, à la naissance d’un prince, au mariage ou à l’arrivée d’un souverain, etc. » (Littré et DAF). Pour les anciens lexicographes, Noël est la « fête de la nativité de Notre Seigneur » (Dictionnaire de l’Académie française, de 1694 à 1935 ; Féraud, 1788 : oui, ils osent employer Notre devant Seigneur, bravant les interdits des bien pensants d’aujourd’hui), nativité étant le synonyme noble de naissance, ou la « fête de la nativité de Jésus-Christ » (Littré, 1863-77, et DAF neuvième édition, en cours de publication). Les auteurs du Trésor de la langue française (1971-94), monument engagé de la lexicographie bureaucratique, CNRS et Educ Nat, sont les premiers (sans doute) à atténuer l’universalité de cette fête, en faisant suivre le nom fête de l’adjectif chrétienne, prédication assez peu pertinente d’un point de vue lexicographique, puisque, dans la seconde moitié du XXe siècle, Noël se transforme en fête des enfants, que leur famille comble de cadeaux et à qui elle passe tous les caprices, cessant de fait d’être une fête spécifiquement religieuse pour devenir une foire du commerce – ce qui explique sans doute, outre le prétexte laïque, que ce moment ne soit plus désigné que par fêtes, étant l’acmé de la festivisation généralisée de la France et du triomphe d’Homo Festivus.  

 

 

Commentaires

C'est très bien dit ! Poursuivez, je vous prie !

Écrit par : collignon | 26 décembre 2010

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