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27 décembre 2010

La célébration de la mort

 

 

Récemment, le dénommé Negri, prénommé Toni comme un vulgaire mafieux, ancien maître à "penser" des Brigades rouges italiennes et "réfugié" en France, a lancé un appel aux Barbares, qu'il a exhortés à détruire la civilisation dont la France est le coeur.

Au début de l'année 2002, était organisée, à Beaubourg, sous l'égide du Ministre de la Culture du gouvernement Jospin, une exposition à la gloire de la revue La Révolution surréaliste. ALJ a lu les douze numéros de cette revue, ainsi que ceux de la revue qui l'a continuée : Le Suréalisme au service de la Révolution. 

 

 

L’état de la culture, l’idée que l’on s’en fait, le rôle que l’on entend y faire jouer dans l’Etat, la France elle-même, puisque, d’une certaine façon, la France est une culture, se jugent moins à ce qui y est créé qu’à ce qui y est commémoré. Création et commémoration ne se situent pas sur le même plan. La création relève de la seule responsabilité des individus, pas de l’Etat ni des institutions de la France. Commémorer est de la responsabilité des institutions publiques. Les commémorations, hommages, éloges, expositions nationales, etc. sont décidés par des élus et mis en oeuvre par des fonctionnaires. Chaque année, on pourrait rendre hommage à des dizaines de milliers d’écrivains, de peintres, de penseurs, tant le patrimoine de la France est riche, foisonnant et encore vivant (du moins, nous l’espérons). Il en va des commémorations comme des béatifications ou des canonisations. Des choix sont faits, qui enfoncent des milliers d’écrivains dans un quasi oubli définitif. Seuls quelques bienheureux échappent à la mort. De ce fait, il n’y a pas de commémoration neutre, innocente, blanche : tout choix suppose une prise de position, engage une responsabilité, révèle une vision du monde, implique une certaine idée de la France.

L’idée que nos élites se font de la France est effrayante, surtout si l’on se fonde sur ce qu’elles décident de commémorer. Ainsi, le Centre Pompidou organise une exposition à la gloire de la « Révolution surréaliste ». Les media applaudissent frénétiquement. Télérama y consacre un numéro spécial, tout ça sans examen ni retenue, sur le seul mode du dithyrambe aveugle.

Puisque l’esprit d’examen a déserté les media et que l’esprit critique est devenu le zombie des séances spirites, lisons ce qui est écrit dans La Révolution surréaliste, revue littéraire, dont 12 numéros ont été publiés de 1924 (le n° 1 en décembre 1924) à 1929 (le n° 12 en décembre 1929) et qui s’est transformée dans les années 1930 en Le Surréalisme au service de la révolution (comprendre « au service de la révolution  communiste »). Les n° 1 et 2 ont pour directeurs Pierre Naville et Benjamin Péret. A partir du n° 3, c’est André Breton qui dirige la revue. Elle contient des récits anodins de rêves (dont on se demande en quoi ils sont « révolutionnaires »), des « textes surréalistes » absurdes, sans queue ni tête, des photos floues et mal cadrées, des dessins qui tiennent plus du gribouillis que du dessin, des apologies de la voyance et de toute superstition, dont les « succubes », des faits divers racontant des suicides ou des tentatives de suicide, des « poèmes » dont beaucoup font pouffer de rire les poètes, des « chroniques », dont certaines sont de simples appels au meurtre, des aphorismes dérisoires, du type « l’espace ne conspire plus » ou « la pourpre est à l’aube de l’homme ». Si la Révolution surréaliste n’avait publié que ces textes sans pensée ni style, dignes de rosières, de chaisières ou de grenouilles de bénitier, elle n’aurait pas plus d’importance que le bulletin aléatoire d’un diocèse de France dans les années 1860.

Pourquoi donc des « élus du peuple français » et des fonctionnaires au service de l’Etat ont-ils décidé de rendre hommage à cette revue ? Outre ces textes benêts, la Révolution surréaliste contient des écrits que Naville, Péret, Breton, etc. tenaient pour des « brûlots », parce que les auteurs appellent au meurtre massif de populations innocentes, qu’ils diffusent dans chaque ligne la haine de soi et la détestation universelle du genre humain, qu’ils souhaitent ouvertement la disparition de la France et de « l’Occident », qu’ils incitent à la guerre civile et à la terreur, qu’ils préfèrent la barbarie à la civilisation. Aujourd’hui non seulement les cendres de ces brûlots sont froides, mais encore réfrigérantes, glaciales, glaçantes. Seuls des gauchistes convaincus de l’inutilité de la France peuvent songer à rendre hommage à ce qui a été écrit entre 1924 et 1929 et dont, si nous étions des Allemands convaincus de la supériorité de la démocratie sur la tyrannie, nous aurions éternellement honte.

La couverture du n° 2 illustre cela. On voit, planté dans un champ, un épouvantail fait de deux bâtons croisés, un manteau en loques enfilé sur la croix, un vieux chapeau fiché au sommet. Le titre en est « Art français début du XXe siècle ». La couverture du n° 6 a pour titre « La France ». Sur un fond noir, elle représente des draps blancs sous lesquels se cachent ou évoluent des fantômes. C’est une façon de dire que notre pays n’a plus d’existence. Une enquête intitulée « le suicide est-il une solution ? » diffuse une « morale » de désespérés. On se réjouit du suicide des humbles, des anonymes, mais on se garde, bien entendu, de passer à l’acte. Le suicide n’est bon que pour les autres. Dans les prises de position du type « Ouvrez les prisons Licenciez l’armée », on justifie les meurtres : « ne redoutons pas d’avouer que nous attendons, que nous appelons la catastrophe » ; « il n’y a pas de liberté pour les ennemis de la liberté. Nous ne serons pas les complices des geôliers » ; « la liberté maintenant se nomme la Révolution perpétuelle » ;  « Il n’y a pas de crimes de droit commun ». Une « Lettre aux médecins chefs des asiles de fous » occulte les souffrances effrayantes de la folie pour ne célébrer que le « caractère parfaitement génial des manifestations de certains fous » et transformer « les fous » en « victimes individuelles de la dictature sociale ». Une « Lettre aux recteurs des universités européennes » en appelle à la mort des savoirs.  « Vous êtes la plaie d’un monde, messieurs, et c’est tant mieux pour ce monde, mais qu’il se pense un peu moins à la tête de l’humanité ». En regard d’une « adresse » injurieuse « au Pape » est disposée une « adresse » élogieuse « au Dalaï-lama ».

De certains textes émanent des remugles nauséabonds. Dans « Un pamphlet contre Jérusalem », Desnos écrit : « Parmi les races d’Orient, la race juive semble avoir reçu mission spéciale. Déléguée chez les ennemis, ne sont-ils pas, consciemment ou non, les serviteurs de l’esprit primitif. Race étrange. C’est un de ses individus que la chrétienté adore, crucifiés par ses compatriotes »... Ou encore : « Il faut que les Israélites restent en exil tant que la cause occidentale ne sera pas perdue, tant que ne sera pas écrasé cet esprit latin, grec, anglo-saxon, allemand, qui est la plus terrible menace contre l’esprit ». Dans un autre texte faisant l’apologie de « la révolution, c’est-à-dire la terreur », le même Desnos rêve de procéder ou de faire procéder à « l’épuration méthodique de la population » par l’élimination de catégories sociales entières (ce qu’ont réalisé tous les tyrans du sinistre XXe siècle, cette « justice » que Lénine nommait « extermination sociale »), après avoir réduit « le matériel des musées et des bibliothèques, mesure accessoire où le plus radical sera le mieux ». On élimine le plus d’hommes possible et, pour qu’il ne reste plus de traces d’eux, on détruit la mémoire de leur pays. Le génocide réalisé en 1975 par Pol Pot est programmé dès 1925. Aragon est sans doute celui qui exprime le plus clairement les objectifs de La Révolution surréaliste quand, s’adressant aux Français, il s’écrie : « Riez bien. Nous sommes ceux-là qui donneront toujours la main à l’ennemi » et qu’il souhaite « affamer le peuple » pour qu’il se révolte ou encore ceci, qui est devenu notre réalité : « Que les trafiquants de drogue se jettent sur nos pays terrifiés. Que l’Amérique croule de ses buildings blancs... ». Une pétition « La révolution d’abord et toujours ! » résume la logique de guerre civile qui sous-tend l’entreprise : « Nous sommes certainement des Barbares puisqu’une certaine forme de civilisation nous écoeure » ; « Nous sommes la révolte de l’esprit ; nous considérons la Révolution sanglante comme la vengeance inéluctable de l’esprit humilié par vos oeuvres ».

Aujourd’hui, alors qu’ont été dénombrés plus de cent millions d’innocents sacrifiés sur l’autel des « révolutions », qu’elles soient socialistes nationales, communistes, islamiques, etc., commémorer ces appels aux massacres, à la guerre civile, à la mort, c’est justifier les bilans effrayants du XXe siècle. L’hommage rendu à la Bête immonde par les autorités en dit plus long que n’importe quelle analyse savante sur ce qui tient lieu de politique culturelle en France.

 

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