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30 décembre 2010

Ne vous indignez jamais, laissez cela aux vertuistes, genre Hessel ou BHL

 

Ou de l'indignation et des indignés

 

            En latin comme en français, dès le XIIe siècle, ce mot (indignatio en latin) a le même sens, lequel n’a guère changé en huit siècles, comme en témoignent les articles du Dictionnaire de l’Académie française, de la première édition en 1694 (« colère que donne une chose injuste et indigne ») à la sixième en 1835 (« sentiment de colère et de mépris, qu’excite un outrage, une injustice criante, une action honteuse, etc. ») et à la neuvième (en cours de publication depuis 1994 : « sentiment de colère qui peut être mêlé de mépris, qu’excite une injustice criante, une action honteuse ou injurieuse, un spectacle ou un propos révoltant ») ; du Dictionnaire critique de la langue française (Féraud, 1788 : « l’ indignation est une colère que donne une chose indigne, injuste, contraire à la raison, à la vertu ») ; du Dictionnaire de la langue française (Littré, 1863-77 : « sentiment de colère et de mépris qu’excite une personne ou une chose indigne ») ; du Trésor de la langue française (1971-94 : « sentiment de colère et de révolte suscité par tout ce qui peut provoquer la réprobation et porter plus ou moins atteinte à la dignité de l’homme »), dans lequel apparaît une nouvelle notion, « dignité de l’homme », aussi vague qu’indigne ou indignité mais chargée de plus de moraline bonne nuit les petits suintant le progressisme progressiste.

C’est dans les anciens dictionnaires qu’est dévoilée la véritable nature de l’indignation. Qu’est-ce qu’une chose ou une personne indigne, sinon la chose ou la personne que l’indigné juge indigne, c’est-à-dire différente de lui ou de sa caste ou de sa classe sociale ou de sa race ? Pour qu’il y ait de l’indignation, il faut d’abord que soit distinguée une chose ou une personne, qu’elle soit isolée d’un ensemble, parce qu’elle est contraire ou hostile à tout ce que croit l’indigné ; ensuite celui-ci peut dénier à ce qu’il a étiqueté comme indigne le droit d’être ou d’exister ou de continuer à vivre ; en bref, le moteur de l’indignation ou ce qui en est le préalable, c’est, comme disent les consciencieux du social, gros ou petits, la stigmatisation. Le barrage ayant cédé, les flots d’indignation peuvent alors s’écouler.

Ce que fait l’indigné, c’est un départ entre le Mal (la chose ou la personne qu’il étiquette comme indigne) et le Bien, c’est-à-dire lui-même, ses valeurs ou ce qu’il croit être des valeurs, son clan, sa caste, sa race. L’indigné par excellence, c’est Savonarole, Khomeiny, Goebbels, Trotski, Lénine, Souslov, Mao, Pol Pot, Buffet, Besancenot, Royal… Il définit le Bien, il est le Bien, il commande l’armée du Bien. Furetière (Dictionnaire universel, 1690) dit explicitement que l’indignation est l’affaire des « gens de bien », mot qu’il écrit sans majuscule à l’initiale : « colère qu’ont les gens de bien contre l’injustice et les méchantes actions ». Mais de tous les anciens lexicographes, le plus lucide est Richelet (1680, Dictionnaire français des mots et des choses) : « déplaisir qu’on ressent lorsqu’il arrive du bonheur à celui qui ne le mérite point ». Autrement dit, la source de l’indignation, c’est l’envie, le désir non satisfait, la jalousie ; en bref, les pires des sentiments humains.

Les spécialistes de rhétorique, qui connaissent les ressorts cachés du cœur humain, comme on disait au XVIIe siècle, et qui étaient spécialistes de la « posture », du masque, des vices cachés, de l’hypocrisie, etc. l’ont compris, qui ont isolé une « figure » du « discours », qu’ils nomment indignation et qu’ils définissent ainsi : « figure de rhétorique, par laquelle un orateur invective et s’écrie contre quelque action ou quelque personne indigne » (Furetière, op. cit.) et surtout : « les rhétoriciens appellent indignation une figure de rhétorique par laquelle l’orateur témoigne la colère qu’il a de quelque chose, exagère l’indignité de quelque chose » (Académie française, 1694), comme un cabotin de théâtre de boulevard, ajouterai-je.

 

 

 

29 décembre 2010

Phimosis

 

 

C’est l’actualité - plus particulièrement les vicissitudes qui accablent la Sécurité sociale et la font se rapprocher chaque jour un peu plus de la faillite complète - qui a récemment offert à d’innombrables Français l’occasion de découvrir ce mot, lequel est pourtant relativement ancien (il est attesté en 1570) et enregistré dans le Dictionnaire de l’Académie française depuis la quatrième édition (1762). Phimosis, en grec (il s’écrit sans u grec), est le « rétrécissement du prépuce ». Ambroise Paré l’emploie en 1575, l’écrivant (à tort) avec un y, et le définit ainsi : « quand le gland est couvert du prépuce, et qu’on ne le peut retirer contremont et découvrir ». Thomas Corneille est le premier lexicographe à le relever (Dictionnaire des Arts et des Sciences, 1694) : « on le dit d’une maladie du prépuce quand il est si fort serré que l’on ne peut découvrir le gland sans faire une incision ». Dans L’Encyclopédie (d’Alembert et Diderot éditeurs, 1751-64), un assez long article est consacré à ce terme de « chirurgie » : « maladie de la verge, dans laquelle le prépuce est collé et fortement resserré sur le gland, de manière qu’on ne peut pas le tirer en arrière pour découvrir le gland ». Suit une longue description des deux espèces de phimosis, naturel et accidentel, et des opérations pour y remédier, dont celle-ci : « La perfection de l’opération du phimosis consiste à couper également la peau et la membrane interne du prépuce ».

La définition du Dictionnaire de l’Académie française est assez réaliste dans les éditions de 1762 et 1798 : « Maladie du prépuce, qui est si resserré qu’il ne peut se renverser pour découvrir le gland » ; puis, dans les éditions de 1835, 1879, 1932-35, elle se fait vague, presque pudique, réduite à « terme de médecine, maladie du prépuce », alors que dans la neuvième édition (en cours de publication), les académiciens reviennent à une définition moins allusive : « pathologie, étroitesse de l’orifice du prépuce, qui empêche de découvrir le gland », à la suite de Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77 : « Terme de chirurgie, étroitesse naturelle ou resserrement accidentel qui empêche le prépuce d’être retiré en arrière ») et du Trésor de la langue française (1971-94 : « Pathologie, étroitesse de l’orifice du prépuce empêchant de découvrir le gland »), dictionnaire dans lequel est relevée une autre forme de phimosis, la phimosis des paupières ou blépharo-phimosis : « étroitesse de la fente palpébrale, congénitale ou consécutive à des lésions traumatiques ou inflammatoires des paupières », que Furetière (Dictionnaire universel, 1690) définit ainsi : « quand les paupières tiennent tellement ensemble que l’œil ne se puisse ouvrir, on l’appelle phimosis, c’est-à-dire clôture des choses qui doivent être naturellement ouvertes ».

Un exemple cité dans le Trésor de la langue française explique le succès de ce terme de chirurgie. C’est : il convient d'intervenir chirurgicalement, en cas de phimosis serré, pour éviter l'étranglement éventuel du gland. Le phimosis donne lieu à une opération, qui coûte, selon les spécialistes, près de mille euros, mais qui est remboursée à 100% par la Sécurité sociale. Allah yebarek fih ! Soit, en français, qu’Allah la bénisse (sous-entendu, bien qu’elle soit une invention d’infidèles). La France est le pays où est enregistré le plus grand nombre de phimosis au monde - en chiffres absolus, plus que les Etats-Unis dont la population est cinq fois supérieure à celle de notre pays, plus que l’Inde (population vingt fois supérieure) et plus que le Chine (vingt-deux ou vingt-trois fois supérieure). Les Français seraient-ils les champions du monde des malformations génitales ? Que nenni. L’opération du phimosis, acte médical ou acte chirurgical, cache en réalité, grâce à des chirurgiens complices ou irresponsables, des actes religieux, à savoir des circoncisions. Les mahométans se font circoncire à l’hôpital gratos sous couvert de phimosis. Pourquoi se gêneraient-ils, puisque les infidèles paient ? Les employés de la Sécurité sociale sont alors subitement atteints de phimosis (provisoire) des paupières (ils ferment pieusement les yeux) pour imputer aux assurés sociaux et aux contribuables ces actes religieux. Quant aux politiciens, c’est à qui se coudra le plus hermétiquement les lèvres : phimosis volontaire ou infibulation ou omerta, comme on voudra les nommer. Tout le monde sait, personne ne dit rien. Un médecin de la 5, Michel Cymes, a révélé l’ampleur des dépenses occasionnées par cette complaisance religieuse. La France est laïque, on ne le répète pas assez : c’est là le hic.

 

28 décembre 2010

Peine et double peine

 

 

 

            Les auteurs du Trésor de la Langue française (1971-1994) relèvent à l’article peine, au sens de « sanction » infligée par un tribunal à un individu ayant contrevenu aux lois, les « syntagmes » peine sévère, correctionnelle, criminelle, accessoire, complémentaire, principale, afflictive, infamante, capitale, d’emprisonnement, mort, de travaux forcés, commutation, exécution, prescription d’une peine, remise de peine, durée d'une peine, peine légère, lourde, rigoureuse, juste. Il existe même un juge d’application des peines. Il faut que le « système » judiciaire soit délabré pour que le législateur ait cru bon d’ajouter au juge qui sanctionne un juge qui applique les peines prononcées, comme si l’application de la peine n’allait plus de soi ou qu’elle dût être modulée, atténuée, interrompue par un juge. En revanche, dans ce dictionnaire en seize volumes que l’on présente comme un thesaurus, il n’est pas mentionné de double peine. De toute évidence, c’est un mot de la modernité la plus moderne qui soit, c’est-à-dire un produit de la plus grossière des propagandes.  

Un Français qui commet un crime peut, dans telle ou telle circonstance, être sanctionné d’une peine de prison et d’une déchéance de ses droits civiques. Si un élu du peuple est condamné à deux ans de prison avec sursis ou non, il peut être déclaré inéligible pendant deux ou trois ans ou plus. Tout le monde juge normal qu’un homme politique qui a détourné de l’argent public soit enfermé en prison et qu’à sa sortie, il soit déclaré inéligible. Il n’est plus digne d’être citoyen. Des Français sont donc condamnés pour un même délit ou crime à deux peines. Personne ne conteste le bien fondé de la loi. Même les spécialistes de l’indignation ne s’en indignent pas. Si le condamné est étranger, comme, n’étant pas citoyen, il ne peut pas être déchu de ses droits civiques, il est renvoyé dans son pays, qui a ainsi la chance de bénéficier de ses talents ou de tirer profit, s’il est en voie de développement et manque de cadres, de ce que ce ressortissant a appris en France, pays qui, comme chacun sait, a le meilleur système scolaire du monde. Cet étranger est placé sur le même pied d’égalité qu’un Français, ce qui est conforme aux principes qui régissent la République. Ainsi la loi est la même pour tous. Français ou étrangers, tous sont égaux devant elle.

La déchéance des droits civiques prononcée contre un Français en sus d’une peine de prison n’est pas nommée double peine. Il n’y a donc pas de raison, sinon l’idéologie, qui n’est pas une raison, mais une bête, pour que le terme double peine s’applique aux seuls étrangers criminels. Si ce terme a été inventé, c’est pour criminaliser les innocents ou les victimes : la France, les lois de la République, les Français. Grâce à ce tour de passe-passe, les étrangers criminels passent pour les victimes innocentes d’un système barbare qui condamnerait deux fois un individu, uniquement parce qu’il est étranger.

 

En effet, le mot peine est riche de sens ambigus. Le mot latin poena, emprunté au grec poine, a deux sens situés à l’opposé l’un de l’autre : un premier sens juridique, poena signifiant « réparation, expiation, punition, châtiment », et, dans le latin de l’empire romain, un sens victimaire de « souffrance, tourment, affliction ». Autrement dit, au sens juridique, s’est ajouté un sens visant à susciter la pitié. Le subjectif vient recouvrir l’objectif. Dans l’histoire de la langue française, le premier sens attesté de peine est le sens subjectif ou victimaire : dans la seconde moitié du Xe siècle, le nom est employé au sens de « souffrances infligées à quelqu’un », puis, au XIe siècle, de « mal que l’on se donne pour atteindre un but » ; et au XVe siècle de « travail, tâche ». Ce n’est qu’au XIIe siècle que se développe le sens objectif de « sanction » : d’abord dans un contexte religieux, ce sont les « souffrances infligées en enfer en châtiment du péché » ; puis dans un cadre judiciaire, c’est la « punition infligée par la justice humaine ». Le sens de « souffrance morale » et de « profonde affliction » est à peu près contemporain du sens judiciaire, de même que celui de « difficulté, souffrances ou obstacles s’opposant à la réalisation de quelque chose ». De fait, ce qui est nommé improprement double peine par les propagandistes du sans (sans papiers, sans frontières, sans domicile, sans devoirs, etc.) n’est qu’une fiction de cyniques. Ce n’est pas seulement une sanction prononcée en vertu de lois démocratiquement adoptées, ce serait aussi un tourment, une affliction, une souffrance infligés à des étrangers par un Etat sadique ou intolérant qui ne serait animé que par la volonté de nuire à autrui.

Ce qui est nommé double peine est le renvoi dans leur propre pays d’étrangers qui ont commis de multiples délits et crimes en France et contre des Français. On ne voit pas en quoi retourner dans son propre pays est un tourment. Viure al païs, hurlaient les gauchistes il y a trente ans. Pour eux, c’était le bonheur suprême. En apparence, ils ne jugent pas que les étrangers soient dignes de connaître ce bonheur. L’Algérie, le Maroc, le Mali, la Turquie, etc. ne sont pas des enfers habités par des monstres ou des sous-hommes. Ce sont de beaux et grands pays, où vivent des hommes et des femmes à la fois dignes et honorables et qui méritent toute notre estime et qui ont besoin, pour se développer, de citoyens instruits et bien formés, comme le sont ceux que l’école de la République a généreusement éduqués. Si retourner en Algérie, quand on est algérien et fier de l’être, est un tourment, une affliction, une peine, alors cela signifie que l’Algérie est un pays inférieur et méprisable habités par des sous-hommes sans valeur. Ce que dissimule l’invention de double peine et son application aux seuls étrangers, c’est le mépris sans bornes pour tous les pays de la terre autres que la France et l’arrogance des franchouillards du « sans » qui croient que leur propre pays est supérieur à tous les autres. Pour eux, c’est Frankreich über alles. De fait, ce qu’introduit dans le droit la suppression de la dite double peine pour les seuls étrangers, alors qu’elle est maintenue pour les Français, c’est le rétablissement de privilèges dont ne jouit qu’une fraction de la population et c’est la réintroduction dans la loi de la discrimination ou de l’inégalité devant la loi, et cela au seul profit d’étrangers ou, comme on voudra, au détriment des Français.

27 décembre 2010

La célébration de la mort

 

 

Récemment, le dénommé Negri, prénommé Toni comme un vulgaire mafieux, ancien maître à "penser" des Brigades rouges italiennes et "réfugié" en France, a lancé un appel aux Barbares, qu'il a exhortés à détruire la civilisation dont la France est le coeur.

Au début de l'année 2002, était organisée, à Beaubourg, sous l'égide du Ministre de la Culture du gouvernement Jospin, une exposition à la gloire de la revue La Révolution surréaliste. ALJ a lu les douze numéros de cette revue, ainsi que ceux de la revue qui l'a continuée : Le Suréalisme au service de la Révolution. 

 

 

L’état de la culture, l’idée que l’on s’en fait, le rôle que l’on entend y faire jouer dans l’Etat, la France elle-même, puisque, d’une certaine façon, la France est une culture, se jugent moins à ce qui y est créé qu’à ce qui y est commémoré. Création et commémoration ne se situent pas sur le même plan. La création relève de la seule responsabilité des individus, pas de l’Etat ni des institutions de la France. Commémorer est de la responsabilité des institutions publiques. Les commémorations, hommages, éloges, expositions nationales, etc. sont décidés par des élus et mis en oeuvre par des fonctionnaires. Chaque année, on pourrait rendre hommage à des dizaines de milliers d’écrivains, de peintres, de penseurs, tant le patrimoine de la France est riche, foisonnant et encore vivant (du moins, nous l’espérons). Il en va des commémorations comme des béatifications ou des canonisations. Des choix sont faits, qui enfoncent des milliers d’écrivains dans un quasi oubli définitif. Seuls quelques bienheureux échappent à la mort. De ce fait, il n’y a pas de commémoration neutre, innocente, blanche : tout choix suppose une prise de position, engage une responsabilité, révèle une vision du monde, implique une certaine idée de la France.

L’idée que nos élites se font de la France est effrayante, surtout si l’on se fonde sur ce qu’elles décident de commémorer. Ainsi, le Centre Pompidou organise une exposition à la gloire de la « Révolution surréaliste ». Les media applaudissent frénétiquement. Télérama y consacre un numéro spécial, tout ça sans examen ni retenue, sur le seul mode du dithyrambe aveugle.

Puisque l’esprit d’examen a déserté les media et que l’esprit critique est devenu le zombie des séances spirites, lisons ce qui est écrit dans La Révolution surréaliste, revue littéraire, dont 12 numéros ont été publiés de 1924 (le n° 1 en décembre 1924) à 1929 (le n° 12 en décembre 1929) et qui s’est transformée dans les années 1930 en Le Surréalisme au service de la révolution (comprendre « au service de la révolution  communiste »). Les n° 1 et 2 ont pour directeurs Pierre Naville et Benjamin Péret. A partir du n° 3, c’est André Breton qui dirige la revue. Elle contient des récits anodins de rêves (dont on se demande en quoi ils sont « révolutionnaires »), des « textes surréalistes » absurdes, sans queue ni tête, des photos floues et mal cadrées, des dessins qui tiennent plus du gribouillis que du dessin, des apologies de la voyance et de toute superstition, dont les « succubes », des faits divers racontant des suicides ou des tentatives de suicide, des « poèmes » dont beaucoup font pouffer de rire les poètes, des « chroniques », dont certaines sont de simples appels au meurtre, des aphorismes dérisoires, du type « l’espace ne conspire plus » ou « la pourpre est à l’aube de l’homme ». Si la Révolution surréaliste n’avait publié que ces textes sans pensée ni style, dignes de rosières, de chaisières ou de grenouilles de bénitier, elle n’aurait pas plus d’importance que le bulletin aléatoire d’un diocèse de France dans les années 1860.

Pourquoi donc des « élus du peuple français » et des fonctionnaires au service de l’Etat ont-ils décidé de rendre hommage à cette revue ? Outre ces textes benêts, la Révolution surréaliste contient des écrits que Naville, Péret, Breton, etc. tenaient pour des « brûlots », parce que les auteurs appellent au meurtre massif de populations innocentes, qu’ils diffusent dans chaque ligne la haine de soi et la détestation universelle du genre humain, qu’ils souhaitent ouvertement la disparition de la France et de « l’Occident », qu’ils incitent à la guerre civile et à la terreur, qu’ils préfèrent la barbarie à la civilisation. Aujourd’hui non seulement les cendres de ces brûlots sont froides, mais encore réfrigérantes, glaciales, glaçantes. Seuls des gauchistes convaincus de l’inutilité de la France peuvent songer à rendre hommage à ce qui a été écrit entre 1924 et 1929 et dont, si nous étions des Allemands convaincus de la supériorité de la démocratie sur la tyrannie, nous aurions éternellement honte.

La couverture du n° 2 illustre cela. On voit, planté dans un champ, un épouvantail fait de deux bâtons croisés, un manteau en loques enfilé sur la croix, un vieux chapeau fiché au sommet. Le titre en est « Art français début du XXe siècle ». La couverture du n° 6 a pour titre « La France ». Sur un fond noir, elle représente des draps blancs sous lesquels se cachent ou évoluent des fantômes. C’est une façon de dire que notre pays n’a plus d’existence. Une enquête intitulée « le suicide est-il une solution ? » diffuse une « morale » de désespérés. On se réjouit du suicide des humbles, des anonymes, mais on se garde, bien entendu, de passer à l’acte. Le suicide n’est bon que pour les autres. Dans les prises de position du type « Ouvrez les prisons Licenciez l’armée », on justifie les meurtres : « ne redoutons pas d’avouer que nous attendons, que nous appelons la catastrophe » ; « il n’y a pas de liberté pour les ennemis de la liberté. Nous ne serons pas les complices des geôliers » ; « la liberté maintenant se nomme la Révolution perpétuelle » ;  « Il n’y a pas de crimes de droit commun ». Une « Lettre aux médecins chefs des asiles de fous » occulte les souffrances effrayantes de la folie pour ne célébrer que le « caractère parfaitement génial des manifestations de certains fous » et transformer « les fous » en « victimes individuelles de la dictature sociale ». Une « Lettre aux recteurs des universités européennes » en appelle à la mort des savoirs.  « Vous êtes la plaie d’un monde, messieurs, et c’est tant mieux pour ce monde, mais qu’il se pense un peu moins à la tête de l’humanité ». En regard d’une « adresse » injurieuse « au Pape » est disposée une « adresse » élogieuse « au Dalaï-lama ».

De certains textes émanent des remugles nauséabonds. Dans « Un pamphlet contre Jérusalem », Desnos écrit : « Parmi les races d’Orient, la race juive semble avoir reçu mission spéciale. Déléguée chez les ennemis, ne sont-ils pas, consciemment ou non, les serviteurs de l’esprit primitif. Race étrange. C’est un de ses individus que la chrétienté adore, crucifiés par ses compatriotes »... Ou encore : « Il faut que les Israélites restent en exil tant que la cause occidentale ne sera pas perdue, tant que ne sera pas écrasé cet esprit latin, grec, anglo-saxon, allemand, qui est la plus terrible menace contre l’esprit ». Dans un autre texte faisant l’apologie de « la révolution, c’est-à-dire la terreur », le même Desnos rêve de procéder ou de faire procéder à « l’épuration méthodique de la population » par l’élimination de catégories sociales entières (ce qu’ont réalisé tous les tyrans du sinistre XXe siècle, cette « justice » que Lénine nommait « extermination sociale »), après avoir réduit « le matériel des musées et des bibliothèques, mesure accessoire où le plus radical sera le mieux ». On élimine le plus d’hommes possible et, pour qu’il ne reste plus de traces d’eux, on détruit la mémoire de leur pays. Le génocide réalisé en 1975 par Pol Pot est programmé dès 1925. Aragon est sans doute celui qui exprime le plus clairement les objectifs de La Révolution surréaliste quand, s’adressant aux Français, il s’écrie : « Riez bien. Nous sommes ceux-là qui donneront toujours la main à l’ennemi » et qu’il souhaite « affamer le peuple » pour qu’il se révolte ou encore ceci, qui est devenu notre réalité : « Que les trafiquants de drogue se jettent sur nos pays terrifiés. Que l’Amérique croule de ses buildings blancs... ». Une pétition « La révolution d’abord et toujours ! » résume la logique de guerre civile qui sous-tend l’entreprise : « Nous sommes certainement des Barbares puisqu’une certaine forme de civilisation nous écoeure » ; « Nous sommes la révolte de l’esprit ; nous considérons la Révolution sanglante comme la vengeance inéluctable de l’esprit humilié par vos oeuvres ».

Aujourd’hui, alors qu’ont été dénombrés plus de cent millions d’innocents sacrifiés sur l’autel des « révolutions », qu’elles soient socialistes nationales, communistes, islamiques, etc., commémorer ces appels aux massacres, à la guerre civile, à la mort, c’est justifier les bilans effrayants du XXe siècle. L’hommage rendu à la Bête immonde par les autorités en dit plus long que n’importe quelle analyse savante sur ce qui tient lieu de politique culturelle en France.

 

26 décembre 2010

Le tabou de Noël

 

 

 

            Noël, le mot, pas la chose (encore que…), tend à disparaître, non pas de la langue française (le mot est toujours dans les dictionnaires), mais des usages publics qui en sont faits, surtout de la part des autorités.

La sinistre Education Nationale, sinistre parce qu’elle est l’éducastration de la Nation, a imposé le tabou il y a une vingtaine d’années ou plus, socialistibus regnantibus. Ce qui a toujours été nommé vacances de Noël (par toujours, il faut comprendre depuis l’origine de la langue ou depuis que des écoles sont établies en Gaule romaine) est désigné désormais par « vacances d’hiver », comme si le début d’une saison pouvait justifier des vacances. Il est vrai que Big Mother, la Grosse Bureaucratie Enseignante, nomme aussi vacances de printemps les anciennes vacances de Pâques et vacances d’été, celles qui étaient naguère dites vacances tout simplement et qui ont effectivement lieu en été, alors que, dans les siècles classiques, XVIIe, XVIIIe siècles et une grande partie du XIXe siècle, elles étaient fixées en septembre et en octobre, c’est-à-dire à l’automne.

Le tabou a fini par se généraliser, sous l’influence des innombrables élus locaux, qui sont souvent des fonctionnaires de Big Mother. Il n’est plus aucun maire, député, sénateur, ministre, plus aucun président de Conseils général ou régional, ou de comité des fêtes ou d’office de tourisme ou d’université qui ose souhaiter aux administrés ou aux citoyens un Joyeux Noël ou de joyeuses ou bonnes fêtes de Noël. Ces « élus » se contentent de « joyeuses fêtes », retranchant volontairement, et non par paresse ou économie d’encre, de leurs formules de souhait le mot Noël, comme si ce mot, qui est pourtant bien français, trop français sans doute, faisait tache et qu’il dût ne plus franchir la barrière des lèvres ou celle des doigts et ne plus être prononcé ou écrit nulle part.

            Bien entendu, les imbéciles, qui sont légion, invoquent la laïcité, mais justement la laïcité n’a rien à voir là-dedans. Souhaiter Joyeux Noël à des citoyens, libres, souverains, autonomes, ce n’est en rien confondre l’Eglise et l’Etat, ni même tenter de rétablir ou d’établir (si tant est qu’il l’ait jamais été) le catholicisme comme religion officielle de la France. D’ailleurs, ces scrupules n’empêchent pas ces élus qui ont rayé Noël de leur langue française de souhaiter, le moment venu, et avec une componction de dévots, un bon ramadan ou un joyeux aïd ou un gai mouloud aux musulmans, comme si la laïcité était à géométrie variable et devait être imposée, mais à contretemps et de façon tout arbitraire, aux seuls Français.

            Nos ancêtres ne connaissaient pas ce tabou. Noël était non seulement le « cri de réjouissance » qu’ils poussaient pour saluer « la naissance du Sauveur », mais encore, par extension, le cri qu’ils poussaient « à l’occasion d’un événement qu’il considéraient comme heureux, à la naissance d’un prince, au mariage ou à l’arrivée d’un souverain, etc. » (Littré et DAF). Pour les anciens lexicographes, Noël est la « fête de la nativité de Notre Seigneur » (Dictionnaire de l’Académie française, de 1694 à 1935 ; Féraud, 1788 : oui, ils osent employer Notre devant Seigneur, bravant les interdits des bien pensants d’aujourd’hui), nativité étant le synonyme noble de naissance, ou la « fête de la nativité de Jésus-Christ » (Littré, 1863-77, et DAF neuvième édition, en cours de publication). Les auteurs du Trésor de la langue française (1971-94), monument engagé de la lexicographie bureaucratique, CNRS et Educ Nat, sont les premiers (sans doute) à atténuer l’universalité de cette fête, en faisant suivre le nom fête de l’adjectif chrétienne, prédication assez peu pertinente d’un point de vue lexicographique, puisque, dans la seconde moitié du XXe siècle, Noël se transforme en fête des enfants, que leur famille comble de cadeaux et à qui elle passe tous les caprices, cessant de fait d’être une fête spécifiquement religieuse pour devenir une foire du commerce – ce qui explique sans doute, outre le prétexte laïque, que ce moment ne soit plus désigné que par fêtes, étant l’acmé de la festivisation généralisée de la France et du triomphe d’Homo Festivus.  

 

 

21 décembre 2010

L'école n'est pas un service public

 

 

 

            Et revoilà trente ans après Savary, surgie des profondeurs de l’échec et des renonciations à tout, la thèse du « service public d’éducation ». Cette résurrection serait risible, si l’école publique n’en était pas la vraie cible. En écho, les syndicats de la dite « gauche » et leurs satellites parendélèvistes exigent, eux aussi, une école qui soit un « grand service public ». Il est même des crétins qui rêvent de transformer l’université dans laquelle ils exercent en « service public de proximité », comme si elle était un bureau de La Poste.  

            L’école a été instituée pour instruire des élèves et former des citoyens libres. Institution, l’école publique, c’est-à-dire ouverte à tous sans exclusive, n’est pas un service, non plus que le suffrage universel, la justice, l’armée, les droits de l’homme ne sont des services. 

            Elle a été pensée comme une institution entre 1789 et 1880. Alors, ce que l’on appelle aujourd’hui services publics n’existait pas. Il n’y avait ni SNCF, ni EDF, ni France-télécoms, lesquels services publics ne peuvent pas servir de modèles à l’école. Les services, même quand ils sont publics, relèvent de l’économie. Des collectivités, des entreprises ou des individus les proposent à des usagers ou à des consommateurs. Aucun service n’est gratuit, fût-il ou non public. Consommateurs et usagers paient le service qui leur est fourni. L’école de la République est gratuite. Ce n’est pas une activité de service, ni une activité marchande. Elle relève de la politique, et non de l’économie. La loi n’oblige personne à prendre le train, ni à s’abonner au téléphone. Un consommateur peut préférer s’éclairer à la bougie ou à la lampe à pétrole plutôt qu’à l’électricité, et de ce fait, refuser le service que lui offre l’EDF. Inversement, la loi interdit aux services publics d’établir des discriminations entre les usagers. Chacun peut prendre le train, quel que soit son âge. Il suffit d’acheter un billet. Même un enfant de trois ans peut faire acheminer une lettre par la Poste, à condition que celle-ci soit affranchie. A l’opposé, l’école, qui n’est pas un service, est à la fois obligatoire et discriminatoire. Aucun enfant n’échappe à l’école ou à  l’instruction. C’est une contrainte qui s’impose à tous et qui a été décidée par le peuple souverain. L’école discrimine. Elle n’est obligatoire que pour les enfants âgés de cinq à seize ans. En-deçà et au-delà, l’obligation scolaire est abolie.

            Réduire l’école (et toute institution) au rang d’un service n’est pas innocent. Si l’école est un service, elle n’est pas différente des autres activités de service : restauration, assurances, banque, tourisme. Elle devient un gisement de profits, encore inexploité, mais pas pour longtemps. Dès lors, l’institution est pervertie. Y sont introduites des finalités qui y sont étrangères et qui excluent la liberté de l’esprit qui est la seule fin de l’école. Service, l’école est transformée en libre-service, souq, marché ou supermarché. C’est un lieu où se vendent des savoir-faire, des recettes, des diplômes, des options, des modules. Les enfants ne sont plus des élèves : des petits d’hommes que des maîtres aident à s’élever au-dessus d’eux-mêmes et de leur condition. Ils vont au souq choisir des matières à option. Diverses, ils ont le choix, celui d’un consommateur devant les étals qui regorgent de marchandises dans les supermarchés. Puis, ils en sortent, repus, saouls, la tête vide, mais l’estomac plein. Ils seront de bons consommateurs. L’école a pour fin la connaissance. Si elle est un service, elle transforme les élèves en consommateurs ou en usagers. Elle se nie elle-même.

 

20 décembre 2010

laïcisation

 

Laïcité et laïcisation

 

Le nom laïcité est vieux d’à peine plus d’un siècle. Il est quelque peu étonnant qu’un mot aussi récent et désignant un concept politique aussi nouveau ait pu s’acclimater aussi rapidement et connaître de tels succès, à moins que – et c’est l’hypothèse pour laquelle penche ALJ – les innombrables accrocs au principe de laïcité que l’on constate tous les jours, accrocs qui s’élargissent chaque jour au point qu’il ne reste presque plus rien du tissu initial, n’attestent le caractère illusoire et fantasmatique de la laïcité.

Dérivé de l’adjectif laïc, lui-même emprunté au latin laïcus, lequel est emprunté du grec, laïcité est attesté le 11 novembre 1871 dans le journal La Patrie au sujet d’un vote du Conseil général de la Seine qui a repoussé « une proposition de laïcité » qui lui était soumise. Pierre Larousse l’enregistre dans le tome X, publié en 1873, de son Grand Dictionnaire universel du XIXe siècle, dans lequel il le définit sommairement : « caractère de ce qui est laïque, d’une personne laïque », illustrant ce sens des deux exemples suivants, le premier relativement « neutre » : « la laïcité de l’enseignement » (laquelle, faut-il le préciser, n’était pas acquise alors et ne le sera qu’après les lois, dites lois Ferry, de 1881 et 1882, qui rendent laïque, non pas « l’enseignement », mais « l’instruction publique », ce qui n’est pas la même chose, une instruction publique laïque pouvant être dispensée dans des écoles confessionnelles) ; le second, engagé et partial : « il fut un temps où la laïcité était comme un note d’infamie », ce qu’elle est devenue aujourd’hui dans les quartiers « populaires » (comprendre : islamisés) de notre « belle » République une, indivisible, laïque, c’est-à-dire multiple, divisible, islamisée ou islamisable. Dans ce même tome X, Larousse, militant laïque et républicain, très éclairé et même un peu illuminé, relève les mots laïcisme (en 1873, c’est la « doctrine de certains théologiens anglais du XVIe siècle qui attribuaient aux laïques (il aurait fallu écrire laïcs, mais Larousse ne fait pas de différence entre laïc et laïque) le gouvernement de l’Eglise ») et laïque, adjectif et nom auquel il donne le sens de laïc ; et dans le tome XVII (c’est le Supplément 2 du Grand Dictionnaire), publié en 1890 (Larousse est mort depuis plus de quinze ans et les lois Jules Ferry sont appliquées), laïcité, dont le sens ne change pas par rapport à la définition du tome X, est complété par le verbe laïciser (« remplacer un personnel religieux par un personnel laïque ») et le nom laïcisation ou « remplacement d’un personnel religieux par un personnel laïque », les activités dans lesquelles s’effectue la laïcisation étant les écoles communales (pas les collèges jésuites), les hôpitaux, l’Assistance publique). Ce processus est illustré de cet extrait : « on vient de créer un mot nouveau, peu euphonique : laïcisation. Quant à la chose, elle a, selon les cas, des avantages qu’on ne saurait nier (lesquels ? Cela n’est pas dit, et pour cause) ; mais encore faudrait-il appliquer sagement cette laïcisation, et non en user à tort et à travers ». En 1890, la laïcisation n’en est qu’à ses débuts et déjà, elle suscite autant de rejets que d’adhésions. Plus d’un siècle plus tard, les descendants de ces républicains qui ont tout laïcisé pactisent désormais avec les musulmans qui ont entrepris de tout islamiser. La laïcisation parvenue à son terme, c’est l’islamisation qui la continue. On ne remplace plus de personnel religieux par du personnel laïque, on remplace les lois laïques par les lois de l’islam, sans que les autorités de la « république » s’en inquiètent.                      

    Après Larousse, Littré relève laïcité dans le Supplément (1877) de son Dictionnaire de la langue française (1863-77). Il le définit a minima, comme Larousse d’ailleurs, se contentant de « caractère laïque », sans cerner la notion de laïcité, comme si justement ce mot ne désignait aucune notion. Le seul indice laissé par Littré est l’orthographe de l’adjectif laïque : il n’écrit pas caractère laïc, ce qui est une façon de placer la laïcité hors du giron de l’Eglise et d’en faire un mot du vocabulaire civil. Les académiciens l’enregistrent pour la première fois dans la huitième édition (1932-35) de leur Dictionnaire en y donnant un sens plus précis et presque conforme à ce qu’est la laïcité institutionnelle, en théorie du moins : « caractère de neutralité religieuse d’un établissement d’instruction ou d’assistance, d’une loi, d’une institution », employant quatre mots, instruction, assistance, loi, institution, qui délimitent le champ d’application de la neutralité religieuse : écoles, hôpitaux, législation, institutions publiques. La définition est conforme à la loi de 1905 qui garantit la liberté de conscience (mais de laquelle garantie il ne reste pas aujourd’hui grand-chose), assure le libre exercice des cultes (liberté qui en théorie devrait être suspendue en cas de troubles à l’ordre public, mais ne l’est pas quand, lors de l’exercice d’un culte, il est lancé des appels, inscrits dans le Livre Saint, au meurtre, des incitations à la haine et du racisme pur jus – tous facteurs de désordres publics gravissimes) et interdit que l’argent public finance quelque culte que ce soit (sauf quant il s’agit de « mosquées » - pardon d’annexes culturelles de lieux cultuels islamiques) ou rémunère les ministres d’un culte quel qu’il soit (sauf si ces ministres sont des imams, comme c’est le cas à Toulouse et à Avignon).

 

Dans la seconde moitié du XXe siècle, la laïcité qui était un principe de droit devient une arme idéologique. Pour les académiciens, en 1932-35, la laïcité caractérise les seuls écoles, hôpitaux, lois, institutions. En revanche, pour les auteurs du Trésor de la langue française (1971-94), qui sont des idéologues, elle est un « caractère » et un « principe » et elle n’a pas tout à fait le même sens suivant qu’elle est un « caractère » ou un « principe ». En faire un principe, c’est l’étendre ou tenter de le faire à des domaines qui en étaient préservés. La définition comme « principe de séparation dans l’État de la société civile et de la société religieuse » (in Trésor de la langue française) appelle plusieurs commentaires. La loi de 1905 n’a pas séparé l’Eglise de l’Etat, pour la seule et bonne raison que ceux-ci n’ont jamais été confondus et que, pendant un millénaire et demi, depuis Clovis, ils ont été distincts. La « société civile » et la « société religieuse » (si tant est que la « société religieuse » ait quelque existence que ce soit, ce dont Arouet le Jeune doute avec raison, et que ce ne soit pas un fantôme inventé par des lexicographes en perdition) sont hors de l’Etat ; elles ne sont pas « dans l’Etat », elles en sont exclues par définition. L’exemple tiré d’un ouvrage sur la pédagogie et censé illustrer le principe laïque est de la même farine : « la laïcité est un des grands principes sur lesquels repose, avec l’obligation et la gratuité, l’enseignement public français » (1972). Ce n’est pas l’enseignement public qui est fondé sur la laïcité, mais l’instruction publique. Il y a un abîme entre l’instruction publique et les établissements d’enseignement, fussent-ils publics. Si un établissement privé instruit les élèves, il est laïque ; si, dans une école communale ou un CES ou un lycée, les élèves ne reçoivent aucune instruction publique, ces établissements, tout laïques qu’ils s’affichent, ne sont plus laïques. L’idéologie a perverti la laïcité. Ce principe, vague et flou, peut être opposé par les idéologues à tous ceux qui leur déplaisent, fût-ce pour les « stigmatiser », et il peut disparaître des écoles, des hôpitaux, des institutions publiques, tout laïques qu’ils sont.

Dans le Trésor de la langue française, la laïcité est l’objet de déformations : « caractère des institutions, publiques ou privées, qui, selon ce principe, sont indépendantes du clergé et des Églises » et « impartialité, neutralité de l’État à l’égard des Églises et de toute confession religieuse ». Il suffit de comparer cette définition ou celle, presque contemporaine, de la neuvième édition du Dictionnaire de l’Académie française (en cours de publication : « caractère de neutralité religieuse, d’indépendance à l’égard de toutes Églises et confessions ») à celle de la huitième édition du Dictionnaire de l’Académie française (1932-35, citée ci-dessus : « caractère de neutralité religieuse d’un établissement d’instruction ou d’assistance, d’une loi, d’une institution ») pour prendre conscience que la laïcité, qui est d’application restreinte, s’est chargée d’intentions militantes et a pu s’étendre à d’innombrables domaines. Ainsi, aucun des auteurs de dictionnaires actuels ne s’interroge sur la réalité de « l’indépendance » proclamée des « institutions publiques », auxquelles sont ajoutées les « institutions privées », ce qui n’est pas prévu par la loi, à l’égard « du clergé et des Eglises » ou de « toutes confessions ». On sait que la République a créé son propre clergé d’éducateurs, de médiateurs, d’agitateurs stipendiés ou subventionnés, d’illuminés des « sciences de l’éducation » ou de la LFE, de faux enseignants qui sont de vrais inquisiteurs, etc., qu’elle rémunère ou finance, en contradiction avec la loi de 1905 ; on sait aussi qu’elle impose sa propre religion sociale, humanitaire et vaguement occultiste à tous les citoyens, violant ainsi le caractère laïque, c’est-à-dire la neutralité religieuse, qui, en théorie, la définit. Rien de cela n’est évoqué dans les articles de dictionnaires, ni dans les définitions, ni dans les exemples. Dans les dictionnaires, le mot occupe une place minime, même si, dans le Trésor de la langue française, la notion est déformée. Or, dans la société, il en va tout autrement. Google signale près de deux millions de pages qui traitent de la laïcité. Une notion minuscule, non pas au sens où elle est insignifiante (au contraire), mais au sens où elle a un champ d’application étroit (l’instruction publique, les institutions publiques), a fini, en devenant un principe fondamental, par s’étendre à tout : même à la vie privée des personnes, s’autodétruisant de fait.

 

19 décembre 2010

Chromosome

 

Le mot a à peine plus d’un siècle. Il n’est pas « grec » à proprement parler, bien que les deux éléments qui le composent le soient, mais allemand, du fait de la nationalité de son inventeur, qui était professeur d’Université à la fin du XIXe siècle, à une époque où l’Université allemande était tenue pour un modèle dans de nombreux pays, dont les Etats-Unis, mais aussi, en dépit de la nécessité de la revanche, en France. Il a été fabriqué, à partir du terme grec chromo (« couleur ») et du suffixe some (« corpuscule », de soma « corps ») en 1888 par un anatomiste allemand, Waldeyer, qui a aussi fabriqué le terme de neurone. Il est attesté en français trois ans plus tard, comme cela est établi dans un article de l’Année biologique de 1897, et il n’est enregistré dans le Dictionnaire de l’Académie française qu’à compter de la neuvième édition (en cours de publication depuis 1994). La définition se présente ainsi : « (biologie) élément présent dans le noyau des cellules, formé d’acide désoxyribonucléique », ce qui n’est guère explicite. Heureusement, les exemples éclairent la définition et expliquent sans doute l’immense succès de ce terme si neuf : les chromosomes renferment les gènes, support essentiel de l’hérédité ; l’être humain a vingt-trois paires de chromosomes.

La définition du Trésor de la langue française (1971-94) est un peu plus ample : « (biologie) élément du noyau cellulaire, de forme caractéristique et en nombre constant pour une espèce donnée, et considéré comme le support des facteurs héréditaires ». Témoignent du succès de ce terme les emplois variés qui en sont faits et qui l’ont fait sortir du domaine de la biologie : chromosome géant, surnuméraire ; la réduction du nombre des chromosomes ; des mutations de chromosomes ; chromosome sexuel (x, y) ; etc., ainsi que les nombreux adjectifs qui en sont dérivés : chromosomial, chromosomien, chromosomique, chromoclasique, extrachromosomique.

18 décembre 2010

Paradis

 

 

Ce mot, emprunté au latin chrétien, lequel l’a emprunté au grec, lequel l’a emprunté à la langue des Chaldéens, est attesté à partir de la fin du Xe siècle dans deux sens : (Godefroy, Dictionnaire de l’ancienne langue française, 10 vol., 1880-1902) « jardin délicieux où Dieu plaça le premier homme » et « séjour de la béatitude céleste ». Lacurne de Sainte-Palaye (Dictionnaire historique de l’ancien langage français, à partir de 1769) glose le mot dans ces termes : « jardin où Dieu plaça Adam, dès qu’il l’eut créé » et « lieu où résident les âmes des justes et les anges, jouissant d’un bonheur éternel ». Richelet (Dictionnaire français des mots et des choses, 1680) et les académiciens (1694) le définissent de la même manière, mais plus succinctement : « lieu où sont les bien heureux » et « paradis terrestre, lieu délicieux où Moïse raconte que Dieu avait mis Adam et Eve » (Richelet) ; « jardin délicieux » et « séjour des Bienheureux qui jouissent de la vision de Dieu » (Académie de 1694 à 1798).

Le paradis a subi deux épreuves : celle de la géographie et plus particulièrement de l’exploration de la Terre et celle de l’astronomie ou exploration du Ciel. Les conséquences de ces deux épreuves sont exposées dès la fin du XVIIe siècle par Furetière dans son Dictionnaire universel (1690) et par les auteurs de L’Encyclopédie (1751-64, d’Alembert et Diderot éditeurs). Ce « jardin de délices » était censé se trouver « à l’orient d’Eden en Mésopotamie » : à l’Est d’Eden en somme, comme au cinéma, ou « dans l’Arménie aux sources du Tigre, de l’Euphrate, de l’Araxe et du Phani, que (les savants) croient être les quatre fleuves désignés par Moïse » (L’Encyclopédie). Mais les voyageurs n’ont rien vu de tel en Mésopotamie (l’Irak actuel). De fait, le paradis a été déplacé. La liste des lieux où il a été situé est interminable : « il n’y a presque aucune partie du monde, dit dom Calmet, où l’on ne l’ait été chercher, dans l’Asie, dans l’Afrique, dans l’Europe, dans l’Amérique, sur les bords du Gange, dans les Indes, dans la Chine, dans l’île de Ceylan, dans l’Ethiopie où sont les montagnes de la lune, etc. » (L’Encyclopédie, op. cit.) et même sous le pôle arctique.

Quant au « séjour des anges et des saints qui jouissent de la présence de Dieu » (Furetière) ou « lieu de délices, où les âmes des justes voient Dieu et jouissent d’un bonheur éternel » (L’Encyclopédie) et que l’on situait dans le Ciel, il est devenu source de doutes après les observations de Copernic et de Galilée, comme l’expliquent les encyclopédistes : « Le système de Copernic et de Descartes a non seulement renversé l’ancienne hypothèse de Ptolémée sur l’ordre et sur la structure de ce monde ; mais il a encore mis dans la nécessité de proposer ailleurs un endroit propre à placer le séjour des bienheureux, qu’on nomme vulgairement paradis (…) Car enfin depuis que les cieux sont fluides, que la terre et les planètes roulent dans les airs autour du soleil, et que les étoiles que nous voyons sont autant de soleils qui sont chacune le centre d’un tourbillon, il a fallu que l’empyrée disparût, ou du moins qu’il s’en allât bien loin d’où il était ». De fait, c’est le concept de paradis qui a changé : « ce n’est pas le lieu qui fait le paradis, mais le bonheur dont on jouit par la vue de Dieu, qui étant partout, peut aussi se montrer et faire partout des bienheureux ». La conclusion des encyclopédistes est ferme : « le paradis n’est pas un lieu, mais un changement d’état ».

            La délocalisation du paradis (que les lecteurs pardonnent cette métaphore hardie) n’a pas tué l’idée de paradis, au contraire ; elle favorisé la prolifération des paradis terrestres de substitution – des ersatz donc -, soit, à partir de Thomas More, sous la forme d’utopies, soit sous la forme de grandes théodicées sans Dieu qui se sont réalisées hic et nunc à Moscou, à Cuba, à Berlin (le paradis nazi), à Pékin, à La Havane, au Caire, à Alger, à Bucarest, à Varsovie, etc. Jamais il n’y a eu autant de paradis terrestres qu’au XXe siècle ou, pour dire les choses plus exactement, tout ce qui tombait sous l’emprise communiste devenait ipso facto paradis et, en conséquence, lieu de pèlerinage pour penseurs définitifs, intellectuels critiques, philosophes fumeux, écrivains engagés, artistes au service du peuple, etc. Au Xe siècle, de malheureux paysans analphabètes croyaient dur comme fer à l’existence d’un jardin de délices quelque part dans le monde. Au XXe siècle, cette même croyance un peu crétine a nourri des millions de Bac + 4 ou + 5, de philosophes, de diplômés en histoire ou en sociologie, de docteurs de l’université, etc. et leur a fait pondre des tonnes et des tonnes d’ouvrages, qui, si on devait les lire aujourd’hui, feraient s’esclaffer même les Abyssins, qui sont pourtant réputés sérieux. Tout cela confirme l’aphorisme de Gomez Davila : « l’intelligence n’aspire pas à se libérer, mais à se soumettre ».

            Les mahométans sont moins bêtes ou plus bestiaux, comme on voudra. Ils se font du paradis une idée qu’expriment sans ambages les auteurs de dictionnaires. En un mot, c’est un gigantesque bordel régi par la loi soixante-huitarde « aimez-vous les uns sur les autres ». « Le paradis de Mahomet est un lieu qu’il a feint et imaginé à sa mode, où il fait espérer tous les plaisirs sensuels et brutaux à ceux qui suivront sa loi » (Furetière) ; « les mahométans admettent aussi un paradis, dont toute la félicité ne consiste que dans les voluptés corporelles » (L’Encyclopédie) ; « le paradis de Mahomet » est le « lieu où Mahomet a fait espérer aux sectateurs de sa loi qu’après leur mort ils jouiront de tous les plaisirs des sens » (Académie, 1835) et « paradis de Mahomet, du prophète, d’Allah, lieu de délices promis aux musulmans après leur mort en récompense de leurs mérites, et où ils jouiront de tous les plaisirs des sens » avec « les houris du paradis » (Trésor de la langue française, 1971-94).

Codicille (à occupation)

 

 

La mosquée qui, chaque vendredi qu'Allah fait, organise l'occupation de la rue Myrha à Paris a pour nom "AL FATH" - écrit en capitales, vertes évidemment, au-dessus de l'entrée. En arabe, al fatah (au sens propre "ouverture") désigne à partir de 635, quand les armées arabes, vindicatives et furieuses, ont envahi tout le Proche Orient, puis l'Afrique du Nord et une partie de l'Europe du Sud, la conquête de très vastes territoires qui s'en est suivie. C'est LE moment glorieux de l'histoire arabe et une catastrophe pour les peuples vivant dans les territoires conquis et soumis par la force à la loi islamique.

Les musulmans disent ce qu'ils font et ils font ce qu'ils disent, mais en arabe seulement. Quand ils s'expriment en français, c'est dans le seul registre de la takya ou du double ou même triple langage. Ecoutons-les en arabe. Pour eux, l'occupation des rues n'est pas l'Occupation que les Français ont subies de 1940 à 1944, mais une fatah, rien d'autre. L'analogie de l'islam avec le national-socialisme obscurcit, sur ce point précis, plus qu'elle n'éclaire. C'est dans l'histoire de l'islam qu'il faut chercher la lumière, pas dans celle de la France, fût-elle tragique.  

Les médias, l'université, l'administration, la télévision, le CNRS, etc. rémunèrent des docteurs, tous très savantasses, qui n'ignorent rien de la fatah, non plus que de l'histoire tragique des peuples vaincus. Pourtant, sur ce point, ces doctes docteurs se terrent dans l'omerta. 

 

 

 

15 décembre 2010

Occupation

 

            Les auteurs de dictionnaires latin-français traduisent le mot occupatio (dont occupation est emprunté) par « action de prendre possession, action de s’emparer, prise de possession », « affaire, embarras, soin, préoccupation ». Ce nom est dérivé du verbe occupare, traduit dans ces mêmes dictionnaires par « s’emparer, prendre possession, se saisir de », « occuper (un espace), tenir, remplir », « occuper (l’esprit), employer (le temps), placer (de l’argent) », « prendre le premier, prévenir, devancer, prendre les devants, prendre l'initiative, faire le premier, dire le premier ».

            C’est dans deux de ces sens latins que, à partir du XIIe siècle, le nom occupation est attesté : « ce à quoi on consacre son activité, son temps » (1175) et « action de s’emparer d’un bien » (1360), comme chez Frédéric Godefroy (Dictionnaire de l’ancienne langue française, 1880-1902) : « action d’occuper un lieu, de s’y établir » et « affaire, pratique, emploi qui prend, qui occupe le temps » ou comme chez Furetière (Dictionnaire universel, 1690 : « occupation se dit de l’action de s’emparer, de se saisir de quelques postes avantageux » (« l’occupation des passages, des avenues, des cols de montagnes est une chose très importante à la guerre ») et « il signifie plus ordinaire ce à quoi on s’applique, à quoi on passe, on emploie son temps » (« La plupart des hommes n’ont d’autre occupation que le jeu, le divertissement ; un homme qui s’applique à l’étude ne manque jamais d’occupation ; ce commis a tant d’occupation qu’il n’a pas le loisir de se moucher »). A l’opposé de Furetière, les académiciens ne relèvent qu’un seul sens, non pas le sens militaire, mais le sens civil et paisible : « Emploi, affaire à laquelle on est occupé » (1694, 1718, 1740, 1762, 1798). Ce n’est que dans la sixième édition, celle de 1835, qu’ils y ajoutent le sens militaire, glosé ainsi : « Occupation signifie, en termes de guerre, l’action de s’emparer, de se rendre maître d’un pays, d’une place, d’en prendre possession militairement » et illustré, entre autres emplois, par celui-ci : « armée d’occupation, armée destinée à contenir un pays nouvellement conquis ou envahi ».

            Le la est donné, occupation est un terme de droit (c’est l’action de s’emparer d’un lieu illégalement), mais aussi un terme de guerre. Les lexicographes postérieurs le confirment, Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77 : « 1. Action d’occuper, de s’emparer d’un lieu, d’un bien (exemple : « l’occupation a précédé la propriété »). 2. Terme de guerre. Action de se rendre maître d’un pays, d’une place. Armée d’occupation, armée destinée à contenir un pays vaincu. On nomme aussi armée d’occupation, celle qui, agissant dans l’intérêt d’une puissance amie ou alliée, occupe militairement ses provinces pour les garantir d’une surprise, d’une invasion, d’une insurrection ») ; les académiciens (1932-35 : « Action d’occuper militairement un pays, une région » (armée d’occupation) » ; « il désigne aussi l’action de s’établir, de se saisir de » (l’occupation a précédé la propriété) ; le Trésor de la langue française (1971-94 : « Action d’occuper (un lieu, un espace, une surface) ; résultat de cette action ; action d’occuper (un lieu, un espace) sans autorisation ou par la force ; résultat de cette action » et « dans un contexte militaire, action pour un État belligérant vainqueur d’installer une force armée, souvent une administration sur le territoire d’un État vaincu ; résultat de cette action ; temps que dure cet état de fait ») ; les académiciens (neuvième édition, en cours de publication : « action d’occuper un lieu, de s’y installer » et « action de s’emparer, de se rendre maître d’une ville, d’un territoire, d’un pays, d’en prendre possession militairement », les académiciens et les lexicographes du TLF distinguant avec soin et par l’orthographe l’occupation (avec un o minuscule) dans ce dernier sens (à savoir « action de s’emparer, de se rendre maître d’une ville, d’un territoire, d’un pays, d’en prendre possession militairement ») de l’Occupation, avec un O majuscule, à savoir « la période durant laquelle, de 1940 à 1944, la France fut partiellement, puis entièrement occupée ».

            Les rues qui sont barrées et interdites à toute circulation chaque vendredi à midi dans certaines villes de France, comme cela est de règle en Egypte, en Algérie, au Maroc, etc. en dépit des mosquées construites à la pelle dans ces pays, sont bien au sens propre de ce terme, mais dans le premier sens, juridique, et non pas militaire, une occupation illégale de lieux publics, à savoir une « action d’occuper (un lieu, un espace, une surface) sans autorisation ou par la force » et le « résultat de cette action ». La difficulté n’est pas là, on l’a bien compris, mais dans le saut du premier sens juridique au second, lequel est militaire : terme de droit ou terme de guerre ? Tout dépend de l’analyse qui est faite de l’islam. Est-ce une simple religion ou une religion simple, pour ne pas dire simpliste ? Ou bien une idéologie politico-juridique, totalitaire, haineuse, raciste, qui se répand dans le monde par le djihad, lequel peut être ouvert et violent ou caché et s’attaquant d’abord à des symboles avant de s’en prendre aux personnes ? De toute évidence, les journaleux, les associateux, les politiciens ne sont pas en mesure de trancher.

 

13 décembre 2010

Caillasser, caillasseur, caillassage

 

 

            Aucun de ces trois mots n’est enregistré dans les grands dictionnaires : Dictionnaire de la langue française (Littré, 1863-77), Dictionnaire de l’Académie française (huitième et neuvième éditions, 1932-35 et en cours de publication), Trésor de la langue française (1971-94) ; seul y figure caillasse. Comme caillasser, caillasseur et caillassage sont d’un emploi courant, leur présence massive et entêtante dans la NLF des media et de leur âme damnée, les sciences du social, soulève une difficulté.

            Caillasse est un mot récent, formé du suffixe asse qui a été substitué à la terminaison ou de caillou. Attesté en 1846, il est vieux d’à peine un siècle et demi, ce qui est fort jeune pour un mot. C’est un terme de géologie : « Couche fragile dans une carrière ; marne caillouteuse », écrit Littré ; « Couche de marne caillouteuse que l’on trouve dans les carrières de pierres » (Académie, 1932-35) ; « Formation de calcaire grossier mêlé de marne, d’argile ou de sable » (Académie, en cours) ; « Bancs discontinus de calcaire grossier des environs de Paris, intercalés dans les marnes du Lutétien supérieur » (Trésor de la langue française, 1971-94). Ce n’est que dans ce dernier dictionnaire qu’est relevé un autre sens que celui de la géologie, sens que l’on pourrait rapporter aux travaux publics : « Pierre concassée pour l’empierrement des chaussées » (TLF, op. cit.) et « (Collectif) pierres concassées employées pour l’empierrement des chemins » (DAF, neuvième édition), édition dans laquelle est relevé aussi ce sens : « Gros cailloux, pierraille » (exemple : se tordre les pieds dans la caillasse).

            Caillasser, qui est dérivé de caillasse, devrait avoir pour sens « empierrer un chemin avec des pierres concassées » ou, dans quelques emplois très modernes, « marcher difficilement dans de gros cailloux » ; le caillassage devrait être l’empierrement des chemins et les caillasseurs ceux qui empierrent les chemins. Or, chacun sait qu’il n’en est rien et que ce qui devrait être n’est pas. C’est que la NLF est aussi la propriété privée et bien close des faiseurs d’euphémismes et autres policiers de la pensée, bref de tous ces puissants qui refusent que les faits les plus déplaisants soient nommés de termes justes et adéquats, afin que, justement, grâce à cette mal-nomination, personne ne prenne connaissance de ces faits. Ce qui est dit avec des mots impropres est vite oublié ou n’est même pas perçu. Ces faits déplaisants se résument en un mot : lapidation. Celle-ci est la forme supérieure et évoluée de la justice en terre d’islam, que cette justice soit d’institution, ou qu’elle soit l’expression de la colère des masses islamiques, lesquelles attaquent à coups de pierres ceux ou celles qui ne se plient pas aux lois de l’islam. Ainsi des « jeunes » - comprendre des musulmans – constituent régulièrement des réserves de grosses pierres dans tel ou tel endroit de « leur » cité, pour, le moment venu, apprendre aux infidèles ou autres mécréants – comprendre les pompiers ou les policiers – ce qu’est la loi de l’islam. Lapider, lapidation, lapidateurs étant des mots tabous, ils ne doivent jamais franchir la barrière des lèvres, mais leur interdiction laisse le champ libre à caillasser, caillassage, caillasseurs, qui trouvent là, en leur qualité d’euphémismes, de quoi faire une belle carrière. Le tour est joué : il n’y a de lapidation qu’en Iran ou en Arabie. Surtout pas en France, où les victimes des lapidateurs attendent en vain que se constitue pour les défendre un comité anti-lapidation.

 

 

 

12 décembre 2010

Emigrer et immigrer

 

 

L’immigration, disent les sciencieux du social, qui tous pensent très bien et même mieux que très bien, est consubstantielle de la France. Ah bon ! La France existe depuis quinze siècles ; l’immigration a à peine un siècle. Si elle est consubstantielle de la France, c’est que le temps des sciences sociales est celui des ères géologiques, dont l’unité est le million ou la dizaine de millions d’années. De toute façon, il y a un million d’années, la France n’existait pas et rien n'en était donc consubstantiel.

La consultation des dictionnaires, comme cela a été montré à propos d’immigration, confirme que l’immigration n’est pas consubstantielle de la France, ce qui n’est pas bien difficile à démontrer, évidemment, le contraire étant plus facile encore à démontrer, puisqu’il suffit de l’énoncer sans le moindre début d’esquisse de preuve pour qu’il soit définitivement établi dans le cerveau malade des ressentimentaineux. Emigrer est attesté à la fin du XVIIIe siècle. En 1781, Turgot l’emploie au sens de « quitter son pays pour aller s’établir dans un autre », tandis que le participe présent émigrant, attesté comme nom en 1770, désigne en 1791 ceux qui quittaient la France alors, de peur de se faire couper en deux, comme émigré, attesté comme nom la même année. Le nom est emprunté du latin emigrare, qui ne se rapporte pas au changement de pays, mais au changement de « demeure », lequel pouvait se faire dans la même ville ou la même région. Immigrer date à peu près à la même époque : en 1769 sous la forme du nom immigré, puis en 1787 sous celle d’immigrant, tandis qu’immigrer n’est attesté qu’en 1840, alors que la France existe depuis la fin du Ve siècle. Il y a donc entre la France et l’immigration au moins treize siècles d’écart.

Emigrer est enregistré dans la cinquième édition (1798) du Dictionnaire de l’Académie française ; immigrer dans la septième édition, près d’un siècle plus tard, en 1879. La définition en est toute sommaire. Emigrer, c’est « quitter son pays pour aller s’établir dans un autre » (1798, 1835, 1879, 1932-35, Trésor de la langue française, 1971-94), tandis que, pour Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77), c’est « quitter sa patrie pour aller ailleurs, soit résider momentanément, soit s’établir ». Immigrer, c’est « venir dans un pays pour s’y établir » (Barré, 1842 ; Littré, op. cit.) ; « venir dans un pays étranger pour s’y établir » (Académie, 1879, 1932-35, Trésor de la langue française, 1971-94). Dans les exemples qui illustrent ces définitions, ce sont les Irlandais ou les Polonais qui immigrent, les premiers en Amérique, les seconds dans le nord de la France.

            Dans ces deux concepts, il n’y a rien, aucun sème, aucun germe de sens, aucun fragment sémantique, qui puisse justifier que l’on tienne les immigrés, dits aussi immigrants ou, mieux encore, migrants, pour les messies d’un ordre nouveau ou, si ordre nouveau il doit y avoir, cet ordre nouveau tient plus de l’ordine nuovo fasciste, raciste, totalitaire, etc. que de tout autre utopie, sansfrontiériste, avecculotiste et sans papiériste, et dont le fondement est l’endophobie – la haine sans limites vouée aux autochtones. Bien que émigrer et immigrer soient neutres et ne soient pas sous-tendus par un système axiologique, dont les deux pôles seraient le Bien (l’immigration) et le Mal (la non-immigration), ils sont jugés suspects par les sciencieux du sansfrontiérisme, qui y préfèrent migrants, migrants tout court, sans in, ni ex. Formés à partir du verbe migrare, qui signifie en latin « partir, changer de séjour », auquel ont été ajoutés les préfixes - in (« dans ») et – ex (« hors de »), émigrer et immigrer désignent des actions à la fois inverses et réciproques. Ils impliquent un franchissement de frontières, ce qui est contraire à l’idéologie sanspapiériste.

Ces termes se répondent : un émigré est aussi un immigré, et vice versa. En arabe, il en va autrement. Les émigrés sont nommés mouhajiroun, c’est-à-dire, mot à mot, ceux qui font ou refont l’hégire. Il n’existe pas, à proprement parler, d’action inverse ou réciproque. D’ailleurs il n’y a que très peu d’immigrés en terre d’islam ou, s’il y en a, ils sont nommés colons. L’hégire qui a eu lieu en 622 est le début du comput islamique. Les musulmans qui sont nommés immigrés sont censés imiter Mahomet, le premier mouhajir de l’islam, qui, en fuyant La Mecque pour s’établir à Médine, a fondé l’islam. Pour l’islam, immigrer, ce n’est pas changer de pays, mais répandre la vraie croyance et agréger de nouveaux pays au dar el islam. De ce point de vue, ce que montre la langue, c’est l’existence d’un échange inégal ou sans réciprocité entre deux civilisations.

11 décembre 2010

Ecrivain mis à l'index

 

 

 

En un demi siècle, Daniel-Rops (1901-1965) a écrit une oeuvre ample, de qualité, qui lui a valu d’être élu à l’Académie française en 1955. Après avoir connu une célébrité relative grâce à un essai, Notre Inquiétude (Perrin, 1926), il exprime son angoisse dans un roman L’Ame obscure (Plon, 1929) et analyse la crise de la civilisation dans Le Monde sans âme (Plon, 1931). Revenu à la foi catholique, il se fait dans Mort, où est ta victoire ? (Plon) le romancier du mal et dans L’Epée de feu (Plon, 1939), il raconte le désarroi de la grande bourgeoisie républicaine et dreyfusarde qui hésite entre le communisme, le surréalisme et le catholicisme. Après la guerre, Daniel-Rops se consacre à l’histoire religieuse, publiant chez Fayard en 1945 et 1946 une Histoire sainte en deux volumes (Le Peuple de la Bible et Jésus en son Temps), puis, toujours chez Fayard, une Histoire de l’Eglise de France en neuf volumes.

Dans cette œuvre, je retiendrai le roman publié en 1939, L’Epée de feu et le volume V de l’Histoire de l’Eglise de France qui porte comme sous-titre Le Grand siècle des âmes.

 

L’Epée de feu (530 pages, écrit d’avril 1934 à février 1939) porte en exergue ce verset de la Genèse (III, 24) : « Il chassa donc l’homme et, à l’Orient du jardin d’Eden, il mit un chérubin, tenant l’épée de feu, pour garder le chemin qui mène à l’arbre de vie ». Ce roman, ne nous le cachons pas, présente beaucoup de défauts : trop long, les analyses psychologiques y sont trop nombreuses, le narrateur se croyant obligé de représenter la vie intérieure de chaque personnage (il y en a une dizaine) à tout moment de la journée. Il fouille les âmes. Bref, L’Epée de feu a vieilli, comme une partie de la littérature romanesque de la première moitié du XXe siècle. On ne lit guère volontiers ces romans-là. Pourtant, les lecteurs qui iront jusqu’au bout seront récompensés de leur patience, car ils liront, malgré les longueurs, d’admirables choses. En effet, L’Epée de feu est le témoignage le plus juste, le plus précis, le plus complet, le plus intelligent, le plus pertinent que l’on puisse lire sur la crise morale et intellectuelle qui a touché la France dans les années 1930 et qui aurait débouché sur sa disparition programmée, sans les hommes et les femmes qui, entre le 17 juin et le 11 novembre 1940, ont refusé cet inéluctable. A qui lit L’Epée de feu en 2010, il apparaît évident a posteriori que la gangrène minait une France à bout de souffle et préparait l’effondrement de juin 1940 et la politique de collaboration imposée en juillet 1940 par des élites épuisées. En effet, Daniel-Rops montre et analyse la crise morale qui touche les élites de la IIIe République,  banquiers, industriels, grands bourgeois (la famille du héros vit dans un hôtel particulier sis rue Vaneau), républicains ratiocineurs, de gauche donc, dreyfusards, qui continuent l’œuvre de Jules Ferry, froids, efficaces, sans âme. C’est ce défaut que Charles Péguy percevait dans la gauche du début du siècle (cf. Notre jeunesse). La crise se manifeste par une inquiétude sans raison, une angoisse profonde : chacun est désorienté, les besoins spirituels sont niés, etc. L’âme de la France se délite. Les familles éclatent. Les épouses insatisfaites et oisives délaissent leur mari avec qui elles s’ennuient à en mourir et quittent leur confort. Les enfants généreux ou idéalistes fuient la vie dorée et dérogent en se faisant travailleurs ou en adhérant, soit au surréalisme nihiliste, soit au communisme, dont ils connaissent dès 1934 la nature policière et criminelle. Comme chez Péguy, les humbles, les pauvres, les petits, les croyants tiennent debout et ne s’abandonnent pas au courant qui conduit la France à l’abîme. 

 

Dans l’Histoire de l’Eglise de France, Daniel-Rops montre que, pendant des siècles, l’histoire de l’Eglise s’est confondue avec l’histoire de la France. Je laisse de côté la dimension de foi religieuse, bien que je sache - et Daniel Rops le fait comprendre de façon lumineuse - qu’un pays ne se ramène pas aux seuls PIB, PNB, taux d’épargne, budget de l’Etat, démographie, mais qu’il est aussi une « idée » et qu’il a ce qu’on peut appeler, faute d’un terme meilleur, une « âme ». L'intérêt de ce Grand Siècle des âmes, admirablement bien écrit (prose claire, aisée, dans la grande tradition française, de Saint Simon à Chateaubriand) est d’analyser comment la France - son âme - s'est forgée et façonnée, et comment elle est devenue ce qu'elle est encore partiellement (et de moins en moins) aujourd'hui. L’action de quelques Saints a été déterminante, dont celle de Vincent de Paul, fils de paysans pauvres des Landes, qui a lui-même conduit les porcs de son père à la glandée et qui, entré dans l’église, a créé des écoles, des petits séminaires et des grands séminaires, participé à la formation intellectuelle et spirituelle de la petite bourgeoisie urbaine (on dirait aujourd’hui les « classes moyennes »), créé des institutions sociales : les dames de la Charité, les Filles de la Charité, les Enfants trouvés. Autrement dit, Vincent a instruit, formé, secouru (les filles de la Charité se sont engagées dans l'aide humanitaire aux forçats, aux soldats blessés au front, aux mendiants, aux malades, aux galériens...). Pour forger à la France une âme, a aussi été déterminante l’action d’écrivains et d’intellectuels mystiques : Bérulle, Grignon de Montfort, Bossuet, Fénelon entre autres, sans parler des Jansénistes ou des Jésuites. Bien entendu, les apparences de la France contemporaine ont changé, mais pas totalement cette âme-là. De nos jours, d'autres hommes, avec les religieux ou les laïcs croyants, se chargent de ces missions. Au XVIIe s, les catholiques ont assumé avec ferveur le destin de la France et lui ont donné sa force, parce qu’ils éprouvaient une foi patriotique dans leur pays. Ayant compris que la France ne s’appartenait pas totalement, ils ont créé les fameuses Missions, afin de diffuser la langue et la culture françaises à l'étranger. Leur France n’est ni moisie ni rassise. Elle prenait en charge le destin du monde. Elle était généreuse, charitable, secourable aux siens et au monde entier et elle apprenait à ses enfants à répondre à la question : à quoi bon vivre sur cette terre, si on ne fait rien pour les autres ?

Outre ce souci du monde, l’âme de la France éternelle a été forgée par le gallicanisme, c’est-à-dire la volonté de l’Eglise de ne plus être dépendante des décisions d’un pouvoir temporel étranger (celui du Pape). Mais cette volonté marque une étape décisive dans soumission de l’Eglise au pouvoir politique, Louis XIV, après 1680, nommant certains évêques, tranchant dans les conflits de dîmes, s’arrogeant les régales, bref soumettant au pouvoir temporel l’institution qui exerçait encore une réelle influence sur les esprits. L’analyse que Daniel-Rops fait du jansénisme est lumineuse. Le jansénisme ne se réduit pas à la querelle entre les partisans de la grâce efficace et ceux de la grâce suffisante, c’est aussi la lutte contre les Jésuites, liés au pape. Après 1680,  les jansénistes ont milité pour l’autonomie des chrétiens de France et, au XVIIIe siècle, en accroissant leur influence dans les Parlements, ils ont été les principaux contestataires du pouvoir absolu de droit divin. Par leur rationalisme critique, ils ont ouvert la voie à d’autres questions, politiques celles-là, et, de la cause de Dieu, ils ont basculé dans la cause de la nation.  

Enfin, dans cet ouvrage, Daniel-Rops expose en termes clairs l’origine de l’Europe géopolitique moderne, qui naît avec le traité de Westphalie (1648). Ce traité a mis fin à l’ancienne chrétienté et fragmenté l’Europe en divers Etats, avec pour conséquences, le développement du sentiment national dans chacun de ces Etats et l’apparition d’une question qui sera récurrente jusqu’en 1960 et au-delà, celle de l’équilibre entre les grandes puissances et de la nécessité de nouer des alliances.  

 

En dépit de ses limites, de ses faiblesses ou de ses manques, Daniel-Rops nous apprend plus de choses sur la France, son être, son âme, son essence, ce qu’elle s’obstine à être malgré le temps qui passe, que les écrivains chéris et honorés de l’intelligentsia, tels Sollers, le chantre de la France moisie, le formaliste Simon, prix Nobel, le prix Goncourt Duras, laquelle, avant de se mettre au service du communisme en 1945, travailla pour la propagande de l’Allemagne nazie, etc. Or, son œuvre, admirable pour quelques-unes des raisons que j’ai indiquées ci-dessus, a sombré dans un oubli total. Son nom ne figure plus dans les pages noms propres de l’édition récente du Petit Larousse Illustré. Ce n’est pas pour des raisons objectives. Daniel-Rops aime sa langue, qu’il manie avec aisance. Il possède un vrai talent, formé par les modèles fournis par les grands écrivains, Chateaubriand, Bossuet, Mauriac. Il a le sens du portrait et une maîtrise parfaite de la narration, avec une prose à la fois souple et nerveuse. S’il est oublié, ce n’est pas seulement parce que, après avoir été incroyant et proche des Surréalistes, il est revenu au catholicisme romain, c’est à cause de l’amour qu’il voue à la France. En effet, depuis un demi siècle, notre mémoire collective est façonnée par la pensée dominante, marxiste et sociologique, eurolâtre et favorable à la disparition de la France soit par haine de la nation, soit par intérêt. Car, comme il existe de nouveaux philosophes, un nouveau roman, une nouvelle cuisine, il existe aussi pour les livres un nouvel enfer, régenté par de nouveaux inquisiteurs à l’âme moisie à la Sollers,  qui exercent le pouvoir effectif dans les domaines du goût, de la sensibilité, des arts, de l’édition, de la culture et qui ont fait de la haine de la France leur fonds de commerce. Ils haïssent plus que tout leurs propres compatriotes, surtout si ces compatriotes sont pauvres ou qu’ils sont le peuple, et tous ceux qui ont fait la France. Restés fidèles au marxisme et à ses variantes - en dépit des catastrophes avérées produites par ces idéologies de mort -, ces nouveaux inquisiteurs qui font notre mémoire littéraire envoient finir dans les chaudrons de l’oubli tous les écrivains qui, à l’instar de ce malheureux Daniel-Rops, se font de la France « une certaine idée ». L’index est rétabli.

 

07 décembre 2010

Lumière des livres 35

 

 

A propos de Michel de Saint Pierre, Les Nouveaux Prêtres, 1964, La Table ronde.

 

 

            A qui s’interroge sur la France, sur ce qu’elle devient peu à peu, mal gré que nous en ayons, à savoir une simple province rabougrie, sans âme, ni visage, honteuse de son passé, se repentant d’avoir été la lumière des nations, désireuse de se fondre le plus vite possible pour s’y dissoudre dans un vaste territoire sans frontières, marchand, multiculturel, bigarré, qui ne soit plus qu’un espace dépourvu d’histoire et où la culture serait réduite au folklore, à qui veut comprendre pourquoi la France a été ainsi bouleversée au point de ne plus ressembler à rien, qui a voulu qu’elle ne soit plus elle-même après mai 1968, je conseille de lire Les nouveaux prêtres de Michel de Saint Pierre, roman qui a été achevé en mai 1964, et publié à l’automne de la même année aux éditions de la Table ronde, à Paris. Ce n’est pas de la grande littérature au sens où, dans ce roman, la précision du document prime sur l’humanité de la fiction et où les idées que l’auteur prête aux personnages sont plus importantes que les personnages eux-mêmes, réduits au statut de « porte-parole » chargés d’exprimer des thèses ou des idéologies opposées. Mais le document témoigne d’une admirable lucidité de la part de Michel de Saint Pierre, qui annonce au tout début des années 1960, alors que De Gaulle semble avoir rendu la France à elle-même, les quarante années noires que connaît notre pays depuis 1968. Il est vrai que cet auteur, injustement oublié aujourd’hui, dont les romans et les essais ont connu un succès d’estime dans les années 1950-60, né en 1916, a vécu « six années de prolétariat » avant de combattre courageusement dans les rangs de la Résistance. C’est un intellectuel qui a partagé les deux expériences fondatrices du monde ouvrier de l’entre-deux guerres et du combat pour la liberté de la France. Rares sont les intellectuels du XXe s. qui peuvent parler en connaissance de cause du peuple de France et de la liberté de la France. A la différence de Michel de Saint Pierre, ils étaient quasiment tous de bons bourgeois, « de gauche » peut-être, mais « gauche caviar » déjà, qui se sont résignés à la collaboration, comme si collaborer était un tropisme naturel dans leur milieu.     

            Comme le titre l’indique, les personnages du roman sont des « nouveaux » prêtres, dont la plupart  sont « progressistes » (comme ils se qualifiaient eux-mêmes à cette époque), exerçant dans la paroisse Saint Marc d’une ville importante de la banlieue ouvrière et rouge de Paris, nommée ironiquement Villedieu (en fait, elle est la Ville sans Dieu), 80000 habitants, gérée par les communistes et où les chrétiens forment une minorité. Dans ce contexte, les prêtres progressistes, dont quelques PO (prêtres ouvriers), au lieu d’évangéliser leur troupeau et d’annoncer le message d’amour du Christ, se contentent d’abonder dans l’amertume et dans le ressentiment haineux des communistes, répétant le message ouvriériste des syndicats marxistes, message de pure démagogie hostile aux patrons, aux bourgeois, à l’Eglise, à la nation, à la France, au catholicisme, aux malheureux pieds-noirs et favorable à l’URSS, à la « paix » qu’imposait l’URSS dans les pays qu’elle colonisait, aux immigrés, aux « combattants » du tiers monde qui préparaient, selon ces syndicats, un ordre nouveau juste et pur. Bien entendu, les croyants se détournent de cette église et les banlieues ouvrières se muent peu à peu en vaste désert spirituel, où la seule raison d’être des hommes et des femmes est la bouffe, la bagnole, la consommation de sexe, de biens et de pseudo services « publics ».

            Michel de Saint Pierre cite en exergue l’archevêque de Milan, Mgr Montini, le futur Paul VI, qui, en 1956, analysait ainsi la démission des catholiques et leur refus d’assumer l’histoire des différents pays où ils vivent : « Au lieu d’affirmer ses idées en face de celles des autres, on prend celles des autres. On ne convertit pas, on se laisse convertir. Nous avons le phénomène inverse de l’apostolat. On ne conquiert pas, on se rend. La capitulation est voilée par tout un langage, par toute une phraséologie. Les vieux amis qui sont restés sur la voie droite sont regardés comme des réactionnaires, des traîtres. On ne considère comme vrais catholiques que ceux qui sont capables de toutes les faiblesses et de toutes les compromissions ».

            C’est ainsi que la France se vide de sa substance, de ce qu’elle a été pendant des siècles, et que l’histoire qui l’a faite est chassée peu à peu de son territoire. Elle n’est plus qu’un alignement d’HLM ou de sinistres HBM ou « habitations bon marché », de bidonvilles, de caves obscures, d’avenues Karl Marx ou de maisons de la « culture » où la propagande et l’agit-prop tiennent lieu de vie avec la pensée et avec l’esprit. Tout notre sinistre présent est décrit dans ce roman. Après mai 1968, l’inépuisable réservoir de haine de soi qu’étaient les banlieues rouges s’est étendu à presque toute la France, avec l’assentiment et la complicité des nouveaux prêtres.

            Paul Delance, un jeune prêtre, dont le père était ouvrier dans une cimenterie et la mère femme de ménage, qui a été lui-même ouvrier pendant deux ans dans la cimenterie de son père, refuse de collaborer à l’entreprise destructrice que mettent en œuvre les communistes et les nouveaux prêtres. Il résiste. Il s’en tient à la charité, à l’amour du prochain, à la foi, au message de l’Eglise éternelle. Il sait, comme Charles Péguy avant lui, que le message de haine sociale du marxisme n’a pour finalité que de transformer en esclaves les pauvres. Lui, il annonce que le communisme est destiné à périr, que, sous peu, il ne restera rien des croyances mortifères qu’il a répandues en France et que l’Eglise, en se rangeant derrière la bannière de la lutte des classes, risque de sombrer avec ceux qu’elle idolâtre. C’est ce dont nous sommes aujourd’hui les témoins ébahis, pétrifiés, silencieux et stupéfaits.

            La lecture de ce document romancé fait comprendre pourquoi les anciennes banlieues rouges, désertées par les usines, ruinées par les délocalisations, fuies par les ouvriers (ceux qui sont restés sont condamnés au chômage, parce que, dans les usines qui subsistent, les machines ont remplacé les hommes), se sont islamisées au cours des trente dernières années et pourquoi, face à la démission de l’Eglise, l’islam a rempli le vide abyssal creusé par les communistes haineux. De ce point de vue, la littérature française, même quand elle de qualité moyenne, a le pouvoir de dire ce qu’est le monde réel et d’assumer le double rôle, qu’elle a hélas abandonné aujourd’hui, de Cassandre et de vigie – c’est-à-dire d’éveilleur des esprits et d’aiguillon à l’action.  

 

05 décembre 2010

Maraude

 

 

 

Ce nom, déverbal du verbe marauder, dérivé de maraud, est différent de la forme féminine de cet adjectif et nom. Maraud, maraude, écrit Furetière (Dictionnaire universel, 1690), sont des « termes injurieux » qui se disent « des gueux, des coquins qui n’ont ni bien ni honneur, qui sont capables de faire toutes sortes de lâchetés ». Le nom féminin maraude, désignant l’action de marauder, comme drague de draguer, décharge de décharger, tchatche de tchatcher, frime de frimer, etc. est attesté en 1679 et il est enregistré par Furetière (op. cit.) : « On appelle à la guerre maraude la petite guerre qui se fait par des soldats qui se dérobent du camp, et qui vont sans ordre et sans chef piller le paysan », Furetière ajoutant, sans doute pour ne pas donner le sentiment qu’il approuve ces actes de « guerre » contre les populations civiles, que « l’on punit les soldats qui vont à la maraude ». Puisque il l'écrit, il faut le croire. Cette définition est reprise dans les diverses éditions du Dictionnaire de l’Académie française (1694, 1718, 1740, 1762, 1798, 1835 : « Terme de guerre, qui n’est guère en usage que dans cette phrase aller en maraude, ce qui se dit des soldats qui vont en parti sans la permission de leur commandant » (1694) et « Terme de guerre, vol commis par les gens de guerre dans les environs du camp ou en s’écartant de l’armée » (1798) ou « Terme de guerre, vol commis par des gens de guerre dans les environs du camp ou en s’écartant de l’armée » (1835, exemples : Il va en maraude, à la maraude ; la maraude est défendue »). Thomas Corneille, en 1694 (Dictionnaire des Arts et des Sciences) tient aussi maraude pour un « terme de guerre » qui se rapporte à des soldats : « On dit des soldats qu'ils vont à la maraude pour dire qu’ils se dérobent du camp, pour aller à la petite guerre, c’est-à-dire pour aller piller le paysan sans ordre et sans chef, ce qui ne se fait que par des misérables ». C’est dans L’Encyclopédie (1751-64, d’Alembert et Diderot éditeurs) que l’on peut lire la définition la plus complète de la maraude, ainsi que la condamnation la plus ferme de l’ancienne habitude prise par des armées de vivre sur le pays où elles cantonnent ou font étape : « (Art militaire – la précision est délicieuse) c’est à la guerre le pillage que les soldats qui sortent du camp sans ordre vont faire dans les villages des environs. La maraude est entièrement préjudiciable dans les armées, elle empêche les paysans des environs du camp d’apporter leurs denrées par la crainte d’être pillés en y allant ; elle fait aussi périr beaucoup de braves soldats qui sont assommés par les paysans. Lorsque les maraudeurs sont pris par le prévôt de l’armée, il les fait pendre sur le champ ». Les encyclopédistes, eux, savent comment s’y prendre pour empêcher la maraude : « On pourrait apporter quelque remède à la maraude, si on chargeait les colonels des désordres de leurs soldats et si on punissait l’officier particulier, quand on trouverait son soldat hors du camp. En établissant cette police, on ne serait pas longtemps à s’apercevoir du changement qu’un tel ordre apporterait dans une armée. Mais de faire pendre simplement un malheureux qui a été pris sur le fait, comme il est d’usage de le faire, c’est un faible remède. Le prévôt n’attrape ordinairement que les sots, cela ne va pas à la source du mal, et c’est ne rien faire d’important pour l’arrêter ».

Pour ce qui est de la France, les impôts grâce auxquels les armées peuvent se nourrir et s’habiller sans avoir besoin de piller les bourgs ou villages voisins ont rendu la maraude caduque, si bien que le terme s’est appliqué à des écoliers qui vont voler des pommes dans le verger des voisins : « il se dit, par extension, en parlant des écoliers qui vont à la picorée ». Ainsi les académiciens (huitième édition, 1932-35) mettent en parallèle les deux emplois : « Larcin commis par des soldats, de fruits, de légumes, de volailles, etc., dans les environs d’un campement ou en s’écartant de l’armée » et « Il se dit, par extension, en parlant de larcins analogues commis dans les jardins et les champs par d’autres personnes que des soldats » (cet écolier a été pris en maraude).

Pourtant, le plus étonnant dans l’extension de ce nom est celui qui s’observe dans la langue humanitaire de tous ceux qui viennent en aide ou cherchent à venir en aide, dès que les grands froids commencent, aux clochards et aux vagabonds – ces malheureux Français, dits SDF, que les innombrables préférences dont ils sont exclus ont jetés dans les rues des villes. Partir en maraude aujourd’hui, quand on milite à la Croix Rouge ou au Secours Catholique ou à l’Armée du Salut, ce n’est pas faire la petite guerre contre des civils, c’est, le soir venu et quand il fait – 5 degrés au-dessous de zéro, parcourir une ville pour venir en aide aux sans abri et leur proposer couvertures, soupe chaude et éventuellement un hébergement.

Ce sens, en fait, n’est que l’extension de l’extension d’un sens de maraude, lequel, à la fin du XIXe siècle, s’est dit des cochers : « Fiacre en maraude, fiacre qui cherche à charger un client en revenant d’une course pour éviter le contrôle de stationnement » et, plus tard, des taxis : « Taxi en maraude, taxi qui circule lentement à vide à la recherche d’un éventuel client » (in TLF, op. cit.). Les académiciens (neuvième édition, en cours de publication depuis 1994) citent ces emplois étendus : « Par analogie, être en maraude, rôder en quête d’un profit, d’une occasion favorable. Un fiacre, un taxi en maraude, qui, contrevenant au règlement, circule à vide à la recherche d’un client ». A la différence de ces cochers de fiacre ou de ces conducteurs de taxi, les humanitaires qui, par temps froid, partent en maraude, ne sont à la recherche d’aucun profit – sinon moral ou qui atténuerait leur mauvaise conscience. Ils font cela gratuitement. God bless them, diraient les Anglais.

 

04 décembre 2010

Immigration

 

 

On connaît le petit air de serinette qu’entonnent chaque jour les gros consciencieux du social et autres compagnons de route : la France pays d’immigration, c’est l’immigration qui a fait la France, sans immigration la France ne serait rien, la population de la France est formée d’immigrés depuis vingt ou trente ou cinquante générations, etc. De dénégations identiques, nous fûmes abreuvés jadis. La France pays d’immigration depuis la nuit des temps, ce slogan est de la même farine sale qu’il n’y a pas de camp de concentration en Union soviétique, Chine, Cuba, Corée, etc. ou que dans les chambres à gaz n’ont été tués que des poux, ou qu’islam signifie paix.

Si la France avait été façonnée par l’immigration, alors les mots immigration, immigrer, immigrés auraient été en usage depuis la nuit des temps. Bien entendu, il n’en est rien. Immigration est attesté dans la seconde moitié du XVIIIe siècle. Selon les lexicographes du Trésor de la langue française (1971-94), il est formé à partir du verbe latin immigrare sur le modèle du nom émigration, attesté antérieurement (en 1752). Il est enregistré un siècle plus tard dans la septième édition du Dictionnaire de l’Académie française, où il est défini ainsi : « Action de venir s’établir dans un pays étranger ». Si l’immigration avait été un phénomène de masse alors, les académiciens auraient sans aucun doute illustré cette définition d’un exemple référant à l’installation de peuples entiers ou de fragments de peuples entiers, Africains du Nord, Russes, Noirs d’Afrique, Turcs, Tamouls, etc. dans tel ou tel département français. Bien entendu, il n’en est rien. Et s’il n’en est rien, c’est que le phénomène n’existait pas ou ne touchait que quelques centaines de personnes. L’exemple qui en 1879 illustre l’immigration, c’est « l’immigration des Européens en Amérique », c’est-à-dire en fait leur émigration : « l’immigration des Européens est une des principales causes de l’accroissement de la population en Amérique ».

Le premier lexicographe qui ait enregistré ce mot est Barré, en 1842, dans le Complément (au Dictionnaire de la l’Académie française) : « Établissement d’étrangers dans un pays », définition qui pourrait tout aussi bien s’appliquer à toute invasion ou toute colonisation, si bien que, pour éviter ce recouvrement de sens, les académiciens, dans la huitième édition du DAF (1932-35), se contentent d’un prudent « action d’immigrer ». Barré ajoute que c’est « l’opposé d’émigration » et que « le mot a été employé par Destutt de Tracy », célèbre idéologue, mot qu’il a justement inventé en même temps qu’idéologie. Littré ne s’embarrasse pas, il reprend la définition de Barré : « Établissement d’étrangers dans un pays, l’opposé d’émigration » (Dictionnaire de la langue française, 1863-77).

En revanche, dans les dictionnaires publiés dans le dernier tiers du XXe siècle, comme il fallait s’y attendre, non seulement la définition du mot immigration s’amplifie, de toute évidence en relation avec la croissance du phénomène que le mot désigne, mais encore elle se fait plus précise. Ce n’est pas seulement « l’action de venir s’établir dans un pays étranger » ou « l’établissement d’étrangers dans un pays », c’est « l’action de venir s’installer et travailler dans un pays étranger, définitivement ou pour une longue durée » (TLF, op. cit.). Le phénomène prend une telle ampleur que le mot ne désigne pas seulement une « action » ou un phénomène, mais aussi « par métonymie » l’ensemble des immigrés qui se sont établis dans telle ville ou dans tel pays (TLF) ou, selon les académiciens, « la population immigrée » (neuvième édition, en cours de publication depuis 1994), mais sans que ces emplois soient illustrés d’un exemple éloquent. Car, les auteurs de ces dictionnaires sont très prudents. Ils font référence aux Polonais (l’immigration polonaise dans le Nord de la France), aux Chinois (l’immigration chinoise est regroupée dans ce quartier de la ville), aux Irlandais (l’immigration des Irlandais aux États-Unis), aux provinciaux (« l’immigration provinciale », « l’immigration interne ou régionale »), aux populations sibériennes venues de très loin pour s’établir en Mandchourie ou en Mongolie, à la main d’œuvre ou aux travailleurs de force, mais jamais aux villages ou aux bourgs entiers du Rif ou de l’Atlas ou de la brousse sahélienne ou des plateaux d’Anatolie ou des montagnes kurdes qui viennent s’établir en France, avec femmes, enfants, vieillards, moutons, imams, viande et commerces hallal, mosquées, racisme, voiles, niqabs, etc. etc. etc. De cette immigration-là, les dictionnaires, même ceux qui ont été récemment publiés, même les plus savants, même les plus au fait des sciences du social, ne disent mot : c’est motus et bouche cousue. On s’infibule les lèvres. C’est qu’il ne faut pas que l'air de serinette « France terre d’immigration » soit retourné, tant il est faux, en sa vérité « France terre d’invasion ».

Il est dans le Trésor de la langue française quelques perles, non pas dans les définitions, mais dans les exemples, en particulier cet extrait daté de 1970, d’un dénommé Georges, sans doute l’un des innombrables géographes du PCF, extrait censé donner un peu de réalité à l’expression politique d’immigration, au sens de « lois restreignant et contrôlant l’immigration ». Le voici : « La plupart des grands pays d’immigration (…) pratiquent aujourd’hui (en 1970) une politique restrictive (...) et en tout cas sélective, au bénéfice des immigrants pourvus d’une instruction élevée apportant au pays d’accueil le concours d’une compétence professionnelle. Exceptionnellement, les États industriels de l’Europe occidentale font appel, à titre temporaire plus qu’à titre définitif, à des travailleurs de force pour l’exécution des travaux ingrats ou dangereux qui sont délaissés par leurs nationaux (Nord-Africains...). Toutefois les menaces de récession rendent ces pays très prudents dans leur politique d’immigration ». Tout dans cet extrait est écrit à l’encre rouge de l’idéologie : « politique restrictive » (plus de deux cent mille immigrés par an, sans compter les clandestins), « politique sélective » (la plupart des immigrés sont analphabètes ou quasiment analphabètes et n’ont aucune compétence professionnelle), « les travaux ingrats ou dangereux » sont effectués par des machines ou des robots, la récession et le chômage de masse n’ont pas arrêté l’immigration de masse.

La consultation des anciens dictionnaires est source de lumière pour ce qui est de la réalité, purement fantasmatique, de l’immigration. En revanche, le phénomène devenant massif depuis une trentaine d’années, au point de s’apparenter à ce que la Gaule romanisée a subi du Ve au Xe siècle, il n’a plus qu’une réalité ombreuse, conforme à ce que les bien pensants exigent que l’on en sache.  

 

 

 

 

 

02 décembre 2010

Pitié pour la France

 

 

 

Célèbre, polyglotte, invité à s’exprimer partout sur les cinq continents, Milan Kundera est un écrivain qui, devenu français, fait l’expérience de la francophobie (in La Revue des Deux Mondes, nov. 1994). Tchèque, cette haine ne le touchait pas. Peut-être il ne la remarquait pas. Pourtant  elle est plus commune que ne le pense Kundera. Elle prend des formes diverses, comme l’effacement du nom France. On ne le dit qu’avec réserve et à regret. De fait, la réalité politique, culturelle, spirituelle et historique qu’est la France ne se dit plus. Muette, comme si elle avait épuisé ses forces ou que son message fût tari, elle ne signale plus sa présence, ne serait-ce que pour affirmer au monde qu’elle n’est pas morte. Ecoutons les hommes politiques ou les intellectuels ou les journalistes ou les écrivains à la mode. Soyons sensibles non aux discours convenus qu’ils ressassent, mais à ce qu’ils taisent. Ecoutons leur silence. La France est la peste de la fable, comme si elle n’avait plus de nom ou qu’elle fût « ce mal qui répand la terreur ». Elle ne se dit que dans des ersatz, tels république, société, nation, ce pays, qui s’étagent dans une hiérarchie politique, du plus honorable au plus méprisant. 

République, au sens propre, signifie « chose publique ». Longtemps, le mot a désigné l’Etat, même sous les rois. Depuis 1792, le mot désigne un régime, c’est-à-dire un accident. La république n’est pas la France, elle n’en est qu’une partie. La France est l’Etre, la république l’attribut. La première est éternelle, même si nos contemporains se résignent à en voir l’existence abrégée ; la seconde est provisoire, même si ce provisoire est appelé à durer longtemps.  

La France est aussi désignée par société, ersatz plus ambigu encore. La république existe. Des textes l’attestent. Des lois en règlent la marche. Où sont les textes qui ont fondé la société ? Quelles sont les lois ? Qui en a décidé, si elles existent ? Personne n’a apposé sa signature au bas du « contrat social ». Nous savons ce que sont les SARL, la SNCF ou la Société générale. Nous les voyons, nous les touchons, nous entrons éventuellement dans une agence ou une gare, etc. La société n’a pas de réalité sensible, ni tout autre réalité qui serait ou non accessible à nos sens. Autour de nous, des individus vont et viennent, qui travaillent ou chôment, qui exercent ou non leurs droits de citoyen, qui s’ignorent les uns les autres et ne se saluent pas quand ils se croisent. On ne peut pas contester qu’ils existent. A l’opposé, la société qu’ils seraient supposés former est un fantôme. Si tant est qu’elle ait une existence, elle existe dans les seuls livres de sociologie. Le positiviste Comte, l’inventeur du mot et de la chose, rêvait d’une société régie et contrôlée par un clergé de sociocrates. Son rêve est réalité. La société est une construction que les sociocrates n’invoquent que pour condamner les opinions de leurs contemporains, pour infléchir, redresser, interdire, réprouver. Bourdieu postulait une société fictive, au nom de laquelle il jugeait les hommes, leurs goûts, leurs opinions, ils les classait, il les discriminait, il les répartissait en bons ou en mauvais, en aimables ou en haïssables.

Nation est un mot dérivé du verbe naître. C’est le produit du temps et de l’espace. Chacun est né de l’union d’un homme et d’une femme et dans un lieu donné. Notre identité est une date et un lieu. Nous nous inscrivons dans une lignée et dans un espace, déterminés en partie par le sang et le sol, par la transmission et par l’ancrage dans une terre. A la nation, chacun de nous peut s’identifier - au sens où nous y trouvons une partie de ce que nous sommes. Or nation est honni, autant que France, mais en France, car la nation est à discrédit variable. Elle n’est pas haïssable en soi. Tout dépend de qui l’invoque. En France, elle signifie racisme, xénophobie, tuerie, guerres civiles, massacres ou génocides. Dans les pays arabes ou musulmans, en Bosnie ou en Palestine, c’est le contraire. La nation n’y est pas Satan. Au contraire, elle est magnifiée, exaltée, louée. C’est l’absolu politique. En France, elle est le diable, sauf sous la forme national et à condition que cet adjectif soit épithète d’éducation, intérêt, libération et qu’il combatte la privatisation des entreprises d’Etat.

Le plus méprisant des ersatz est celui que l’on entend dans les discours de Lang et des socialos gauchistes, à savoir ce pays. Le démonstratif ce a une valeur dépréciative, il montre du doigt. De quelqu’un que nous méprisons, nous disons cet individu, cet imbécile, ce salaud, etc. Ce faisant, nous le stigmatisons. Dire ce pays, c’est refuser de le nommer, et si l’on refuse de le nommer, c’est qu’il ne mérite pas de l’être. Il est la Bête innommable. Le mépris est si fort qu’il est inutile d’ajouter de m... à ce pays. Cela ne signifie pas que France ait disparu. Il reste une étiquette commode inscrit sur les panneaux routiers ou les cartes. En dehors de ces emplois, France est tabou.     

Il y a quatre siècles et demi, du Bellay prononçait France sans retenue et s’adressait à elle comme à une nourrice familière et chère. Quand De Gaulle (alors, la France avait des ennemis, ses frontières étaient menacées) était prêt à se sacrifier pour sauver son pays, comme Charles Péguy l’avait fait en 1914 dans l’enthousiasme, la France s’incarnait dans des personnes ou des personnages de son histoire ou de ses arts. Elle avait un corps, une voix ou des voix, une présence. Aujourd’hui, elle n’est plus qu’une coquille vide. Son nom n’était pas tabou dans la France occupée. Il semble que, cinquante ans plus tard, il soit imprononçable. Tout se passe comme s’il ne devait plus franchir la barrière de nos lèvres et qu’il fût retenu quelque part, même pas au fond de notre gorge comme un sanglot, mais plus bas encore, là où sont reléguées les choses sans importance. Bientôt, les lexicographes feront suivre l’entrée France des mentions vieilli ou désuet ou hors d’usage. Ils en calculeront la fréquence d’emploi et ils y attribueront un indice très bas. Les faits rappelés ci-dessus resteraient anodins, s’ils ne reflétaient que l’état d’esprit de la corporation restreinte des journalistes. Or ils se répètent partout, à tout moment, dans tous les domaines de la vie sociale. Quelques griefs que l’on nourrisse à l’encontre des hommes politiques, force est de reconnaître qu’ils ont du flair. A l’écoute de l’opinion, ils ont senti les vents tourner. Désormais, ces vents soufflent dans les voiles de la francophobie. La haine exprime une perte, un effacement, une disparition de ce qu’est la France, de son être, de son passé, des significations dont elle est porteuse, et pas seulement un manque de confiance dans son avenir. Comment a-t-on pu tomber aussi bas ?

 

La francophobie noircit les Français, les rabaisse, les discrédite, les dévalorise, les rend coupables de tout, les avilit. Sur quelque objet qu’elle s’applique - que ce soit le peuple actuel ou nos ancêtres - et qui, en fin de compte, résume la France, les Français sont réduits à un tas informe de franchouillards avinés. Le beauf, personnage de la presse gauchiste, du cinéma (Dupont La Joie, M. Rodriguez) ou du showbiz (Glandu de Le Luron ou Gérard ou Papy Mougeot de Coluche) et l’invention du racisme prédiqué à la France et à la seule France ou à ses habitants de souche résument l’entreprise francophobe. Le Beauf existe dans notre passé. Nos ancêtres eux aussi sont des Beaufs. Par quel miracle, étant français, ne seraient-ils pas racistes ? Le gène du beaufisme se transmet de père en fils ou de mère en fille. Les vices les plus vils - fascistes, xénophobes, délateurs, veules - en sont les effets. Fascistes et racistes en même temps, ça fait beaucoup, mais l’époque est à la consommation sans frein. Le caddie de la haine est plein à ras bord,  génocides, massacres de masse, camps de concentration, meurtres, déportations, pillages. Les Français ne sont plus hommes comme le sont les Turcs ou les Chinois, ils sont assignés à résidence raciste, tous, sans en excepter un seul, les flics, les concierges, les pêcheurs à la ligne, les coureurs du Tour de France, les chasseurs, les sportifs, les petits commerçants, les artisans, etc. Ouvrez l’annuaire, vous aurez la liste des racistes, à condition d’en ôter ceux qui portent des noms « difficiles à prononcer ». Je ne me souviens pas que les Français aient été racistes et je ne suis pas sûr qu’ils le soient. S’ils le sont (pourquoi pas ? En quoi seraient-ils protégés du racisme ?), ils le sont sans aucun doute moins que les égorgeurs d’étrangers en Algérie ou ailleurs. Or ce sont les Français, pas les Algériens (ils forment un peuple élu), qui sont racistes. Comme Jeanne d’Arc, ils subissent l’inquisition. Leur lot est une nature infamante. Le racisme est l’essence de la France, disent Wievorka, BHL et alii. Le péché originel que les théologiens ont abandonné a été ressuscité pour la seule France. Le racisme est son péché originel. Si, par hasard, quelques-uns de nos ancêtres n’ont pas failli - ainsi Jeanne d’Arc, Louis IX, Gambetta -, on les oublie, on les occulte, on les efface de la mémoire, on les jette dans les mêmes poubelles que ceux qui sont accusés d’avoir failli. Clémenceau est un tueur, Ferry un affameur, De Gaulle un monarchiste raciste. Pour que l’histoire soit révisée, on abolit la chronologie, qui n’est plus enseignée, ce qui rend possible la transformation de nos ancêtres en beaufs puants. 

Pourquoi le présent et le passé, les hommes et les choses, tout est-il noir ? Le noircissement répond à un objectif. Il faut faire honte aux Français, qu’ils oublient qui ils sont, qu’ils se détachent de la France et la jettent dans les poubelles de l’histoire. Les générations Nouvel Obs, Monde, Libération, Jospin, Lang, Sollers, Catherine M, Mme Angot, Bourdieu, etc. affichent leur supériorité distinguée sur le peuple et sur les générations laborieuses, modestes, humbles qui ont précédé MM Daniel, Plenel, Colombani, July, Kouchner, Lang, BHL. Leur supériorité est absolue, pas relative. Nos ancêtres et le peuple sont inférieurs en tout à ces belles âmes. Le progressisme a changé de nature. Du social, il a basculé dans la métaphysique. Nos ancêtres se seraient crus (du moins ils en sont accusés) supérieurs aux noirs, aux arabes, aux Indiens. Désormais, les belles âmes s’arrogent cette supériorité et ils assignent aux Beaufs la position inférieure du primitif. Entre eux et le peuple, ils creusent un abîme. Plus les Beaufs seront veules, stupides, bas, ignobles, immondes, laids, et tout ce qu’on voudra d’autre, plus, en comparaison, ils paraîtront hauts, beaux, courageux, intelligents, lucides, vertueux, vigilants. Ils ne rabaissent que pour mieux se guinder. Ils n’avilissent que pour rehausser le piédestal où ils montent. Peu importe que leur famille de pensée ait abandonné la France à Hitler au nom du pacifisme béat « plutôt la servitude que la guerre ». Ils n’accusent nos ancêtres d’avoir collaboré que pour se grimer du fard des résistants. Ils n’ont aucune dette envers eux. Leurs ancêtres, qu’ils ne baptisent pas beaufs, sont enterrés ailleurs. Ils sont d’un autre sang. En un mot, ils sont supérieurs.

 

Jusqu’en 1960, la France, dont le nom signifie libre,  était la patrie des droits de l’homme, la mère des arts et des lois, le phare des Lumières, le guide de l’humanité, le centre du savoir et de la culture, l’héritière d’Athènes et de Rome. A partir de 1960, tout a changé. Elle est devenue la terre des servitudes, la patrie de la violation des droits de l’homme, la mère des barbaries, l’antre de l’obscurantisme moderne, etc. C’est chez Foucault, Derrida, Barthes, Bourdieu, BHL, Wievorka, que s’opère ce renversement. Foucault a écrit Histoire de la folie à l’âge classique, Les mots et les choses, Surveiller et punir, Histoire de la sexualité, qui ont connu un succès incompréhensible, sauf à les replacer dans l’entreprise qui y donne sens. Ses livres servent de réservoirs. Les francophobes y puisent les thèmes de haine, ceux qui instruisent le procès de la France y trouvent des preuves à charge, ceux qui veulent en finir avec le pays de la liberté y cherchent des raisons d’asservir. L’entreprise de Foucault et alii consiste à dénoncer la France. Partout où il y a civilisation, s’impose un ordre injuste, fait de dispositifs serrés, cruels, compacts, destinés à contrôler, sanctionner, normaliser, réprimer, enfermer. Pour plaquer ce maillage sur le corps social, les techniques et les savoirs (médecine, psychiatrie, physique, droit) sont détournés de leurs fins. Jadis on croyait que le savoir émancipait, désormais Foucault annonce qu’il asservit. Les criminels et les fous, de dangereux qu’ils étaient, basculent dans le camp des victimes et leurs victimes deviennent des bourreaux. En France, tout est prison : la caserne et l’école bien sûr, et l’hôpital, l’hospice, tout autre lieu public, de même que les institutions de la famille et du mariage. Non seulement les criminels et les fous, mais aussi les malades mentaux, les soldats, les écoliers, les femmes, les enfants, les marginaux, les vagabonds sont pris dans les filets de l’ordre injuste et cruel, qui ajoute à ces vices l’hypocrisie, puisque, pour broyer les individus, il se masque des droits de l’homme. La folie, disent-ils, est une maladie inventée par la bourgeoisie pour écarter du corps social sain ceux qui le contesteraient ou qui s’en écarteraient. On sait que l’autisme est produit par des désordres génétiques qui touchent le cerveau. On s’en doutait il y a quarante ans, on en est sûr aujourd’hui. Cela n’a pas empêché les disciples de Foucault d’accuser les familles de fabriquer des enfants autistes. Pendant des années, des parents ont été rabaissés, noircis, culpabilisés, comme la France, pour justifier la déconstruction à laquelle se consacraient Foucault et ses disciples, dont les thèses ont produit les revendications « détruire la prison », « à bas les murs de l’asile », « fermons les casernes », « ouvrir les écoles », etc.

Ces thèses nourrissent l’art contemporain. Le cinéma dit « d’auteur » ou « jeune » n’est que la mise en images des thèses de Foucault. Les films glauques, noirs, désespérés qui sortent de ces officines idéologiques relèvent d’une pensée trash (mot US qui signifie « immondices »). Les héros sont des détraqués, des pervers, des asociaux, des fous ou des demi fous, des drogués, des obsédés mus par la seule pulsion de mort. Des sous-hommes, voilà ce que sont les Français. Un pays raciste, voilà la France de ce « cinéma officiel » qui ne vit que de subventions ou des fameuses « aides à la création ». Il en va ainsi des installations, de l’art nouveau, de la peinture aidée. L’Etat achète les croûtes qui chantent l’idéologie mise en musique par Foucault ou ses disciples.  

 

 De quel socle épistémologique viennent ces thèses délirantes ? Quel fumier les a nourries ? Comment la thèse de la France totalitaire, liberticide, répressive, hypocrite, broyant enfants et adultes, hommes et femmes, raciste de nature (Wievorka), berceau de la pensée fasciste (BHL), a-t-elle pris forme ?

La France que Foucault voit, représente et décortique dans ses livres est plus répressive et plus liberticide que les pays communistes. A l’Est, les atteintes aux libertés se voyaient. En France, elles sont invisibles. La France serait une geôle et les Français seraient enfermés dans un vrai goulag. Pourquoi cela ? Les crimes dont le communisme est naturellement porteur, comme les nuages l’orage, ont été connus dès 1917. En 1956, ils étaient évidents. Aux Français lucides, le communisme est apparu comme le système le plus sot, le plus stupide, le plus crapuleux, etc. de l’histoire de l’humanité. Si ses victimes, entre 85 et 100 millions d’hommes, au lieu d’être chinois, cambodgiens, vietnamiens, coréens, tibétains, noirs, ukrainiens ou ressortissants des colonies de l’ancienne URSS, avaient été de bons judéo-chrétiens d’Europe de l’Ouest comme l’ont été les victimes du national socialisme, des Nuremberg du communisme auraient été organisés partout. Les « amis du Désastre » et les compagnons de route n’auraient pas eu besoin de noircir la France pour blanchir le système dont ils sont les thuriféraires. Leur complaisance est avérée. On en connaît les raisons. Le communisme est conçu, élaboré, propagé par les intellectuels - docteurs en quelque chose ou, comme Lénine, rats de bibliothèque. En bref, c’est une idéocratie. Plutôt que de faire amende honorable (certains l’ont fait, Leroy-Ladurie, Kriegel) et reconnaître qu’ils se sont engagés en faveur du crime universel, ils ont persévéré dans leur être. La négation n’était pas tenable. Foucault et les siens n’ont pas marché dans les brisées de Faurisson ou de Ramadier. Cela leur aurait valu peut-être une volée de bois vert, encore que... Ils ont trouvé la parade, non chez les escrimeurs, mais chez les judokas, en retournant contre l’adversaire son attaque. Ils ont donc reversé les crimes du communisme sur la France. Le pays le plus répressif, le plus cruel, le plus liberticide, n’est pas l’URSS, ni la Chine, ni l’Iran islamique cher à Foucault, ni le Cambodge, ni l’Ethiopie, ni la Guinée, mais la France elle-même, qui cache sous de beaux discours les pratiques les plus barbares qui soient. Les immondices dont la France est couverte ont sorti l’idéocratie communiste de l’abîme de crimes dans lequel elle s’est discréditée à jamais.

 

Le dimanche 11 novembre 2001, l’émission Ripostes de la 5 (chaîne publique dite « chaîne du savoir ») traitait, non pas de la signification véritable de la guerre de 1914-1918 (la question aurait pu être : boucherie ou combat pour libérer un pays occupé ?), mais des communautés juive et musulmane. Le titre « juifs et musulmans, comment ça va ? » détonait par rapport aux agressions verbales, anonymes ou publiques (« mort aux juifs ») et aux pogroms dont sont victimes les juifs en France, incendies de synagogues et d’écoles juives. Faussement cool ou zen, il ne laissait rien attendre de bon de ce débat, auquel participait le ministre Mélenchon, trotskiste et antiraciste, mais uniquement quand le racisme est le fait de l’extrême-droite. Mélenchon a parlé de la France, oui de la France. Pour la première fois depuis 1981, un ministre socialiste a dit France, mais à peine prononcé, le nom a été nié : « la France est à construire », « la France est un avenir » ou « la France est notre futur à tous, ici présents », etc. comme si, dans l’esprit de Mélenchon, la France n’avait pas existé avant lui. Exeunt quinze siècles ou plus d’histoire, disparus 50 millions de Français, dont les ancêtres fertilisent la terre de France, finis les Lumières, la langue, la culture, les idées, la Déclaration des droits de l’homme, la Prise de la Bastille, les efforts faits par des dizaines et des dizaines de millions d’hommes qui ont sacrifié leur vie pour que nous vivions libres, et tout ça pour satisfaire un ministre qui s’est engagé pendant trente ans ou plus en faveur des crimes contre l’humanité. Les millions de héros anonymes qui ont fait la France, en l’entendant, ont dû se retourner dans leur tombe pour y mourir éternellement.

S’adressant aux musulmans présents sur le plateau, le Ministre a cru bon qu’il devait parler de ses ancêtres. Il est Français de « fraîche date », précisant qu’il n’est ni juif, ni arabe. Il est né à Tanger. Il est fier, non pas que ses ancêtres aient été français et aient fait la France, mais que ses ancêtres ne l’aient pas été. Toute sa fierté lui vient de sa non origine française. Et c’est au nom de son origine, ethnique ou nationale, qu’il dénie aux Français le droit à une culture, à une histoire, à une identité, à un territoire, à une existence, à des droits naturels et imprescriptibles. Il y a un siècle, les imbéciles se vantaient d’être Français depuis la nuit des temps. Aujourd’hui les mêmes imbéciles tirent leur gloire de ce qu’ils ne sont français que depuis la veille et qu’ils ne doivent donc rien à la France. Les saillies de ce ministre montrent que la nécessité d’intégrer des populations toujours plus nombreuses venues d’Asie et d’Afrique accentue la disparition du nom France et l’effacement du pays qui porte ce nom. La France en devient caduque. Pendant des siècles, la France a assimilé des étrangers. Autrement dit, elle a fait d’eux des Français semblables à tous les autres. Elle a accueilli des esclaves, leur a donné la liberté, les a émancipés, élevés au-dessus d’eux-mêmes, fait en sorte qu’ils deviennent citoyens, détenteurs de sa souveraineté et maîtres de son destin. Il n’y a pas au monde de politique plus généreuse. Depuis trente ans, cette ambition est morte. S’installent en France des populations soumises qui prônent des idéologies ou des morales thanatogènes ou de haine, sûres d’elles, racistes, convaincues de la supériorité absolue de leur race ou de leur religion, dominatrices, sans que l’Etat impuissant, la république immobile, la nation honnie et la France désuète osent exiger d’elles qu’elles changent. Rien ne les émancipe. De fait, la France est neutralisée, non comme la Suisse ou la Finlande, mais parce qu’elle est transformée en un espace neutre sans limites, sans frontières, sans âme, sans histoire, sans loi, sans règles, qui n’appartient à personne et qui est donc à tout le monde, simple entité abstraite vidée de son sens, évidée, éviscérée, aplanie, dépouillée de ses attributs, vide, véritable terra incognita. Les populations nouvelles se dispensent de tout devoir. Français se ramène à un coup de tampon sur une feuille blanche, aisément falsifiable et que l’on peut reproduire à des millions d’exemplaires. Tant que l’encre et le papier ne font pas défaut, on fabrique des Français. France ne signifie plus rien, français encore moins. Il faudrait être fou pour dire ces mots trash.