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31 janvier 2011

"Révolution arabe" : l'hénaurme blague

 

 

 

 

Une même et unique rumeur bruit dans les media depuis trois semaines et met en transe les journaleux : la Révolution. Nihil novi sub sole. Il y a trente-deux ans déjà, en 1979, les mêmes journaleux, dans les mêmes media, saluaient le fait que l’ayatollah Khomeiny avait posé ses grosses fesses sur le trône de Perse comme un grand bond en avant, celui de l’humanité se libérant de ses chaînes. En fait de chaînes brisées, c’est dans un cul de basse fosse que Khomeiny et ses séides laissent croupir les Iraniens. L’histoire n’échaude même pas les media. De cela, on peut tirer deux maximes : il n’y a pas d’eau assez bouillante qui puisse échauder un journaleux ou tout journaleux échaudé en redemande. Ils concluent leurs « papiers » d’un « vive la Révolution arabe » martial, mais ce n’est pas par prudence, car ils ignorent que le subjonctif « vive » signifie le souhait et relève de l’exorcisme. On souhaite que cette révolution vive, parce qu’elle ne va pas durer ou qu’elle est tout ce que l’on veut, sauf une révolution, à moins d’entendre révolution dans son vrai sens, le sens que le mot a en astronomie, à savoir « retour à son point de départ ».

En effet, depuis quatorze siècles, l’histoire (ou la prétendue histoire) de ce que l’on nomme les pays arabes, et qui sont, à l’exception des pays de la péninsule arabique, des pays arabisés de force et par la terreur, est une non-histoire. A partir de 642-643, ces pays qui, tels la Mésopotamie, la Syrie, la Perse, l’Egypte, étaient les berceaux et les phares de la civilisation ont été envahis, conquis, colonisés, razziés, exploités, régis par des soudards arabes islamisés qui se sont « ouvert » ces pays riches et prospères pour les soumettre au sabre d’Allah, liquidant toutes les élites qui leur résistaient.

Le résultat est qu’il n’y a que deux forces politiques dans ces pays : l’armée ou l’islam ou l’armée et l’islam, l’armée secondée par l’islam ou l’islam appuyé par l’armée. C’est ce qui se passe au Soudan, en Egypte, en Jordanie, en Algérie, au Maroc, en Libye, en Turquie, etc. C’est un invariant, qui n’a pas changé d’un kasra depuis quatorze siècles. Parfois, l’armée essaie de mener une politique autonome en y soumettant l’islam, comme l’a fait Mustapha Kemal en Turquie pendant trente ans ; aujourd’hui, c’est Erdogan qui soumet l’armée turque à la loi de l’islam. Ben Ali et Moubarak étaient l’un et l’autre généraux ; Sadate était militaire, comme Nasser, les mamelouks, Salah el din, les Soliman et autres Mehmet, sultans ottomans, etc.

Deux pays ont échappé à ce destin : le Liban, qui n’en a plus pour longtemps, et l’Egypte, de 1860 à 1950, mais le colonel Nasser et ses soudards, admirateurs du cheikh Abdou, ont remis l’Egypte dans le droit chemin en chassant les élites juives et chrétiennes qui constituaient un embryon de société civile et avaient contribué à faire de l’Egypte un Etat de droit. Bien entendu, en 1952, l’intelloterie française, en transe, a applaudi ce coup d’Etat, qui a été tenu alors pour une révolution arabe – en fait, une simple « révolution de palais » qui a remis l’Egypte sur la juste voie, tracée en 643.

Les choses étant ce qu’elles sont, on ne peut attendre de ces révolutions qu’un rappel de la règle millénaire : l’islam ou l’armée, ou l’armée et l’islam. Tant que ces pays arabisés n’auront pas brisé le sabre d’Allah pour se libérer enfin de la double occupation qu’il impose depuis quatorze siècles, ils resteront ce qu’ils sont, conformes à ce qui leur a été imposé par la force et la terreur.  

 

 

 

29 janvier 2011

De la mondialisation à la globalisation

De la mondialisation à la globalisation

 

 

Globalisation et mondialisation, ainsi que les verbes globaliser et mondialiser dont ils dérivent sont modernes – et même hypermodernes, de la modernité dernier cri, de la nouvelle NLF, la langue française deux fois nouvelle et toute fraîche. Alors que les académiciens consacrent dans la neuvième édition de leur Dictionnaire (en cours de publication) une timide entrée à mondialiser (« étendre à l’ensemble du monde ») et à mondialisation (« le fait de se répandre dans le monde entier, de concerner toute l’humanité ; et absolument, la mondialisation, nouveau concept désignant la généralisation des relations internationales dans les domaines politique, économique et culturel »), ils ignorent globaliser et globalisation. Quant aux auteurs du Trésor de la langue française (1971-94), ils citent les deux noms globalisation (« philosophie, psychologie, fait de percevoir, de concevoir quelque chose ou quelqu’un comme un tout ») et mondialisation (« action, fait de donner une dimension mondiale à quelque chose ») certes, attestés le premier en 1946, le second en 1964, mais dans les entrées consacrées aux deux verbes.

Les mots sont récents, mais les phénomènes qu’ils désignent – et surtout l’intensification des échanges entre les continents – sont anciens. Si, au cours des siècles passés, il n’y avait pas eu une ou plusieurs mondialisation(s) des échanges, nous ne boirions pas de thé, ni de café, nous ne fumerions pas de tabac, ni d’opium ou de ses dérivés, nous ne mangerions pas de chocolat, de pommes de terre, de tomates, nous ne relèverions pas nos plats de poivre ou de coriandre, etc. etc. etc., les Chinois ou les Argentins ne boiraient pas de vin français, personne d’autre que les Français ne mangerait de baguette à la française et les Polynésiens ne parleraient pas français. Ces échanges existent depuis que le monde est organisé en Etats et en villes : l’empire romain, la Méditerranée au XVIe siècle, la ligue hanséatique, etc. Un des agents méconnus de la mondialisation aux XIVe et XVe siècles a été la dynastie Ming sous l’égide de laquelle un des plus célèbres navigateurs qui soient au monde, Zheng He, a mené ses flottes de plusieurs dizaines de grands navires dans tout l’Océan indien et jusqu’à la pointe extrême de l’Afrique. Les historiens ont eu conscience de la réalité de ces phénomènes, bien avant qu’ils n’émergent dans l’opinion publique et qu’ils ne fassent l’actualité des médias. Ainsi, Fernand Braudel, l’historien de la Méditerranée au XVIe siècle, a forgé, pour en rendre compte dans les années 1960, le concept d’économie-monde et, aujourd’hui, des historiens traitent de ce qu’ils nomment « l’histoire-monde » (cf. Histoire du Monde au XVe siècle, Fayard, 2009).

Du XVIIe à la première moitié du XXe siècle, pendant quatre siècles, le monde a été façonné par l’expansion des pays d’Europe, expansion à laquelle notre pays a contribué autant, sinon plus, que le Royaume-Uni ou l’Espagne. De cette longue mondialisation, la France a conservé quelques vestiges : une ZEE ou zone d’exclusivité économique (une bande de mer large d’un peu plus de 350 Km au-delà des rivages) qui est, après celle des Etats-Unis d’Amérique, la plus vaste au monde : plus de onze millions de Km2, soit 20 fois la superficie de la métropole ; un réseau d’écoles, d’instituts et de centres culturels qui fait de la France et de son Etat la première multinationale culturelle et linguistique au monde. Cette  mondialisation a été du ressort des Etats, tel l’Etat chinois au XVe siècle ou l’Etat portugais aux XVe et XVIe siècles, ou de « compagnies » qui étaient contrôlées par les Etats européens, telles les diverses Compagnies des Indes, orientales ou occidentales, française, anglaise, néerlandaise. Le commerce des épices qui a été pendant deux ou trois siècles la pointe émergée d’une vaste mondialisation était contrôlée par les mamelouks circassiens d’Egypte qui tiraient l’essentiel de leurs ressources des taxes prélevées sur ces épices et par la République de Venise qui disposait du quasi monopole de la distribution en Europe, ce qui a incité le Portugal et la République de Gênes à chercher une autre route vers l’Inde, en contournant l’Afrique par le Sud ou en se dirigeant vers l’Ouest. La mondialisation par les Etats a eu ses inconvénients. Celle dont la France a été l’agent entre 1830 et 1962 a coûté très cher aux contribuables français qui ont financé les infrastructures (routes, ports, barrages, écoles, aéroports, etc.) rendues nécessaires par la multiplication des échanges.

Dans les années 1980, la mondialisation a changé de degré et de nature : de degré, parce que les échanges se sont intensifiés et ont été multipliés quasiment à l’infini, touchant les marchandises, même les plus fragiles, les symboles culturels et la vie de l’esprit, les personnes (jamais les flux migratoires n’ont été aussi forts dans l’histoire du monde) ; de nature, parce que la mondialisation n’est plus l’affaire des Etats et qu’elle se fait, sauf cas exceptionnels (Chine, Inde, Arabie saoudite et quelques émirats pétroliers), contre les Etats et même contre la politique. En bref, c’est à une mondialisation d’un nouveau type et d’un type inédit et même inouï que nous sommes confrontés. Elle est l’affaire de grands groupes multinationaux, dont certains sont d’origine française, de banques d’affaires, dont certaines sont d’origine française, de puissances financières. On connaît quelques noms ou quelques visages, dans lesquels elle s’incarne : Soros, Gates, Jobs, Koons… Les intérêts privés font la mondialisation, parce que, d’après ces intérêts ou ceux qui les représentent, la politique, les Etats, le Bien public n’offrent plus ou n’offriraient plus de perspective à l’humanité pour ce qui est de la production de biens et de services et pour ce qui est de son bonheur. Ces intérêts se sont substitués aux Etats, tout en les reléguant ceux-ci dans des tâches subalternes, telles la solidarité sociale. Les revendications en faveur d’une meilleure « gouvernance » (et non d’un gouvernement) « mondiale » (évidemment) ou d’une « gouvernance » « effective » sont l’expression de ces changements qui affectent le pouvoir des Etats et la souveraineté des peuples.

 

La mondialisation actuelle n’est plus à proprement parler une mondialisation, mais une globalisation, comme disent les Américains. C’est le mot qu’employait Giscard d’Estaing dans les années 1970, alors que l’on commençait à prendre conscience de ce phénomène. En français, global a pour sens « en bloc ». La globalisation, c’est la constitution d’un seul bloc, dont la formation a été rendue possible par la disparition des blocs et la fin de leur affrontement. Ce bloc uniforme, massif, uni est fait d’un seul et même marché, d’un marché unique, qui est aussi un unique marché, ce qui signifie qu’il n’existe rien d’autre en dehors du marché et que cet unique marché non seulement s’étend à tous les biens et tous les services, mais encore régit toutes les décisions politiques, sociales ou économiques. Il faut prendre conscience de l’ampleur des bouleversements, non seulement dans la marche du monde et dans l’ordre des choses, mais même dans notre rapport, à nous êtres humains, au monde et aux choses. Le marché, nous savons par expérience que c’est un lieu et un moment. Le lieu, c’est la place, du marché ou de l’église, ou la grand-rue de la ville ou du quartier où nous demeurons ; le moment, c’est le mercredi ou le samedi ou tout autre jour, de sept heures du matin à une heure de l’après-midi. Le lieu est délimité, borné, circonscrit ; il a des limites et des « frontières ». Le temps, lui aussi, est limité. C’est dans ce lieu et pendant ce temps que s’échangent biens, nourriture, services. Aujourd’hui, dans la nouvelle mondialisation, le marché est partout et il dure 24 heures sur 24. Ce marché n’a plus de lieu propre grâce à la numérisation, l’automatisation des fonctions et la connexion généralisée. Il est sur l’écran de ces ordinateurs reliés à tous les ordinateurs du monde et allumés sans arrêt. Il est vrai aussi que la dématérialisation des titres et la titrisation des valeurs, c’est-à-dire la valeur affranchie de tout ancrage dans un lieu et un moment, vont de pair avec ce marché unique et global, qu’elles renforcent et étendent à tout. Il faudrait adopter un autre mot pour désigner ce marché d’un nouveau type : par exemple hyper-market ou pan-market.

Dans cette globalisation d’un type inédit, ce n’est même pas l’économie qui prime sur le reste. En grec, le mot oikos ou eikos sur lequel est formé économie signifie « maison » : l’économie, c’est la gestion de la maison ou le ménage, comme on disait dans la vieille langue française, c’est-à-dire la gestion de la maisnie (le manoir), des terres, du domaine. L’économie suppose l’existence d’un lieu ou d’un territoire sur lequel elle peut s’exercer. Le pan-market n’a plus de territoire. Il est hors-sol et hors du temps. Dans ce cadre, le politique devient caduc, puisque ce terme, grec lui aussi, a pour sens gestion de la « cité » ; il y est substitué la gouvernance du bloc global par ces organes financiers qui en sont les créateurs. L’Etat et la nation ont besoin d’un lieu et d’un temps pour être : le pan-market les abolit ou les rend caducs. Quand le politique est maintenu, comme en France depuis plus de vingt ans, c’est comme un vestige ou un oripeau à la remorque de la gouvernance mondiale, c’est-à-dire des organes de direction de la nouvelle mondialisation, et de ces suppôts que sont l’UE et l’OMC. La globalisation a aussi sa langue, le globish, une langue en grande partie factice et artificielle, mais qui est parfaitement adaptée pour régler la communication dans le pan-market. Certes, elle n’a aucune des autres fonctions d’une langue, telles que dire l’être, s’inscrire dans l’histoire, exprimer une symbolique qui lie les hommes, permettre une vie de l’esprit, faire s’épanouir la culture, etc. Cette langue n’est même pas l’anglais, même si elle est mâtinée d’anglais ou d’anglo-américain, et elle a ses propres codes (en dire le moins possible), ses agents, le moins de règles possible et que parlent tous les « acteurs » du marché global ou du monde « bloc » unique, qu’ils soient Chinois, Indiens, Français, Suédois, Brésiliens.

On comprend que la globalisation soit plébiscitée par les puissants, les élites, les dirigeants, qui n’y trouvent que des avantages, et par les médias, qui en chantent l’éloge sur tous les tons. Elle est plébiscitée, mais sans le suffrage des peuples, lesquels sont condamnés au néant.

 

28 janvier 2011

Euthanasie

 

 

Le mot a été fabriqué à partir de deux mots grecs (« doux, agréable » et « mort ») en 1605 par un écrivain, philosophe et homme politique anglais, Francis Bacon. L’objectif de la médecine, explique-t-il, n’est pas seulement de rétablir la santé des malades, mais de leur offrir, lorsqu’il n’y a plus d’espoir de guérison, une « mort douce et paisible »… Les moyens par lesquels cette mort douce pourrait survenir ne sont pas dévoilés, Francis Bacon ne se prononçant que sur la nécessité et la justesse d’une mort sans souffrance. Les auteurs, tous ou quasiment tous jésuites, du Dictionnaire universel français et latin, dit de Trévoux, enregistrent euthanasie dans l’édition de 1771 (volume 5) en y donnant le sens de « mort paisible », sans autre commentaire.

Le mot appartient à la philosophie et aussi à la médecine. Barré le fait entrer comme « terme de philosophie » dans le Complément de 1842 au Dictionnaire de l’Académie française : « art de rendre la mort douce » et en commente ainsi l’origine : « nom par lequel François Bacon désigne une science qui lui paraissait à créer », et aussi comme terme de médecine signifiant « mort douce, sans douleur, sans agonie », définition que reprennent Pierre Larousse dans son Grand Dictionnaire universel du XIXe siècle (médecine : « mort douce, sans souffrance » ; philosophie : « art de rendre la mort douce selon F. Bacon ») et Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77) : « bonne mort, mort douce et sans souffrance ». Au XIXe siècle, Renan a essayé de développer cet art ou cette science qu’est l’euthanasie : « les recherches que j’ai commencées, écrit-il en 1878, sur une science qui s’appellera euthanasie mettront l’homme au-dessus de la plus triste servitude, la servitude de la mort. L’homme ne sera jamais immortel ; mais finir n’est rien, quand on est sûr que l’œuvre à laquelle on s’est dévoué sera continuée ; ce qui est honteux, c’est la souffrance, la laideur, l’affaiblissement successif, la lâcheté qui fait disputer à la mort des bouts de chandelle quand on a été flambeau. Je trouverai un moyen pour que la mort soit accompagnée de volupté ». Il semble que les recherches de Renan n’aient pas abouti, puisque euthanasie, terme de philosophe entendu dans le sens de « science de rendre la mort douce », est tenu pour vieux dans le Trésor de la langue française (1971-94) : sur ce terrain, la philosophie a été supplantée par la médecine et par la pharmacologie qui connaissent les molécules qui tuent un homme en quelques instants, sans qu’il en ait conscience et sans qu’il souffre.

Apparemment, aussi bien chez Littré que chez Barré, l’euthanasie est une mort naturelle et elle ne résulte pas d’une prescription médicale. Du moins, ces deux lexicographes se gardent bien de poser le dilemme qui touche les consciences, lesquelles, pour nombre d’entre elles, refusent que la mort soit donnée par un médecin ou qu’elle résulte de l’absorption d’un médicament prescrit. Les auteurs du Trésor de la langue française (1971-94), qui sont des modernes, n’ont pas ces scrupules. Ils envisagent les deux sortes de mort douce, naturelle et artificielle : « mort douce, de laquelle la souffrance est absente, soit naturellement, soit par l'effet d'une thérapeutique dans un sommeil provoqué ».

 

De toute évidence, l’euthanasie est sortie de la langue ; elle est devenue depuis la fin du XXe siècle une question dite de « société » ou « sociétale », c’est-à-dire une image ou un miroir de la modernité, comme son condensé, là où la modernité apparaît dans sa nature véritable, avec sa haine de la mort, son obsession d’utiliser toutes les ressources de la médecine pour dominer la nature, sa volonté de pureté en cachant tout ce que la condition humaine a de vil ou de tragique. Les académiciens ont ignoré euthanasie dans les huit éditions publiées de leur Dictionnaire de 1694 à 1935 ; en revanche, dans la neuvième édition, en cours de publication, ils y consacrent un article relativement long et distinguent trois sens : « mort, douce et sans douleur, survenant de façon spontanée, sans autre intervention éventuelle que l’administration d’analgésiques » ; « action destinée à donner la mort à un malade incurable qui demande ou a demandé que l’on abrège ses souffrances ou sa déchéance physiologique » (« euthanasie active, administration de substances hâtant par elles-mêmes le décès ; euthanasie passive, suspension du traitement ou de la réanimation ») ; et enfin, « abusivement », indiquent prudemment les académiciens, en « politique », « élimination des individus ou groupes humains considérés comme tarés » (Platon préconisait l’euthanasie pour l’équilibre de sa République). Ce qui est déterminant, c’est que le mot euthanasie n’est plus seulement un terme de médecine ou de philosophie : il est entré dans le vocabulaire courant : « usuel », écrivent les auteurs du TLF, et, dans ces emplois-là, il désigne le « fait de donner délibérément la mort à un malade (généralement incurable ou qui souffre atrocement) ». De fait, le mot s’est chargé de sens divers et situés à l’opposé l’un de l’autre : le refus de maintenir en vie par tous les moyens un mourant, les soins intensifs et le fait de donner délibérément la mort à un malade, sans parler de l’usage qu’en ont fait les partisans de l’eugénisme pour « supprimer les sujets tarés afin de satisfaire des exigences de nature collective » et qu’elle a été sociale et eugénique, le mot étant contaminé par l’analogie fâcheuse que les deux dernières syllabes (nazi) établissent avec un régime qui a usé et abusé de l’euthanasie à l’encontre, non pas des mourants, mais d’hommes, de femmes, d’enfants en excellente santé.

 

25 janvier 2011

Dogmatique

 

 

 

Dans la langue actuelle, l’adjectif dogmatique est péjoratif quand il qualifie une personne ou son comportement : « qui affirme avec autorité, à la manière du magistère ecclésiastique » (Trésor de la langue française, 1971-94 ; dans ces emplois, il a pour synonymes doctoral, impérieux, tranchant, péremptoire) ; « par extension, qui exprime ses opinions d’une manière impérieuse et tranchante » (Dictionnaire de l’Académie française, neuvième édition, en cours de publication). Dans la langue classique, cet adjectif, employé parfois comme nom, n’était pas l’objet de jugements méprisants.

Emprunté du latin dogmaticus, « relatif aux dogmes » et chez les chrétiens, « qui concerne la foi », il est attesté chez le médecin de la Renaissance Jean Canappe (1537). Richelet (Dictionnaire français des mots et des choses, 1680) y donne le sens « d’instructif », sens que Furetière (Dictionnaire universel, 1690) glose ainsi : « qui appartient à quelque opinion ou à quelque science », précisant qu’on « le dit dans toutes les sciences ». Les académiciens, dans les trois premières éditions du DAF (1694, 1718, 1740), font de dogmatique un terme de science : « qui regarde les dogmes de quelque science » et « on appelle philosophe dogmatique celui qui établit des dogmes dans une science » (les philosophes dogmatiques sont opposés aux sceptiques). Certes, Richelet (1680) note que le verbe dogmatiser ou le nom dérivé dogmatiseur « se prend en mauvaise part ou se dit en riant », mais dogmatique fait l’objet d’appréciations flatteuses, les dogmes étant des « maxime, axiome ou principe ou propositions en quoi consistent les sciences » (DAF, première version, 1687).

C’est dans L’Encyclopédie (d’Alembert et Diderot, 1751-64) que dogmatique est exclu de la science pour être relégué dans la religion, plus exactement dans la Grammaire et la Théologie. C’est « ce qui appartient au dogme, ce qui concerne le dogme… On dit fait dogmatique pour dire un fait qui a rapport au dogme : par exemple, de savoir quel est le véritable sens de tel ou tel auteur ecclésiastique ». Cependant, dogmatique survit en médecine, où il désigne « la méthode d’enseigner et d’exercer l’art de guérir les maladies du corps humain, fondée sur la raison et l’expérience ». Les encyclopédistes poursuivent en ces termes : « Hippocrate est regardé comme l’auteur de la médecine dogmatique ou rationnelle, parce qu’il a le premier réuni ces deux fondements, dont il a fait une doctrine particulière qui n’était point connue avant lui ; car parmi les médecins de son temps, les uns s’arrêtaient à la seule expérience, sans raisonner, et c’était le plus grand nombre, et les autres au seul raisonnement sans aucune expérience ».

A partir de 1762, les académiciens suivent les leçons des encyclopédistes et bornent dogmatique à la seule religion : « qui regarde les dogmes de la religion », séparant de fait et nettement la science de la religion. Dès lors, ce qui est dogmatique est considéré comme peu scientifique ou pas du tout scientifique, souvent en rapport avec l’école et les enseignements qui y sont dispensés (« plus ordinairement, par extension, qui est consacré, usité dans l’école », DAF 1835, 1879, 1932-35), tandis que dogmatique commence à être pris en mauvaise part : « il signifie aussi qui dogmatise, qui exprime ses opinions d’une manière impérieuse et tranchante » (DAF, 1835, 1879), prélude à une lente descente vers l’enfer de la péjoration, dans laquelle s’abîment peu à peu les mots qui, de près ou de loin, se rapportent à la religion ou à la théologie, péjoration qui affecte au XIXe siècle toute philosophie idéaliste, même celle de Platon : « qui attache de la certitude à un certain nombre d’opinions, particulièrement d’opinions philosophiques » (Littré, Dictionnaire de la langue française, 1863-77, illustre ce sens de cet exemple : « Platon est un philosophe dogmatique »), Littré traitant dans la même rubrique la « théologie dogmatique » ou « exposition des croyances chrétiennes » et « la philosophie dogmatique », qui « se dit, par opposition à philosophie sceptique, de celle qui établit des dogmes ». Le discrédit de la religion chrétienne (la seule qui ait perdu tout crédit) a affecté le sens de dogmatique certes, mais la religion et la théologie ont entraîné dans leur descente aux Enfers la philosophie idéaliste et tous les systèmes qu’elle a conçus.  

 

24 janvier 2011

Immolation

 

 

Emprunté au latin, immolatio et le verbe immolare étant dérivés de mola, cette farine sacrée dont était couverte la tête d’une victime avant qu’elle ne soit sacrifiée, ce mot est attesté au XIIe siècle et il est enregistré dans le Dictionnaire de l’Académie française dès la première édition (1694). Furetière (Dictionnaire universel, 1690) le définit comme le « sacrifice sanglant d’une victime », l’illustrant de l’exemple d’Iphigénie, immolée pour que les armées grecques, près de combattre Troie, bénéficient de vents favorables. Il est le seul lexicographe qui qualifie de sanglant le sacrifice, les académiciens de 1694 à l’actuelle édition, en cours de publication, limitant l’immolation à la seule « action d’immoler », c’est-à-dire de « sacrifier » ou « offrir une chose vivante (animal ou personne) en sacrifice ». Dans aucun dictionnaire, il n’est établi que l’immolation puisse se faire par le feu ; auquel cas, elle serait un holocauste.

En revanche, les lexicographes citent le sacrifice volontaire qu’a fait le Christ de sa vie, pour le salut des hommes, dit-on. L’exemple « l’immolation de Christ » qui apparaît dès le XVe siècle est dans le Dictionnaire de l’ancienne langue française de Frédéric Godefroy (1880-1902) et dans la neuvième édition, en cours de publication, du DAF (« l’immolation du Christ, son sacrifice consenti pour le salut des hommes »), ainsi que, sous une forme légèrement différente, à l’entrée immoler (DAF, 1694 : l’hostie qui a été immolée pour le salut des hommes) ou dans ces extraits de Saci (« le commencement de la bonne vie est de faire Justice ; et elle est plus agréable à Dieu que l’immolation des hosties ») et de Bossuet (« le propre corps et le propre sang, dont l’immolation et l’effusion nous ont sauvés sur la croix », in Littré, Dictionnaire de la langue française, 1863-77). Les sacrifices humains ayant disparu d’Occident assez tôt, le mot immolation s’est donc spécialisé dans des emplois étendus ou dans des emplois figurés, comme l’indiquent les académiciens dans la huitième édition du DAF (1932-35 : « il se dit aussi, en termes de théologie, de l’action de s’immoler soi-même, de consentir au sacrifice de soi-même ; l’immolation de Jésus ») et les auteurs du Trésor de la langue française (1971-94 : « Théologie, sacrifice du Christ sur la croix ou sur l’autel »). Certes, les académiciens, dans les cinquième et sixième éditions du DAF (1798 et 1835), ont cru bon d’indiquer, mais à tort, que immolation « ne se dit qu’au propre ». En 1872, Littré relève un sens étendu : « par extension, mise à mort des hommes » (« l’immolation des hommes sur les champs de bataille ») ; et à partir de 1879, les académiciens l’imitent : « il se dit, par extension, de la mise à mort d’un grand nombre d’hommes ; les immolations de la Terreur ; les vastes immolations de la guerre » et « il se dit, par analogie, de la mise à mort d’un grand nombre d’hommes » (1932-35, la guerre de 1914-18 est encore dans tous les esprits : les grandes immolations de la guerre »), de même que les auteurs du TLF : « par extension, littéraire, synonymes carnage, hécatombe, massacre, tuerie », comme dans cet extrait des Mémoires de Mauriac (« Le grand Meaulnes, tournant le dos à tout ce qui est sordide, bruyant, souillé, s’en est allé vers l’immolation de 1914, à travers un laborieux enchantement », 1959).

Ce nom des religions de l’Antiquité et de la théologie chrétienne a connu au cours des dernières semaines un beau succès dans les media et dans la bouche d’experts, de commentateurs et de consciencieux du social, à propos des événements de Tunisie et ailleurs dans le monde musulman, dit « arabe ». Des jeunes gens (une dizaine) se sont suicidés en dépit du « tabou anthropologique » : euphémisme pour désigner l’interdiction par l’islam du suicide. La vie appartenant à Allah, c’est à lui seul de disposer à son gré de ce qu’il a donné. Les meurtres, assassinats, massacres de masse sont prescrits, pour exterminer infidèles, mécréants, associateurs, juifs, etc., mais le suicide est proscrit. Va comprendre, Charles. En réalité, le mot immolation n’est guère adéquat pour désigner ces suicides, qui tiennent plus de l’holocauste que du sacrifice sanglant à la manière de celui d’Iphigénie ou que, horresco referens, celui du Christ. Les commentateurs ont beau être très savants, ils n’ont pas conscience qu’ils parlent des pays musulmans avec les mots du christianisme - réduction dont les musulmans ont horreur et qui doit les indigner, à juste titre. Il est vrai que, les commentateurs ne comprenant plus le sens de ces mots, il leur est aisé de faire des Bouaziz suicidés des messies annonçant un ordre nouveau.

20 janvier 2011

Sécessions

 

Soudan et Côte d'Ivoire

 

 

Il n’est nul besoin d’être devin pour affirmer que, de toute évidence, Ouattara a remporté l'élection présidentielle. Il suffit de faire un peu d’arithmétique. En Côte d'Ivoire, le vote est et a été ethnique; autrement dit, les électeurs ont accordé leur suffrage à celui des candidats qui représentait leur ethnie ou leur "race". Au premier tour, trois groupes ethniques ont obtenu plus de 10% des suffrages : celui du Sud (Bétés, Krus et autres lagunaires) 37%; celui du Nord (Dioulas, Malinkés, Sénoufos, Lobis) 32 %; celui du centre (Baoulés et Agnis) 25 %. Les deux derniers groupes ethniques, Nord et Centre, étant alliés contre celui du Sud, arithmétiquement le candidat de l'alliance dioulas-malinkés-sénoufous-baoulés dépassait, en capital de voix potentielles, la majorité absolue : de fait, il a obtenu 54 ou 55 % des voix et 100 % des voix dans de nombreux bureaux de vote du Nord.

L'arithmétique a donc désigné Ouattara comme président de la République de Côte d'Ivoire, mais l'arithmétique ne fait pas la démocratie. Pour qu’il y ait démocratie, il faut qu’il y ait un « démos », c’est-à-dire un peuple. Or, en Côte d’Ivoire, il y a au moins trois peuples. Même si Ouattara accède au pouvoir, il n’administrera que son peuple…

Ouattara est un nom célèbre dans l'histoire, non pas de la Côte d'Ivoire, mais des peuples dioulas ou malinkés et de leurs alliés de Haute-Volta et du Nord de la Côte d'Ivoire. Le candidat actuel descend d'une dynastie qui a établi un empire autour de la ville de Kong située dans le nord de la Côte d'Ivoire actuelle, connu sous le nom d'Empire Kong ou d'Empire Ouattara. Cet empire religieux fanatique, qui a duré jusqu'à la fin du XIXe siècle, avait pour ressources principales, entre autres, l'esclavage et le commerce des esclaves. En effet, pendant plus de trois siècles, les Ouattaras du Nord ont razzié dans la région forestière du Sud de la Côte d'Ivoire un grand nombre d'esclaves, qu'ils ont fait travailler à leur service ou qu'ils ont vendus aux marchands arabes venus du Nord : entre musulmans, on s'est vendu de la chair de non-musulmans.

Mettez-vous à la place des hommes et des femmes du Sud, dont les ancêtres ont survécu difficilement, et dans la forêt, aux razzias organisées par l'Empire Ouattara et qui seraient obligés soudain un siècle et demi plus tard de revivre le cauchemar de leurs ancêtres, lequel, même atténué, même symbolique, reste à leurs yeux un cauchemar. Bien entendu, aucun des bien pensants qui contrôlent les médias n'a osé expliquer sereinement, sans haine, objectivement, cette situation, préférant faire passer Ouattara pour un "libéral" et Gbagbo pour un nationaliste haineux et raciste.

 

La situation de la Côte d'Ivoire n’est pas différente de celle du Sud Soudan. Pendant le dernier demi-siècle, les habitants de cette région ont dû subir les exactions, les massacres, l'esclavage des gens du Nord, arabes et musulmans. Pour faire cesser ce martyre, la communauté internationale a opté pour un référendum au terme duquel le peuple du Sud Soudan a choisi l'indépendance : pour lui, c'en est fini de la menace que les esclavagistes du Nord ont fait peser sur le Sud du Soudan et sur les pays d’Afrique noire pendant quatorze siècles. Il s'en suivra la partition de ce pays, dont les frontières ont été tracées par les puissances coloniales.

Pourquoi ce qui est bon pour le Soudan ne le serait-il pas pour la Côte d'Ivoire ? Que vaut-il mieux ? Un Etat issu de la colonisation qui rassemble des peuples que tout oppose ou que rien ne réunit et qui va ou peut sombrer dans une guerre sans fin ou dans une ruine totale ou être livré à l'anarchie ? Ou bien deux Etats aux frontières reconnues internationalement et dont les peuples vivent chacun leur destin, indépendamment l'un de l'autre ? Ce n'est sans doute pas l'idéal, mais c'est préférable à l'apocalypse qui se prépare et dont les prodromes ont déjà fait des milliers de morts.

 

19 janvier 2011

Acculturation et déculturation

 

 

 

Dans la langue anglaise en usage en Amérique du Nord, acculturation, attesté en 1880, a pour sens « adoption et assimilation d’une culture étrangère ». C'est ce mot que les consciencieux du social, ethnologues, sociologues et autres ont emprunté dans la seconde moitié du XXe siècle. Il ne figure ni dans le Dictionnaire de la langue française (Littré, 1863-77) ni dans la huitième édition du Dictionnaire de l’Académie française (1932-35). Selon les rédacteurs du Trésor de la langue française (1971-94), il a deux sens qui varient suivant la « science sociale » dans laquelle il est en usage : en ethnologie, il désigne les « modifications qui se produisent dans un groupe culturel, concernant la manière d’agir, de percevoir, de juger, de travailler, de penser, de parler, par suite du (sans doute pour « à la suite du ») contact permanent avec un groupe (généralement plus large) appartenant à une autre culture » ; en sociologie, c’est le « processus par lequel un individu apprend les modes de comportements, les modèles et les normes d’un groupe de façon à être accepté dans ce groupe et à y participer sans conflit ».

Lire les consciencieux du social, toujours en très grande diagonale, bien entendu, occasionne de franches rigolades. Les rédacteurs du Traité de sociologie publié en 1968, l’année de tous les délires, écrivent, comme s’ils étaient les Bouvard et Pécuchet de la grande ère de la Bêtise, à propos de l’acculturation, ceci : c’est « l’ensemble des phénomènes qui résultent de ce que des groupes d’individus de cultures différentes entrent en contact, continu et direct, avec les changements qui surviennent dans les patrons culturels originaux de l’un ou des deux groupes... Selon cette définition, l’acculturation doit être distinguée du changement culturel, dont elle n’est qu’un des aspects, et de l'assimilation, qui n’en est qu’une des phases. Elle doit être également différenciée de la diffusion qui, bien que se produisant dans tous les cas d’acculturation, peut non seulement se produire sans qu’il y ait contact de groupes, mais encore qui ne constitue qu’un des aspects du processus de l’acculturation». Conclusion : « l’acculturation résulte donc d’une multiplicité de microprocessus, d’invention, d’imitation, d’apprentissage ou d’adaptation chez des milliers d’individus et des groupes en interaction, dont l’anthropologie ne fait que constater les effets statistiques ».

Heureusement, la définition du Dictionnaire de l’Académie française (neuvième édition, en cours de publication) est moins imprégnée de jargon socialo-socialisant que celle du Trésor de la langue française : plus humble et moins arrogante donc. C’est, très prosaïquement, « l’adoption progressive par un groupe humain de la culture et des valeurs d’un autre groupe humain qui se trouve, relativement à lui, en position dominante » et « par extension, l’adaptation d’un individu à une culture étrangère ». Il a été écrit, ci-dessus, « moins imprégnée de jargon ». Hélas, il en reste, serait-ce cette « position dominante » qu’occuperait un groupe humain. De cela, on peut soupçonner que le groupe humain que forment les académiciens n’est plus, en matière de langue, dans une « position dominante », puisque ses membres empruntent à un groupe supérieur, plus puissant, plus nombreux, celui que forment les consciencieux du social, une partie de leur vocabulaire.

Les consciencieux du social ne se contentent pas de distinguer l’acculturation du changement culturel, de l’assimilation ou de la diffusion ; ils sont persuadés que l’acculturation se fait suivant des processus variés, de sorte qu’il convient de distinguer l’acculturation de l’enculturation (ne riez pas : c’est « l’apprentissage par un individu de connaissances possédées par son propre groupe »), de « l’endoculturation (transmission du savoir par les anciens ou la famille), de la transculturation (les changements se produisent sous l’effet de facteurs internes), de la contre-acculturation (sentiment de rejet, voire d’hostilité, envers la culture qui cherche à dominer), de la reculturation (mouvement de retour aux sources, de recherche et de reconstruction d’un patrimoine perdu).

 

Le nom déculturation et le verbe déculturer ne sont définis ni dans le Trésor de la langue française (1971-94), ni dans l’édition actuelle du Dictionnaire de l’Académie française. Pourtant, ils sont d’un usage courant dans les ouvrages dits de « sciences humaines et sociales ». Ce sont les ressortissants des pays du tiers monde, ou des anciennes possessions de l’Empire français qui ont été arrachés, à la suite d’une grande violence symbolique, à leur culture d’origine : du moins leurs descendants s’en plaignent-ils ; du moins les consciencieux du social accusent-ils la France d’avoir commis un génocide culturel, en apprenant la langue française aux populations qui dépendaient d’elle, en les initiant à une culture qui n’était pas la leur, en les obligeant à adopter les mœurs venues des lointaines contrées du Nord, etc. Or, de tous ces mots de consciencieux, déculturation est le seul qui pourrait désigner avec justesse des phénomènes propres à la France actuelle. C’est, comme l’exprime le préfixe , « la perte de toutes les valeurs de référence, sans assimilation en contrepartie de celles des autres ». Que l’on lise de Renaud Camus La grande déculturation (Fayard, 2008). Les Français, que les anthropologues accusent d’avoir déculturé au cours des deux ou trois derniers siècles les peuples d’Afrique, d’Asie, d’Océanie et même d’Amérique, processus auquel seuls les Luniens et les Soleilins ont échappé, sont désormais les victimes innocentes de la déculturation, pour expier sur on ne sait quel autel des péchés originels, dont le principal est de ne pas être noirs ou arabe. Le processus ne touche pas les sociétés qui sont « en contact brutal avec la culture occidentale », mais les pays occidentaux, vulnérables, submergés par des vagues de colons cupides. Désormais, ce ne sont plus les comanches, les sioux, les lapons, les tchouvaches, les nambikwaras, les bororos, les papous, les aborigènes d’Australie, les maoris, etc. qui sont déculturés, mais les Français. Le processus touche les arrière petits-enfants de ceux qui ont ou qui auraient jadis déculturé les baoulés, les bétés, les diolas, les touaregs, les berbères, les arabes, etc. Un pays vieux de plus de quinze siècles, qui a inventé une des cultures les plus fécondes de l’humanité, laquelle, à la différence de toutes les autres, s’est crue universelle, se détruit lentement sous nos yeux. Le fait le plus sinistre est que les auteurs de ce processus sont ceux-là mêmes qui le dénoncent, mais en Afrique, en Asie ou en Amérique seulement et qui, en conséquence, mettent en œuvre ici ou chez eux ce dont ils ont horreur ailleurs ou chez les autres, et cela au nom de valeurs qu’ils haïssent ou prétendent haïr : progressisme, économie, argent, cupidité, ou de valeurs qu’ils piétinent, tels le social, le respect d’autrui ou l’accueil de l’Autre. Ainsi, ils marchent sur les brisées de ceux qui, il y a un siècle et demi, parcouraient le monde pour arracher les races inférieures à leur état sauvage. Ils ne labourent plus les espaces du tiers monde sacré, mais les campagnes, les banlieues et les villes de France. L’objectif est d’arracher des millions de jeunes Français à leur culture, à toute culture, de leur en interdire définitivement l’accès, c’est-à-dire de leur faire subir les vexations qui ont détruit les bororos, les sioux ou les papous. On comprend que les consciencieux du social, ou leur porte-plume des media, ferment les yeux pour ne pas voir tout ça et surtout se cousent les lèvres de peur que le juste mot de déculturation sorte de leur bouche.

10:27 Publié dans Signes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : politique, société, culture

13 janvier 2011

Elémentaire, mon cher BHL

 

 

Dans le journal Le Point, Monsieur Lévy, plus connu par ses initiales BHL, se pose la question, Comment sauver les chrétiens d'Orient ?, mais dans des termes si angoissés, presque métaphysiques, et avec tant de contorsions de vocabulaire imposées par sa soumission à la bien pensance que les seules réponses qui lui viennent à l'esprit sont s'indigner (ça, c'est bon pour l'intelloterie) ou prier (ça, c'est pour ceux qui croient dans la charité du Christ). 

Imagine-t-on dans quel discrédit a posteriori serait tombé l'intello qui par hasard se serait demandé en 1943 "Comment sauver les juifs allemands ?" (mais, pas de panique, aucun d'eux ne s'est posé la question alors) et répondre "par l'indignation" et "par la prière" ?   

Pourtant, à cette question, il existe une réponse élémentaire - c'est celle qu'ont donnée les Alliés et la France libre, puis la France combattante, à partir de 1940. D'abord nommer les bourreaux, tueurs, massacreurs par le nom qu'eux-mêmes ils se donnent. Ensuite désigner par son nom l'idéologie, fût-elle religieuse, qui les inspire et le texte où cette idéologie est consignée. Enfin rappeler qu'entre 1940 et 1944, si quelques dizaines de milliers de juifs ont échappé à la mort promise, c'est parce qu'une guerre à outrance et sans merci a été menée sans compromis, sans répit, jusqu'à la capitulation de l'Allemagne, par les Alliés.

En 1995, Monsieur Lévy appelait à la guerre sainte pour sauver quelques milliers de musulmans bosniaques. Quinze ans plus tard, le va-t-en guerre s'est mué en petit toutou docile.

 

 

11 janvier 2011

Epuration

 

 

 

Dérivé du verbe épurer, ce nom est attesté au début du XVIIe siècle, mais il n’est enregistré dans les dictionnaires qu’au XIXe siècle. Il signifie « action d’épurer » et longtemps il ne s’est appliqué qu’en médecine (l’épuration du sang, in Dictionnaire de l’Académie française, 1835 ; « épuration extra-rénale, extra-hépatique, élimination des déchets toxiques d’un organe défectueux selon une technique, à l’aide d’un appareil approprié », Trésor de la langue française, 1971-94) ou dans des domaines techniques : « l’épuration des métaux » (DAF, 1835), « l’épuration des huiles » (Littré, Dictionnaire de la langue française, 1863-77), « les produits d’épuration du gaz d’éclairage ; une station d’épuration des eaux usées » (TLF, 1971-94). Dans la langue moderne, ce nom est souvent employé dans des sens figurés. « Il se dit aussi au sens moral », écrivent les académiciens en 1835, citant comme cibles de l’épuration « les mœurs, la langue, le théâtre », auxquels Littré (DLF, 1863-77) ajoute le « goût » et un « texte fautif », ce que les auteurs du TLF définissent ainsi : « domaine moral,  élimination des éléments trop libres ou choquants dans les mœurs ou dans une production littéraire » (1971-94).

C’est en 1791 que les Jacobins étendent ce nom à la politique. L’épuration, entendue ainsi, est glosée par Littré : « épuration d’une compagnie ou un corps, exclusion donnée à quelques-uns de ses membres jugés indignes d’en faire partie », qui couronne ce sens de cet exemple : « épurations politiques, exclusions dictées par des motifs politiques » ; et par les auteurs du TLF : « domaine sociopolitique, élimination d’un corps social des membres jugés indignes d’en faire partie ou considérés comme indésirables » (épuration d’un corps politique, d’un personnel administratif, des cadres) et « en particulier, mesures prises en France, après la Libération, contre des personnes ayant collaboré avec les autorités d’occupation ». De toute évidence, c’est ce sens politique qui prédomine dans la langue du XXe siècle, comme l’atteste l’article épuration de la neuvième édition du DAF (en cours de publication), dans lequel le sens politique occupe près des deux-tiers de l’espace consacré à ce mot : « action d’expulser d’une organisation, d’une administration, d’une entreprise, d’une profession, etc., une catégorie d’adhérents ou d’agents jugés indésirables ou indignes ; résultat de cette action. L’Épuration, en France et dans d’autres pays d’Europe, nom donné, au terme de la Seconde Guerre mondiale, à l’ensemble des mesures prises pour sanctionner des actes de collaboration avec l’ennemi, commis pendant la période de l’occupation allemande » (un comité d’épuration ; les tribunaux d’épuration).

Récemment, M. Sarkozy, président de la République, a qualifié les attentats dont sont victimes les Coptes en Egypte d’épuration religieuse : « Nous ne pouvons pas non plus admettre et donc faciliter ce qui ressemble de plus en plus à un plan particulièrement pervers d’épuration religieuse du Moyen-Orient ». Personne ne se fait d’illusion sur ces déclarations. La France admet cette « épuration » depuis au moins trente ans ; pis même, elle ne cesse de faire des courbettes à ceux qui inspirent ces meurtres, attentats, assassinats, massacres… D’ailleurs, même si elle ne les admettait pas, que ferait-elle pour les empêcher ? La guerre ? Elle est incapable de désigner de façon claire les auteurs de ces attentats et l’idéologie qui les inspire ; elle n’est donc pas près d’empêcher les criminels de nuire et leur idéologie de prospérer. La vraie question est ailleurs : de toute évidence, ce qui se passe en Egypte, en Irak, au Nigéria, aux Philippines, etc. et ce qui s’est passé pendant un demi-siècle au Sud-Soudan et ailleurs dans le monde n’est pas une épuration, ni ne ressemble de près ou de loin à un plan d’épuration religieuse. L’épuration est une exclusion, pas une extermination ; même en 1944-45, elle s’est faite dans les tribunaux, et non par des égorgements de masse. C’est que le terme épuration, appliqué à ce que subissent les Coptes et tous les chrétiens d’Orient, est un euphémisme, c’est-à-dire un mot au sens adouci, qui sert à masquer la réalité : l’extermination lente de populations entières. Il ne viendrait pas à l’idée d’un homme politique français responsable de qualifier la Shoah d’épuration.  

10 janvier 2011

Déverrouiller

 

Verrou, verrouiller, déverrouiller : hommage à M. Valls, député

 

Dérivé du verbe verrouiller (le préfixe dé – inversant le procès du verbe), lui-même dérivé du nom verrou (pièce de fer fixée sur une porte et qui, poussée dans une gâchette, empêche de l’ouvrir), le verbe déverrouiller est ancien : il est attesté à la fin du XIIe siècle, presque à l’origine de notre langue, mais il n’est enregistré dans les dictionnaires qu’au XIXe siècle, à la différence de verrouiller qui est dans les différentes éditions du Dictionnaire de l’Académie française de 1694 à 1935 avec le sens de « fermer au verrou » (Littré, Dictionnaire de la langue française, 1863-77 : « fermer au verrou » et « par extension, verrouiller quelqu’un, l’enfermer en prison ou ailleurs » ; Trésor de la langue française, 1971-94 : « fermer au moyen d’un verrou » ; « au figuré ou par métaphore, fermer, bloquer, rendre impénétrable » ; « emprisonner, enfermer »). Déverrouiller apparaît d’abord chez Littré avec le sens « ôter les verrous » et dans la huitième édition du DAF (1932-35, où il est enregistré pour la première fois) : « faire qu’une porte, une clôture, etc., ne soit plus verrouillée ».

            Dans le Trésor de la langue française (1971-94) comme dans la neuvième édition du DAF, les emplois de ce verbe relèvent des domaines de la technique : « par extension, le complément d’objet désigne un mécanisme, enlever le dispositif qui en maintenait les parties immobiles » (déverrouiller les manettes, un aiguillage, le train d'atterrissage d’un avion.) ; « spécialement, le complément d’objet désigne une arme à feu,  dégager la culasse » (déverrouiller une arme à feu). Seuls les auteurs du TLF relèvent des emplois métaphoriques de déverrouiller chez Saint-Exupéry (cette âme n’était point de celles qu’un vent de paroles déverrouille) et Jankélévitch (si la conscience unilatérale déverrouille ce blocus). Il semble donc que les emplois de ce verbe en dehors de la technique soient rares. De fait, on est en droit de tenir l’exhortation lancée par M. Valls à « déverrouiller les 35 heures » pour une formulation assez neuve et presque inventive – « poétique », diraient d’autres – sur le plan verbal du moins, car, pour ce qui est de la réalité des choses, les 35 heures, ayant été « détricotées » (la belle métaphore !), n’existent plus, sinon comme un fardeau pour le budget en ruine de l’Etat français.

            Alors que la métaphore de M. Valls n’a pas de pertinence pour ce qui est de sa conformité au réel, en revanche, elle est éloquente pour ce qu’elle désigne indirectement, à savoir les membres du parti de M. Valls qui semblent tous, mal gré qu’ils en aient (déjà résonnent au loin les cris d’orfraie des indignés), enfermés à double tour de verrou (évidemment) dans leurs cellules moisies de certitudes mortes qui leur tiennent lieu de pensée et de réel à la fois. A condition de la rapporter à ce qu’elle désigne vraiment, la métaphore de M. Valls est lumineuse. Non seulement elle est inventive, mais encore elle fait voir les choses en acte, comme dirait Aristote, ou elle est le levier, comme dirait Hegel, grâce auquel le sarcophage pourra être ouvert et la pensée libérée, si tant est qu’il y ait encore à l’intérieur un peu de pensée.

 

09 janvier 2011

Comment le journal Le Monde relatait en avril 2006 les exactions que subissent les Coptes en Egypte

 

 

            Staline, dit-on, crevait les yeux des popes, afin qu’ils fussent moins distraits en lisant leur bréviaire. C’est ainsi que l’idéologie en use, si bien que presque tout le monde est aveugle là où ce monstre règne. On a deux yeux depuis quinze ans en Pologne, en Hongrie, en Russie ; les Français ne sont pas près d’ouvrir un œil, car en France, il est des gens en place au Monde et ailleurs qui ne veulent même pas que l’on soit borgne.

 

En Egypte, depuis trente ans ou plus, il ne se passe pas de semaine sans que des coptes soient agressés, pas de mois sans que des coptes soient assassinés, pas d’année sans qu’une église soit vandalisée ou incendiée. Le Monde, daté du 18 avril 2006, en rend compte lumineusement.

Première règle : ne pas appeler les choses par leur nom. Les crimes ne sont jamais nommés crimes, mais « heurts entre coptes et musulmans » ; les pogroms ne sont pas des pogroms, mais des « tensions interconfessionnelles » ; les incendies volontaires d’églises sont le résultat de la « montée des extrémismes coptes et musulmans ». On ne sait pas qui est agressé, sinon qu’il y a eu un copte assassiné et cinq coptes blessés, mais on ne sait pas non plus qui agresse. Victimes et bourreaux sont renvoyés dos à dos, bien que, au cours des trente dernières années, jamais un seul copte n’ait tué un étranger, ni même des musulmans.

Deuxième règle : expliquer tout par des causes fictives. Le Monde ne dit pas qui sont les criminels ; en revanche, il va tout droit aux causes. La cause première est abstraite, très éloignée, presque épurée, mais elle est double : c’est la « structure » et c’est la « crise ». La « structure » incriminée » est la « structure politique du pays » ; la « crise » qui cause tous ces maux est la « crise économique et sociale ». Le Monde tient cette révélation d’une revue littéraire éditée par un parti marxiste. Que vient faire la littérature là-dedans ? Elle est là sans doute pour révéler, mais au deuxième ou au troisième degré, le caractère fictif des causes. En Egypte, il y avait quelques marxistes, quand il y avait des Juifs, c’est-à-dire avant 1952. Ceux qui ne se sont pas réfugiés à l’étranger, comme Curiel, ont rejoint les partis extrémistes de l’islam, comme Mahmoud Hussein. Mais c’est aux marxistes qu’il est fait appel pour piocher, ce qu’ils font depuis un siècle et demi, dans le même éternel réservoir à causes : le pouvoir asservi au capitalisme (la « structure politique ») et le capitalisme lui-même, dont on sait qu’il est entré dans la phase terminale de son existence et que la « crise » qu’il connaît va déboucher sur le Grand Soir.

Troisième règle : faire porter sur les victimes la responsabilité des crimes qu’ils subissent. Un homme est montré du doigt : il vit aux Etats-Unis. Ce n’est pas Bush, c’est un prêtre copte dénommé le « père Zakaria » qui prêcherait la haine de l’islam « sur une télévision satellitaire copte ». Il existe des sites internet coptes, il n’existe pas de télévision copte par satellite. Au Monde, on doit avoir abusé de cocaïne ou de whisky pour prendre les chaînes de télévision islamiques appelant à tuer les chrétiens pour des chaînes de télévision coptes appelant à tuer des musulmans.

Quatrième règle : regretter les temps anciens. Le Monde est un journal de référence, puisqu’il a des références historiques. Les temps anciens évoqués avec nostalgie sont les années 1920, quand le parti Wafd avait pour mot d’ordre « La religion est pour Dieu et la patrie pour tous » et avait dessiné sur ses bannières le croissant et la croix.

Cinquième règle : désigner les vraies victimes. Ce ne sont pas les coptes, mais les artistes. Dans un pays où « la Constitution affirme que l’islam est la religion de l’Etat et la charia la source principale de la législation », « les cheikhs de la mosquée Al-Azhar multiplient les fatwas sur le côté licite du point de vue religieux ou non de toute production intellectuelle, culturelle et artistique ».

Sixième règle : ne jamais replacer les crimes dans la situation ou le contexte où ils sont commis. Depuis plus de trente ans, en Egypte, les coptes sont victimes au mieux de discriminations ouvertes et éhontées, au pis de pogroms et de ratonnades. En juin 1981, pendant trois jours, des groupes armés islamiques ont tué, souvent au hasard, des dizaines de malheureux dans un quartier chrétien du Caire : pendant la décennie qui avait précédé, il ne se passait pas de semaine sans que soit incendiée ou vandalisée une église, agressés des coptes, par ailleurs soumis à la jiziya, tués des malheureux. Pendant près de vingt ans, la Ligue égyptienne des droits de l’homme a protesté contre les émissions de télévision qui, chaque vendredi, présentaient les chrétiens comme des sous-hommes qui ne méritaient pas de vivre. Les pogroms d’Alexandrie en novembre 2005 (églises attaquées, une religieuse assassinée, etc.) et de ce mois-ci (« attaque à l’arme blanche, vendredi 14 avril, de trois églises coptes de la ville », écrit Le Monde daté du 18 avril : les églises ont été attaquées au couteau ?) s’inscrivent dans une longue série de pogroms, de ratonnades, de meurtres gratuits, de crimes racistes. Dans ce journal de référence et incontournable, il n’est fait aucune référence aux événements antérieurs, ni même au rapport de force (favorable à l’islam : neuf musulmans pour un chrétien), ni même aux chartes de l’ONU qui sont censées défendre les minorités, ni même à l’existence en Egypte depuis plus de 80 ans de partis musulmans qui prônent l’islamisation totale de l’Egypte par la violence, ni même aux versets du Coran qui appellent à « tuer » les infidèles. Aucun de ces faits n’existe. La réalité que les lecteurs du Monde sont invités à retenir est exprimée dans le titre en gros caractères : c’est la « montée des extrémismes coptes et musulmans ». Etre une référence signifie aujourd’hui faire la révérence – toujours aux mêmes puissants.

 

 

 

08 janvier 2011

Copte

 

 

Le christianisme se développe en Egypte dès le premier siècle de notre ère, et pourtant, il faut attendre la fin du XVIe siècle pour que copte, le nom qui désigne ces chrétiens d’Egypte, soit enfin attesté en français, comme il faudra attendre la fin du troisième millénaire, ca l’an 2999, pour que l’intelloterie française s’inquiète enfin – pardon s’indigne à la Hessel ou à la BHL – des discriminations, exactions, avanies, mauvais traitements, massacres, etc. dont ces malheureux sont victimes depuis le VIIe siècle au vu et au su de tous.

Pour ce qui est de l’origine du nom, deux hypothèses sont ou ont été avancées concurremment : une adaptation du latin coptita, au sens de relatif à la ville de Coptos où était honorée Isis ou un emprunt à l’arabe qibt ou qubt, nom donné par les conquérants arabes islamisés aux indigènes d’Egypte, ceux-ci se nommant eux-mêmes dans leur langue (le copte) kuptios, mot emprunté au grec aigyptios (« égyptien »). Les Coptes sont-ils les Egyptiens, les vrais et authentiques Egyptiens, ou bien seulement les (derniers) fidèles d’un culte rendu à Isis dans la ville de Coptos ? Cette question, on l’a compris, n’est pas neutre, comme toute question se rapportant à l’origine d’un peuple. Les ennemis des Coptes (et ils sont nombreux) font d’eux les desservants d’un culte à l’agonie ou disparu ; ceux qui, par compassion ou par justice, essaient de leur rendre la dignité dont l’islam les a dépouillés les tiennent pour les descendants et successeurs des Egyptiens de l’Antiquité.

Ce que révèle une consultation des dictionnaires, c’est ou bien l’indifférence et l’ignorance dans laquelle les Coptes sont tenus, ou bien le mépris hargneux et haineux dont ils sont accablés, surtout dans l’intelloterie. Le mot n’est enregistré dans le Dictionnaire de l’Académie française qu’à partir de la quatrième édition, alors qu’il est absent de la huitième édition (1932-35), sous deux formes et deux prononciations, du moins jusqu’en 1835, copte et cophte (prononcé coft) : « copte ou cophte, nom qu’on donne aux chrétiens originaires d’Égypte et qui sont la secte des jacobites ou eutichéens » (1762, 1798, 1835, 1879 : « on nomme aussi cophte l’ancienne langue égyptienne »). On ne peut pas dire que la définition soit claire ou même précise : jacobites ? Eutychès ? Ce peuple est même ramené à une simple « secte » sans importance. Féraud (Dictionnaire critique de la langue française, 1788) tente en vain de rétablir un peu de vérité sur les Coptes : « Le Père Sicard et plusieurs autres missionnaires qui ont écrit sur les lieux de l’Égypte écrivent Copte. Les différentes étymologies qu’ils attribuent à ce mot prouvent toutes qu’il faut écrire et prononcer copte ». Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77) ne se démarque pas des académiciens (« nom des chrétiens d’Égypte ; les coptes sont de la secte des Jacobites ou Eutychéens. Adjectif, un moine copte »), mais ce qui l’intéresse, c’est la langue copte : « l’idiome de transition qui s’est parlé en Égypte depuis l’introduction du christianisme, qui est éteint maintenant et qui a les plus grandes ressemblances avec l’ancien égyptien », car, grâce à la connaissance de cette langue, Champollion a pu déchiffrer les hiéroglyphes : « c’est cette ressemblance qui a permis de pénétrer dans l’interprétation des textes hiéroglyphiques », écrit Littré, qui cite Champollion : « l’application du principe que le système graphique égyptien employa simultanément des signes d’idées et des signes de sons a pu me conduire à la lecture proprement dite des portions phonétiques, formant en réalité les trois quarts au moins de chaque texte hiéroglyphique ; de là résulte la pleine conviction que la langue égyptienne antique ne différait en rien d’essentiel de la langue vulgairement appelée copte ou cophte ; que les mots égyptiens écrits en caractères hiéroglyphiques sur les monuments les plus antiques de Thèbes et en caractères grecs dans les livres coptes ont une valeur identique et ne diffèrent en général que par l’absence de certaines voyelles médianes, omises, selon la méthode orientale, dans l’orthographe primitive ».

Quant au mépris, il est dans L’Encyclopédie (d’Alembert et Diderot, 1751-64) : « ils persistent dans l’erreur qu’il n’y a qu’une nature en Jésus-Christ (…) Le clergé est très méprisable ; il ignore même la langue dans laquelle il prie, ce qui n’empêche pas qu’il ne soit très honoré. L’autorité des évêques est grande. Le patriarche est une espèce de despote. Quoiqu’ils n’entendent pas leur bréviaire, il n’en est pas moins long ». Voilà pour la religion ; voici pour ce qui est de la « société » et de l’immense pauvreté dans laquelle vivent les coptes dans leur propre pays, alors que les envahisseurs et occupants mènent belle vie : « Les Mahométans ont confié la recette des droits publics (comprendre la collecte de l’impôt) en Egypte à des chrétiens cophtes. Excepté ces receveurs, le reste est pauvre et vit durement, n’ayant pour toute consolation que la facilité de changer de femmes par le divorce, qui est fréquent, et par un nouveau mariage dont il peut être suivi ».

Pierre Larousse (Grand Dictionnaire Universel du XIXe siècle) va sans doute plus loin que les encyclopédistes dans le mépris des Coptes et la désinformation propre à l’intelloterie. Il rend responsable les Coptes de la conquête de l’Egypte par les arabes : oui, les Coptes auraient été les complices de leurs propres bourreaux ou les collabos de leur servitude ! L’indigné professionnel Hessel ne s’est jamais indigné, ni des accusations infondées portées contre les Coptes, ni des mauvais traitements qui leur sont infligées depuis la seconde moitié du VIIe siècle, depuis 641, quand les arabes ont fait main basse sur l’Egypte. L’ignorance et l’indifférence n’ont pas disparu du Trésor de la langue française (1971-94) : « chrétien d’Égypte et d’Éthiopie, généralement de confession monophysite » et « adjectif, qui concerne la langue, la religion ou la civilisation des coptes ». Seuls les académiciens tentent d’en finir avec l’ignorance dans la neuvième édition du Dictionnaire de l’Académie française (en cours de publication) : « adjectif, relatif aux Coptes » et « nom, un, une Copte, une personne appartenant à la communauté chrétienne d’Égypte, qui a conservé comme langue liturgique la langue de l’ancienne Égypte ». Il est vrai que ces académiciens ne sont pas, à l’exception de quelques-uns, de l’intelloterie.

Les choses étant ce qu’elles sont, on ne s’étonnera plus que les discriminations, massacres, avanies, exactions, etc. que subissent les Coptes depuis le VIIe siècle ne suscitent chez les intellos qu’indifférence ou mépris.

 

07 janvier 2011

Altérophile

 

 

L'altérophile ne soulève pas des haltères; il ne gonfle pas ses muscles, il ne fait pas dans le culturisme, mais dans la culture. Chercheur dans une des innombrables universités du monde, il a choisi comme objet d'étude le même objet d'étude que tout le monde : l'Autre (écrit de préférence avec un A majuscule), l'altérité, la rencontre, la connaissance, la découverte de l'Autre, mais pas "des autres", qui sont l'Enfer comme chacun sait, ni d'autrui, qui fait morale d'école communale ou universel catégorique. Il ne se passe de mois sans que soit annoncée la tenue d'un colloque, d'un symposium, d'une journée d'études, d'un séminaire, etc. sur l'Autre. L'Autre est décliné (ou conjugué) à tous les temps, modes, voix, genres, nombres, personnes, etc. de ce mot : la rencontre de l'Autre dans l'Antiquité méditerranéenne (de dix à quinze siècles d'histoire), dans l'Empire britannique, au XVIe siècle, pendant la colonisation, dans la littérature moderne, pendant le Moyen Age, dans la Méditerranée islamique (cf. le livre de Mme Dakhlia, Lingua franca, Actes Sud, 2009 : lingua franca étant la langue de l'échange, de l'altérité, de la reconnaissance de l'Autre), etc. Historiens des idées, anthropologues, littéraires, linguistes, hispanisants, anglicistes, arabisants, spécialistes de l'Andalousie, tous s'assoient à la même table et mangent la même soupe depuis dix ou quinze ans.

Le sujet est-il si neuf ou si nouveau pour mériter autant de travaux, communications, publications, etc. et faire se réunir autant de savants ? Non, absolument pas. Le livre de M. Ricoeur sur le sujet (Soi-même comme un autre) date du début des années 1990; l'article de Benveniste sur je et tu (moi et l'autre) dans les discours, de 1970; le livre de Jaulin sur le culte rendu à l'Autre (La Mort Sara), du début des années 1960; Tristes Tropiques, où la question de la découverte de l'altérité est posée avec lucidité, du milieu des années 1950; la thèse de Carré (Jean-Marie ?) sur les Voyageurs occidentaux en Orient, du milieu des années 1930; les thèses de littérature comparée sur ce sujet ou des sujets voisins, du début du siècle dernier. Depuis la fin des années 1960, il n'est pas d'éditeur qui ne publie pas de volumineuses anthologies de récits de voyageurs (en Orient, en Amérique, en Asie) ou des collections de récits de voyageurs : même le très savant Institut Français d'Archéologie Orientale du Caire, qui forme des chercheurs en égyptologie, a publié, pendant près de vingt ans, la quasi totalité des récits écrits par des occidentaux ayant voyagé en Egypte entre le XIVe siècle et la fin du XVIIIe siècle. Sans parler des ouvrages d'anthropologie (Mead, Fraser, Malinovski, Leiris, Mauss, etc.) publiés dans presque toutes les langues du monde depuis un siècle ou plus. Il n'est donc pas de sujet mieux connu, plus rebattu, plus profondément labouré que celui de la connaissance, rencontre, découverte de l'autre (variante : étranger, sauvage, primitif, indigène, etc.), à quelque époque de l'histoire (toujours celle de l'Occident) que ce soit, dans quelque lieu du monde que ce soit.

Que signifie le ressassement, depuis vingt ans ou plus, de ce même sujet de recherche ? Que la recherche et la singularité critique ne font pas bon ménage ? Certes. Les habiles s'en doutent quelque peu. Que la recherche dans les sciences humaines et sociales se caractérise surtout par des formes moutonnières et qu'elle n'emprunte (quasiment) jamais les chemins de traverse ? Certes aussi. Que, comme l'écrit Muray, les chercheurs tiennent plus des mutins de Panurge que des découvreurs de continents ? Certes. Que, comme l'écrit Montaigne, nous ne faisons que nous entregloser ? Certes aussi. Or, cet unisson des chercheurs, que l'on entend depuis une ou deux décennies, n'est pas nouveau. Il a été l'hymne officiel d'autres climats, dans les pays de l'Est, en Chine et dans l'ancienne URSS, pendant un demi-siècle, quand le Parti (toujours le même) ou son Comité central décidait d'un thème de propagande ou d'agit prop et obligeait tous les fonctionnaires du Parti et de l'Etat, tous les universitaires, tous les chercheurs, etc. à dévider jusqu'à plus soif (souvent contre leur gré) le même fil, pendant dix ou quinze ans, sans s'écarter d'un iota de la ligne ni franchir les bornes imposées. Le problème est que les chercheurs d'Occident ne sont pas placés sous le coupe d'un Parti unique qui impose, menace, censure, décrète, assène, etc. Ils ne sont pas aux ordres, et pourtant ils entonnent le même hymne ou ils jouent le même air usé de serinette, comme s'ils avaient fait leurs, de leur plein gré, en toute connaissance de cause, les mots d'ordre, slogans, objectifs de la propagande ou de l'idéologie dominante, celle des médias, des associations culturelles sans autre but que lucratif, des maîtres à penser... Dans les pays de l'Est, la servitude jadis était la loi d'airain dont on ne se libérait que dans les fors intérieurs; dans les universités d'Occident, devenue volontaire, elle est sur le forum.

 

11:44 Publié dans Signes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : société, culture, france

04 janvier 2011

Mythe

 

 

Le mot grec muthos (« discours, fiction ») a été emprunté sous la forme mythos en latin, langue dans laquelle il signifie « fable ». C’est donc un mot très ancien qui s’enracine profondément dans l’Antiquité. Pourtant, en français, il est relativement récent et même « moderne », de la première modernité « postchrétienne », n’étant attesté qu’à compter de 1803, où il remplace peu à peu, pour désigner les récits des religions païennes, le nom fable, lequel a pour sens « chose feinte et inventée pour instruire et pour divertir » et « se prend aussi dans un sens collectif pour signifier toutes les fables de l’Antiquité païenne » (Dictionnaire de l’Académie française, 1762, 1798, 1835). Pour les chrétiens, pendant près de deux millénaires, ces récits étaient des fables destinées au divertissement ou à la littérature, mais contraires à l’enseignement de la vérité.

C’est Barré, dans le Complément du DAF de 1842, qui dévoile la signification de cette substitution : « (mythe) s’entend surtout d’un fait, d’une tradition, qui, au premier coup d’œil, ne renferme que des particularités plus ou moins fabuleuses, mais qui, examinée de plus près, laisse voir, sous l’enveloppe de l’allégorie, une grande généralité historique, physique ou philosophique », comme dans les mythes d’Oedipe, des Atrides, de la Tunique de Nessus, de la Caverne, de Prométhée, de Sisyphe, etc. Autrement dit, le mythe, à la différence de la fable, qui n’est que mensonges, est source de vérité ou contient des vérités, qui sont sinon éternelles, du moins inusables et, sans doute, plus fortes que les vérités du christianisme. Barré ajoute, après avoir illustré ce sens de l’exemple la conquête de la Toison d’or est un mythe, que « l’on a beaucoup abusé depuis quelque temps de cette expression et du genre d’interprétation qu’elle exprime », révélant ainsi que dans l’ère postchrétienne qui commence à la fin du XVIIIe siècle et continue jusqu’à ce jour, du moins dans les pays d’Europe, les Européens cherchent des vérités dans ces récits fabuleux que le christianisme, qui peu à peu s’effondre, tenait et tient toujours pour des mensonges.

L’explication de Barré a beau être lumineuse, les autres lexicographes ne la reprennent pas ou, s’ils la reprennent, c’est sur un mode mineur ou atténué, qui consiste à faire coexister le vieux sens de fable (« trait, particularité de la fable, de l’histoire héroïque ou des temps fabuleux ; c’est un mythe commun à toutes les religions de l’Orient ; plusieurs des mythes de l’ancien paganisme se retrouvent dans la religion des Indous », Dictionnaire de l’Académie française, 1835, 1879 ; Littré, Dictionnaire de la langue française, 1863-77 ; Pierre Larousse, Grand Dictionnaire Universel du XIXe siècle) avec le sens « moderne » et postchrétien : « particulièrement, récit relatif à des temps ou à des faits que l’histoire n’éclaire pas, et contenant soit un fait réel transformé en notion religieuse, soit l’invention d’un fait à l’aide d’une idée » (Littré, DLF) ou « Tradition qui, sous la figure de l’allégorie, laisse voir une grande généralité historique, physique ou philosophique », selon Pierre Larousse (GDU XIXe siècle), qui cite cet exemple « l’histoire de Prométhée est un mythe », ce que, n’étant plus une fable, elle est devenue, parce que ce récit du héros condamné par les dieux à un sort épouvantable pour avoir enseigné aux hommes l’art du feu, a alimenté toutes les idéologies progressistes des XIXe et XXe siècles. Quant aux lexicographes du XXe siècle, ils tentent de mêler en une seule et même définition les deux sens, « tissu de mensonges » et « fondement d’une vérité », de mythe ; les académiciens en 1932-35 et dans l’édition actuelle du DAF (« récit fabuleux contenant en général un sens allégorique », mélange de fable et de vérité) et les auteurs du Trésor de la langue française (1971-94) : « récit relatant des faits imaginaires non consignés par l’histoire, transmis par la tradition et mettant en scène des êtres représentant symboliquement des forces physiques, des généralités d’ordre philosophique, métaphysique ou social »).

Le succès de mythe s’accroît au fur et à mesure que l’on avance dans l’ère postchrétienne et ce terme, qui, jusqu’à la fin du XIXe siècle, se limitait aux vérités philosophiques ou morales contenues dans les fables de l’Antiquité, conquiert ou colonise cette grande religion immanente sociale et humanitaire, laquelle s’est substituée à la transcendance judéo-chrétienne. Mythe s’applique à (quasiment) toute réalité sociale et politique, à « des faits ou (…) des personnages ayant une réalité historique, mais transformés par la légende » (TLF, mythe napoléonien, de Don Juan, de Pétain), à une « représentation traditionnelle, idéalisée et parfois fausse, concernant un fait, un homme, une idée, et à laquelle des individus isolés ou des groupes conforment leur manière de penser, leur comportement » (mythe du chef, du héros, de l'argent, du confort, de la minceur, de la vitesse, de la galanterie française, de la grève générale), à une « construction de l’esprit, fruit de l’imagination, n’ayant aucun lien avec la réalité, mais qui donne confiance et incite à l’action » (« l’économie sans rareté et (...) la société sans contrainte, mythes qui exaltent la pensée et l’action de l’Occident ») et même à « une aspiration fondamentale de l’homme » ou à « un besoin métaphysique » (mythe du progrès, de la puissance). La « modernité » produit plus de mythes et des mythes de tout type et de toute espèce que n’en produisait l’Antiquité gréco-romaine et des mythes dans lesquels elle se mire comme Narcisse à la surface d’une eau pure.

Revenons à la substitution de mythe à fable. Celle-ci  fait mieux comprendre l’audace de René Girard et le double renversement qu’il opère dans le rapport entre le mythe et la fable et entre le christianisme et les mythologies. Il prend au sérieux les mythes archaïques, en particulier celui du Bouc émissaire, qui est non seulement dans la Bible mais dans tous les mythes, de quelque continent qu’ils viennent, mythes que les chrétiens tiennent ou tenaient pour des fables mensongères dépourvues d’enseignement et seulement propres au divertissement ; et surtout il étudie le christianisme comme un grand mythe chargé de significations éternelles et universelles (cf. entre autres Je vois Satan tomber comme l’éclair, 1999 ; La voix méconnue du réel. Une théorie des mythes archaïques et modernes, Grasset, 2002 ; Les origines de la culture, Desclée de Brouwer, 2004), celui de l’homme qui s’offre lui-même comme bouc émissaire pour arrêter le cycle infernal des rivalités mimétiques.

 

 

 

 

 

 

 

03 janvier 2011

De vérités qui ne sont pas bonnes à dire, même après les assassinats de chrétiens partout où sont établis des musulmans

 

 

 

 

Nos bribes de savoir sur l’islam sont assénées par des orientalistes complaisants (Berque), par les gauchistes Kepel et Etienne, qui voient avec plaisir l’islam radical continuer l’entreprise criminelle de Pol Pot, Lénine, Mao, Trotski, Staline, Castro, à laquelle ils ont adhéré, par les turcologues Lewis et Veinstein, experts en négation du double génocide dont les Arméniens ont été les victimes en 1894-96 et 1915-1916, par le mage Roy qui prédit le vendredi au moment de la grande prière l’échec de l’islam politique, ou par des musulmans modérés, Arkoun, Ben Cheikh, Meddeb, etc. L’objectif de ces savants n’est pas d’éclairer, mais de nous laisser mariner dans le jus noir de l’ignorance. Comme de bons compagnons de route, intellos communistes ou partisans du national socialisme, ces savants engagés, dans les livres que publient des éditeurs réputés (Gallimard, Seuil, Minuit), colmatent l’épaisse chape de béton que fissurent parfois des historiens et penseurs, Bat Ye’or (Les Chrétiens d’Orient entre Jihad et Dhimmitude : VIIe - XXe s., Editions du Cerf, 1991 ; Juifs et chrétiens sous l’islam : les dhimmis face au défi intégriste, Berg International, 1994 ; « Comment j’ai découvert la dhimmitude », Les Cahiers de l’Orient, 4e trimestre 1997, n° 48 ; « Juifs et chrétiens sous l’islam », Commentaire, n° 97, printemps 2002), Taslima Nasreen, JP Valognes (Vie et mort des chrétiens d’Orient, 1994, Fayard), les animateurs des sites internet coptes, maronites, assyriens. La connaissance ne peut plus se réduire à un aveuglement volontaire.

 

1. Méthode

Soyons mécréants, comme tout intellectuel digne de ce nom. Quand on a voulu comprendre le socialisme national, on a commencé par les idées. En vain, jusqu’à ce qu’on regardât les corps. Ce n’est ni le nationalisme, ni le socialisme, ni le mélange, qui disent ce qu’est ce nazisme, ce sont les corps décharnés, hâves, suppliciés, ce sont les cadavres entassés, c’est la chair blessée, brûlée, torturée, souffrante, réduite en cendres. Ce n’est pas ce que disent les hommes qui importe, mais ce qu’ils font. Le communisme n’est pas dans les textes sacrés de Marx, Lénine, Engels, Mao, Trotski, Pol Pot, etc. mais dans les corps décharnés, affamés, suppliciés, relégués derrière des fils de fer barbelés, dans les entassements de cadavres et les chairs congelées de Sibérie. La vérité surgit des prisons, des salles de torture, des goulags et des laogaïs, des camps de la mort, pas de Mein Kampf, ni dans Le Manifeste du Parti Communiste.

Il en va ainsi de l’islam. Ce sont les gorges tranchées de Tibhirine, les corps génocidés de Timor ou du Sud Soudan, les enfants de cette région vendus et réduits à l’esclavage, les débris de chair humaine ramassés à la petite cuillère dans les débris du DC 10 d’UTA ou des wagons du RER, ou des tours de New York ou de Bali ou de Londres ou de Madrid, etc. qui définissent l’islam. Le réel, ce sont les corps suppliciés. Les pays musulmans sont des pays purs, comme le Pakistan, au sens où tous les habitants sont fidèles à l’islam, mais aussi parce que ces pays, sauf, paradoxe, l’Arabie saoudite et les émirats du Golfe persique, ont été purifiés : les impurs, les infidèles, les étrangers ou prétendus tels ont été éliminés ou chassés de ces pays. En 1940, vivaient dans les pays musulmans des juifs, un million environ. Aujourd’hui, ils sont quelques milliers à y survivre. En mai 1948, plusieurs centaines de juifs vivant dans le ghetto du Caire ont été tués lors de pogroms. En janvier 1952, lors de l’incendie du Caire, les immeubles et les magasins qui appartenaient à des familles juives ont été incendiés. Dans les pays musulmans, vivaient des infidèles, qu’ils soient autochtones ou d’origine étrangère ou ressortissants de puissances européennes ou travailleurs immigrés italiens, maltais, grecs. S’il y en a encore, ils se terrent, ils évitent de se faire voir ou de s’exprimer. Les crimes rythment l’islam depuis des siècles. 1860 : massacre des grecs catholiques de Damas à la suite d’un djihad lancé par des autorités musulmanes. 1861 : massacre de chrétiens au Liban sauvés par les armées de Napoléon III. 1894-96, au moment de l’affaire Dreyfus : massacre d’Arméniens dans l’empire ottoman. 1915-16 : génocide des Arméniens de toute la Turquie, conversion forcée des enfants, femmes et fillettes engrossées comme butin de guerre pour fabriquer de vrais musulmans. 1923 : expulsion de tous les Grecs de Turquie (1 million d’expulsés). 1948 : pogroms du Caire. 1952 : incendie des biens juifs du Caire. 1952-1961 : purification de l’Egypte, départ de tous les « étrangers ». 1956 : départ des « étrangers » et des juifs de Tunisie. 1954-1962 : départ des étrangers d’Algérie : la guerre a été un djihad (un moudjahid est un « combattant du djihad »). Années 1960-90 : exode massif des chrétiens du Proche Orient (Liban, Turquie, Syrie, Irak). Fin des années 60 : départ organisé des juifs du Maroc. 1970-80 : la population des étrangers (Italiens, Français, Grecs, Maltais, Espagnols) vivant au Maroc a été divisée par 4 : elle est passée de 400000 à moins de 100000 à la suite de la marocanisation des emplois, des biens et des entreprises. 1978 à aujourd’hui : coptes massacrés dans leur propre pays. 1980-2010 : génocide des chrétiens et des animistes du Soudan (1 million de morts) ; réduction des prisonniers à l’esclavage. 1976-96 : le quart de la population de Timor éliminé par les musulmans. Années 1980-90 à aujourd’hui : massacres de chrétiens en Indonésie, dans le sud des Philippines, au Nigéria. Années 1990 : meurtres d’étrangers, touristes ou résidents, en Algérie, en Egypte, etc.  1990 et années suivantes : pogroms des Chinois, christianisés pour la plupart d’entre eux, d’Indonésie. Etc. etc. etc. Une fois les faits établis, on peut les rapporter à Mein Kampf, au Manifeste, au Coran, pour isoler ce qui, dans ces textes fondateurs, incite les croyants à tuer ceux qui ne partagent pas leur foi. Mein Kampf affirme la supériorité fantasmée d’un peuple. Le Coran est explicite. Il affirme la supériorité de la race élue des vrais croyants, lesquels, au nom de cette supériorité, sont incités à tuer, à égorger, à assassiner, à brutaliser les infidèles, à piller leurs biens, à leur faire payer la jiziya. Les musulmans déclarent : « il y a, dans ce Livre, 123 versets qui appellent à tuer et à faire la guerre », le plus célèbre étant « Tuez les associateurs partout où vous les trouverez ».

 

2. La civilisation islamique

Les musulmans et leurs affidés nous rebattent les oreilles des beautés de l’architecture islamique, des apports sociaux et intellectuels de l’islam à l’occident ou de la grandeur de la civilisation dont l’islam a été ou aurait été le moteur, etc. Le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) a publié au Caire en 2002 un rapport « sur le développement humain dans le monde arabe » qu’ont rédigé des experts arabes. Dans les pays arabes (280 millions d’habitants répartis dans 22 pays), plus 50% des femmes sont analphabètes. La proportion est moindre chez les hommes, mais elle est supérieure à ce que l’on observe dans les autres pays du monde. La production de biens et de services y est quasiment nulle. 330 livres seulement y ont été traduits en un an, soit trois fois que la seule Grèce. « En mille ans, les arabes ont traduit moins de livres que les Espagnols en une seule année ». Et ces analphabètes fiers de leur ignorance volontaire auraient créé une civilisation ! Soyons sérieux. Les habitants de la péninsule arabique d’où l’islam s’est propagé par la violence étaient des nomades analphabètes regroupés en tribus vivant de razzia. La génération spontanée (dont Pasteur nous a guéris) a expliqué pendant des siècles l’apparition de la vie. En matière de civilisation, c’est-à-dire de textes ou de lois à portée universelle, de morales, d’institutions que les hommes ont établies, de monuments qu’ils ont bâtis et autres faits tangibles de civilisation, les affidés de l’islam veulent tout expliquer par la génération spontanée. Personne n’a jamais appris les mathématiques, l’algèbre, les principes de l’architecture monumentale, la philosophie, la médecine d’un coup de baguette magique. Il faut du temps pour créer cela. Les analphabètes vivant de razzias ne civilisent pas d’un coup des peuples entiers. C’est cette farce que l’on nous sert dans le fast food hallal de la civilisation islamique.

Au Proche Orient, en Irak (l’ancienne Mésopotamie), en Syrie, en Palestine (dans le Croissant fertile de nos vieux livres d’histoire), en Egypte, a existé une civilisation brillante, mais elle ne fut pas islamique. Même inspirés par Allah, les arabes du désert n’auraient rien créé, s’ils ne s’étaient pas emparés par la force d’immenses territoires dans lesquels s’est épanouie la très brillante civilisation des Byzantins, des premiers chrétiens, des Assyriens (qui ne sont pas arabes et n’étaient pas musulmans), des anciens Egyptiens. Les arabes ont plaqué l’adjectif islamique sur ce qu’ils ont accaparé et en partie pillé et que d’autres avaient créé, ou d’employer à leur service les architectes, les savants, les philosophes, les médecins de Byzance, de Damas, d’Alexandrie, de Babylone, de Thèbes. L’algèbre, le calcul, les mathématiques, l’astronomie sont la création des Assyriens, les chiffres dits arabes, dont le zéro, des Hindous, la géométrie et l’architecture des Egyptiens et des Grecs, la science des Grecs et des Byzantins. D’ailleurs, cinq ou six siècles de pillage, de table rase, de destructions opérés par l’islam ont détruit ces civilisations et rendu le Proche Orient dévasté et miséreux semblable à la péninsule arabique des VIIe-VIIIe siècles, d’où les arabes islamisés sont partis à la conquête du monde. Si les armées nationales socialistes n’avaient pas été défaites en 1945 et qu’elles eussent maintenu leur féroce domination sur l’Europe, nos lointains descendants auraient évoqué en l’an 3000 la brillante civilisation nazie, dans laquelle ils auraient englobé le Château de Versailles, la Tour Eiffel, Racine, Hugo, le cinéma, Diderot, l’esprit des Lumières, Pasteur, l’automobile et la découverte de la radioactivité.

Islamique est impropre pour qualifier les apports du Proche Orient à l’histoire de l’humanité.

 

3. La posture de victimes.

Les musulmans et leurs affidés ressassent que l’islam a été la victime de l’Europe du XIe au XIIIe s (Croisades) et aux XIXe et XXe s. (colonisation). Il n’est pas question de nier la nature perverse de toute colonisation, mais de rappeler que la colonisation des pays musulmans par l’Europe a duré moins longtemps que la colonisation de l’Europe par l’islam et que, de toute évidence, elle a été moins destructrice et moins cruelle. La France a colonisé (à tort) l’Algérie pendant 132 ans ; elle a protégé la Tunisie (à tort) pendant 70 ans et le Maroc pendant moins de 50 ans ; elle a assumé le mandat de la SDN pendant 20 ans en Syrie et au Liban. Que sont ces décennies rapportées aux huit siècles pendant lesquels l’islam a imposé son joug sur l’Espagne, aux trois siècles de colonisation islamique de la Sicile, aux quatre siècles de tyrannie ottomane et islamique qui ont failli rayer de la surface de la terre les Grecs, Albanais, Serbes, Roumains, Bulgares et autres Slaves du Sud. La puissance qui a abusé de la colonisation est l’islam. En ce domaine, l’Europe a été un apprenti.  

Il reste la question des croisades. Les marxistes ont fait des croisades l’expression de la cupidité impérialiste des Occidentaux. Bien entendu, il n’en est rien. Aux Xe et XIe siècles, le Proche Orient est tombé sous la coupe des colons seldjoukides, des turcs venus des lointains hauts plateaux d’Asie centrale, pour piller, au bénéfice de l’islam, des régions encore prospères que les arabes conquérants n’étaient plus capables de gérer et pour soumettre des populations encore chrétiennes à un joug plus tyrannique encore. Les croisés ont secouru ces peuples menacés et ont tenté en vain de les libérer d’une occupation étrangère. Ils ont échoué là où les Américains ont réussi, en 1917 et en 1943-45, pour nous rendre nos libertés.

Seuls les mensonges expliquent la faveur dont jouit en Occident le parallèle entre le djihad et la croisade. Les deux phénomènes n’ont rien en commun. Le djihad est consubstantiel de l’islam. Il apparaît dès 622. Sans djihad ou guerre à outrance, l’islam serait resté confiné dans la péninsule arabique. La vision du monde, partagé en eux zones, dar el islam et dar el harb, est commune aux militants musulmans, où qu’ils vivent. La popularité dont jouissent Ben Laden et ses tueurs en est l’expression. A l’opposé, la croisade n’apparaît dans aucun texte fondateur du christianisme ou du judaïsme. Ce phénomène historique a été il y a dix siècles une défense contre le djihad.

 

4. L’humiliation

            Les musulmans et leurs affidés justifient ces crimes et ces violences par l’humiliation. Ils se sentent humiliés dans leur être et dans leur fierté de musulmans par la prospérité (fragile) de l’Occident et par tout ce que les Occidentaux ont créé, conçu, inventé, fabriqué depuis des siècles. Nous serions responsables des arriérations dont ils s’exonèrent. Il est vrai que quand, en un millénaire, on traduit moins de livres que l’Espagne en un an, il y a des raisons objectives pour se sentir honteux. Si tant est que les musulmans ressentent ce sentiment, l’humiliation est volontaire. Outre la haine des femmes, des étrangers, des infidèles, etc. cette religion méprise l’homme, qui n’est rien, et adore Allah à qui il se soumet (islam signifie « soumission ») qui est tout. Qu’il y ait humiliation est possible, mais elle est d’islam. De plus, l’humiliation est une force psychique inépuisable et terrible. A des hommes que l’on humilie du berceau au tombeau et dont l’humiliation devient ainsi la nature, on peut faire commettre des meurtres en série et accomplir des prodiges de cruauté, ne serait-ce que pour leur donner l’impression d’être quelqu’un. L’humilié se venge d’abord sur sa femme et ses filles, puis s’il est armé, sur ceux qui n’ont pas d’armes et refusent la guerre qui leur est faite : c’est ainsi qu’au Proche Orient, des peuples qui avaient atteint un haut degré de civilisation ont sombré dans le néant.

 

5. La guerre

L’islam serait une religion de paix. Les musulmans et leurs affidés arguent qu’en arabe, le nom salam qui signifie « paix » est dérivé d’islam (id est « soumission » à Allah). Ils sont formés sur la même racine SLM. En fait, pour l’islam, il n’y a de paix qu’entre les musulmans si bien que, hors des pays d’islam, les musulmans doivent faire la guerre aux non musulmans et à ceux qui refusent de se soumettre à Allah. C’est la thèse de l’obligation absente (le sixième pilier de l’islam) que soutiennent des théologiens admirés, dont l’Egyptien Qotb, mort il y a deux ou trois décennies. En effet, depuis le VIIIe s., le monde est divisé en deux zones, dar el islam (« maison de l’islam ») et dar el harb (ou « maison de la guerre »). Les « gens du Livre », juifs ou chrétiens, se répartissent en dhimmis, quand ils vivent dans le dar el islam et acceptent la domination de l’islam, et en harbis quand ils vivent dans la zone de guerre. Entre le dar el islam et le dar el harb, une troisième zone est distinguée : celle des pays de la trêve ou guerre interrompue, sachant que la trêve est provisoire et qu’elle ne peut pas durer plus de dix ans. Le monde, selon les théologiens de l’islam, est façonné par le djihad : cet « effort » que doivent d’imposer les musulmans pour islamiser le monde, faire entrer tous les pays dans le dar el islam et soumettre l’humanité à la loi d’Allah.

En arabe, harbi dérive du nom harb (« guerre »). Il est employé comme nom pour désigner des hommes à qui la guerre est faite et qui sont définis par la guerre qu’on leur fait. Il n’existe pas en français d’équivalent de harbi. Le concept est étranger à notre pensée. Pour nous, il n’est pas concevable que des hommes soient réduits à l’être de harbi. Seule l’injonction « Tuez-les tous, Dieu reconnaîtra les siens », que Simon de Montfort aurait adressée à ses soudards lors de la guerre contre les Albigeois, peut illustrer le statut de harbis. Le mot ennemi traduit mal harbi. On peut avoir des ennemis sans leur faire la guerre et ces ennemis, après une guerre, peuvent devenir des alliés. Harbi n’est pas une qualité provisoire ou éphémère, mais un être, une nature qui ne cesse qu’avec l’extermination de ceux à qui la qualité est assignée. Le harbi est à ceux qui leur font la guerre ce que les juifs étaient aux nationaux socialistes de 1933 à 1945, et dans les pays que les armées nationales socialistes ont occupés de 1939 à 1945. Seule l’expression à exterminer donne une idée satisfaisante de ce qu’est un harbi. Pour l’islam, les peuples qui ne sont pas musulmans sont à exterminer. La férocité des attentats aveugles n’a pas d’autre justification.   

 

6. La tolérance.

L’islam est tolérant, disent encore les musulmans et leurs affidés. Bien entendu, tout dément cette affirmation. En arabe, dhimmi équivaut à toléré. Un dhimmi est un juif ou un chrétien, dont l’islam est censé tolérer la présence dans les territoires conquis. « Les lois édictées par la charia concernant les dhimmis sont nombreuses, écrit Bat Ye’or ». Ils sont soumis à des impôts particuliers. Il leur est interdit de construire, agrandir ou restaurer leurs lieux de culte (églises ou synagogues) ; leur culte n’est pas interdit, mais il doit rester discret (les cloches ne sonnent pas) ; leur témoignage contre un musulman n’est pas recevable ; ils sont condamnés à mort s’ils épousent une musulmane ou s’ils font du prosélytisme ; ils ne peuvent pas accéder à des postes honorifiques ; il leur est fait obligation de pourvoir au djihad pour conquérir de nouveaux territoires. Leur terre est dite fey ; c’est un butin de guerre. C’est l’islam victorieux qui décide des « droits » qu’il abandonne aux dhimmis : la négociation est impossible. Le dhimmi est un ancien harbi qui a accepté la victoire de l’islam. Dès lors, il est protégé des lois du djihad qui autorisent l’esclavage, les massacres, les pillages, le partage du butin. De la protection, les affidés ont inféré la tolérance de l’islam. Si le dhimmi se rebiffe et se rebelle, il redevient harbi et les lois du djihad lui sont appliquées.

La dhimmitude - la soumission à l’ordre le plus injuste qui ait jamais existé dans le monde - se répand partout en Occident, chez les lettrés, dans les milieux dirigeants, chez ceux qui conseillent les princes du monde, dans les rappels de la tolérance islamique, dans la tentation des chrétiens de rompre avec le judaïsme, dans leur ralliement aux thèses du  Hamas, du Djihad, du Fattah qui n’expriment rien d’autre que les thèses islamiques millénaires, et dans leur aveuglement à faire du rabbin Ieschoua de Nazareth, non un juif hétérodoxe, mais un Palestinien ou « Philistin » (les deux mots sont identiques) ou le premier des militants palestiniens. Déjà, au IIe siècle de notre ère, un évêque du Proche Orient dénommé Marcion avait incité les chrétiens à rejeter l’Ancien Testament, à rompre la continuité entre le judaïsme et le christianisme, à enlever le trait d’union entre juif et chrétien. Sa doctrine, dite « marcionisme », a connu une grande faveur parmi les chrétiens d’Allemagne aux XIXe et XXe siècles, préparant de fait les esprits à accepter que cette rupture théologique se transforme peu à peu en une négation ethnique.

 

7. L’échange inégal

L’islam, disent les musulmans et leurs affidés, pâtit de l’échange inégal avec l’Occident. Examinons cette fable. L’islam dispose de ressources naturelles, dont l’Occident est dépourvu, en particulier le pétrole et le gaz naturel. Le coût d’exploitation du pétrole est d’environ 3 $ US le baril, de 5 $ au maximum, si l’on prend en compte les amortissements, les investissements nécessaires, les taxes, etc. Or, il est vendu de 80 à 100 $ US, à un prix qui est le vingtuple du coût réel. L’Occident ne vend pas le blé, les voitures, la viande de mouton, etc. aux musulmans à un prix dix fois supérieur au prix de revient, même augmenté d’un bénéfice de 30% pour rémunérer les actionnaires.    

L’Occident commerce avec l’islam, accueille des dizaines de millions de musulmans, leur offre asile, travail, avantages sociaux, études et libertés. En retour, l’islam n’offre rien. Les musulmans acceptent sur leur sol mille fois moins d’étrangers ou d’infidèles que les Occidentaux n’accueillent de musulmans. Ceux qui résident en terre d’islam n’ont accès à aucun des avantages (loyers HLM, soins gratuits, etc.) prodigués aux musulmans. De ce point de vue, l’Occident est victime d’un échange inégal – mais personne ne s’interroge pas sur cette inégalité ni sur ce qu’elle signifie. Cette politique réelle, tangible, vérifiable est à l’opposé de l’hostilité que l’islam et les musulmans manifestent à l’endroit des chrétiens, des Européens et des harbis.

 

            Les mensonges dont la fonction est de nous tromper sur la nature de l’islam, les inégalités de traitement dont les musulmans jouissent dans tous les domaines (culture, idées, commerce, histoire, production et échanges) et à tous les niveaux, du plus bas au plus élevé, sont les signes tangibles de l’état d’ignorance aveugle dans lequel on nous relègue et des périls qui menacent l’Europe, sa civilisation, ses libertés.

 

 

02 janvier 2011

Défavoriser

 

De défavoriser et des défavorisés

 

Ce verbe, dérivé de favoriser, est attesté à la fin du XVe siècle. Dans les dictionnaires de l’ancienne langue française, il est enregistré au sens de « ne pas favoriser, ôter sa faveur à » (Frédéric Godefroy, 1880-1902 : « le roi François premier le défavorisa fort de ses bonnes grâces »), « nuire », « être hostile à » (Godefroy, Huguet), « disgracier, nuire, ôter ou faire perdre les bonnes grâces » (La Curne de Sainte Palaye, qui cite Brantôme : « C’est le naturel d’un défavorisé de dire toujours mal des favoris » - ce qui définit les défavorisés, c’est qu’ils médisent de ceux qui ne sont pas comme eux), « priver de faveur, refuser sa faveur à » (Edmond Huguet, Dictionnaire de la langue française du XVIe siècle : « Que le ciel défavorise / Le fainéant qui en fêtardise / Traîne oisif son âge aux tisons », Baïf ; « Ainsi la fortune joue son jeu avec aucuns bien, avec d’autres mal, comme il lui plaît favoriser et défavoriser ses gens », Brantôme), Huguet relevant à défavorisé le sens prémonitoire de « réussissant mal ».

A partir du XVIIe siècle et pendant plusieurs siècles, ce verbe, qui semble peu à peu sorti de l’usage, puisqu’il n’est enregistré dans aucune des huit éditions du Dictionnaire de l’Académie française publiées entre 1694 et 1935, n’a plus pour sens que « mettre en défaveur » (Littré, Dictionnaire de la langue française, 1863-77) ou « priver de sa faveur » (Grand Dictionnaire Universel du XIXe siècle de Pierre Larousse), la « faveur » dont il est question dans ces définitions étant celle du souverain, de sa Cour ou de ses ministres dispensateurs de prébendes, avantages, positions, offices…  Les auteurs du Trésor de la langue française (1971-94) jugent que ce sens-là, qu’ils glosent ainsi : « cesser d’accorder sa faveur à quelqu’un » et qu’ils illustrent de l’exemple forgé par Larousse : Un roi, un prince favorise et défavorise ses courtisans au gré de ses caprices, est désormais, la France étant une République une, indivisible et laïque, « vieilli » ; mais le mot ne disparaît pas pourtant. Au contraire. La société, ses « injustices », vraies ou imaginaires, et tous les ressentiments qu’elle nourrit, lui offrent une seconde carrière, plus brillante que la première. Les privilèges abolis, il aborde au social, nouvel eldorado, comme l’atteste ce premier sens étendu : « priver quelqu’un d’un avantage matériel ou moral auquel il pouvait s’attendre » (défavoriser qqn dans un partage), le sens important étant « auquel il pouvait s’attendre ». Autrement dit, le défavorisé estime que tout lui est dû ou qu’il ne lui est pas revenu la grosse part du gâteau à laquelle il prétendait : « emploi adjectival, en parlant d’une personne ou d’un groupe de personnes, qui est privé d’un avantage matériel ou moral auquel, par comparaison avec le niveau considéré comme normal, il pouvait s’attendre » (être défavorisé par rapport à quelqu’un ; milieu culturellement défavorisé ; groupes économiquement défavorisés) et « spécialement dans le domaine économique, classes, catégories sociales défavorisées ; régions, nations défavorisées ; département défavorisé, synonymes, pauvre, sous-développé) et « emploi substantif, un défavorisé, défense des défavorisés, mécontentement des défavorisés », ces exemples extraits de l’ineffable Traité de sociologie publié en 1968 constituant le fondement du grand catéchisme humanitaire.

Plusieurs études démentent ce catéchisme, ne serait-ce que les données fournies par le Ministère des Finances relatives au revenu fiscal moyen des foyers suivant les communes et les départements. Les 10 à 15 % de foyers français qui sont les moins bien lotis et qui devraient être dits défavorisés, dans le sens social et moderne de ce terme, vivent dans des départements ruraux, Ardèche, Ardennes, Ariège, Hautes-Alpes, Basses-Alpes, Cantal, Aveyron, Lozère, Haute-Loire, Creuse, etc. et, dans ces départements, dans des zones à l’agonie, dans lesquelles le revenu fiscal par foyer est de l’ordre de 6000 à 7000 euros par an. Or, ces foyers français ne sont pas tenus officiellement pour défavorisées, les communes dans lesquelles ils vivent ne recevant quasiment pas d’aides, de crédits, de subventions. Non seulement ils sont défavorisés, mais encore ils sont délaissés ou abandonnés à une mort lente dans le silence et la misère.

C’est que, dans la France actuelle, les défavorisés n’existent en tant que tels que s’ils sont adoubés par les sciencieux du social, sociologues, psychosociologues, militants LCR, NPA, SFIC, PS, PC, LO, CNT, en bref par le clergé socialo-humanitaire, etc. lequel, comme les duchesses du XVIIIe siècle, a ses prétendus défavorisés, à qui l’Etat doit faire la charité, quel que soit l’état de leur fortune, et même s’ils possèdent des biens à ne pas savoir qu’en faire sous un prête-nom ou « au pays ». Baptisés défavorisés, ils le restent jusqu’à la mort et transmettent ce privilège à leurs enfants, à leurs petits-enfants, et même à toute la parentèle restée au pays. En fait, le sens moderne de défavoriser est attesté au XVIe siècle : c’est « nuire » ou « être hostile ». Ce qui définit les prétendus défavorisés, c’est leur aptitude à nuire à autrui, surtout si cet autrui n’est pas de leur communauté. Ils se reconnaissent aux voitures (qu’ils brûlent), aux écoles, gymnases et bibliothèques (qu’ils incendient), aux pompiers (qu’ils lapident), aux policiers (qu’ils interdisent de séjour dans leur territoire), aux professeurs (qu’ils insultent), aux citoyens (qu’ils agressent et tuent gratuitement), etc. etc. etc. La destruction du bien d’autrui ou de tout ce qui appartient à tous est, comme chez les barbares à Fofana, le signe de la défaveur dans laquelle ils se guindent et le moteur du chantage auquel ils soumettent les pouvoirs publics : de nouveaux privilèges, sinon c’est le quartier d’en face qui est mis à feu et à sac.

 

 

 

01 janvier 2011

Voeux

 

 

ALJ souhaite à ses lecteurs tout ce qu'il est de règle de souhaiter un premier janvier : réussite, bonheur, santé, plaisir, etc. 

 

En 2007, ce "blog" a eu 47850 lecteurs et 101986 pages ont été lues;

En 2008, ces chiffres ont été respectivement de 63788 et de 126418, 

En 2009, de 91444 et de 235194;

En 2010, de 105081 et de 288658.

 

Au cours des trois derniers mois de 2010, les visites ont été supérieures à 10000 : soit 10788, 12878 et 12147; et les pages lues supérieures à 30000, 37116 en décembre.

11:58 Publié dans Signes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : culture, société, france