Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

11 février 2011

Racines

 

 

Ce mot est employé dès le début du XIIe siècle aussi bien dans ses sens propres (« la partie par où les arbres et les autres plantes tirent leur nourriture de la terre », Dictionnaire de l’Académie française, 1694 et éditions suivantes jusqu’en 1935) que dans son sens figuré principal, attesté en 1155 : « principe, source, cause », comme dans cet exemple : « convoitise [...] est racine de péché ». Entendu dans ce sens-là, il est relevé dans toutes les éditions du Dictionnaire de l’Académie française dès 1694 : « Racine se dit aussi figurément des principes, des commencements d’une chose », comme dans ces exemples : La vertu a jeté de profondes racines dans son cœur ; il faut couper la racine de ce mal avant qu’il augmente ; ce remède pallie le mal, mais il faut aller à la racine ; couper la racine à l’hérésie ». En 1694, les académiciens  précisent que, dans ce sens figuré, « il se dit plus souvent en mal », remarque qui n’est guère pertinente, puisqu’elle disparaît des éditions suivantes. Mais la définition reste inchangée, à quelques détails près : « il se dit figurément des principes, des commencements de certaines choses, ou morales ou physiques » (1762, 1798, 1835) ; « il se dit figurément du principe, du commencement de certaines choses » (1935). Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77) la reprend, avec quelques modifications : « Figuré, principe, origine de certaines choses », illustrant de sens de nombreux extraits de grands écrivains des XVIIe et XVIIIe siècles, lesquels se rapportent tous ou quasiment à des « choses » morales ou intellectuelles, le doute (« Comme si l’on pouvait couper la racine des doutes d’où naissent les procès », Pascal), le mensonge (« toutes ces dispositions au mensonge et au déguisement, si éloignées de la justice et de la raison, ont une racine naturelle dans le cœur de l’homme », Pascal), le bien, l’esprit, la modération, les passions, la postérité, les abus… Dans le Trésor de la langue française (1971-94), le même sens figuré « origine, principe » est relevé à l’entrée racine.

Au vu de cela, on est en droit de se demander si les hommes politiques qui sont intarissables sur les racines de la France connaissent le sens de ce mot ou ont jamais ouvert, ne serait-ce que par curiosité, un dictionnaire. En tout cas, un fait est sûr : ils ne comprennent pas ce qu’ils disent ou ce que leur font dire leurs conseillers, et surtout ceux qui rédigent leurs discours. Pour M. Chirac, il y a quelques années, l’Europe a ou aurait (avec les déclarations de ces gens, il vaut mieux employer le conditionnel) des racines islamiques ou musulmanes ; la France aussi, a-t-il renchéri dans un autre discours. Récemment, ce fut au tour de M. Sarkozy de se prononcer sur les « racines de la France » ; elles sont « juives », a-t-il déclaré. Certes, il s’adressait à des juifs et l’on comprend qu’il ait voulu se concilier les bonnes grâces des électeurs présents dans la salle, en disant que le judaïsme était à l’origine de la France, un principe de la France, au commencement de la France. C’est vrai d'Israël, mais, historiquement, pour ce qui de la France, c’est totalement faux. Ce n’est qu’un pur fantasme pour attraper des suffrages. Mais si les électeurs à qui sont assénés de si pieux mensonges ont un sens aigu de leur propre dignité, ils tiendront pour mépris à leur encontre de telles momeries. Il en va de même des racines islamiques de la France ou de l’Europe. A l’origine, il n’y a pas l’islam, ni d’islam. L’islam n’est pas au commencement de l’Europe ou de la France. Il n’est pas le principe qui les régit - heureusement pour nous. Ces assertions sur les racines islamiques ou juives de la France n’ont aucune validité, ni morale, ni intellectuelle, ni historique. C’est du mensonge cynique ou de la basse flatterie.

Cela signifie-t-il que les mensonges sont les racines de la politique, action et discours confondus ? ALJ n’est pas loin de le penser.

 

14:25 Publié dans Signes | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : société, politique, france

Commentaires

Mots février

http://decadence-europa.over-blog.com/article-mots-67070987.html

Écrit par : @@ | 13 février 2011

Les commentaires sont fermés.