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13 mars 2011

Raz de marée

 

 

            Tsunami est un emprunt au japonais, langue dans laquelle il signifie « vague d’océan ». Il est attesté d’abord en anglais à la fin du XIXe siècle et en français en 1927. Il n’est enregistré dans aucune des éditions du Dictionnaire de l’Académie française, ni par Littré (DLF, 1863-77). En revanche, une entrée y est consacrée dans le Trésor de la langue française (1971-94) comme terme propre aux « sciences de la terre », défini ainsi, en des termes encyclopédiques qui décrivent assez bien le phénomène, du moins tel que nous l’observons, quand il est filmé et montré sur les écrans de télévision ou de PC : « onde océanique solitaire, immense vague ayant pour origine un tremblement de terre, une éruption volcanique sous-marine ou la chute dans la mer de grands pans de falaises ou de glaciers, et provoquant de graves dégâts quand elle déferle sur une côte ». Le synonyme en est raz de marée, lequel a été écrit ras, sans doute à la suite de la confusion avec cet adjectif (table rase) et nom, qui est aussi adverbe (couper ras) et préposition (« au ras de »). Pour Littré, c’est un emprunt au bas breton raz, comme dans Pointe du Raz, au sens de « courant très violent, remous ». Pour les lexicographes du TLF, c’est un emprunt à l’ancienne langue de Scandinavie (« le vieux nordique »), ras, « courant », alors que le mot breton raz est emprunté au français. 

            Au sens de « courant violent », raz, écrit ras, est attesté à la fin du XIVe siècle. Frédéric Godefroy (Dictionnaire de l’ancienne langue française, fin du XIXe siècle) le définit ainsi : « courant violent dans un canal étroit qui fait communiquer deux mers », et il l’illustre de ces deux exemples éloquents : « ils connaissaient les entrées des havres étrangers, les raz, les détroits, les lieux qu'il fallait détourner » ; « de là je rencontrai les périlleux rochers, les ras et les détroits des Sirènes ». Ce sens est relevé par de nombreux auteurs de dictionnaires ou d’encyclopédies, les académiciens (DAF, 1835, 1879, 1932-35) : « nom donné à des courants marins violents qui se font sentir dans un détroit, dans un canal entre deux terres rapprochées » ; Barré (1842, Complément du DAF) : « Courant de mer très violent dans un passage étroit » ; Littré (DLF, 1863-77) : « nom donné à deux courants très violents dans un passage très étroit, l’un à la pointe du Raz, l’autre dans la Manche, entre le cap La Hague et l’île d’Aurigny, et dit Raz Blanchard, et, par extension, à tout courant rapide qui se fait sentir dans un canal, entre deux terres rapprochées, dans un détroit où se fait le déversement d’une mer dans une autre » ; Larousse (Grand Dictionnaire universel du XIXe siècle) ; les lexicographes du TLF (1971-94) : « courant marin très violent qui se manifeste dans un passage resserré » et « par métonymie, passage étroit où ces courants se font sentir ».

            C’est en 1835, dans la sixième édition du DAF, que le mot composé raz de marée, aujourd’hui de plus en plus souvent concurrencé par tsunami, est enregistré pour la première fois. De toute évidence, les académiciens n’ont jamais vu de raz de marée, mot qu’ils écrivent ras de marée, qu’ils confondent avec le phénomène marin assez commun du « courant violent », comme l’atteste la définition : « bouillonnement occasionné, en quelque endroit de la mer, par la rencontre de deux marées, de deux courants opposés ». Seul l’exemple les ras de marée sont quelquefois très dangereux est à peu près exact, c’est-à-dire conforme à la réalité du phénomène. Il faut attendre Littré pour que le raz de marée soit nettement distingué des courants violents : « raz de marée, soulèvement extraordinaire de la mer, dont la cause est encore inexpliquée, mais qu’on attribue à des volcans sous-marins ; il porte en un instant les vagues sur la terre, à la hauteur de plusieurs mètres, tellement que des villes entières en ont été submergées ». Un extrait de La Revue des Deux-Mondes illustre cette définition (1854) : « de vraies cataractes qui couvrent la plaine à une immense distance, en engloutissant les hommes et les animaux et en rasant au niveau du sol toutes les habitations, tous les travaux agricoles ; ces raz de marées ont paru tellement étonnants, qu’on les a souvent attribués au mouvement que les tremblements de terre impriment au fond de la mer ». Dés lors, les choses sont relativement claires dans l’esprit des auteurs de dictionnaires, qui distinguent avec soin les simples raz des raz de marée : « soulèvement extraordinaire de la mer, dont la cause n’est pas connue et qui porte subitement les vagues sur la terre à une hauteur de plusieurs mètres » (DAF, 1879, 1932-35), les raz étant le « nom donné à des courants marins violents qui se font sentir dans un détroit, dans un canal entre deux terres rapprochées » ; et « énorme vague isolée, généralement d’origine sismique, qui déferle violemment sur la côte » (TLF).

            Le fait est que les Européens, tout savants qu’ils aient été, ont mal compris les raz de marée et leurs causes, même Pierre Larousse, bien qu’il se fût entouré de nombreux savants pour rédiger son Grand Dictionnaire du XIXe siècle. Certes, il note que raz de marée est un terme impropre, « puisqu’il ne paraît avoir aucun rapport avec le mouvement du flux et du reflux » (la marée). Il les situe dans les « mers tropicales » - ce qui est inexact, puisque le dernier raz de marée s’est produit sur les côtes Nord Est du Japon qui n’ont rien de « tropical » ; il en attribue la cause à quelque « perturbation atmosphérique » ; et s’il en décrit assez justement les effets (une vague gigantesque qui détruit tout sur la côte), il en exagère la durée : une semaine, parfois davantage. Pierre Larousse, le positiviste arrogant et hautain, porte la science, la connaissance, les faits, le savoir en sautoir, en particulier dans la lutte qu’il mène contre le christianisme. Que dis-je, il est la science. Pourtant, sur un très grand nombre de questions, dont les raz de marée, sa science – toujours de seconde ou de tierce main – est bien inférieure à la connaissance que peut en avoir le téléspectateur lambda d’aujourd’hui.

Commentaires

ces jours -ci , me reviennent mes lectures du Cdt Cousteau(+) et d'Haroun Tazieff( +) ( j'avais suivi une de ses conférences grand public sur les risques )

le raz de marée ( faut-il des tiraits entre les 3 mots ? je le vois bcp écrit ainsi ! )
le plus haut , décrit par Cousteau était celui d'une vague montée à plus de
600 ou 660 mètres ( je pose bien deux 0 ! )
en Alaska , par l'engouffrement dans un fjord étroit ( les pins étaient couchés au sol à 600 mts de hauteur )

je revois aussi la description ,( lorsque je suis monté au Stromboli & à Vulcano ),
de l'énorme éruption et raz de marée qui détruisirent totalement le village de Stromboli , dans les années 30
( et depuis repeuplé !!!!! )

j'entend encore le grondement et les vibrations profondes de la terre lorsque j'avais dormi à même le sol du fond du cratère de Volcano , parmi l'odeur de souffre après un bain dans les eaux bouillonnantes en revoyant Ingrid Bergmann .

Écrit par : @@ | 15 mars 2011

Erreur

la vague ne mesurait QUE
523 Mètres
LITUYA Alaska


http://www.youtube.com/watch?v=domVjFgSGqM

Écrit par : @@ | 15 mars 2011

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