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22 mars 2011

Coalition

 

 

Un premier coalition dérive du participe passé du verbe latin coalescere au sens de « se lier, se développer » et au figuré, « se réunir, se fondre, se coaliser, se réconcilier » ; un second est emprunté à l’anglais coalition (emprunté lui-même au latin du Moyen Age) ayant le sens politique de « réunion de partis ». Le premier est attesté au milieu du XVIe siècle dans des contextes théologique ou scientifique au sens de « union de substances différentes » ; l’autre est attesté au XVIIIe siècle à propos de l’Angleterre au sens de « réunion de partis opposés », mélange de « whigs et de tories ».

Coalition est relevé dans les dictionnaires à compter de la fin du XVIIIe siècle (Féraud, Dictionnaire critique de la langue française, 1788). Seul le sens anglais est défini : « confédération, réunion de deux partis opposés ». Le Dictionnaire de l’Académie française (cinquième édition, 1798) est plus complet, puisqu’il relève les deux sens de coalition, que les académiciens distinguent suivant qu’ils sont matériels ou moraux : « il se dit en physique pour signifier l’union intime de plusieurs substances » et « il se dit au moral de la réunion de différents partis, de la ligue de plusieurs puissances ».

Dans le sixième édition du Dictionnaire de l’Académie française (1832-35), le sens « physique » disparaît (relevé comme vieux dans le Trésor de la Langue française, 1971-1994 : « agrégation de plusieurs substances »), remplacé par le sens social : « il se dit aussi en parlant d’un concert de mesures pratiqué par plusieurs personnes dans la vue de nuire à d’autres ou à l’État », comme dans coalition d’ouvriers (« les ouvriers formèrent une coalition pour obtenir une augmentation de salaire », « punir les chefs ou moteurs d’une coalition »), sens que Littré expose à son tour (Dictionnaire de la Langue française, 1863-1877) : « dans l’ordre économique, union soit des patrons ou maîtres, soit des ouvriers ou domestiques, pour modifier à leur profit les conditions du travail et particulièrement les salaires, soit des producteurs soit des consommateurs, pour modifier les prix et en général les conditions de l’échange » ; de même les académiciens dans la huitième édition de leur Dictionnaire (1935) : « il se dit aussi, dans l’ordre économique, d’une union concertée entre ouvriers, patrons, industriels, commerçants, etc., en vue de modifier ou de maintenir certaines conditions de travail ou d’échange » (« entente des membres dispersés d’un même groupe social ou politique pour obtenir certains avantages », Trésor de la langue française, 1971-94). Les académiciens, dans la neuvième édition (en cours en publication), le mentionnent comme vieilli (« entente entre ouvriers, entre patrons, entre industriels ou entre commerçants, en vue de modifier ou de maintenir certaines conditions de travail ou d’échange »). Il est vrai que « la loi sur les coalitions, qui punissait la grève, a été abrogée en 1864 ».

Il est un autre sens, à la fois politique et « historique », apparu lors des guerres contre Napoléon, que les académiciens glosent à partir de la sixième édition, 1835, de leur Dictionnaire, comme une extension du sens « réunion de différents partis » : la « ligue de plusieurs puissances », comme dans cet exemple de la huitième édition (1935) : « la coalition des grandes puissances de l'Europe contre l’empereur Napoléon ». Littré relève ce sens, citant d’abord la coalition des puissances, comme si le sens politique ancien, emprunté à l’anglais, n’était plus qu’une extension du sens « réunion de puissances, de partis ou de personnes qui poursuivent un intérêt commun ». Il est illustré par «  la coalition des puissances contre la France » et « dans le langage politique, la coalition, celle des puissances contre la France en 1813, ou celle de diverses fractions de la chambre des députés contre le ministère en 1838 ». Dans le Trésor de la Langue française, ce sens géopolitique et historique est qualifié d’usuel : « union momentanée de peuples, d’États, de puissances, en vue d’une action politique ou militaire contre un ennemi commun » comme dans l’exemple : « la Hollande, comme si elle n’avait attendu que ce prétexte, se réconcilia avec l’Angleterre, chercha même à entraîner notre vieille alliée la Suède dans une coalition contre la France » (Bainville, 1924).

            Quand coalition est employé à propos d’Etats ou d’armées dans un contexte géopolitique, il implique de la part de ceux qui se coalisent contre un autre pays de l’agressivité, de l’hostilité, voire une volonté destructrice. Il aurait été insolent de laisser entendre que, dans une société policée ou supposée telle, les revendications sociales ne sont que la guerre continuée par d’autres moyens. Pendant deux ou trois siècles, c’est contre la France que se liguaient (cf. la « Ligue d’Augsbourg »), puis se coalisaient les nations européennes. Aussi le nom coalition avait-il dans les dictionnaires un sens défavorable, qu’il s’appliquât à l’union de pays étrangers contre la France ou à l’union de corporations cupides contre l’intérêt général (« dans la vue de nuire à d’autres ou à l’État »). Il semble que cette époque soit close. Désormais, la France se ligue avec d’autres Etats contre tel ou tel régime ou pays. Certes, objectera-t-on, c’est pour une bonne cause. Peut-être, mais seul l’avenir dira si la cause était bonne ou haïssable. Le fait est que quelque chose a changé et que, jadis cible de coalitions hétérogènes, la France est désormais à la tête ou tout près de la tête pensante de coalitions encore plus hétérogènes et plus divisées que celles qu’elle affrontait dans le passé.

 

 

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