Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

30 mars 2011

Retour sur "martyr"

 

            La presse n’informe guère, car informer demande du temps, de la culture, du travail. Elle se fait chantre et propagandiste qui d’un dictateur, qui d’un autre dictateur, à condition qu’ils fussent musulmans, qui d’un régime politique, à condition qu’il n’émanât pas de la volonté d’un peuple souverain, qui d’émeutes baptisées pour l’occasion révolutions.

Le Nouvel Observateur, hebdomadaire de l’opinion « gauche caviar » et « bobo », consacre sous la plume de ses journaleux de longs péans aux « dix mots » de la cosidetta « révolution tunisienne ». Le cinquième de ces dix mots est martyr. Les Tunisiens n’emploient pas ce mot ; ils ne parlent ni grec, ni chrétien, mais arabe. Ils disent donc chahid. C’est le journaleux Lussato (ou la journaleuse ?) qui traduit chahid par martyr, qu’il (ou elle) définit ainsi : « un mot à connotation si religieuse dans un pays plutôt laïc ». Il (ou elle) voulait sans doute écrire laïque. Quoi qu’il en soit de laïc ou de laïque, la Tunisie n’est pas un pays laïque – ce qui n’aurait aucun sens -, mais musulman. La France non plus n’est pas un pays laïque : ce qui est laïque en France, ce sont les institutions publiques, du moins en théorie, car elles sont elles aussi de moins en moins laïques, mais là, c’est une autre histoire qui dépasse, et de beaucoup, le simple emploi de martyr. Voici ce qui en est dit dans ce support publicitaire de la gauche bobo : « un mot employé au plus près de sa signification première. Car si, dans l’histoire, le martyr est celui qui accepte d’aller jusqu’à se laisser tuer pour sa foi, dans la révolution tunisienne il désigne ceux qui ont été tués pour avoir cru dans l’avènement d'un nouveau régime ».

Le martyr, en effet, est celui (ou celle) qui préfère la mort au reniement : il accepte d’être tué plutôt que de renoncer à ce qu’il croit. Mais cette conception du martyr est celle des chrétiens – et en aucun cas celle des musulmans. Il est quand même étrange et même étonnamment étrange ou totalement anachronique qu’un journaleux (ou une journaleuse) et le Nouvel Obs, hebdo glacé qui fait manger du caviar aux bobos, tiennent les musulmans pour des chrétiens et plaquent sur le monde arabo-musulman, qui n’en peut mais et n’a rien à cirer de la conception chrétienne du martyr, conception qu’il juge bonne pour des femelles alanguies ou pour des pédés efféminés, l’imaginaire et les mythes chrétiens. Le patron du Nouvel Obs a passé les vingt premières années de sa vie en Algérie – dans l’Algérie coloniale, évidemment. On comprend que son hebdo ait conservé un vernis de la très haïssable condescendance coloniale – ou néocoloniale en l’occurrence, et qui consiste à juger l’Autre à partir de ce que l’on est.  

En effet, chahid, ce prétendu martyr des musulmans, a un sens tout autre. Est chahid celui (jamais celle) qui meurt dans le djihad fi sabil Allah. Les chahids combattent pour une cause sacrée. Il leur incombe d’imposer la loi d’Allah dans une guerre sans fin. Ce n’est pas la mort qui fait d’eux des chahids, mais le fait qu’ils combattent des infidèles, des renégats ou de mauvais musulmans, qu’ils soient policiers ou politiciens. Et pour cela, ils sont récompensés : à eux les soixante-dix vierges du Paradis d’Allah, des vierges éternellement vierges, même après être passées sous des armées de chahids en rut.   

 

    

             

09:59 Publié dans Signes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : islam, religion, politique

Les commentaires sont fermés.