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01 avril 2011

Harcèlement

 

 

Ah que voilà, comme dirait un grand penseur des médias, un mot moderne qu’on croirait sorti directement d’un manuel de survie destinés à des socialistes et gauchistes égarés ne sachant plus à quel saint se vouer.

Il est attesté en 1632, mais il est enregistré pour la première fois en 1842 dans le Complément au DAF de Barré : « action de harceler ; résultat de cette action », définition que reprend Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77) : « action de harceler », qu’il illustre de cet exemple éloquent : « ce n’est pas nous qui contesterions.... à M. Périer l’esprit d’opposition et de harcèlement le plus varié, le plus ardent, le plus fécond qui ait paru sur nos bancs de gauche depuis 1815 », faisant de la « gauche » la matrice des harcèlements de tout type et de toute sorte qui prolifèrent depuis trente ans.

Le mot est moderne, mais la racine est ancienne : c’est le verbe harceler (« tourmenter, inquiéter par de petites mais de fréquentes attaques », Littré, Dictionnaire de la langue française, 1863-77), lui-même dérivé du verbe herser ayant au XIIe siècle le sens de « malmener ». La preuve que le mot est du dernier moderne : il n’est le Dictionnaire de l’Académie française que depuis quelques années (neuvième édition, en cours de publication). La définition est fruste : « dérivé de harceler ; action de harceler », mais les exemples cités illustrent l’origine martial des emplois : une guerre de harcèlement ; tir de harcèlement. Car les emplois les plus courants relèvent, comme l’écrivent les auteurs du Trésor de la langue française (1971-94), de « l’art militaire » : harcèlement de l’ennemi ;  tactique de harcèlement ; guerre de harcèlement  guerre dont la tactique est d’épuiser l’ennemi en d’incessantes attaques », le synonyme étant guérilla), tir de harcèlement (« tir incessant destiné à ne laisser aucun répit à l’ennemi »).

C’est à partir de ces emplois propres à l’art de la guerre, ou plus exactement de la guérilla, que se sont développés les emplois que l’on qualifier de « sociétaux » : subir le harcèlement sexuel d’un supérieur » ou « d’une supérieure », évidemment (in DAF, neuvième édition). De guerrier, le harcèlement est devenu social, sexuel, scolaire. Il est – ou il serait - partout : dans les entreprises, dans les associations, dans les partis, à la télé, au tribunal, à l’école : 10% des élèves de l’école primaire estiment qu’ils sont victimes de harcèlement – dans les écoles de la « République », sans que les fonctionnaires exerçant dans ces écoles s’en émeuvent, comme si le harcèlement était la règle d’une France malade (et la fraternité, qu’en fait-on ? Aurait-on jeté ce froc aux orties ?) ou le prétexte choisi par des hypocondriaques mal embouchés pour accéder au statut enviable de victimes (être victime des méchants : voilà qui vaut mieux qu’une Légion d’honneur et qui peut rapporter gros avec de bons avocats) ou le nouveau et énième fonds de commerce des sciencieux du social.

Muray pensait que l’envie du pénal avait remplacé dans l’inconscient collectif l’envie du pénis ; il aurait pu ajouter que le harcèlement est la guerre continuée par d’autres moyens – que ce soit de la part des harceleurs ou de celle des harcelés. Tout cela donne à la France un air haïssable, celui de cette guerre de tous contre tous, une guerre sans merci, sans compassion, sans pitié, qui couve et germe dans la chaleur des consciences silencieuses.

  

 

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