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04 avril 2011

Laïcité

 

 

Ce nom est vieux d’à peine plus d’un siècle. Dérivé de l’adjectif laïc, il est attesté le 11 novembre 1871 dans le journal La Patrie au sujet d’un vote du Conseil général de la Seine qui a repoussé « la proposition de laïcité » qui lui était soumise. Littré le relève six ans après dans le Supplément (1877) de son Dictionnaire de la langue française (1863-77). Il le définit a minima, se contentant d’en déployer la formation : « caractère laïque », écrit-il sobrement, sans cerner la notion de laïcité, comme si justement ce mot ne désignait rien : du moins aucune notion.

L’adjectif a deux orthographes, laïc ou laïque, auxquelles s’en ajoute une troisième, lai, féminin laie, attesté dès 1150 au sens de « illettré » et qui survit, bien qu’il soit vieux , dans les expressions frère lai (ou convers) ou sœur laie (ou converse) – id est religieux accueillis dans un monastère ou un couvent sans qu’ils aient prononcé leurs vœux. Lai, laïc, laïque ont pour étymon laicus, emprunté au grec laikos, dérivé du nom laos (« peuple »). Lai continue le latin laicus ; laïc, emprunté au latin laicus, est plus tardif (1487). Ils ont le même sens (cf. Trésor de la Langue française, 1971-1994, « synonyme de laïque »). Littré mentionne que laïc est parfois employé au masculin et les académiciens que laïc est une variante de laïque. Le sens est identique : c’est « qui n’est ni ecclésiastique ni religieux » (DAF, 1762), et chez Littré, « 1° qui n’est ni ecclésiastique ni religieux » et « 2° qui est propre aux personnes laïques ». Le sens est illustré par cet extrait de Chateaubriand : « le nom laïque fut inventé pour distinguer l’homme qui n’était pas engagé dans les ordres du corps général du clergé » (Génie du christianisme, 1803). Lai, laïc, laïque, laïcité sont donc des mots propres à la religion chrétienne et en usage pour distinguer les clercs, ou « instruits », entrés au service de l’Eglise - prêtres, moines, moniales, religieux – des gens du peuple (le peuple de Dieu), souvent illettrés.

Le sens de ces mots chrétiens a été scindé en deux : l’ancien, celui que l’histoire a légué, « qui n’est ni ecclésiastique, ni religieux, ni du clergé séculier, ni du clergé régulier », et le nouveau, celui qui a été introduit par l’institution de la laïcité, « qui est étranger à toute confession ou doctrine religieuse » (DAF, 1935 et neuvième édition, en cours de publication). Même dans l’édition en cours de publication de leur dictionnaire, les académiciens ne distinguent pas les deux sens par l’orthographe. Les exemples qu’ils citent le montrent : « Les membres laïques du conseil paroissial » et « réduction d’un prêtre à l’état laïque » (les militants de la laïcité instituée auraient écrit ou exigé que l’on écrivît : « les membres laïcs du conseil paroissial » et « réduction d’un prêtre à l’état laïc ») ; et « morale laïque », « un État laïque » (« qui ne reconnaît aucune religion comme religion d’État »), « les lois laïques de Jules Ferry », « l’enseignement laïque » (« conforme aux principes de la laïcité »), « l’école laïque ». Les académiciens notent : « on écrit quelquefois laïc au masculin », mais sans préciser si c’est pour exprimer le sens ancien ou le sens nouveau. Dans le Trésor de la Langue française (1971-1994), l’entrée laïque est écrite dans les deux orthographes : laïque et laïc, sans qu’une orthographe soit affectée en propre à l’un ou l’autre sens. Il est vrai que l’usage des écrivains est flottant. Ainsi pour désigner un homme sans religion, soucieux du bonheur de l’humanité, Bourget écrit saint laïque et Aragon saint laïc. Les auteurs de ce dictionnaire citent une remarque d’un bon grammairien, auteur d’un ouvrage sur les difficultés de la langue française, Dupré (1972) : « depuis la crise de 1880-1910 entre l’Église et l’État, l’usage s’est établi en France, de réserver les deux orthographes du mot à deux significations différentes : laïc s’écrit des chrétiens qui n’appartiennent pas au clergé ni aux ordres religieux (le nom correspondant est laïcat, « ensemble des laïcs ») ; laïque s’écrit de ce qui respecte strictement la neutralité vis-à-vis des diverses religions ».

Ainsi, il est exigé que la loi de 1905 se manifeste jusque dans l’orthographe, domaine où la loi de séparation ne s’applique pas et n’a donc pas lieu d’être, puisqu’elle ne porte que sur l’interdiction faite aux collectivités publiques de financer les cultes. L’usage, pourtant, ne se généralise pas. Beaucoup ne le suivent pas, soit qu’ils l’ignorent, soit qu’ils ne veuillent pas qu’on leur impose un diktat. De fait, les académiciens et les auteurs du Trésor de la Langue française ont raison de ne pas se prononcer sur la bonne orthographe de laïque. Ainsi ils ne plient pas la langue à l’idéologie, fût-elle bonne ou instituée.

 

Les académiciens enregistrent laïcité pour la première fois dans la huitième édition (1932-35) de leur Dictionnaire en y donnant un sens plus précis que Littré et presque conforme à ce qu’est la laïcité institutionnelle : « caractère de neutralité religieuse d’un établissement d’instruction ou d’assistance, d’une loi, d’une institution », employant quatre mots, instruction, assistance, loi, institution, qui désignent le champ d’application de la loi. En revanche, pour les auteurs du Trésor de la langue française (1971-94), la laïcité est un « caractère » et un « principe ». En faire un principe, c’est l’étendre, ou tenter de l’étendre, à des domaines qui en étaient préservés et qui ne devraient pas revêtir ce caractère singulier, du moins d’après la loi. La définition comme « principe de séparation dans l’État de la société civile et de la société religieuse » (in Trésor de la langue française) appelle plusieurs commentaires. La loi de 1905 n’a pas séparé l’Eglise de l’Etat, pour la seule et bonne raison qu’ils n’ont jamais été confondus et que, pendant un millénaire et demi, depuis Clovis, ils ont été distincts. La « société civile » et la « société religieuse » (si tant est que la « société religieuse » ait quelque existence que ce soit et qu’elle ne soit pas un fantôme inventé par des lexicographes en perdition) ne sont pas « dans l’Etat », elles en sont exclues par définition. L’exemple tiré d’un ouvrage sur la pédagogie (1972) et censé illustrer le principe laïque est de la même farine : « la laïcité est un des grands principes sur lesquels repose, avec l’obligation et la gratuité, l’enseignement public français ». Ce n’est pas l’enseignement public qui est fondé sur la laïcité, mais l’instruction publique. La brume idéologique qui masque la laïcité a perverti la notion même de laïcité : en devenant un principe, vague et flou, mais que les idéologues peuvent opposer à tous ceux qui leur déplaisent, fût-ce pour les « stigmatiser », elle peut cesser de caractériser les écoles, les hôpitaux, la législation, les institutions publiques ; en bref, les domaines d’application de la laïcité.

Dans le Trésor de la langue française, même la définition du « caractère laïque » fait l’objet de déformations : « caractère des institutions, publiques ou privées, qui, selon ce principe, sont indépendantes du clergé et des Églises » et « impartialité, neutralité de l’État à l’égard des Églises et de toute confession religieuse ». Il suffit de comparer cette définition et celle, presque contemporaine, de la neuvième édition du Dictionnaire de l’Académie française (en cours de publication : « caractère de neutralité religieuse, d’indépendance à l’égard de toutes Églises et confessions ») à celle de la huitième édition du Dictionnaire de l’Académie française (1932-35, citée ci-dessus : « caractère de neutralité religieuse d’un établissement d’instruction ou d’assistance, d’une loi, d’une institution ») pour prendre conscience que la laïcité, qui est d’application restreinte, s’est étendue à d’innombrables domaines. Ainsi, aucun des auteurs de dictionnaires actuels ne s’interroge sur la réalité de « l’indépendance » proclamée des « institutions publiques », auxquelles sont ajoutées les « institutions privées », ce qui n’est pas prévu par la loi, à l’égard « du clergé et des Eglises » ou de « toutes confessions ». On sait que la République a créé son propre clergé d’éducateurs, de médiateurs, d’agitateurs stipendiés ou subventionnés, d’illuminés des « sciences de l’éducation » ou de la LFE, etc. qu’elle rémunère ou finance, en contradiction avec la loi de 1905 ; on sait aussi qu’elle impose sa propre religion sociale et occultiste à tous les citoyens, violant ainsi le caractère laïque, c’est-à-dire la neutralité religieuse, qui, en théorie, la définit. Rien de cela n’est évoqué dans les articles de dictionnaires, ni dans les définitions, ni dans les exemples.

Littré définit la laïcité en deux mots (« caractère laïque »), les académiciens en une phrase. Dans les dictionnaires, le mot occupe une place minime, même si, dans le Trésor de la langue française, la notion est déformée. Or, dans la société, il en va tout autrement. Une notion minuscule, non pas au sens où elle est insignifiante (au contraire), mais au sens où elle a un champ d’application étroit (l’instruction publique, les institutions publiques), a fini, en devenant un principe fondamental, par s’étendre à tout : même à la vie privée des personnes.

 

 

Commentaires

Ont été

Le sens de ces mots chrétiens " ont été" scindé en deux
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http://decadence-europa.over-blog.com/article-genocide-par-substitution-cesaire-71322402.html

Écrit par : @@ | 09 avril 2011

Excellent cette page on peut rester en contact

Écrit par : Marie noel | 29 novembre 2014

Excellent on peut rester en contact

Écrit par : Marie noel | 29 novembre 2014

Pourquoi pas ?

Écrit par : Arouet le Jeune | 29 novembre 2014

Critique très rapide de la séparation. On ne sépare pas seulement une entité : on peut, aussi, séparer deux enfants qui se battent.
Je rappelle que le titre précis de la loi de décembre 1905 est "Loi de Séparation". Le mot n'est donc pas accessoire.

Écrit par : Danièle Dugelay | 06 février 2015

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