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18 avril 2011

Déterritorialisation

 

 

Voilà un néologisme de la dernière modernité et qui, selon des « philosophes » (philosophes ? N’exagérons rien, ce mot est trop noble pour désigner de simples idéologues travestis en penseurs), serait un « concept » - autrement dit, un « levier » grâce auquel on peut ou on pourrait expliquer le monde, la société, les choses, etc. et, pourquoi pas ? remplacer tout ce qui est vieux par du neuf. Ce concept a été formé en 1972 dans L'Anti-Oedipe par deux idéologues dénommés, non pas Roux et Combaluzier ou Jacob & Delafon ou Dubrulle et Pélisson ou Gault et Millau, mais Deleuze et Guattari. La déterritorialisation, selon eux, caractérise le corps sans organes (sic). Qu’est-ce qu’un « corps sans organes » ? Un couteau sans manche ni lame, sans doute, ou un non-corps ou, mieux, un zombie. Ce concept s’étend aussi aux objets, aux animaux, aux gestes, aux signes, etc. Déterritorialisés, ces objets, animaux, gestes, signes, etc. sont libérés de leurs usages conventionnels et destinés à d’autres usages ou d’autres vies. Un coquillage, à partir du moment où il sert de cendrier, est extrait de son « territoire », la mer ou l’océan, et il est transporté dans l’univers des hommes pour servir à leur usage. Pourquoi pas ? Comprenne qui pourra ou qui voudra. Quoi qu’il en soit, il est difficile de voir dans ce changement de classe ou de fonction les prémisses d’un changement social d’importance ou d’un renversement symbolique, encore moins que quelque révolution que ce soit. Autrement dit, ce « concept » tient du couteau sans lame ni manche avec lequel on peut faire n’importe quoi, même s’asseoir dessus.

La formation de ce mot de l’extrême modernité est simple. De l’adjectif territorial, lui-même dérivé du nom territoire, est dérivé le verbe territorialiser, par adjonction du suffixe – iser, qui désigne un processus, comme on forme, à partir des adjectifs central, départemental, libéral, social, autonome, etc. les verbes centraliser, départementaliser, libéraliser, socialiser, autonomiser, etc. Il n’y a rien qui soit plus commun. Puis, de ce verbe est dérivé le nom territorialisation, à partir duquel est formé, avec le préfixe -, le néologisme déterritorialisation qui indique le processus opposé à celui de territorialisation. Décentraliser, c’est en finir avec le centre : il n'y a plus de centre. Il en va de même de déterritorialiser : c’est en finir avec le territoire, c’est-à-dire avec le sol, la terre, les terres que l’on culture, le terrain, le terreau, les racines, la propriété, les limites, les frontières, les tracés, puisque ce qui définit le territoire, c’est qu’il est circonscrit. Ici, à nous ; là-bas, à eux.

De ce point de vue, le mot est simple et il n’est pas besoin des Roux et Combaluzier de l'idéologie pour le définir ou en expliquer le sens, lequel se dévoile lorsque le concept s’applique, non plus à des « corps sans organes » ou à des « objets », mais à de vrais territoires, ceux que les animaux, chiens, félins, lions, etc. délimitent pour signifier qu’ils sont leurs. C’est donc un concept lumineux de géographie ou de géopolitique qui désigne la rupture de tout lien entre un groupe humain et un territoire. L’exemple de la déportation des Acadiens, qui est aussi nommée par les Acadiens ou Cajuns Le Grand Dérangement, illustre de façon lumineuse le processus de déterritorialisation. Le dictionnaire Reverso le définit comme le « fait de chasser un peuple loin de son territoire, technique fréquemment utilisée en Amérique Latine, durant la conquête et, actuellement, vis-à-vis des Indiens encore vivants », tandis que le verbe a pour sens « chasser un peuple loin de son territoire ».

C’est exactement ce qui se passe en France et même en Europe, où des peuples sont peu à peu chassés des territoires qu’ils ont façonnés. C’est cela la déterritorialisation.

 

 

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