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29 avril 2011

Gribouille

 

 

Ce nom, attesté au milieu du XVIe siècle, est dérivé du verbe gribouiller au sens de « tracer de façon maladroite et confuse des signes ».

C’est à la fois un nom commun que les lexicographes des siècles passés (Le Curne de Sainte-Palaye, Furetière, 1690, Thomas Corneille, 1694) relèvent au sens de « vendeur de petits meubles » et un nom propre désignant un personnage qui est le type même de la stupidité, de sorte qu’il est employé surtout dans le proverbe malin comme Gribouille, qui se jette à l’eau peur de la pluie. Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77) juge que les deux emplois ne sont pas liés : « on dit que gribouille signifiait autrefois marchand de bric-à-brac ; mais il est plus vraisemblable que Gribouille est un nom fictif tiré de gribouiller : celui qui gribouille, qui confond tout ».

C’est dans ce dernier sens qu’il apparaît dans les dictionnaires, à compter de 1842 (Barré, Complément au Dictionnaire de l’Académie française : « (vieille langue) marchand de bric-à-brac » ; « il s’est dit ensuite pour un homme sans intelligence, un niais » et « fin comme Gribouille qui se cache dans l’eau crainte de pluie, expression proverbiale, qui se dit de celui qui, pour éviter un mal, se jette dans un autre »), puis chez Littré (1863-77, Dictionnaire de la langue française : « usité seulement dans cette locution Fin comme Gribouille qui se jette dans l’eau crainte de pluie, laquelle se dit de celui qui, pour éviter un mal, se jette dans un autre » ; on dit aussi « faire comme Gribouille ») et chez les académiciens (DAF, 1879 : « mot populaire qui n’est usité que dans cette locution proverbiale : il est fin comme Gribouille, qui se jette dans l’eau crainte de la pluie, c’est-à-dire il est aussi mal avisé qu’un homme qui par crainte d’un mal se jette dans un pire », définition qui est reprise dans les éditions suivantes, en 1932-35 : « Il ne se dit, par allusion à un personnage populaire, que dans la locution Fin comme Gribouille, qui se jette dans l’eau crainte de la pluie, c’est-à-dire il est aussi mal avisé qu’un homme qui, par crainte d’un mal, se jette dans un pire » (« il est très familier », est-il ajouté) et dans la neuvième édition, en cours de publication : « par allusion à la formule Fin comme Gribouille, qui se jette à l’eau pour ne pas se mouiller, il se dit d’un personnage naïf et malavisé qui, pour éviter un mal, se précipite dans un autre qui est pire ». Ce que notent les lexicographes actuels, c’est un emploi étendu du mot, non plus comme nom propre désignant un personnage singulier, fût-il un type social, mais un nom commun. Ainsi les académiciens dans les exemples qu’ils citent (neuvième édition) : « Dans cette affaire, il s’est conduit en gribouille ; c’est une politique de gribouille, une politique qui mène au contraire de ce qui était souhaité » ; et les auteurs du Trésor de la langue française (1971-94) : « Personne désordonnée, naïve et sotte, qui se précipite dans des difficultés plus grandes que celles qu’elle veut éviter » (gouvernement de gribouilles, les gribouilles de la littérature : « pour lui faire éviter l’écueil de la propagande, ils l’y jettent à coup sûr »).

C’est à partir de ce type populaire que la Comtesse de Ségur a imaginé un personnage de roman, Babylas Thibaut, borné et niais, dit Gribouille (in La Soeur de Gribouille, 1862), parce qu’il ne cesse de créer des embarras à sa famille, et qui se comporte comme le prévoit le proverbe, se jetant dans un ruisseau pour protéger de la pluie son costume neuf. Ces façons de faire devenues proverbiales, le nom propre a été employé comme nom commun pour désigner des politiques, des façons de gouverner, des théories. Ainsi, cette charge contre l’homéopathie : « se mettre nu pour se garder du froid, se couvrir de fourrures contre la chaleur, se jeter au feu pour se guérir d’une brûlure, c’est le procédé de Gribouille élevé à la hauteur d’une théorie » (fin du XIXe siècle). De quasiment tous les hommes politiques ou notoires de l’oligarchie ou représentants de l’intelligentsia, on pourrait dire de cette manière que, depuis trente ans ou plus, ils sont des gribouilles, ils mènent des politiques de gribouille, ils énoncent des théories de gribouille : en bref, ce sont de véritables Babylas Thibaut. 

 

 

09:29 Publié dans Signes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : france, société, politique

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