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08 mai 2011

La dernière des langues

 

Pour illustrer l'admirable ouvrage de Gilles Philippe, Le français, la dernière des langues, Histoire d'un procès littéraire (P.U.F., 2010), voici un article de Jaucourt, "langue française", extrait de L'Encyclopédie (d'Alembert et Diderot, 1751-72).   

 

Chevalier de Jaucourt (L’Encyclopédie, 1751-72)

« Dans notre prose ce sont les règles de la construction, & non pas les principes de l'harmonie qui décident de l'arrangement des mots : le génie timide de notre langue ose rarement entreprendre de rien faire contre les règles pour atteindre à des beautés où il arriverait, s'il était moins scrupuleux.

L'asservissement des articles auquel la langue française est soumise ne lui pas permet d'adopter les inversions et les transpositions latines qui sont d'un si grand avantage pour l'harmonie. Cependant, comme le remarque M. l'abbé du Bos, les phrases françaises auraient encore plus de besoin de l'inversion pour devenir harmonieuses que les phrases latines n'en avoient besoin ; une moitié des mots de notre langue est terminée par des voyelles; & de ces voyelles, l'e muet est la seule qui s'élide contre la voyelle qui peut commencer le mot suivant: on prononce donc bien sans peine, fille aimable ; mais les autres voyelles qui ne s'élident pas contre la voyelle qui commence le mot suivant, amènent des rencontres de sons désagréables dans la prononciation. Ces rencontres rompent sa continuité, et déconcertent son harmonie ; les expressions suivantes sont ce mauvais effet : l'amitié abandonnée, la fierté opulente, l'ennemi idolâtre, etc.

Nous sentons si bien que la collision du son de ces voyelles qui s'entrechoquent est désagréable dans la prononciation que nous faisons souvent de vains efforts pour l'éviter en prose et que les règles de notre poésie la défendent. Le latin au contraire évite aisément cette collision à l'aide de son inversion, au lieu que le français trouve rarement d'autre ressource que celle d'ôter le mot qui corrompt l'harmonie de sa phrase. Il est souvent obligé de sacrifier l'harmonie à l'énergie du sens, ou l'énergie du sens à l'harmonie; rien n'est plus difficile que de conserver au sens et à l'harmonie leurs droits respectifs, lorsqu'on écrit en français, tant on trouve d'opposition entre leurs intérêts, en composant dans cette langue.

Les Grecs abondent dans leur langue en terminaisons et en inflexions ; la nôtre se borne à tout abréger par ses articles et ses verbes auxiliaires. Qui ne voit que les Grecs avoient plus de génie et de fécondité que nous ?

On a prouvé au mot inscription que la langue française était moins propre au style lapidaire que les langues grecque et latine. J'ajoute qu'elle n'a point en partage l'harmonie imitative, et les exemples en sont rares dans les meilleurs auteurs ; ce n'est pas qu'elle n'ait différents tons pour les divers sentiments ; mais souvent elle ne peint que par des rapports éloignés, et presque toujours la force d'imitation lui manque. Que si en conservant sa clarté, son élégance et sa pureté, on parvenait à lui donner la vérité de l'imitation, elle réunirait sans contredit de très grandes beautés.

Dans les langues des Grecs et des Romains, chaque mot avait une harmonie réglée, et il pouvait s'y rencontrer une grande imitation des sons avec les objets qu'il fallait exprimer ; aussi, dans les bons ouvrages de l'antiquité, l'on trouve des descriptions pathétiques, pleines d'images, tandis que la langue française n'ayant pour toute cadence que la rime, c'est-à-dire la répétition des finales, n'a que peu de force de poésie et de vérité d'imitation. Puisqu'elle est dénuée de mots imitatifs, il n'est pas vrai qu'on puisse exprimer presque tout dans cette langue avec autant de justesse et de vivacité qu'on le conçoit.

Le français manque encore de mots composés, et par conséquent de l'énergie qu'ils procurent ; car une langue tire beaucoup de force de la composition des mots. On exprime en grec, en latin, en anglais, par un seul terme, ce qu'on ne saurait rendre en français que par une périphrase. Il y a pareillement aussi peu de diminutifs dans notre langue que de composés ; et même la plupart de ceux que nous employons aujourd'hui, comme cassette, tablette, n'ont plus la signification d'un diminutif de caisse et de table ; car ils ne signifient point une petite caisse ou une petite table. Les seuls diminutifs qui nous restent peuvent être appelés des diminutifs de choses, et non de terminaisons : bleuâtre, jaunátre, rougeátre, sont de ce caractère, et marquent une qualité plus faible dans la chose dont on parle. Ajoutons qu'il y a un très grand nombre de choses essentielles que la langue française n'ose exprimer par une fausse délicatesse. Tandis qu'elle nomme sans s'avilir une chèvre, un mouton, une brebis, elle ne saurait sans se diffamer dans un style un peu noble, nommer un veau, une truie, un cochon.

(…)

Il est honteux qu'on n'ose aujourd'hui confondre le français proprement dit avec les termes des arts et des sciences, et qu'un homme de la cour se défende de connaître ce qui lui serait utile et honorable… On ne peut exprimer une découverte dans un art, dans une science, que par un nouveau mot bien trouvé. On ne peut être ému que par une action ; ainsi tout terme qui porterait avec soi une image serait toujours digne d'être applaudi ; de là quelles richesses ne tirerait-on pas des arts, s'ils étaient plus familier ? Avouons la vérité : la langue des Français polis n'est qu'un ramage faible et gentil. Disons tout, notre langue n'a point une étendue fort considérable ; elle n'a point une noble hardiesse d'images, ni de pompeuses cadences, ni de ces grands mouvements qui pourraient rendre le merveilleux ; elle n'est point épique ; ses verbes auxiliaires, ses articles, sa marche uniforme, son manque d’inversions nuisent à l'enthousiasme de la poésie ; une certaine douceur, beaucoup d'ordre, d'élégance, de délicatesse et de termes naïfs, voilà ce qui la rend propre aux scènes dramatiques…

Commentaires

"Nazizisme" est un chef d'oeuvre, involontaire.
Merci.

Écrit par : Arouet Le Jeune | 09 mai 2011

les nazis ( NAtional soZIalists)
n'auraient pas eu de zizi ?

Mr Arouet
pourriez-vous m'instruire

à force de lire des fotes dortograf partout, parfois je ne sais plus
en français , pour les noms de communes en SAINT
( plusieurs milliers, malgré les remplacements en cours des dénominations )
faut-il écrire
ST ( en abrégé )( ceci vient-il de l'anglais ? )
( St-Gobain par exemple)
ou SAINT ( les cinq lettres complètes )
( Saint-Antoine-l'abbaye par exemple )

le guide Michelin utilise St-

merci de votre réponse

Écrit par : @@ | 11 mai 2011

Ma réponse

Avec une minuscule et sans trait d'union devant le nom du personnage qu'il qualifie: saint Paul, saint Jacques; seule exception: saint Louis ou Saint Louis (v. Lar. Lang. fr.: On écrit cependant Saint Louis avec une majuscule pour désigner Louis IX; et J.-Y. DOURNON, Dict. d'orth. et des difficultés du français, Paris, Hachette, 1974: On écrit parfois Saint Louis). Avec une majuscule et le trait d'union pour nommer la fête mise sous l'invocation du saint, une ville, une rue, une église, un ordre consacrés au saint: l'église Saint-Pierre, l'ordre de Saint-Louis, boulevard Saint-Germain. Mots construits avec saint: a) Domaine relig. La forme varie selon les mots et les dict., v. saint-esprit, saint-office, saint-père, saint-sacrement, saint-siège. b) Domaine profane. Minuscule et trait d'union: saint-bernard, saint-cyrien...

Écrit par : Arouet Le Jeune | 10 juin 2011

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