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12 mai 2011

La dernière des langues (suite)

 

 

La langue française selon Voltaire (L’Encyclopédie, article « français »

 

La langue française ne commença à prendre quelque forme que vers le dixième siècle; elle naquit des ruines du latin & du celte, mêlées de quelques mots tudesques. Ce langage était d'abord le romanum rusticum, le romain rustique; & la langue tudesque fut la langue de la cour jusqu'au temps de Charles le Chauve. Le tudesque demeura la seule langue de l'Allemagne, après la grande époque du partage en 843. Le romain rustique, la langue romane prévalut dans la France occidentale. Le peuple du pays de Vaud, du Valais, de la vallée d'Engadina, & quelques autres cantons, conservent encore aujourd'hui des vestiges manifestes de cet idiome.

A la fin du dixième siècle le français se forma. On écrivit en français au commencement du onzième; mais ce français tenait encore plus du romain rustique que du français d'aujourd'hui. Le roman de Philomena écrit au dixième siècle en romain rustique n'est pas dans une langue fort différente des lois normandes. On voit encore les origines celtes, latines, & allemandes. Les mots qui signifient les parties du corps humain, ou des choses d'un usage journalier, & qui n'ont rien de commun avec le latin ou l'allemand, sont de l'ancien gaulois ou celte, comme tête, jambe, sabre, pointe, aller, parler, écouter, regarder, aboyer, crier, coutume, ensemble, & plusieurs autres de cette espèce. La plupart des termes de guerre étaient francs ou allemands, marche, maréchal, halte, bivouac, reitre, lansquenet. Presque tout le reste est latin; & les mots latins furent tous abrégés selon l'usage & le génie des nations du Nord : ainsi de palatium palais, de lupus loup, d'Auguste Août, de Junius Juin, d'unctus oint, de purpura pourpre, de pretium prix, &c.... A peine restait-il quelques vestiges de la langue grecque qu'on avait si longtems parlée à Marseille.

On commença au douzième siècle à introduire dans la langue quelques termes grecs de la philosophie d'Aristote; & vers le seizième on exprima par des termes grecs toutes les parties du corps humain, leurs maladies, leurs remèdes : de là les mots de cardiaque, céphalique, podagre, apoplectique, asthmatique, iltaque, empième, & tant d'autres. Quoique la langue s'enrichît alors du grec, & que depuis Charles VIII elle tirât beaucoup de secours de l'italien déjà perfectionné, cependant elle n'avait pas pris encore une consistance régulière. François premier abolit l'ancien usage de plaider, de juger, de contracter en latin, usage qui attestait la barbarie d'une langue dont on n'osait se servir dans les actes publics, usage pernicieux aux citoyens dont le sort était réglé dans une langue qu'ils n'entendaient pas. On fut alors obligé de cultiver le français; mais la langue n'était ni noble, ni régulière. La syntaxe était abandonnée au caprice. Le génie de la conversation étant tourné à la plaisanterie, la langue devint très féconde en expressions burlesques & naïves, & très stérile en termes nobles & harmonieux : de là vient que dans les dictionnaires de rimes on trouve vingt termes convenables à la poésie comique, pour un d'un usage plus relevé; & c'est encore une raison pour laquelle Marot ne réussit jamais dans le style sérieux, & qu'Amiot ne put rendre qu'avec naïveté l'élégance de Plutarque.

Le français acquit de la vigueur sous la plume de Montaigne; mais il n'eut point encore d'élévation & d'harmonie. Ronsard gâta la langue en transportant dans la poésie française les composés grecs dont se servaient les Philosophes & les Médecins. Malherbe répara un peu le tort de Ronsard. La langue devint plus noble & plus harmonieuse par l'établissement de l'Académie française, & acquit enfin dans le siècle de Louis XIV la perfection où elle pouvait être portée dans tous les genres.

Le génie de cette langue est la clarté & l'ordre, car chaque langue a son génie, & ce génie consiste dans la facilité que donne le langage de s'exprimer plus ou moins heureusement, d'employer ou de rejeter les tours familiers aux autres langues. Le français n'ayant point de déclinaisons, & étant toujours asservi aux articles, ne peut adopter les inversions grecques & latines; il oblige les mots à s'arranger dans l'ordre naturel des idées. On ne peut dire que d'une seule manière, Plancus a pris soin des affaires de césar; voilà le seul arrangement qu'on puisse donner à ces paroles. Exprimez cette phrase en latin, res Coesaris Plancus diligenter curavit; on peut arranger ces mots de cent vingt manières sans faire tort au sens, & sans gêner la langue. Les verbes auxiliaires qui allongent & qui énervent les phrases dans les langues modernes rendent encore la langue française peu propre pour le style lapidaire. Ses verbes auxiliaires, ses pronoms, ses articles, son manque de participes déclinables, & enfin sa marche uniforme, nuisent au grand enthousiasme de la Poésie : elle a moins de ressources en ce genre que l'italien & l'anglais; mais cette gêne & cet esclavage même la rendent plus propre à la tragédie & à la comédie, qu’aucune langue de l'Europe. L'ordre naturel dans lequel on est obligé d'exprimer ses pensées & de construire ses phrases répand dans cette langue une douceur & une facilité qui plaît à tous les peuples; & le génie de la nation se mêlant au génie de la langue a produit plus de livres agréablement écrits, qu'on n'en voit chez aucun autre peuple.

La liberté & la douceur de la société n'ayant été longtemps connues qu'en France, le langage en a reçu une délicatesse d'expression, & une finesse pleine de naturel qui ne se trouve guère ailleurs. On a quelquefois outré cette finesse; mais les gens de goût ont su toujours la réduire dans de justes bornes.

Plusieurs personnes ont cru que la langue française s'était appauvrie depuis le temps d'Amyot & de Montaigne : en effet on trouve dans ces auteurs plusieurs expressions qui ne sont plus recevables; mais ce sont pour la plupart des termes familiers auxquels on a substitué des équivalents. Elle s'est enrichie de quantité de termes nobles & énergiques, & sans parler ici de l'éloquence des choses, elle a acquis l'éloquence des paroles. C'est dans le siècle de Louis XIV, comme on l'a dit, que cette éloquence a eu son plus grand éclat, & que la langue a été fixée.

Quelques changements que le temps & le caprice lui préparent, les bons auteurs du dix-septième & du dix-huitième siècles serviront toujours de modèle. On ne devait pas attendre que le français dût se distinguer dans la Philosophie. Un gouvernement longtemps gothique étouffa toute lumière pendant près de douze cents ans; & des maitres d'erreurs payés pour abrutir la nature humaine épaissirent encore les ténèbres. Cependant aujourd'hui il y a plus de philosophie dans Paris que dans aucune ville de la terre, & peut - être que dans toutes les villes ensemble, excepté Londres. Cet esprit de raison pénètre même dans les provinces. Enfin le génie français est peut-être égal aujourd'hui à celui des Anglais en philosophie, peut-être supérieur à tous les autres peuples depuis 80 ans dans la Littérature, & le premier sans doute pour les douceurs de la société, & pour cette politesse si aisée, si naturelle, qu'on appelle improprement urbanité. 

 

Commentaires

« L'idiome brette, langage vulgaire est prolixe, rude, et mal poli en
sa diction. »
(Gilles de Kerampuil, Catéchisme, 1568)

«La population quimpéroise articule on ne sait quels sons barbares
plutôt qu'elle ne parle. » (père CAUSSIN, confesseur de Louis XIII et
de Richelieu, XVIIe siècle)

«Le bonhomme était loin
De tout humain secours. C'était à la campagne
Près d'un certain canton de Basse-Bretagne
Appelé Quimper-Corentin.
On sait assez que le destin
Adresse là les gens quand il veut qu'on enrage...
Dieu nous préserve du voyage ! » (La Fontaine)

«Le français, par un privilège unique, est seul resté fidèle à l'ordre
direct (...) la syntaxe française est incorruptible. C'est de là que résulte
cette admirable clarté, base éternelle de notre langue. Ce qui n'est pas
clair n'est pas français. »
(Antoine Rivarol, Discours sur l'Universalité de la langue française, 1782)

« Êtes-vous Bretons ? Les Français commandent! » (Mirabeau, adresse
aux députés bretons)

«(...) les dialectes corrompus, dernier reste de la féodalité (...) »
(Talleyrand, l'un des principaux responsables du comité de salut public,
1791)

«Parmi les idiomes anciens, welches, gascons, celtiques, visigoths,
phocéens ou orientaux, (...) nous avons observé que l'idiome appelé
bas-breton, l'idiome basque, les langues allemande et italienne ont perpétué
le règne du fanatisme et de la superstition, assuré la domination des
prêtres, des nobles et des patriciens, empêché la révolution de pénétrer
dans neuf départements importants, et peuvent favoriser les ennemis de la
France.
La langue d'un peuple libre doit être une et la même pour tous. Nos
ennemis avaient fait de la langue française la langue des cours; ils
l'avaient avilie. C'est à nous d'en faire la langue des peuples: elle sera
honorée ...
Le fédéralisme et la superstition parlent bas-breton; l'émigration et
la haine de la République parlent allemand; la contre-révolution parle
italien et le fanatisme parle basque. Cassons ces instruments de dommage et
d'erreur.
(...) chez un peuple libre, la langue doit être une et même pour
tous.(...)
Le despotisme maintenait la variété des idiomes.(...)
D'ailleurs combien de dépenses n'avons nous pas faites pour la
traduction des lois des deux premières assemblées nationales dans les divers
idiomes parlés en France! Comme si c'était à nous à maintenir ces jargons
barbares et ces idiomes grossiers qui ne peuvent servir que les fanatiques
et les contre-révolutionnaires !(...)
Laisser les citoyens dans l'ignorance de la langue nationale, c'est
trahir la patrie; c'est laisser le torrent des lumières empoisonné ou
obstrué dans son cour; c'est méconnaître les bienfaits de l'imprimerie, car
chaque imprimeur est un instituteur public de langue et de législation.(...)
Citoyens, la langue d'un peuple libre doit être une et la même pour
tous. (...)
Citoyens, vous détestez le fédéralisme politique. Abjurez celui du
langage. La langue doit être une comme la république.
Tandis que les peuples étrangers apprennent sur tout le globe la
langue française (...)
on dirait qu'il existe en France six cent mille français qui ignorent
absolument la langue de leur nation (...)
il n'appartient qu'à elle [la langue française] de devenir universelle
(...) » (Barrère, Rapport au comité de salut
public,
(ou déclaration au nom du comité salut public), 27 janvier 1794)

«Article I.
Il sera établi (...) un instituteur de langue française dans chaque
commune de campagne des départements du Morbihan, du Finistère, des Côtes du
Nord, d'Ile et Vilaine, et dans la partie de la Loire Inférieure dont les
habitants parlent l'idiome breton.



Article IV.
Les instituteurs seront tenus d'enseigner tous les jours la langue
française et la Déclaration des Droits de l'Homme
(B. Barrère, Décret de la Convention sur les langues,
8 pluviôse, l'an deuxième de la République, 1794)

«Français, qu'une sainte émulation vous anime pour bannir de toutes
les contrées de France ces jargons qui sont encore des lambeaux de la
féodalité et des monuments de l'esclavage » (adresse à la Convention, 16
prairial an II)

Autre variante: «Français, qu'une sainte émulation vous anime pour
bannir de toutes les contrées de France ces jargons qui sont encore des
lambeaux du fédéralisme et des monuments du repli sur soi.»

«Nous n'avons plus de provinces, et nous avons encore environ trente
patois qui en rappellent les noms.
Peut-être n'est-il pas inutile d'en faire l'énumération: le
bas-breton, le normand, le picard, le rouchi ou wallon, le flamand, le
champenois, le messin, le lorrain, le franc-comtois, le bourguignon, le
bressan, le lyonnais, le dauphinois, l'auvergnat, le poitevin, le limousin,
le picard, le provençal, le languedocien, le velayen, le catalan, le
béarnais, le basque, le rouergat et le gascon (...)
Au nombre des patois on doit placer encore l'italien de la Corse, des
Alpes Maritimes, et l'allemand des Haut et Bas Rhin, parce que ces deux
idiomes y sont très dégénérés.
(...)
Ainsi avec trente patois différents, nous sommes encore, pour le
langage, à la tour de Babel, tandis que, pour la liberté, nous formons
l'avant-garde des nations.
(...)
on peut uniformiser le langage d'une grande nation (...)
Cette entreprise qui ne fut pleinement exécutée chez aucun peuple, est
digne du peuple français, qui centralise toutes les branches de
l'organisation sociale et qui doit être jaloux de consacrer au plus tôt,
dans une République une et indivisible, l'usage unique et invariable de la
langue de la liberté.
En général, dans nos bataillons on parle français, et cette masse de
républicains qui en aura contracté l'usage le répandra dans ses foyers.
L'unité d'idiome est une partie intégrante de la révolution
(...)
Il faut chercher des perles jusque dans le fumier d'Ennius (...)
Pour extirper tous les préjugés, développer toutes les vérités, tous
les talents, fondre tous les citoyens dans la masse nationale, simplifier le
mécanisme et faciliter le jeu de la machine politique, il faut identité de
langage (...)
Que le zèle des citoyens proscrive à jamais les jargons qui sont les
derniers vestiges de la féodalité détruite! (...)
(...)
la Convention nationale décréta (...) qu'il serait établi des
instituteurs pour enseigner notre langue dans les départements où elle est
le moins connue. Cette mesure très salutaire (...) doit être secondée par le
zèle des citoyens. La voix douce de la persuasion peut accélérer l'époque où
ces idiomes féodaux auront disparus. Un des moyens les plus efficaces
peut-être pour électriser les citoyens, c'est de leur prouver que la
connaissance et l'usage de la langue nationale importent à la conservation
de la liberté. » (abbé Grégoire)
Rapport sur la nécessité et les moyens d'anéantir le patois, et
d'universaliser l'usage de la langue française, Suivi du Décret de la
Convention Nationale Et envoyés aux autorités constituées, aux sociétés
populaires, et à toutes les communes de la République.,
(Séance du 16 prairial, l'an deuxième de la République une et indivisible)

Le président Mitterrand a jugé urgent, il y a peu, de faire porter les
restes de l'abbé Grégoire au Panthéon, avec le faste dû à un bienfaiteur du
genre humain - pourtant on peut dire qu'il en a fait de bien belles !

«Ainsi disparaîtront insensiblement les jargons locaux, les patois de
six millions de Français qui ne parlent pas la langue nationale car, je ne
puis trop le répéter, il est plus important qu'on ne pense en politique
d'extirper cette diversité d'idiomes grossiers qui prolongent l'enfance de
la raison et la vieillesse des préjugés. » (abbé Grégoire, proclamation
devant le Comité d'Instruction Publique, 20 septembre 1793)

« Nous ferons un cimetière de la France plutôt que de ne pas la
régénérer à notre manière.(...) » (Carrier, représentant tout-puissant de
Paris à Nantes)

Hei Hitler ?

« Quel torrent révolutionnaire que la Loire! » (Carrier, précurseur
des nazis, à propos des noyades de Nantes qu'il baptisa aussi de "Baignoire
Nationale")

«Nul acte public ne pourra, dans quelque partie que ce soit du
territoire de la république, être écrit qu'en langue française. » (Loi du 20
juillet 1794)

«Dans toutes les parties de la République, l'instruction ne se fait
qu'en langue française » (Décret du 17 novembre 1794)

« Il ne s'agit pas de faire le triage des bons et des méchants dans ce
pays maudit, il n'y a et il ne peut y avoir que des coupables ! »
(Fouché, précurseur de la gestapo, tortionnaire des lyonnais, parlant de la
Bretagne, 1796)

«La Bretagne est une colonie comme l'Alsace et les Basques, plus que
la Guadeloupe » (Michelet, 1831)

«La Basse-Bretagne, je ne cesserai de le dire, est une contrée à part
et qui n'est plus la France . Exceptez-en les villes, le reste devrait être
soumis à une sorte de régime colonial . Je n'avance rien d'exagéré »
(Auguste Romieu, sous-préfet à Quimperlé, 1831)

«Créons, pour l'amélioration de la race bretonne, quelques-unes de ces
primes que nous réservons aux chevaux et faisons que le clergé nous seconde
en n'accordant la première communion qu'aux seuls enfants parlant le
français » (Auguste Romieu, sous-préfet à Quimperlé, 1831)

Auguste Romieu, sous-préfet à Quimperlé qui a «subi la honte» , en
1831, de ne pouvoir repérer dans une commune de 2000 habitants que «neuf qui
parlent français et cinq seulement qui sachent lire»

« Il faut, par tous les moyens possibles, favoriser l'appauvrissement,
la corruption du breton jusqu'au point où, d'une commune à l'autre, on ne
puisse pas s'entendre (...). Car alors la nécessité de communication
obligera le paysan d'apprendre le français. Il faut absolument détruire le
langage breton! » (Extraits des lettres du Comité d'Instruction Publique de
Quimperlé et des préfets de côtes du Nord et du Finistère aux instituteurs
et à de Montalivet, ministre de l'Instruction Publique., 1831)

«Ce sont des bas-Bretons. Qu'on en fasse des Français avant d'exiger
d'eux les devoirs communs qu'ils ne comprendraient pas. » (Auguste Romieu,
sous-préfet à Quimperlé)

«Les Bas-Bretons ont un langage dur et difficile à comprendre. Leurs
habitudes, leurs coutumes, leur crédulité et leurs superstitions leur
laissent à peine une place au dessus de l'homme sauvage . Le paysan y est
d'une malpropreté dégoûtante. Son habitation peut presque se comparer à
celle d'Hottentots (...) En général les paysans ont une mauvaise
physionomie, stupide et brutale à la fois. » (Malte Brun, 1831)

«Croyez-moi, Monsieur, le catalan qui me faisait tant enrager n'est
qu'un jeu d'enfant auprès du bas breton. C'est une langue que celle-là. On
peut la parler fort bien, je crois, avec un bâillon dans la bouche , car il
n'y a que les entrailles qui paraissent se contracter quand on cause en bas
breton. Il y a surtout l'h et le c'h qui laissent loin derrière la jota
espagnole. Les gens qui parlent cette belle langue sont bons diables, mais
horriblement sales(...) On voit dans les villages les enfants et les cochons
se roulant pêle-mêle sur le fumier, et la pâtée que mangent les premiers
serait probablement refusée par les cochons du Canigou. » (Prosper Mérimée,
lettre à Jaubert de Passa, 1835)

«Sachez qu'il y a quatre manières de conjuguer un verbe breton: si 4 !
Plus une cinquième au moyen du verbe auxiliaire 'ober' faire, lequel
se conjugue aussi de quatre manières: soit 4x4
Plus qu'il y a quatre dialectes différents à savoir celui de:
Tréguier, Saint-Pol-de-Léon, Cornouaille, Vannes: soit, 4 x 4 x 4 x 4 = 64.
Apprenez (sic) ensuite le breton si le coeur vous en dit. » (Prosper
Mérimée, lettre à un ami, 4 septembre 1835)

«Vous saurez d'abord que c'est vers la Bretagne, la douce et la
bretonnante, que se sont dirigées mes courses cette année(...) Quant aux
naturels du pays hélas! c'est la province sans soleil. Croiriez vous que
j'ai fait quatre cent lieues en Bretagne sans déboutonner ma braguette.
Impossible de toucher sans pincette les personnes du sexe de Brest, Morlaix,
Saint Brieux (sic), Rennes, Vannes, Quimper. Ce n'est qu'à Nantes que la
Providence m'a envoyé soulagement(...) Au lieu de votre joli patois dont on
comprend toujours quelque chose, c'est une langue que le diable a inventée
que l'on parle là-bas et qui n'a pas moins de quatre dialectes très
différents. Lavarèt d'in pélèc'h azô ünenbennak ago zéfé gâllec? Voilà tout
ce que j'ai pu apprendre à dire m'écorchant le gosier: Dites moi où il y a
quelqu'un qui parle français. Jamais, à moins qu'on ne lui fasse une
opération chirurgicale, un Provençal ne prononcera pélèc'h. Mangez une olive
crue, et en crachant, vous ferez un bruit approchant ce c'h. Par dessus le
marché, ces sauvages ne m'ont-ils pas persécuté dans leurs journaux,
m'accusant d'avoir enlevé d'autorité à leur province un manuscrit d'un
certain barde du Vè siècle, Guiclan ou Guinclan, manuscrit que j'ai cherché
partout inutilement et dont j'ai appris l'existence à la plupart de leurs
doctes! » (Prosper Mérimée, lettre à Requien, 1836)

«Surtout rappelez-vous, messieurs, que vous n'êtes établis que pour
tuer la langue bretonne! » (le sous-préfet de Morlaix, Discours aux
instituteurs du Finistère, 1845)

«C'est en breton, par l'exigence de MM. les Recteurs, qu'on y enseigne
le plus généralement le catéchisme et les prières: c'est un mal. Nos écoles,
dans la Basse-Bretagne, ont particulièrement pour objet de substituer la
langue française au breton et ce serait incontestablement un bienfait. » (le
préfet des Côtes du Nord, Lettre à l'évêque de Saint-Brieuc et de Tréguier,
1846)

«Tous ceux qui, vingt ans après cette promulgation, arriveraient au
régiment sans savoir le français, feraient trois mois de supplément de
service militaire et ne seraient pas inscrits sur les listes ».

«Lorsque les mères de famille parleront français à leurs enfants,
l'idiome Breton sera vaincu! (...) Nous combattrons sans répit. La goutte
d'eau tombera sans intermittence sur le granit Breton et finira par
l'entamer. » (l'inspecteur académique du Finistère, 1863)

«Si l'on veut comprendre la Vendée, qu'on se figure cet antagonisme:
d'un côté, la Révolution française, de l'autre le paysan breton. En face de
ces évènements incomparables, menace immense de tous les bienfaits à la
fois, accès de colère de la civilisation, excès du progrès, amélioration
démesurée et inintelligente, qu'on place ce sauvage grave et singulier, cet
homme à l'oeil clairet aux longs cheveux, vivant de lait et de châtaignes,
borné à son toit de chaume, à sa haie et à son fossé, distinguant chaque
hameau du voisinage au son de sa cloche, ne se servant de l'eau que pour
boire, ayant sur le dos une veste de cuir avec des arabesques de soie,
inculte et brodé, tatouant ses habits comme ses ancêtres les Celtes avaient
tatoué leurs visages, respectant son maître dans son bourreau, parlant une
langue morte, ce qui est faire habiter une tombe à sa pensée , piquant ses
boeufs, aiguisant sa faux, sarclant son blé noir, pétrissant sa galette de
sarrasin, vénérant sa charrue d'abord, sa grand-mère ensuite, croyant à la
Sainte Vierge et à la Dame Blanche, dévot à l'autel et aussi à la haute
pierre mystérieuse debout au milieu de la lande, laboureur dans la plaine,
pêcheur sur la côte, braconnier dans le hallier, aimant ses rois, ses
seigneurs, ses prêtres, ses poux ; pensif, immobile, souvent des heures
entières sur la grande grève déserte, sombre écouteur de la mer.
Et qu'on se demande si cet aveugle pouvait accepter cette clarté
(...) » (Victor Hugo, Quatre-Vingt
Treize, 1874)

« l'éradiquer définitivement est une victoire du combat laïc. »

«(...) que les Bretons nous parlent de leur Bretagne, les Provençaux
de leur Provence. Cela du moins jusqu'au jour rêvé - hélas, encore lointain-
au jour rêvé du retour à l'âge d'or où toutes les forces collectives se
seront fondues dans une grande patrie, où la langue française aura conquis
le monde. » (Émile ZOLA, Discour électoral, 1892)

«Le petit Breton est abandonné à lui-même dès qu'il peut marcher. A
peine vêtu, malpropre, il patauge toute la journée par les chemins, mange à
l'écart un morceau de pain noir, joue peu, ne parle pas (...) S'il a huit
ans d'âge physiquement, il en a trois à peine pour le développement
intellectuel. Y a-t-il lieu, dans ces conditions, de tenir compte des
quelques mots bretons qui lui ont suffit pour traîner jusque là une vie
rudimentaire ? Je ne le crois pas. Mieux vaut admettre qu'il ne sait rien et
commencer avec lui par le commencement, comme on fait à l'école
maternelle. » (Poitrineau, inspecteur d'académie à Vannes, Instruction,
1897)

«(...) règle inviolable (...) Un principe qui ne saurait jamais
fléchir: pas un mot de breton en classe ni dans la cour de récréation. »
(L'inspecteur d'académie Dosimont, Instructions aux instituteurs, 1897)

«Les prêtres bretons veulent tenir leurs ouailles dans l'ignorance en
s'opposant à la diffusion de l'enseignement et en n'utilisant que la langue
bretonne dans les instructions religieuses et le catéchisme. Les Bretons ne
seront républicains que lorsqu'ils parleront le français. »
(Émile Combes, président du Conseil, 23 Septembre 1902)

« Usage abusif du breton »
(Émile Combes, président du Conseil, Ministre de l'Intérieur et des Cultes,
1902)

C'est par ce motif extraordinaire qu'Émile Combes prétend en 1902
interdire la prédication en langue bretonne dans les églises de
Basse-Bretagne et obliger le clergé à enseigner le catéchisme en français
aux enfants. La mesure est vexatoire, et le linguiste Albert Dauzat le
reconnaîtra quarante-cinq ans plus tard en parlant d'un «acte fâcheux de
violence»

«Je vous propose à titre d'exemple de frapper les dix curés de Belz,
Languilic, Ploemeur, Plouray, Pluvigner, Pontscorff, Bignan, Elven,
Gandchamps, Gourin, c'est à dire tous les curés inamovibles sauf ceux de
Vannes qui emploient seulement breton seulement exceptionnellement. Cette
décision [barré] proposition est motivée par leur grade et aussi cette
circonstance qu'ils habitent des communes relativement importantes où la
langue française est connue! Devrais je payer les vicaires de ces dix curés.
Vous prie me faire connaître urgence si vous approuvez ma proposition. »
(Préfet du Morbihan, télégramme chiffré à [le ministre de l' ]Intérieur
des 31 décembre 1902 (11h du matin))

«il est nécessaire d'empêcher les ratichons de déblatérer en patois.
Mais il ne serait pas inutile de surveiller avec soin les sottises que l'on
imprime à l'usage des pauvres cagots bretons. Il ne saurait être question de
proscrire le dialecte breton, mais c'est à la condition que les Bretons
comprennent et parlent en même temps la langue nationale (...)
Le catéchisme cela peut s'apprendre en breton. Mais la grammaire
française ne s'apprend pas en breton sans doute ? et l'histoire ?
Existe-t-il des livres d'histoire en breton ? Y a-t-il des traités de
géométrie ou de physique en breton ? Évidemment non!
Les prêches en patois, la langue nationale proscrite et remplacée par
un idiome barbare, tels sont les moyens employés jusqu'ici pour entretenir
dans les têtes bretonnes la superstition religieuse et en chasser les idées
de Liberté.
Ce que les prêtres défendent dans le breton, c'est leur prestige de
sorciers, avec les avantages qu'il comporte : respect superstitieux d'une
religion grossière, dons en argent et en nature, influence électorale du
curé sur ses paroissiens, puissance morale de l'Église et bien-être matériel
de ses prêtres!
Ainsi non seulement les calotins de Bretagne se refusent obstinément à
reconnaître que nous sommes en République, mais ils affectent encore de
croire qu'ils doivent se différencier du reste des Français et protestent
contre l'emploi de la langue nationale.
Ils [11 maires du canton de Plabennec qui ont signé collectivement une
lettre ouverte au Préfet du Finistère] voient dans la mesure ministérielle
une atteinte à leur droit d'être fanatisés en patois breton
(...)
Il est inouï que l'on doive au XXe siècle prescrire l'emploi de la
langue française sur le territoire français.
Une cure vaut bien un sermon, fût-il en charabia! Quoi que décident
les ratichons, ces scandaleux sermons doivent cesser; les ensoutanés qui ne
voudront pas être cassés aux gages se résigneront à parler la langue
française à des paroissiens qui, bien que cagots bretons, sont pourtant
citoyens français.
Que les orateurs ensoutanés prêchent en français ou qu'ils se taisent,
les cagots apprendront le français pour les entendre ou seront privés de
leurs calembredaines.
Il faut que la raison ait le dessus sur la sottise cléricale, même
exprimée en breton de sacristie.
s'il faut des mesures énergiques, qu'on les emploie sans hésiter. La
comédie a assez duré .
Peut-être le gouvernement finira-t-il par se lasser d'envoyer
d'inutiles circulaires et en arrivera-t-il à proposer contre les prêtres
rebelles de rigoureuses mesures. Mais pourquoi tant tarder?
La Bretagne cléricale prétend se mettre au-dessus des lois et braver
la France républicaine. Existe-t-il dans l'administration un préfet à
poigne, capable de mater des brutes fanatisées par les prêtres ? Existe-t-il
dans la magistrature quelques hommes résolus, républicains sûrs, capables
d'assumer la tâche d'appliquer avec sévérité les lois républicaines ? Le
gouvernement a-t-il à sa disposition quelques commissaires de police
courageux ? (...)
Si rares que soient les préfets, les magistrats, les fonctionnaires
républicains, il doit s'en trouver assez pour entreprendre la colonisation
de la Bretagne (...)
La révolte a assez duré. Il y va de l'honneur et de la sécurité de la
République . Les cléricaux bretons nous provoquent. Tapons dessus, de toute
la rigueur des lois, de tous les poings des gendarmes. Les Bretons n'ont
rien compris à la grandeur des idées républicaines; qu'on leur fasse voir à
leurs dépens que la République est du moins assez forte pour se faire
respecter! »
(La Lanterne, périodique farouchement anti-clérical, nationaliste,
populiste, et fermement anti-breton, 1902-1905)

«Qu'un Ministre soit, au XXe siècle, obligé de donner à des prêtres,
qui sont des fonctionnaires, l'ordre de parler français, c'est déjà triste.
Mais que ce Ministre soit interpellé dans une Chambre française pour avoir
donné cet ordre, c'est plus triste encore! » (La Lanterne, 1902-1905)

Ce périodique est farouchement anti-clérical, nationaliste, populiste,
et fermement anti-breton : Lorsque Étienne Lamy, député du Morbihan,
envisage d'interpeller le gouvernement à la Chambre à propos de la
circulaire Combes, il est présenté comme «le porte parole des Bretons
bretonnants» , et son initiative comme «une singulière extravagance» .

«Ce qui est étrange, c'est que le représentant direct de la République
dans le Finistère, le préfet Collignon, est avec les Chouans contre les
républicains, avec les baragouineurs contre les amis de l'école primaire,
avec les Bretons séparatistes contre les Bretons français. Le même homme qui
montra contre les ouvriers de Brest une sévérité implacable et engagea
contre la municipalité socialiste de cette ville la lutte la plus déloyale
et la plus acharnée, pactise ouvertement avec les tristes bateleurs qui
s'intitulent eux-mêmes bardes, et avec les prêtres démagogues qui, les uns
et les autres, ne tiennent tant à la langue bretonne que parce qu'elle leur
sert à médire plus librement de la République et de la France. Nous
dénonçons cette attitude insolente à qui de droit!
le préfet réactionnaire du Finistère continue à se prêter à la
campagne antifrançaise et antirépublicaine que les hobereaux mènent en
Bretagne...
Il se croit déjà, le régionalisme cher à son coeur ayant triomphé, le
maître d'une Bretagne indépendante (...)
Il n'est pas seulement un fonctionnaire indiscipliné qui nargue ses
chefs, c'est un homme dangereux qui trahit les intérêts de la République en
même temps que ceux de la France. Sa révocation s'impose. Nous la réclamons
énergiquement.
Est-il possible, si l'on frappe dans le département des Côtes-du-Nord,
un curé qui s'obstinait à ne parler à ses ouailles qu'en breton, que l'on
tolère, dans le département voisin, un préfet qui soutient et encourage le
mouvement régionaliste dont on connaît les véritables tendances ? Le
gouvernement prive le curé de Ploudaniel de son traitement, c'est bien; mais
pour les mêmes motifs, il doit révoquer M. Collignon. » (La Lanterne,
1902-1905)

La Lanterne est un périodique farouchement anti-clérical,
nationaliste, populiste, et fermement anti-breton: Pour avoir appliqué la
loi «avec une mollesse voisine de la capitulation» , le préfet H. Collignon
devient alors la cible de La Lanterne

«La réaction disputera une fois de plus à la République la terre
traditionnelle du fanatisme; elle sera battue. (...)
toute la sale émeute de Ploudaniel est là (...)
Il n'y a pas de reculade possible
(...)
Tant mieux si la calotte y perd le dernier coin de terre qui lui reste
absurdement fidèle.
On se bat en Bretagne entre régionalistes et républicains, ceux-là
chantant en langue celtique, ceux-ci entonnant la Marseillaise, le Chant du
Départ ou l'Internationale (...)
les Chouans se sont réunis en un congrès soi-disant régionaliste, mais
en réalité anti-républicain (...)
Encore une fois aucun doute n'est permis. S'il ne s'agissait que de
déférence pour des us et coutumes respectables, et d'ailleurs pittoresques,
tous les Bretons seraient d'accord, car tous ils aiment leur pays dont le
charme est si pénétrant. Mais la politique est au fond de l'affaire, et ce
qu'on veut, c'est, en exaltant jusqu'à la déraison les sentiments
traditionalistes du peuple breton, l'éloigner de la République et de la
France. Il ne faut pas s'y tromper, c'est un mouvement antidémocratique et
antifrançais qui se dessine là-bas. Est-il dangereux ? Non certes, mais à
tout le moins il est scandaleux.
en d'autres parties de la France, le régionalisme s'est affirmé. Mais
il était évident qu'il ne s'agissait que de manifestations littéraires qui
risquaient seulement d'enrichir l'art français (...) En Bretagne, c'est
autre chose : nous sommes en présence d'une entreprise de basse démagogie :
il s'agit de "fermer" les Bretons à la culture française, et par conséquent
aux idées de progrès et de démocratie, en les maintenant dans une ignorance
à peu près complète de la langue nationale » (La Lanterne, périodique
farouchement anti-clérical, nationaliste, populiste, et fermement
anti-breton, 1902-1905)

« Que l'église n'accorde la première communion qu'aux seuls enfants
parlant le français » (Discours de l'inspecteur d'académie Dantzer au
conseil Général du Morbihan, 1902 ou 1903, avant la séparation de l'église
et de l'état)

«Le président du Conseil vient d'informer l'évêque de Quimper qu'il
maintenait toutes les suppressions de traitements prononcées antérieurement
contre des prêtres du diocèse et qu'il frappait de la même peine - pour
emploi abusif du breton - les ecclésiastiques dont les noms suivent:
[Suivent en effet les desservant des paroisses de Riec-sur-Bélon, Guissény,
Lambert, Brélès, Collorec, Saint-Thois et Loqueffret] (...)
Le nombre des prêtres privés de traitement dans le diocèse de Quimper
est actuellement de 98. » (L'Humanité, , journal du PCF, numéro 1, 18 avril
1904)

«le breton, cette barbare relique d'un autre âge » (le ministre de
l'Instruction Publique, 1905)

«Ce sont des Français qu'il faut pour franciser les Bretons, ils ne se
franciseront pas tout seuls. Il y a un intérêt de premier ordre à ce que les
Bretons comprennent et parlent la langue nationale. Ils ne seront vraiment
français qu'à cette condition. » (l'Inspecteur Général Irénée Carré, 1905)

L'Inspecteur Général Irénée Carré a été chargé d'une mission
extraordinaire en Bretagne pour extirper le Bretone des esprits depuis 1886.
Ce distingué pédagogue se vante de mépriser «la Bretagne arriérée» . Il met
alors au point une méthode d'accès au Français qu'il veut radicale. Pas
question d'utiliser le breton comme support d'apprentissage de la langue
nationale.

Carré répète «inlassablement» le nom français d'objets qu'il a pendus
au plafond avec du fil de fer, comme si ses élèves n'avaient jamais eu aucun
contact avec une langue. La méthode Carré, véritable bourrage de crâne sans
considération pour le milieu culturel, ne fit pas l'unanimité parmi les
linguistes.

«les paroisses bretonnes (où) le clergé emploie exclusivement ou à peu
près exclusivement la langue bretonne. La raison qu'il en donne est que le
breton est la seule langue connue par tous les habitants. C'est exact,
reconnaît le représentant du pouvoir central. Mais, écrit-il, il convient
d'ajouter - et c'est ce que le clergé omet toujours de faire - que s'il est
vrai que tous les habitants savent le breton, il en est un grand nombre,
surtout parmi les jeunes (parmi ceux qui ont fréquenté les écoles ou fait
leur service militaire) qui savent en outre le français. Or la langue
française n'en est pas moins à peu près complètement exclue des prédications
et des enseignements religieux.
Par conséquent, s'il est vrai que beaucoup d'habitants sont hors
d'état de suivre les enseignements religieux en français - et sur ce point
on ne peut contredire l'évêque de Vannes - il faut ajouter que même dans la
partie bretonne du pays, il y a partout nombre d'enfants qui pourraient
suivre le catéchisme en français, nombre de fidèles qui pourraient
comprendre des instructions en français, alors que catéchisme et prédication
se font exclusivement en breton. Tel est à mon avis, le point important du
débat. Je ne conteste nullement que tous les habitants de la partie bretonne
savent le breton; je ne conteste pas davantage que beaucoup d'entre eux ne
savent pas le français. J'affirme simplement que beaucoup d'entre eux savent
le breton et le français, que leur nombre s'accroît tous les jours et que le
clergé n'a jamais tenu compte de cette circonstance, ni avant votre
circulaire ni depuis. » (Le Préfet du Morbihan, 1905)

Le Préfet du Morbihan envoie en 1905 un rapport adressé au Président
du Conseil, où il commente une lettre de protestation de l'évêque de Vannes
par rapport aux mesures de suspension de traitement qui viennent de lui être
annoncées

« La langue bretonne, cette vaincue qui n'a pas su créer un chef
d'oeuvre et qui va nécessairement s'effacer, comme s'effacent et meurent les
vieilles choses usées. (...)
Le maintien de la langue bretonne n'est pas seulement une erreur,
c'est un double mal pour la France et pour la Bretagne. C'est un mal pour la
France dont cette survivance retarde l'unité et amoindrit par contrecoup le
pouvoir d'expansion et de rayonnement. C'est un mal pour la Bretagne qu'elle
prive d'hommes qui eussent été utiles et glorieux.
Le jour viendra, nous l'espérons, où tous les Bretons sauront écrire
et parler le français. Ce jour-là la langue bretonne aura vécu. » (Yves Le
Febvre, La Pensée Bretonne, janvier 1920)

«Pour l'unité linguistique de la France, la langue bretonne doit
disparaître . » (Anatole de Monzie, ministre de
l'Instruction Publique, Discours lors de l'inauguration de pavillon Bretagne
à l'Exposition Universelle de Paris, le 19 juillet 1925)

«Je vois citoyen. Vous voulez revenir au temps des Gaulois? »
(Daladier, ministre)

réponse à une personne réclamant pour la Bretagne des responsabilités
gestionnaires et culturelles au cours d'une réunion électorale à Callac)

« La seule réponse à faire aux revendications linguistiques bretonnes,
c'est d'emprisonner tous ceux qui les formulent. » (Albert Dalimier,
ministre du Travail et de la Prévoyance sociale (et futur ministre de la
Justice), discours à Tréboul, 11 septembre 1932)

«Afin de favoriser les menées racistes et autonomistes, il a été
ouvert à Ploermel un collège destiné aux instituteurs Bretons. »
(Radio-France-Londres, à propos de la création d'école en Breton, Juin 1943)

« Je me souviens bien qu'on faisait honte aux enfants. On incitait les
autres à se moquer de ceux qui employaient des mots en breton. Un jour
j'avais failli pleurer dans la classe tant j'avais eu mal pour garçon qui
s'appelait G. Il avait écrit dans un texte.
La jument avait souzé, souzé, souzé.... (souzé = reculé )
Le maître avait lu à haute voix souze, souze, souze... et tout le
monde riait... Et moi, j'étais prêt à pleurer car je savais que j'aurais
très bien pu être dans la même situation que le petit garçon - je sentais la
honte comme lui . » (Un inspecteur de l'Education Nationale, 1945)

« Pourquoi vous laisserais-je enseigner un patois que je ne comprend
pas ?

«Comment! On veut nous apprendre le dialecte des cavernes! » (un
député socialiste (!), lors du vote de la loi Deixonne, 1951)

«Ils vivaient dans leur langue pataude et leurs vêtements grossiers
comme des espèces de bas bretons. » (Raymond Cartier, Les 19 Europes, Plon,
Les 19 Europes, Plon, 1960)

«Le combat pour la survivance est noble et estimable. Il est un peu
fou quand il est sans espoir: comme celui des bretonnants, des Basques, des
Occitans, des Corsisans brandissant leurs costumes, apprenant leur langue
"maternelle", battant à la recherche des vestiges humains de leur "patrie"
une lande ou une montagne prise d'assaut par les antennes de télévision! Ce
sont les coquilles d'oeufs de l'omelette française; leurs plaintes sont
sincèrement touchantes. »
(H. de Montera, La francophonie en marche. La guerre des cultures, Préface
de Michel Debré. Éditions Sédimo. Paris (p 125-126), 1966)

«Si la langue française meurt nous sommes tous des assassins. »
(Campagne publicitaire hexagonale de l'Alliance Française, 1966)

«Si la langue bretonne meurt c'est l'état français qui sera
l'assassin. » (Affichette de l'Union Démocratique Bretonne, 1966)

«Vous invoquez l'exemple québécois. Mais à quel titre ? Est-ce qu'on
vous empêche, vous, de parler français ? » (réponse aux pétitions «Ar
Vrezhoneg er skol» après que De Gaulle se soit écrié «Vive le Québec libre!»
à Montréal), 1967)

«(...) l'Armorique, province de notre hexagone qui fait depuis
toujours partie intégrante du corps et de l'âme de la France. » (De Gaulle,
à Quimper, 1967 ou 1969)

«Mon fils, avec le breton tu es comme une chèvre attachée à son
piquet. Avec le français tu pourras aller partout. » (Per-Jaker Helias, Le
cheval d'Orgueil, 1969)

«Nous vous demandons de faire connaître, avant le 8 janvier au
syndicat betteravier, vos besoins en main d'oeuvre. Préciser la catégorie :
Bretons, Italiens, Espagnols, Portugais, Marocains,... » (L'agriculteur de
l'Aisne, 4/1/1969)

«Rien de plus touchant (...) que les langues, patois et dialectes
locaux soient parlés dans le sein de la famille, que les mères endorment
leurs enfants avec des berceuses que leur ont transmises leurs mères et
leurs grands-mères... » (réponse d'un éminent professeur membre du conseil
national de l'Enseignement aux pétitions des enseignants pour la cotation du
Breton aux examens, 1969)

« Pour être comprise par tout le monde, l'émission en langue bretonne
sera désormais en Français. » (Lorient Roger, ministre de l'Information,
Lorient Roger, ministre de l'Information, avril 1969)

«Il n'y a pas de place pour la langue bretonne dans une Europe que la
France est appelée à marquer de son sceau . » (Georges Pompidou, président
de la République, Discours à Sarre-Union, 1972)

«Bien sûr, le gouvernement réprime la langue bretonne. Mais qu'importe
puisque les Bretons parlent Français!

«Ce n'est pas rendre service à des enfants que de les enseigner dans
une langue qui n'a pas d'avenir » (Jean-Pierre Chevènement, ministre de
l'Éducation Nationale, 1985)

«Monsieur Lang ayant créé un Capes de patois breton, pourquoi ne pas
créer un Capes de mendicité ? Il y a une culture à préserver , comme on dit
de nos jours. » (Jean Dutourd,
France-Soir Magazine, Novembre 1985)

«Article 2 de la Constitution de la 5ème République Française
Le français est la langue de la République. » (1992)

Modification de l'article 2 de la Constitution de la 5ème République.
La langue bretonne devient anticonstitutionnelle. Cet article républicain
vient heureusement remplacer dans les tribunaux l'Édit de Villers Cotterets
de 1539, les magistrats n'ayant eu jusqu'alors que ce moyen peu républicain
pour refuser l'expression en breton devant les tribunaux.
Bien que le législateur précise exprécemment que cette modification ne
doit pas être utilisée contre la signature de la charte des langues
minorisées, elle sera systématiquement opposée à toute tentative de
ratification.

«Il est temps que nous soyons Français par la langue. S'il faut
apprendre une autre langue à nos enfants, ne leur faisons pas perdre de
temps avec des dialectes qu'ils ne parleront jamais que dans leur village :
enseignons-leur le plus tôt possible une langue internationale ! »
(R. Pandraud, extrait des débats sur l'Europe de Maastricht, 13 mai 1992)

«La promotion des langues régionales et la préservation de nos
cultures régionales, et en particulier bretonne, sont essentielles. Au 43ème
concours de l'Eurovision qui vient d'avoir lieu en Norvège, la France a
présenté une chanson bretonne. Mais ne conviendrait-il pas que, dans les
organisations internationales, nos représentants s'expriment en français ?
Lorsque la langue française est menacée, il est choquant de voir la France
représentée par le breton . On n'est pas Breton et Français, on est Français
et Breton. Je suis pour l'Europe des États, pas pour l'Europe des régions. »
(Madame Monique Rousseau, député RPR du Doubs, 1996)

Madame Monique Rousseau, député RPR du Doubs, s'indignant auprès du
ministre de la culture de l'époque, M. Douste-Blazy, à propos du concours
Eurovision 1996 de la présence d'une chanson en langue bretonne pour
défendre les couleurs de la France

«Cinq raisons pour s'opposer au développement du bilinguisme en langue
régionale à l'école publique.
Les langues régionales ont sans aucun doute leur place à l'école comme
l'enseignement de n'importe quelle langue ou discipline, mais le bilinguisme
en langue régionale est incompatible avec les principes et le fonctionnement
de l'École Publique.

1.. il privilégie la culture et la langue d'une "communauté" alors
que le rôle de l'école publique est de privilégier la culture et la langue
française dans un objectif de cohésion sociale (cf. Programmes de l'École
élémentaire 1995)
2.. Il n'offre aucune garantie de cohérence dans les apprentissages
scolaires, à plus forte raison lorsque Français et langue régionale sont
enseignés par deux personnes distinctes. (On notera que c'est d'ailleurs cet
argument de cohérence qui est - à juste titre - invoqué pour demander aux
maîtres d'assurer eux-mêmes l'enseignement des langues étrangères !
3.. Il n'est pas fonctionnel car la plupart des enfants qui
"subissent" ce bilinguisme ne vivent pas dans un dans un milieu bilingue,
seul argument qui pourrait justifier sa présence à l'École Publique. La
volonté éventuelle de recréer un bilinguisme là où il n'existe pratiquement
plus ne devrait trouver place que dans un cadre extra-scolaire, peut-être à
l'occasion de projets d'aménagement du temps scolaire...
4.. Il est extrêmement coûteux en moyens, ce qui pose deux problèmes
:
a.. celui de la priorité en période de rigueur budgétaire ;
b.. celui de l'iniquité au détriment de ceux qui ne peuvent
bénéficier eux aussi de tels moyens supplémentaires pour d'autres activités
telles que l'informatique ou la musique par exemple
5.. Il s'inscrit dans une politique incohérente dans la mesure où
l'État finance désormais les écoles privées en langue régionale contre
lesquelles ce bilinguisme était censé servir de parade.
» (Daniel GAUCHON, Inspecteur de l'Éducation Nationale, juin 1997)

Il s'agit d'un document interne distribué aux 420 délégués
départementaux de la DDEN (Direction Départementale de l'Éducation
Nationale) par Daniel GAUCHON, Inspecteur de l'Éducation Nationale en poste
à Pau. Il s'aggit de la politique officieuse de l'EN quand aux langues dites
"régionales"

«J'ai lu avec grand intérêt l'article relatif à la charte des langues
régionales que vous avez publié dans votre revue de décembre 1998. Je
partage vos motivations et démonstrations. J'avais interrogé madame la
Ministre de la Culture et de la communication sur ce sur ce sujet il y a
plus de deux mois. Je n'ai à ce jour pas reçu de réponse. J'ai donc
l'honneur de vous transmettre sous ce pli la copie de ma question écrite
(...)
Le repli identitaire régional pourrait se renforcer et faire voler en
éclat l'unité nationale. (...)
aller trop loin dans la volonté d'autonomie régionale risquerait de
mettre en péril l'indivisibilité de la République » (Jacques Dessallangre,
député de l'Aisne, écrivant au rédacteur en chef de La Raison, le 5 janvier
1999)

«Non aux identités factices ! » (Jean-Pierre Chevènement, ministre de
l'Intérieur, 1999)

«Nous devons résister à la dégénérescence de notre langue, en refusant
d'adopter le dialecte des banlieues. Quant aux langues régionales (breton,
basque, catalan, etc.), elles doivent demeurer une deuxième langue, que l'on
peut accessoirement étudier - lorsque l'on aura acquis une parfaite maîtrise
de la langue française (on en est loin pour le moment...). »
(Jean-Pierre Pagès-Schweitzer, N°232, Samedi 18 septembre 1999)

«Nous faisons le serment solennel de manifester en toutes
circonstances et en tous lieux notre irréductible opposition à la signature
de la Charte européenne des langues régionales, contraire à l'évolution
historique de la nation. De lutter sans trêve et sans défaillance jusqu'à
son retrait et d'obtenir que l'effort de la République soit uniquement
réservé à assurer l'égalité des citoyens. » (Serment prété par le
groupuscule La libre pensée lors d'une manifestation, 11 décembre 1999)

Ce groupuscule fustige le front commun entre PS et FN: «Cette thèse
négationniste est celle d'une gauche jacobine attardée que ne renierait pas
le FN» (bulletin de leur fédédration des Haut de Seine) et critique leur
propre férération d'Île et Vilaine ! ( «Franchement, je trouve la Libre
Pensée d'Ile et Vilaine consternante de sectarisme et d'égalitarisme
forcené. Ce repli frileux ne tient aucun compte des immenses espoirs de
fraternité qu'ouvre la construction européenne. (...) me désolidarise
formellement des attardés camarades d'Ille-et-Vilaine.»

«(...) ne souhaite pas prendre l'initiative d'une révision qui
porterait atteinte aux principes fondamentaux de notre République. On peut
parfaitement reconnaître aux langues régionales leur place dans notre
patrimoine culturel sans remettre en cause l'unité de la nation. Les langues
régionales doivent être reconnues et soutenues, leur enseignement développé
sur une base volontaire. » (Communiqué du président de la République, Jeudi
24 juin 2000)

«Les annonces faites dans les trains, c'est fait pour que ce soit
compris et utile. C'est un service. Est-ce que ça apporte quelque chose de
le faire en breton ? » (Adrien Jégo, chargé de la communication de la SNCF à
Rennes, mai 2000)

Déclaration du porte-parole de la SNCF au sujet du licenciement d'un
contrôleur coupable d'avoir osé anoncer les gares en allemand, anglais,
francais et surtout breton.

«(...) pourquoi sauver une langue qui ne leur servirait jamais à rien
? » (Françoise Morvan, Les Temps
Modernes, 31 Mai 2000)

«Sujet : Re:Trop de langues sur cette planète
Bien dis! Parlons tous une même langue. Une évidence qui atteindra un
jour des contrées reculées comme la corse ou la Bretagne. »
(Astral (pseudo), forum des Langues régionales de Libération, 10 Septembre
2000 21:09:20)

«(...) façon vicieuse de parler (...) » (inconnu)

«la France à besoin de fabriquer des informaticiens parlant anglais et
on va fabriquer des bergers parlant breton ou occitan » (Claude Allègre,
avril ou mai 2001)

Commentaire sur les propositions Lang : encore un exemple du racisme
ordinaire (remplacez bergers par marchands de tapis, breton par berbère et
occitan par arabe, puis repetez la phrase encore et encore). Notons le terme
de fabriquer qui en dit long pour un ancien ministre de l'Éducation
Nationale.

Écrit par : Patrick Chevin | 10 juin 2011

Merci de rappeler que les Français ont cru qu'ils devaient rabaisser la langue des autres pour donner plus de lustre à leur langue.

Écrit par : Arouet Le Jeune | 10 juin 2011

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