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17 mai 2011

Franc-maçon, franc-maçonnerie

    

 

        Le mot est attesté en 1735 sous la forme maçons-libres (Confrérie des Maçons-Libres) et deux ans plus tard sous les formes free-maçons et francs-massons. C’est un emprunt de l’anglais freemason (free « libre » et mason « maçon »), attesté depuis la fin du Moyen Age pour désigner des ouvriers itinérants et qualifiés qui utilisaient entre eux des signes conventionnels secrets et dont les confréries ont accepté d’intégrer des personnes qui n’exerçaient pas un métier du bâtiment.

            Le mot français entre dans le Dictionnaire de l’Académie française en 1835 (sixième édition) et suivi d’une définition rudimentaire : « qui est initié à la franc-maçonnerie » (il a été reçu franc-maçon ; une loge de francs-maçons), laquelle est exprimée ainsi dans la huitième édition (1932-35) : « membre de la franc- maçonnerie », tout en étant illustrée des mêmes exemples qu’en 1835. La définition qu’en donne Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77) est tout à fait identique : « celui qui est initié à la franc-maçonnerie » (« une loge de francs-maçons »). C’est dans les articles consacrés dans ces mêmes dictionnaires à la franc-maçonnerie, articles sommaires, mais de type encyclopédique, que l’on peut prendre connaissance de ce qu’est la franc-maçonnerie et de ce que sont les francs-maçons : « Association secrète qui fait un emploi symbolique des instruments à l’usage de l'architecte et du maçon, et dont les membres se réunissent dans des lieux qu'ils appellent Loges » (DAF, 1835, 1879, 1932-35) et « Association philanthropique, secrète autrefois, qui fait un emploi symbolique des instruments à l’usage de l’architecte et du maçon, et dont les lieux de réunion sont appelés loges » (Littré, 1863-77). Ces définitions sont, comme l’exige la déontologie lexicographique, objectives, sans parti-pris, pleines de retenue. Il est impossible de trancher sur les sympathies ou les antipathies que pourraient nourrir leurs auteurs à l’encontre de la franc-maçonnerie ou des francs-maçons. Il n’en va pas tout à fait de même dans les dictionnaires actuels, entre les lignes desquels perce une admiration discrète pour la chose décrite, admiration discrète qui est sans commune mesure avec les articles « militants », « engagés » et dithyrambiques que Pierre Larousse consacre aux francs-maçons et à la franc-maçonnerie dans son Grand Dictionnaire universel du XIXe siècle (1863-90). Ainsi dans le Trésor de la langue française (1971-94), c’est une « association ésotérique visant à l’édification d’une société rationnelle, la construction du Temple, qui professe la fraternité entre ses membres organisés en loges et qui se reconnaissent par des signes et des emblèmes symboliques pris aux maçons du Moyen Âge » et, dans la neuvième édition (en cours de publication) du DAF, une « association de caractère spiritualiste et d’inspiration philanthropique, visant au progrès moral, matériel et social de l’humanité, dont les structures sont apparentées aux corporations du Moyen Âge ; ses membres sont reçus par cooptation, dans des loges d’orientations philosophiques diverses et selon un rituel initiatique et secret », les termes à connotation méliorative (« société rationnelle », « fraternité », « philanthropique », « progrès moral, matériel et social de l’humanité »).

            C’est dans la définition des sens figurés et étendus que les lexicographes modernes laissent voir les faces sombres et obscures de la franc-maçonnerie : « Entente, complicité, solidarité qui règne entre personnes ayant entre elles quelque chose de commun : sexe, profession, idée, sentiment, idéal » (TLF) et surtout : « Par analogie et souvent péjoratif, solidarité agissante qui s’exerce entre les membres de certains groupements d’intérêts, de certaines professions » (DAF, neuvième édition), face sombre à laquelle Maistre fait allusion dans cet extrait de 1782 : « Souffrez, Monseigneur, qu’on vous exhorte, au nom de tous les maçons qui ne déshonorent pas ce titre, d’employer pour le bonheur de l’humanité l’influence impérieuse que vous aurez nécessairement sur l’assemblée projetée ».

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