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23 mai 2011

Présomption d'innocence et présumé innocent

 

 

           

            Au seul prononcé du mot culture, Goebbels (ou l’un de ses sbires : il y a contestation sur l’identité de l’auteur de ce bon mot) était près, disait-il, de sortir son revolver. De même, dès que sont évoquées des affaires sensibles, ces affaires qui, contrairement à ce que laisse supposer le sens de l’adjectif, ne font pas pleurer, il est objecté présumé. Les policiers ne mettent pas en garde en vue un islamiste, mais un islamiste présumé, ils n’arrêtent pas un assassin ou un violeur, mais un assassin ou un violeur présumé, non pas un terroriste, mais un terroriste présumé, non un poseur de bombes, mais un poseur de bombes présumé, etc.

Il y a même des victimes présumées : c’est tout nouveau, ça vient de sortir. Présumées quoi ? Innocentes ou coupables ? Cabotines ou fictives ?

Quand elle était garde des sceaux (des sots et des sottes), Mme Guigou a contribué à rendre cet adjectif furieusement à la mode. Chacun était présumé quelque chose, sauf elle-même ou ses collègues du gouvernement, dont elle évitait de dire qu’ils étaient des ministres présumés, alors qu’elle accablait de ce même présumé les autres citoyens.

 

Une présomption est une « opinion fondée sur des indices, des apparences, des commencements de preuves », et cela conformément à la plus ancienne attestation en français du verbe présumer (circa 1200), à savoir « croire d’après certains indices, considérer comme probable ». Une présomption n’est donc pas arbitraire. Ce qui la rend fragile et donc révisable, c’est ce sur quoi elle est fondée : des faits connus, mais qui ne sont pas établis, des indices, mais pas des preuves. Dire de quelqu’un qu’il est « un violeur », c’est se fonder sur des faits connus ou des indices. L’affirmer n’a rien d’arbitraire. De toute façon, désigner x ou y de violeur, ce n’est pas lui imputer un crime. Même si ça l’était, il serait inutile d’ajouter présumé, comme il est inutile de l’ajouter à tout autre nom. Un nom désigne, il ne qualifie pas. Il ne porte donc pas de jugement, il réfère seulement à une réalité. On ne peut pas, sauf à verser dans le relativisme absolu, ajouter présumé à tout nom et dire d’un journaliste qu’il est un journaliste présumé, d’un homme qu’il est le mari présumé de Mme Z…, d’une femme qu’elle est l’épouse présumée de M. Y, d’un maître d’école qu’il est l’instituteur présumé de tel ou tel village, de Paris qu’elle est la capitale présumée de la France, de la Seine qu’elle est le fleuve présumé dont la source se trouve au présumé Mont Tasselot, etc. Les islamiste, tueur, terroriste, violeur (et désormais l’insupportable victime) présumés, dont les media nous rebattent les oreilles, sont de la french novlangue, au même titre que les journalistes ou écrivains ou ministres présumés, qu’on n’entend pas encore : mais, au train où vont les choses, cela ne devrait pas tarder.

 

Le comique de l’affaire est que le relativisme dogmatique et absolu qui sous-tend l’emploi généralisé de présumé s’oppose à l’autre acception de présomption, que les auteurs de dictionnaires expriment ainsi : « Opinion très favorable que l’on a de ses propres facultés physiques ou intellectuelles » et « grande confiance en soi ». D’une part, l’emploi généralisé de  présumé résulte de la suspicion portée sur les désignations, comme si désigner était juger, seul le jugement défavorable étant proscrit, alors que désigner et juger s’excluent mutuellement dans leur principe ; d’autre part, le nom présomption exprime l’arrogance, la confiance inébranlable en soi et en ce que l’on assène, la certitude sans doute, la suffisance. C’est le cas de la célébrissime présomption d’innocence, laquelle est invoquée à tout instant quand un grand Seigneur ithyphallique, puissant, cynique, mais « de gauche » (ce qui change tout), est impliqué dans une minable et sinistre affaire de « crime sexuel ».

Freud croyait que les langues primitives, dont il ne savait rien, sinon ce qu’en disait le philologue allumé Karl Abel, violaient le principe de non contradiction, parce que, comme les rêves, les mots auraient eu des significations sinon contraires, du moins hétérogènes, et voulaient dire en même temps « blanc » et « noir », « grand » et « petit », « eau et feu », un peu comme dans les oxymores « aigre-doux », « sucré salé » ou « obscure clarté ». Le verbe présumer, le nom présomption et l’adjectif présumé illustrent-ils ces théories qui n’ont pas reçu le moindre début de confirmation mais qui, comme c’est souvent le cas de tout ce qui est incertain, ont été assénées avec une assurance de converti, destinée à pallier les faits absents ? Non, bien sûr. Il n’y a pas de contradiction entre le présumé servi à tous les repas et la présomption haïssable. Le rapprochement de ces deux mots est révélateur, comme l’est, au sens propre de ce terme, l’apocalypse que subit notre langue : il dévoile la vraie nature du relativisme absolu. « Tout se vaut », dit-on, sauf, bien entendu, la proposition « tout se vaut », qui a plus de valeur que toutes les autres et échappe ainsi à la réduction relativiste. Ce qui donne de la force à « tout se vaut » et au relativisme, c’est le vieil argument d’autorité : celui qui l’énonce est docteur en ethnologie ou en sciences sociales et, comme dans l’armée, le grade obtenu transforme le présumé fragile en présomption hautaine. En bref, le présumé est présomptueux.

 

Dans la langue française, présumé ne porte que sur une qualification, non pas sur ce qui est désigné, précisément sur la qualification de coupable ou d’innocent, comme le stipule l’article 9 de la Déclaration des droits de l’Homme : « Tout homme étant présumé innocent jusqu’à ce qu’il ait été déclaré coupable, s’il est jugé indispensable de l’arrêter, toute rigueur qui ne serait pas nécessaire pour s’assurer de sa personne doit être sévèrement réprimée par la loi ». C’est aussi ce qu’établissent, au sujet de la présomption d’innocence, les auteurs de dictionnaires : « en matière pénale, toute personne poursuivie est considérée comme innocente des faits qui lui sont reprochés, tant qu’elle n’a pas été déclarée coupable par la juridiction compétente ». La présomption est une simple énonciation, la présomption d’innocence est un principe. La première relève de l’expérience commune, la seconde de la loi. L’une est large, illimitée, elle fonde toute désignation, l’autre est étroite et restreinte à la seule qualification d’innocent ou de coupable. Elles ne sont pas du même ordre. Il y a un abîme entre la langue commune et la langue de la justice. Il y a trop de jeu (au sens d’ajustement) dans la langue commune pour lui faire désigner les réalités du droit : voilà pourquoi il existe une langue juridique. Inversement, il est absurde de nommer une réalité du monde avec la langue de la justice. C’est confondre le fait et le droit, ou c’est introduire dans la langue suspicions, accusations, incriminations, procès à l’infini.

Ce qui rend suspect l’usage abusif de présumé, c’est qu’il est à géométrie variable. Un violeur est un présumé violeur, un islamiste un présumé islamiste, un assassin un présumé assassin. Or ce relativisme est borné – au sens de « stupide » et de « limité » - ce qui ne laisse pas de surprendre pour un principe qui énonce que « tout se vaut ». Il s’arrête à fasciste, à nazi, à raciste, à xénophobe, etc. et même à français (quand ce mot désigne des musulmans partis en Irak ou ailleurs faire le djihad : id est massacrer le plus possible de malheureux autochtones) : présumé alors disparaît. Il n’y a pas de raciste présumé, mais des racistes tout court ; il n’y a plus un Français présumé, mais des Français tout court. La nocivité de ce présumé n’est pas nouvelle : elle a été illustrée il y a plus de deux siècles, en 1792, trois ans après que le principe de « présomption d’innocence » a été formulé avec pompe dans la Déclaration des droits de l’Homme. Lors du procès de Louis XVI, Robespierre déclare ceci : « Si Louis peut être encore l’objet d’un procès, Louis peut être absous ; il peut être innocent. Que dis-je ? Il est présumé l’être jusqu’à ce qu’il soit jugé. Mais si Louis est absous, si Louis peut être présumé innocent, que devient la Révolution ? » Si les violeurs étaient effectivement des violeurs (et pas de jeunes gens égarés), les assassins des assassins (et pas les victimes de l’injustice sociale), les tueurs des tueurs, etc. que deviendrait la société juste et parfaite que Mitterrand et ses affidés sont censés avoir établie en France et à laquelle DSK devait redonner les couleurs de l’arc-en-ciel ?

 

Commentaires

mourir pour la France ou pour
"" La "" Liberté

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Écrit par : Amédée | 24 mai 2011

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Écrit par : Dissertation Abstract Help | 25 mai 2011

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