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26 mai 2011

Oligarchie

 

 

Oligarchie est un emprunt au grec, langue dans laquelle il a pour sens « pouvoir exercé par un petit nombre de personnes » ou « gouvernement politique où l’autorité souveraine est entre les mains d’un petit nombre de personnes ». Ce mot est attesté à la fin du XIVe siècle dans les traductions qu’a faites Oresme des grands écrivains de l’Antiquité : « Et de l’aristocratie on tourne par transgression ou corruption en oligarchie » ou « de peu de gens vient le prince pour le bien commun, et c’est aristocratie, ou pour leur propre profit et c’est oligarchie ». Autrement dit, selon Oresme, ce qui fait converger l’aristocratie et l’oligarchie, c’est le « petit nombre de ceux qui exercent le pouvoir » ; ce qui les distingue, c’est le bien commun, objectif à atteindre dans la première, absent dans la seconde, où il est remplacé par le seul « intérêt ».

Il est enregistré dans les anciens dictionnaires, celui de Richelet (1680) : « mot qui vient du grec et qui veut dire le gouvernement de peu de personnes » ; Furetière (1690) : « empire, gouvernement de peu de personnes » (exemples : « les politiques de l’Ecole disputent si l’oligarchie est préférable à la démocratie ou à la monarchie » ; « les Républiques de Gênes, de Venise sont des Etats oligarchiques, qui sont gouvernés par les nobles seulement ») ; les académiciens (de 1694 à aujourd’hui : « forme de gouvernement où l’autorité souveraine est détenue par un petit nombre de personnes, de familles ; l’oligarchie de Sparte ; par métonymie, ceux qui détiennent le pouvoir dans ce type de gouvernement, une oligarchie constituée de propriétaires terriens) ; Littré (1863-77 : « gouvernement politique où l’autorité est entre les mains de peu de personnes ».

Les anciens lexicographes tentent généralement de rester neutres et évitent d’exprimer la répulsion que leur inspire l’oligarchie. Il n’en va pas de même dans L’Encyclopédie (d’Alembert et Diderot éditeurs, 1751-72), dictionnaire dans lequel la définition est aussi une condamnation : « la puissance usurpée d’un petit nombre de citoyens qui se sont emparés du pouvoir, qui suivant la constitution d’un Etat devait résider soit dans le peuple, soit dans un conseil ou sénat. Il est bien difficile qu’un peuple soit bien gouverné, lorsque son sort est entre les mains d’un petit nombre d’hommes, dont les intérêts diffèrent, et dont la puissance est fondée sur l’usurpation. Chez les Romains le gouvernement a plusieurs fois dégénéré en oligarchie ; il était tel sous les décemvirs, lorsqu’ils parvinrent à se rendre les seuls maîtres de la république. Cet odieux gouvernement se fit encore sentir d'une façon plus cruelle aux Romains sous les triumvirs, qui après avoir tyrannisé leurs concitoyens, avoir abattu leur courage et éteint leur amour pour la liberté, préparèrent la voie au gouvernement despotique et arbitraire des empereurs ». Il est vrai que cette répulsion est partagée trois siècles plus tard par les modernes que nous sommes, comme l’atteste le Trésor de la langue française (1971-94) dans lequel se condensent quelques-uns des traits négatifs (petit nombre, classe sociale restreinte, privilégiés) prêtés au système oligarchique : « système politique dans lequel le pouvoir appartient à un petit nombre d’individus ou de familles, à une classe sociale restreinte et privilégiée », ce qui rend compte que ce terme, par analogie, ait pu s’étendre hors de la politique : « (dans une entreprise, un organisme, etc.) organisation dans laquelle le pouvoir de décider, de diriger appartient à un petit nombre d’individus » et « groupe restreint de personnes dominant l’activité d’un pays dans un secteur donné ». Ces traits négatifs se rencontrent aussi dans la définition du DAF (neuvième édition, en cours de publication) : « par extension, dans une entreprise, un organisme, un secteur d’activité, mode de fonctionnement donnant le pouvoir de décision à un groupe restreint de personnes ».

Le succès de ce nom dans la langue actuelle tient, non pas à son sens propre ou premier, puisque de très nombreux pays au monde sont des démocraties et que les oligarchies, au sens politique de ce terme, ne se rencontrent que dans quelques pays, dont l’Arabie saoudite (chut, il n’est pas conseillé de le dire), mais à son sens étendu et au fait que les affaires, les médias, la production de richesses, les décisions qui engagent des milliards d’hommes, relèvent d’un petit groupe de quelques milliers ou dizaines de milliers de personnes : la nouvelle oligarchie ou les nouveaux oligarques, lesquels ne sont pas nécessairement russes ou anciennement membres du PCUS, mais dirigent des groupes de pression, président l’OMC, le FMI, la Banque mondiale, dirigent des banques et des sociétés de communication ou des chaînes de télévision, font dans le show biz ou dans le charity business.  

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Mots 3 mai

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Écrit par : Amédée | 28 mai 2011

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