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11 juin 2011

Purifier, purification

 

 

Emprunté au latin purificare, ce verbe est attesté à la fin du XIIe siècle et, pendant huit siècles, il n’a pas eu, comme d’ailleurs le nom purification, le sens politique qui est le sien dans le Modernistan depuis quelques décennies, par exemple dans les emplois « purifier un pays » ou « purification ethnique ».

Ces deux mots ont appartenu d’abord au vocabulaire de la religion et à celui de la morale. Dans le Dictionnaire français des mots et des choses (Richelet, 1680), la purification est la « cérémonie que pratiquaient les Juifs par laquelle ils se purifiaient de leurs souillures » et « l’une des fêtes de la Vierge que l’Eglise célèbre en mémoire de l’ancienne purification prescrite par la loi des Juifs » et le verbe purifier s’emploie suivi de compléments tels que « âme » ou « cœurs » ou « soi-même » (« se purifier de ses taches »). Pour Furetière (Dictionnaire universel, 1690), la purification « est une oblation que les femmes qui relèvent de couches offrent au prêtre avant que d’entrer à l’Eglise » et « c’est aussi une fête qu’on célèbre le 2 février en mémoire de la purification que fit la Sainte Vierge après ses couches au Temple de Jérusalem suivant les cérémonies observées dans la Loi de Moïse », tandis que « purifier se dit figurément en choses spirituelles » (exemples : « l’âme se purifie par les sacrements ; un cœur contrit et purifié est une agréable offrande à Dieu ; les Turcs et les Indiens croient qu’en se lavant et purifiant le corps, ils purifient aussi leurs âmes »). C’est aussi le sens que relèvent les académiciens dans les différentes éditions du DAF, par exemple dans la quatrième, en 1762 : « on dit aussi purifier le cœur, purifier les intentions pour dire en retrancher tout ce qu’il peut y avoir de contraire à la vertu, à l’innocence et à la droiture. Les orateurs chrétiens disent quelquefois, en s’adressant à Dieu, Seigneur, daignez purifier mes lèvres, pour dire faites en sorte que mes discours soient purs et salutaires ».

De ce point de vue, les emplois du verbe purifier suivi de compléments tels que langue ou style (DAF, 1762 : « on dit purifier la langue, purifier le style pour dire en ôter les défauts ») sont extrêmement valorisants pour la langue et le style qui, de ce fait, sont haussés au niveau de l’âme, du cœur, des intentions et exigent autant de soins et même de respect sacré de la part des usagers – c’est-à-dire des desservants – que le culte, les cérémonies, la liturgie, la religion. De cela, les modernes, évidemment, n’ont que faire, puisque, pour eux, le sacré, le culte, la culture n’ont pas plus d’importance qu’un ciron.

Ce sens moral et religieux, qui est historiquement premier et de toute évidence plus important que les autres, va finir par passer au second plan au fil des siècles, concurrencé qu’il est par le sens matériel et l’emploi en chimie : « opération chimique par laquelle on rend plus pur quelque métal » (Richelet, op. cit.) ; « nettoyer, ôter ce qu’il y a de sale et d’impur dans quelque corps » (Furetière, 1690) ; « rendre pur, nettoyer ce qu’il y a d’impur et de grossier ; purifier l’air, l’eau, les métaux, le sang ». Les modernes sont en quête d’air pur ou d’eau pure, mais ils se gaussent de la langue pure ou du style pur. L’air pur est synonyme de beauté et de plaisir ; la langue pure de laideur ou de fascisme. Ils abhorrent la seconde pureté, qui tient du culte et de la culture, pour mieux adorer la première, qui relève de la matière ou de la chimie. Cela ne les a pas retenus non plus de louer les peuples, arabes ou noirs ou turcs, etc. qui ont mis en œuvre la purification ethnique et raciale ou religieuse sur une grande échelle et qui continuent à la pratiquer.  

 

 

 

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