Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

14 juin 2011

Sidération

 

 

Sidération, sidérer, sidérant, sidéré

 

 

            Pendant un peu plus de quinze jours, les malheurs, assez pitoyables, de M. Strauss-Kahn auraient plongé « l’opinion française » (comprendre les seuls journaleux, médieux, communicants, fils de pub., militants, mais pas le peuple) dans un état de profonde sidération. En apprenant l’affaire dans laquelle leur « champion » est impliqué, ils auraient été sidérés.   

Emprunté du latin sideratio, défini dans le Dictionnaire latin français, 1934, comme la « position des astres (pour interpréter la destinée) » et « l’action funeste des astres et surtout du soleil » (avant de sortir de la salle de bains du palace Sofitel de New-York, M. Strauss-Kahn aurait dû, par précaution, observer les astres : il y aurait vu ce qui allait lui arriver, à moins qu’il ne soit resté trop longtemps au soleil dans la matinée), le nom sidération n’est enregistré dans aucune des éditions publiées du Dictionnaire de l’Académie française, de 1694 à 1935. Le mot pourtant est attesté au milieu du XVIe siècle dans deux sens : médical (1549 « nécrose, gangrène ») et astrologique (1560 « influence attribuée à un astre sur la vie ou la santé d’une personne »). Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77) expose ces deux sens : « terme d’astrologie, influence subite attribuée à un astre, sur la vie ou la santé d’une personne » et « terme de médecine, état d’anéantissement subit produit par certaines maladies, qui semblent frapper les organes avec la promptitude de l’éclair ou de la foudre, comme l’apoplexie ; état autrefois attribué à l’influence malfaisante des astres », sans les illustrer de quelque exemple que ce soit. Les auteurs du Trésor de la langue française (1971-94) reprennent cette définition, quasiment telle quelle, sans y ajouter le moindre exemple : « astrologie, influence subite exercée par un astre sur le comportement d’une personne, sur sa vie, sur sa santé » ; « médecine, suspension brusque des fonctions vitales (respiration et circulation) par électrocution, action de la foudre, embolie, hémorragie cérébrale, etc. ». Ils y ajoutent le sens agricole attesté à la toute fin du XIXe siècle : « fumure par enfouissement dans le sol de fourrages verts, en particulier de légumineuses, appelées plantes sidérales, car elles ont la propriété de prélever, grâce au soleil, l’azote de l’air, et de le fixer sur leurs racines ».

            Les emplois modernes de sidération, au sens de « très grande surprise », « stupéfaction », qu’ignorent ces dictionnaires, sont en fait dérivés du verbe sidérer, qui a la particularité de n’être relevé ni pas les académiciens de 1694 à 1935, ni par Littré. Il est vrai que ce verbe, qui semble courant et allant de soi, est récent. Il est attesté en 1894 dans le dictionnaire allemand français Lexikon de Sachs et Villate au sens de « frapper quelqu’un d’une stupeur soudaine ». En 1895, Paul Valéry l’emploie au sens « d’anéantir subitement les forces vitales de quelqu’un », comme s’il était dérivé du nom sidération. Dans le Trésor de la langue française, c’est le sens médical qui est défini le premier « mettre en état de sidération, berger sidéré par la foudre » (Bernanos l’étend par métaphore à l’intelligence paralysée en France par l’esprit révolutionnaire, comme si elle avait été frappée par la foudre) ; et en second, le sens commun et jugé familier : « surprendre profondément quelqu’un » (synonymes : abasourdir, stupéfier). De même, le participe présent et adjectif sidérant a beau sembler familier et fort commun, il n’en est pas moins récent. En 1889, au sens de « qui stupéfie, qui plonge dans la stupeur » (synonymes : époustouflant, stupéfiant), ce sont les frères Goncourt qui l’introduisent dans la langue française : « c’est vraiment un peu renversant, sidérant, dirait Léon Daudet, les femmes de la société en ce moment (...). On n’a pas idée des excentricités mal élevées de ces folles » (Journal, 1889). L’adjectif sidéré est encore plus récent que sidérant. Il est attesté en 1903 au sens de « frappé d’un anéantissement subit des forces vitales » (Janet, Obsession et psychasthénie) et en 1923 au sens de « frappé brusquement d’une profonde stupeur ». Ainsi, dans cet extrait de Genevoix : « comme Raboliot soulevait une carpe encore, il resta sidéré, à contempler un pareil monstre. (...) il hochait la tête, avec un air de stupeur vertigineuse » (Raboliot, 1925) et de La Varende : « elle restait sidérée, respirant à peine, prise dans un sentiment qui s’exaspérait » (1941).

 

            De tous les mots français ayant quelque rapport avec le nom latin sidus, sideris, au sens « d’étoile, astres, ciel », le seul qui ait été enregistré précocement dans les dictionnaires et qui soit relativement ancien dans la langue (attesté au début du XVIe siècle) est sidéral. Les académiciens le définissent ainsi dans la quatrième édition de leur Dictionnaire (1762) : « terme d’astronomie, il n’a guère d’usage que dans cette phrase année sidérale, pour signifier le temps de la révolution de la terre d’un point de son orbite au même point ». D’une édition à l’autre, l’article sidéral s’enrichit d’emplois voisins : révolution sidérale (1832 : « retour à la même étoile »), jour sidéral (1832 : « le temps de la révolution de la terre, d’une étoile à la même étoile, par son mouvement diurne »). 

           

Les modernes reprochent (sans raison évidemment) aux anciens Français, comme aux hommes de l’Antiquité, d’avoir été très superstitieux et d’avoir cru que les astres influaient sur le destin des hommes. En tout cas, ces anciens Français n’avaient pas inclus dans leur vocabulaire les mots sidérer, sidérant, sidération, sidéré, dont le sens est sous-tendu par l’influence supposée des astres sur les hommes. Il est possible que la superstition ait crû lors des deux derniers siècles, au fur et à mesure que la croyance dans la transcendance s’affaiblissait. Il est probable aussi que les plus superstitieux des hommes n’aient pas été les Français ringards des siècles passés, mais les journaleux qui tiennent le passé récent pour de la haute antiquité et qui sont frappés de « sidération » en apprenant, non pas les frasques sexuelles de leur champion (ce dont ils se doutaient), mais que ces frasques sexuelles puissent conduire en prison un homme aussi riche, aussi bien, aussi intelligent, aussi compatissant, aussi sympa, et cela aux Etats-Unis d’Amérique, pays de la liberté. C’est le monde réel, qu’ils ont pris l’habitude de regarder comme s’ils étaient sur la lune, qui les sidère, et non le silence éternel des espaces infinis.

09:49 Publié dans Signes | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : politique, dsk, société

Commentaires

Tiens, qui l'eut cru ? Voilà encore un mot que j'utiliserai désormais correctement grâce à vous.

Écrit par : Greuh | 14 juin 2011

-----------
Quelle sidérose !
------------------------
mots de juin
-------

Saugrenu

Ordure les immigrés africains sont les ordures de l'afrique
représentant congolais à l'ONU

Charabia

Phonème
Phonétique
Votation
Syntaxe
Benêt

Malin
Catastrophe
Aduler
Alibi
Salaud ( Luc Ferry )
Seuil
Guignol
Contumace
Misérabilisme
Anomie
Parangon
Histrion
Boustrophélon
Simagrée
Bourdon
Franc-tireur ( des merdias )
Purge
Procédure
Emploi
Bistoquette

Agonie
Syntaxe
Assistanat
Pécia
Mariage
Mari
Marri
Turpitude
Disculper
Inculper
Microcosme
Entrave ( jouir sans )
Pudibonderie ( féministe )
Couvre-Feu
Biais Biaiser
Prophylaxie
acte sexuel prophylactique
' dans un viol , il y a TOUJOURS consentement ' Doyen Vedel fac de droit
-
Ah, tout perdre en un jour
Pour une amourette avec une
servante , une fille de rien
on m ' exile !
Et vingt ans d'un labeur difficile,
vingt ans d'ambition, de travaux
nuit et jour.

Mon crédit, mon pouvoir , tout ce
que je rêvais...
Charge, emploi, honneurs, tout
en un instant s'écroule
Au milieu des éclats de rire
de la foule
Ruy Blas , Acte1 , scène 1
-----------
Mariage Mari Agere
Maritalement
Maritus
Maritare
Mas , Maris = Mâle ( mariage de 2 lesbiennes ! )
Mari, Marya en Sanskrit = héros, conquérant
-
Maimbour
Noce
Nuptial
Nubile
Hymen
Hyménée
Nymphe
Confarréation
Just Married = Mariés par la Justice , par la loi ( de façon juste)
( à la différence de Married in common Law )
et non pas = venant de se marier !!
---------------

--------
-----

Écrit par : Amédée @@ | 16 juin 2011

Les commentaires sont fermés.