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18 juillet 2011

Multiculturel et multiculturalisme

            Il existe deux adjectifs dérivés du nom culture : cultural et culturel. Cultural signifie « relatif à la mise en valeur du sol en vue de la production agricole, à l’ensemble des soins appropriés par lesquels on assure et éventuellement améliore la production d’un végétal » (Trésor de la Langue française, 1971-94). Culturel est relatif à la culture de l’esprit. En anglais, il n’existe qu’un seul adjectif dérivé de culture, dans les deux sens, agricole ou spirituel, du terme : c’est cultural. Le nom culturalisme en est dérivé. Quant au préfixe multi, au sens de « having many of » (Oxford Advanced Learner’s Dictionnary of Current English,, 1973), il est illustré par « a multi-racial country » : « with many races of people ».

            Le nom multiculturalisme n’est pas relevé dans le Trésor de la Langue française. En revanche, culturalisme l’est, inclus dans l’article culturel, non dans l’article cultural. C’est une « doctrine sociologique d’origine américaine consistant à mettre en évidence le rôle des phénomènes économiques, sociaux et éducatifs qui conditionnent l’évolution psychoaffective des individus appartenant à différentes cultures ». Quant à  culturaliste, adjectif ou nom, il a pour sens « qui rattache à la théorie du culturalisme » ou « qui professe le culturalisme ».

Le culturalisme est donc une hypothèse qui explique ou qui est censée expliquer des faits sociaux. Ce n’est pas un fait ou une réalité, mais une théorie. Selon les sociologues qui recourent à l’hypothèse culturaliste, les individus sont déterminés en partie ou en totalité par la culture à laquelle ils appartiennent ou dont ils sont issus. Ainsi, on ne peut pas, pour mesurer l’intelligence d’individus, quels qu’ils soient, noirs, asiatiques, arabes, etc. à partir de questionnaires élaborés par des savants appartenant à une culture donnée, caucasiens par exemple, et qui seraient destinés, selon les mêmes sociologues, aux seuls individus de type (race, ethnie, culture, origine, etc.) caucasien et inadaptés aux individus d’autres cultures. Le QI d’un noir mesuré à partir de critères caucasiens sera toujours inférieur à celui d’un caucasien. Chacun chez soi et les moutons seront bien gardés ou encore on ne mélange pas les torchons aux serviettes. « Les écoles américaines culturalistes ont insisté avec raison sur les variations considérables (...) selon les structures familiales et les cultures », assènent avec leur arrogance coutumière les auteurs du Traité de sociologie (1968).

L’hypothèse culturaliste, souvent contestée (cf. les admirables travaux de Steven Pinker), n’est admise comme valide que par une partie des psychologues, des sociologues, des anthropologues et autres spécialistes en sciences sociales. Pourtant, cette théorie, propre à la vie intellectuelle et qui n’a d’existence qu’hypothétique, est transportée dans la politique où elle devient un dogme, un horizon politique indépassable, un nouveau mode d’organisation des sociétés - en bref un « ordre nouveau ». Le multiculturalisme, comme le disent aussi les termes de société multiculturelle, bascule de l’explication (partielle, dogmatique, courte, attendue, convenue, un peu stupide) dans la prescription obligatoire et hautaine. Tel ou tel fait n’est plus expliqué par la « culture » ou la pluralité de cultures, mais c’est la pluralité de cultures qui est imposé à un pays autoritairement, sans que les citoyens soient consultés. Ce n’est plus une tentative pour rendre compte de la marche du monde, c’est l’imposition d’un ordre auquel les citoyens doivent se plier, l’échine bien courbe. 

Ce n’est pas la première fois dans l’histoire politique qu’un concept dont la validité (faible, courte, aléatoire, supposée, etc.) se limite à quelques cantons extrémistes des sciences sociales investit la société pour la réorganiser. A plusieurs reprises, en Europe, des savants imbus d’eux-mêmes, arborant leurs prétendues connaissances comme une oriflamme de victoire, mal instruits à coup sûr, bornés, à œillères, etc. ont fait d’une hypothèse instable et à validité restreinte le paradigme obligatoire d’une société nouvelle. Ce qui expliquait, et mal, des faits est devenue une règle pour tous. Au XIXe siècle, Auguste Comte prétendait régler tous les problèmes moraux, sociaux, religieux, scientifiques, etc. à grands coups de positivisme, c’est-à-dire en appliquant à la société les lumières des sciences de la nature, comme si les hommes étaient des cafards ou des pissenlits. Le marxisme, ou prétendue science des sciences, censée subsumer toutes les sciences, expliquait l’histoire, l’économie, la littérature, l’accumulation du capital, l’idéologie, l’art, la littérature, etc. par la lutte des classes. Appliqué aux sociétés, il a produit crimes de masse sur crimes de masse et il a laissé les pays dont il s’est emparé dans la misère absolue. C’est aussi ce qui s’est produit avec le racisme. Au début du XXe siècle, le racisme était une hypothèse, délirante certes, mais qui expliquait, ou prétendait le faire, des faits humains ou sociaux par la seule race, comme aujourd’hui on le fait (toujours) par la culture. A partir du moment où cette hypothèse est devenue un principe social, l’humanité a été entraînée à l’abîme.

Les hypothèses « scientifiques » sur le racisme et sur le multiculturalisme ont été énoncées, à un siècle de distance, par les mêmes spécialistes en anthropologie. Au début du XXe siècle, ces spécialistes s’adonnaient à l’anthropologie physique : la race expliquait tout. A la fin du XXe siècle, ils font dans l’anthropologie sociale ou culturelle : tout est expliqué par les cultures. Le vide laissé par la disparition du racisme est comblé par le multiculturalisme. Le racisme a été élaboré par les anthropologues européens alors que le multiculturalisme est une affaire américaine. Le premier est dû à la bonne conscience triomphante, le second à la mauvaise conscience repentante. Ce dont ont pris conscience les sectateurs du multiculturalisme, c’est que les Etats-Unis d’Amérique ont été fondés sur l’élimination des populations autochtones. Il est apparu à ces WASP – whites, anglo-saxons, protestants – qu’ils tenaient leur pouvoir, leur bien être, leur force, leur argent, la belle vie qu’ils menaient de l’extermination de millions d’Indiens, les premiers occupants du pays, et du travail des esclaves importés d’Afrique. Pour mettre fin à cette blessure historique, la solution aurait été de restituer aux victimes leurs terres et leur pouvoir. C’était trop demander aux WASP. Pour préserver leurs privilèges, ils ont préféré faire du culturalisme le principe de l’ordre nouveau. La France est fondée sur un principe autre : c’est l’indifférence aux différences. En quinze siècles, la culture y a été élaborée par les autochtones. Elle n’est pas le fait de colons ou d’envahisseurs, mais d’indiens. Si le multiculturalisme y est introduit, c’est pour nier ces autochtones dans leur être et leur retirer les libertés et les droits naturels qu’ils ont défendus jadis contre les conquérants, les tyrans ou les envahisseurs.

 


 

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