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18 septembre 2011

Spirite et spiritisme

 

 

Ces deux mots sont empruntés à l’anglais ou à l’anglo-américain, langues de pays dont les habitants lassés des ingénieurs, des rationalistes, des techniciens, des ratiocineurs de toute sorte, etc. se sont enivrés, au XIXe siècle, en « pleine révolution industrielle », de communications avec les esprits frappeurs ou hurleurs ou dérangés, en faisant tourner les tables, annonçant en même temps Hugo et Breton. Ils sont attestés en 1857 dans Le Livre des esprits contenant les principes de la doctrine spirite de Kardec, espèce de druide et de barde mi prophète, mi poète voyant. Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77) tient un spirite pour une « personne qui prétend communiquer avec les esprits des morts par l'intermédiaire d’un médium » et le spiritisme pour la « superstition des spirites », laissant entendre par le mot superstition qu’il ne croyait guère que les vivants communiquent avec les morts ou avec les esprits. Il est l’un des rares lexicographes de la modernité qui exprime des réserves sur le spiritisme.     

            Les autres lexicographes modernes sont moins insolents ou moins audacieux, ou bien parce qu’ils entendent rester objectifs et ne pas prendre parti pour ou contre ces doctrines, ou bien parce qu’ils sont relativistes et que, pour eux, tout se vaut. Pour les académiciens (DAF, 1932-35), un ou une spirite est un « partisan (e) du spiritisme » qui « en admet les principes et en pratique les méthodes et les procédés », le spiritisme étant une « doctrine dont les partisans prétendent communiquer avec les esprits des morts, par le moyen d’un intermédiaire appelé médium ». Il en va de même des auteurs du Trésor de la langue française (1971-94) : « Adjectif, relatif au spiritisme et à ses adeptes » ; « substantif, adepte du spiritisme ; personne qui a la faculté d’entrer en communication avec les esprits », le spiritisme étant une « science occulte qui a pour objet de provoquer la manifestation des esprits par l’intermédiaire d’un médium » et « l’ensemble des pratiques destinées à mettre les vivants en relation avec les morts ; l’évocation des esprits ».

            Cette relative complaisance envers les spirites et leurs croyances s’explique aisément par le fait que le XIXe et le XXe siècles sont façonnés par l’idéologie ou par les croyances socialistes et occultistes, le socialisme, science des sciences, subsumant toutes les sciences, allant de pair avec le spiritiste, la nécromancie, l’occultisme, les tables tournantes, la descente dans l’Enfer du Panthéon, c’est-à-dire son exact contraire ou son véritable jumeau. Pourtant, ce qu’il y a de plus éloquent dans cette affaire, ce n’est pas l’alliage entre le socialisme et l’occultisme, mais le fait que le spiritisme ait émergé dans des pays marqués par la révolution industrielle, comme si la communication avec les esprits était censée compenser l’arraisonnement du monde naturel et des êtres vivants par la technique et que les modernes préféraient parler aux esprits plutôt qu’aux machines.

 

 

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