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12 octobre 2011

Emplettes

 

            Dans la NLF, ce mot au sens « d’achat de marchandises, d’objets d’usage courant et d’une valeur peu importante » est tenu pour vieilli dans le Trésor de la langue française (1971-94) et pour littéraire par les académiciens (DAF, neuvième édition, en cours de publication). On en comprend les raisons : c’est le nom anglais shopping, employé dans la locution franglaise « faire du shopping », et très en vogue dans les milieux bourgeois ou chez ceux qui succombent aux mirages de la consommation (ou de la consumation ?), qui, en concurrençant inutilement, pour les seules paillettes de la frime, emplettes, faire des emplettes, faire une emplette, a rendu caducs ces mots et expressions, lesquels vont finir dans les oubliettes de la langue. Il a existé le verbe empletter, dérivé d’emplette et employé naguère dans quelques régions de France, qui a suivi le nom emplettes dans la voie de l’opprobre et de l’oubli. Voilà qui est fort dommage ! Les Français retrouveraient un peu de dignité s’ils décidaient de renoncer à shopping et à faire du shopping pour renouer avec emplettes, faire des emplettes et même empletter.

            Emplette est attesté au début du XIIIe siècle sous la forme emploite et dans le sens d’usage ou d’emploi. Il est dans le Dictionnaire de l’Académie française depuis la première édition en 1694 et avec le sens « d’achat de marchandise ». C’est à compter de la sixième édition (1835) que les académiciens relèvent le sens figuré ou métonymique d’emplette, non plus l’action d’acheter, mais le résultat de cette action, à savoir « la chose achetée » ou la « marchandise ». Ces deux sens sont relevés par Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77) : « Aujourd’hui en un sens plus restreint, achat de marchandises, d’objets de peu de conséquence ou d’usage et de service ordinaire » et « l’objet acheté ».

            Ce dont ce mot a pâti sans doute, c’est la concurrence avec acquisition et achat. Dans son Dictionnaire critique de la langue française (1787-88), Féraud tente de les distinguer : « Emplette, acquisition, achat (synonymes) : ces trois mots ne sont synonymes que par l’idée générale qui leur est commune, mais ils n’ont pas le même emploi. On dit emplette, des petits meubles et des marchandises prises en détail ; acquisition, des meubles ; achat, de toute sorte de choses. Plusieurs confondent ces mots, surtout le premier avec le deuxième. Ils disent à un homme qui a acheté une terre : vous avez fait une bonne emplette ; et à celui qui a acheté une montre : vous avez fait une jolie acquisition. En transposant les mots, tout ira bien. L’Académie définit emplette « achat de marchandises ». Le dirait-elle des marchandises en gros ? Je ne le crois pas ». C’est à peu de chose près l’opinion qu’exprime Littré : « Achat est plus général qu’emplette ; il peut se dire non seulement des objets considérables, mais aussi des menus objets, au lieu que emplette ne peut se dire que de ceux-ci. J’ai fait l’achat ou l’emplette d’un chapeau ; mais j’ai fait l’achat et non l’emplette d’une maison, d’un domaine ». De fait, à force de désigner l’achat de petites choses, sans grande importance, le mot emplette a fini par devenir une de ces petites choses sans importance, franchissant ainsi le seuil d’où il a basculé dans l’oubli.

Pourtant, d’après les rédacteurs du Trésor de la langue française, tout n’est pas vieilli dans emplette. Certes au sens « d’achat de marchandises, d’objets d’usage courant et d’une valeur peu importante », le mot est en train de sortir de l’usage ; mais au sens métonymique « d’objet acheté », il n’a pas ou il n’aurait pas encore sombré dans l’oubli. C’est peut-être le moment de ressusciter emplette dans tous ses emplois et dans ses deux sens, propre et figuré.  

 

 

Commentaires

l'on disait chez moi :
faire les courses , aller en courses ,
aller aux courses
faire les commissions , aller aux commissions

Mots
http://decadence-europa.over-blog.com/article-mots-86586364.html

Écrit par : Amédée | 15 octobre 2011

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