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30 octobre 2011

Post-littérature

 

 

De la post-littérature

 

 

George Steiner, Réelles présences, « les arts du sens », Gallimard, 1991 et Errata, récit d’une pensée, Gallimard, 1998 ; Peter Sloterdijk, Règles pour le parc humain, Mille et Une Nuits, 2000 ; Alain Finkielkraut, Nous autres, modernes, Ellipses, 2007 ; Renaud Camus, La grande déculturation, Fayard, 2008 ; François Taillandier, La langue française au défi, Flammarion, 2009 ; Richard Millet, L’enfer du roman. Réflexions sur la postlittérature, nrf, Gallimard, 2010.

 

             Il est un sujet qui, depuis plus de vingt ans, est traité sous diverses dénominations, entre autres, « défaite de la pensée », « épilogue », « ère post-épistolaire » ou « post-littéraire » ou « post-humaniste », « grande déculturation » », « postmodernité », « post-littérature », par divers écrivains, Steiner, Sloterdijk, Renaud Camus, Finkielkraut, Taillandier, Millet, avec des modulations de l’un à l’autre. Ce sujet récurrent est celui de la post-littérature. Pour Steiner, l’épilogue, c’est ce qui vient « à la fin » (épi en grec) du « logos », c’est-à-dire la fin du langage et de ce Verbe qui était au commencement, et ce qui se caractérise par le langage devenu fou, qui est à lui-même sa propre fin et prolifère dans d’innombrables commentaires, ainsi que par la destruction de la culture et sa réduction au silence, commencée par les nationaux socialistes et les communistes et continuée en Occident par d’autres moyens, sous couvert de déconstruction, dans un cataclysme de commentaires et de délires verbaux. C’est aussi ce que le philosophe allemand Peter Sloterdijk nomme la « fin de la civilisation littéraire et postale » (Règles pour le parc humain, 2000). Les sociétés humanistes, celles qui placent l’homme au centre de leurs préoccupations et où les hommes sont éduqués par leurs semblables, tiennent la lettre, que l’on écrit, que l’on envoie et que l’on publie, comme l’ont fait Cicéron, Sénèque, Saint Paul, Mme de Sévigné, Montesquieu, Voltaire, etc., afin de communiquer avec leurs semblables, comme le modèle d’une société dont le centre est l’homme ; et il n’est pas insignifiant que cette ère nouvelle commence en même temps que la lente dégradation des services postaux et de l’abandon de la lettre, au profit du téléphone, du SMS, de la télévision, etc. comme mode de communication. Dans l’Enfer du roman, Richard Millet expose les raisons de fond pour lesquelles il se détourne de ce genre universel qu’est le roman, amplifiant les idées qu’il a exprimées dans Le dernier Ecrivain, dans le Désenchantement de la littérature et dans L’Opprobre. Une épigraphe résume ces idées : « La littérature, de tous les arts, apparue la dernière. Et un jour, sans doute, la première à s’éclipser » (Gracq). Le titre est expliqué dans le fragment 34, dans lequel Richard Millet rappelle que Borges, en 1957, tenait l’histoire du roman pour « achevée » et que celui-ci se perpétue dans un « mauvais infini » qui est « son enfer », à savoir « la production contemporaine elle-même, dans son nombre comme dans sa médiocrité mimétique ». Le roman, la narration, leur triomphe absolu, c’est ce en quoi s’absorbe la littérature et disparaît la langue littéraire. « La littérature, écrit Richard Millet, se retire du monde civilisé, comme la nature s’est définitivement éloignée de nous, ne nous laissant que des terres dévastées et des gens appliqués à jouer leur rôle d’humains », et si elle s’éteint, c’est « pour avoir noué avec le seul roman un pacte servile… la littérature ne pouvant plus rendre compte de sa propre disparition autrement que par l’inflation romanesque où s’achève l’immense songe qu’elle fut (et sinon le songe même, du moins une manière de s’y abandonner) ».

            Le triomphe du roman ouvre une nouvelle ère que Richard Millet désigne, dans le sous-titre de son livre, par post-littérature. Le préfixe post – est devenu d’un usage courant dans l’univers des idées, comme l’attestent postmoderne, post-épistolaire, post-humaniste, etc. Dans ces termes, il signifie certes « ce qui vient après » (le moderne, la lettre, l’humanisme, la littérature), mais aussi « ce qui nie » et renvoie au néant le moderne, la lettre, l’humanisme, la littérature : « Que nous soyons entrés dans l’ère post-littéraire se vérifie non seulement par l’inflation d’un genre hégémonique, le roman, mais aussi par la mort quasi clinique des autres genres, le théâtre, la poésie (eux-mêmes hantés par le roman comme celui-ci l’est pas le cinéma) et surtout ces textes dits inclassables dans lesquels réside souvent le meilleur de la littérature » (fragment 6) ; ou encore cette autre réflexion, plus insolente encore (fragment 211) :  « La disparition de la guerre en Europe (…) est concomitante de celle de la culture, donc de la littérature. La post-littérature est à l’expérience intérieure ce que l’humanitaire est à la guerre : un édulcorant éthique ». C’est aussi un édulcorant verbal ou langagier, la langue française, dans la post-littérature, perdant tout sacré et se transformant en mauvaises traductions de l’anglo-américain, langue dans laquelle triomphe la narration post-littéraire. « Ni Kafka ni Gracq ne pouvaient prévoir l’extraordinaire entreprise de désaffection des principes mêmes de la langue à l’œuvre dans la post-littérature et qui l’éloigne du sacré autant que de l’imaginaire » (fragment 257). A l’opposé de la narration mondialisée qui se développe à partir d’une matrice anglo-américaine, « le national », « contrairement aux idées reçues » (fragment 262), « garde ceci d’intéressant qu’il permet de s’interroger sur le sol, le sang, le natal, l’identité, autrement que selon la gnose antiraciste. Que la nation soit ruinée en tant qu’idée, ou idéalité politico-économique, ce n’est là qu’une suggestion du capitalisme mondialisé. En vérité, le national, dans la mesure où il n’épouse pas forcément la nation ou la patrie, suscite une rêverie des marges, des zones frontalières, des marches, des provinces oubliées, des confins plus ou moins perdus ou sensibles, et cette respiration entre le centre et la périphérie, le singulier et l’universel, par quoi la littérature trouve à se délocaliser, suffit à invalider la doxa éthique ». La nation évanouie, la langue rabaissée, la littérature reléguée dans les marges, il n’y a plus rien à opposer au triomphe du roman. 

L’Europe est entrée dans une ère nouvelle d’hyper-démocratie qui se caractérise par la lente disparition de la littérature ou par l’interminable discrédit dans lequel elle s’abîme. Notre univers mental n’est plus nourri de littérature. Quelle importance, objecterez-vous ? Sans doute.  Le problème ou le « hic », c’est que la France forme une nation façonnée par la littérature, où les lettres et la lettre, l’humanisme, les livres, le « commerce » entre semblables, c’est-à-dire le plaisir de la conversation, que cette conversation soit orale ou écrite, ont contribué à l’éducation de millions de Français depuis près de dix siècles. De fait, la France perd un de ses piliers. Dans la France libre, De Gaulle mettait sur le même plan l’épée et la plume : pour rendre aux Français leur liberté, il fallait une force armée (l’épée) et une pensée (la plume). La plume disparaît, l’épée est émoussée depuis longtemps. Il n’est pas étonnant que l’ère post-littéraire soit concomitante du lent effacement de notre pays de la scène internationale et du concert des nations, mais aussi du mépris dont il est accablé aussi bien à l’intérieur de ses frontières qu’à l’extérieur.

 

 

Commentaires

Hyperdémocratie ou post-démocratie ?

Écrit par : Gas | 03 novembre 2011

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