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22 novembre 2011

Vivre-ensemble

 

 

L'adverbe ensemble est l’un des plus anciens mots de la langue française, non seulement parce qu’il continue l’adverbe latin insimul ayant les deux mêmes acceptions que l’adverbe français, mais aussi parce qu’il est attesté dès le XIe siècle dans Saint Alexis et qu’en dix siècles ou plus, il n’a pas changé de sens. Il suffit, pour s’en convaincre, de comparer la définition de la première édition, en 1694, du Dictionnaire de l’Académie française, « l’un avec l’autre » et « tout à la fois, tout d’un temps », à celle de la neuvième édition, en cours de publication depuis 1994, « l’un avec l’autre, les uns avec les autres » et « l’un en même temps que l’autre, les uns en même temps que les autres ». En plus de trois cents ans, le sens est resté stable : c’est ou bien la présence de deux êtres dans un même lieu ou bien la simultanéité de deux actions. Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77) expose ces deux sens : « l’un avec l’autre, les uns avec les autres » (« sortir, chanter, danser ensemble ») et « à la fois, en même temps, simultanément » (« il fut convenu que les deux adversaires tireraient ensemble »).

Cette définition ramenée à « les uns avec les autres », même si elle explique assez bien le triomphe de l’intimation idéologique sous la forme d’un infinitif substantivé, infinitif qui exprime une injonction et non un constat, et de l’adverbe ensemble, le vivre-ensemble, répété par tous et partout et porté jusqu’aux quatre « coins » de l’univers par tous les vents du monde, comme un braiement d’âne en rut, est moins éloquente pour rendre compte de la bêtise idéologique de cette intimation que l’exégèse du Trésor de la langue française (1971-94) : « (l’accent est mis sur l’idée de coexistence dans l’espace suggéré ou postulé par le verbe), l’un avec l’autre, les uns avec les autres, de manière à former une unité enveloppante ou groupante, les éléments composants étant des personnes, des objets ou des valeurs ». Les synonymes en sont de compagnie, de concert, de conserve, en commun, conjointement, et les antonymes individuellement, isolément, séparément. Vivre ensemble, c’est ne pas vivre individuellement, isolément, séparément et c’est former un groupe, se grouper, se regrouper, « groupieren », comme disent les « schleus » d’opérette dans la série des films dont la 7e compagnie est le « héros ». Très prudemment ou très naturellement, les sciencieux du social, les notoires, les milliardaires du showbiz et les puissants de la télé et du PS qui enjoignent aux Français à vivre avec les immigrés de la première ou de la deuxième ou de la troisième génération, avec les clandestins, avec les burkas, les turbans, les djellabas, avec les imams, avec les égorgeurs de moutons, avec les dealers et avec les voleurs, avec les violeurs, avec les  musulmans, avec les haïsseurs, avec les nazis de l’islam, et à partager avec la lie riche et prospère de l’humanité ce qu’ils n’ont pas et ce dont ils sont privés, se gardent bien, eux, d’aller vivre dans « les grands ensembles » des quartiers islamisés pour appliquer à eux-mêmes les délires qu’ils imposent aux autres. Ces sciencieux et consciencieux du social et tous les puissants de l’heure ont peut-être lu (mais on en doute, tant ils sont bêtes et incultes) Montesquieu qui, dans De l’esprit des lois, met en garde contre l’idéologie ensembliste : « Plus il y a d’hommes ensemble, plus ils sont vains, et sentent naître en eux l’envie de se signaler par de petites choses ». On ne saurait mieux définir le vivre-ensemble. 

Il est un écrivain du XVIIIe siècle qui peut être tenu pour la matrice de cette idéologie monstrueuse. C’est l’inévitable Rousseau, celui de l’homme ah qu’il est bon, du « contrat » dit social, mais dont aucun sociétaire n’a eu connaissance, que même Jean-Jacques en personne n’a pas lu et que personne n’a signé, le Rousseau du larmoiement stupide, de l’éjaculation précoce, de la femme engrossée à la va vite et de la progéniture abandonnée. Les emplois qu’il fait d’ensemble sont prémonitoires : « Rien ne lie tant les cœurs que de pleurer ensemble » (Confessions) et « l’habitude de vivre ensemble fit naître les plus doux sentiments qui soient parmi les hommes, l’amour conjugal et l’amour fraternel » (Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes). Seuls les disciples de Rousseau peuvent devenir ces gogos modernes qui croient que le vivre-ensemble fera naître de « doux sentiments », à moins d’entendre ces « doux sentiments » comme une antiphrase et d’y donner le sens de guerre civile ou de guerre de tous contre tous. Entre Rousseau et Hobbes, il y a une large rue passante sans péage ni barrière.

Le bon peuple français, lui, n’est pas dupe. L’expérience lui a appris ce que cachait la moraline du vivre-ensemble, à savoir la valise ou le cercueil, le chômage, l’humiliation, la précarité, etc. Dans la langue qu’il s’est forgé au fil des siècles, vivre ensemble, jugé familier et vulgaire par les lexicographes du TLF, c’est se mettre ensemble, c’est-à-dire « vivre en concubinage, hors mariage » et « vivre maritalement, en concubinage » selon les académiciens (neuvième édition du DAF, en cours de publication).   

Dans la scène deuxième de l’Acte II du Tartuffe, Orgon, qui est tout confit en dévotion et ne jure que par Tartuffe, son directeur de conscience, décide de marier sa fille au nom prédestiné Marianne à ce même Tartuffe. Et bien entendu il légitime ce mariage par le verbe vivre et l’adverbe ensemble : « Ensemble vous vivrez dans vos ardeurs fidèles // Comme deux vrais enfants, comme deux tourterelles ».

Dans la seconde moitié du XVIIe siècle, un personnage de théâtre, entièrement soumis à un ordre idéologique tyrannique, impose à Marianne de vivre avec un monstre d’hypocrisie, de ladrerie, de cupidité, d’inhumanité. Trois siècles plus tard, les sciencieux du social, les milliardaires des médias, les puissants du PS reprennent ce programme et l’étendent cyniquement à tous les Jacques, François, Marianne, Marie… de France. A la fin de la pièce de Molière, Tartuffe est démasqué et arrêté ; Orgon est désabusé. Mais au début de ce millénaire, il n’y a plus personne pour démasquer les tartuffes du vivre-ensemble.

 

 

Commentaires

Bien fait !
Mais qu'en est-il en Égypte ?
On applique ce manuel éducatif chez nous...
Alors quels exercices ainsi que quels objectifs?

Écrit par : Kassab Mohsen | 10 octobre 2014

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