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28 novembre 2011

Humanité

 

 

 

Emprunté au latin humanitas, ce nom est attesté au début du XIIe siècle dans les sens qu’avait le nom latin : « nature humaine », « affabilité, bienveillance », « culture de l’esprit » et « politesse des mœurs, savoir-vivre »… Ces sens sont relevés dans les éditions classiques du Dictionnaire de l’Académie française de 1694 à 1798 : « nature humaine, les faiblesses, les imperfections de l'humanité », « douceur, honnêteté, bonté, sensibilité pour les malheurs d’autrui », « ce qu’on apprend dans les écoles jusques à la philosophie exclusivement » (1694, 1762, 1798). Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77) relève ces trois mêmes sens : « nature humaine », « sentiment actif de bienveillance pour tous les hommes », « au pluriel, classes, dans les collèges et lycées, comprenant l’enseignement au-dessus de la grammaire jusqu’à la philosophie exclusivement, et dites aujourd'hui classes des lettres ». Ceux-ci sont aussi relevés dans le Trésor de la langue française (1971-94 : « ensemble des caractères spécifiques de la nature humaine », « caractère d’une personne (ou de son comportement) qui manifeste pleinement son appartenance au genre humain », « bonté, bienveillance de l’homme pour ses semblables », « au pluriel, formation scolaire où l’étude des langues et littératures latines et grecques, considérées comme particulièrement formatrices, est prépondérante » et « contenu de cet enseignement »), ainsi que dans la neuvième édition du DAF, en cours de publication depuis 1994 : « la nature propre de l’homme, ce qui caractérise l’espèce humaine ; la condition d’homme », « bonté, sensibilité, compassion pour les malheurs d’autrui » et « au pluriel, anciennement, cycle d’études fondé principalement sur l’enseignement littéraire classique (grec et latin), et qui allait des classes de grammaire à la classe de philosophie ». Certes, entendu dans ce sens scolaire et au pluriel, humanités est tombé en désuétude, mais, contrairement à ce que qu’affirment Littré et, à la suite de celui-ci, les lexicographes du Trésor de la langue française, les « classes de lettres » ou les « lettres » qui ont succédé aux « humanités » ne les continuent en rien, pour ce qui est du champ des savoirs et des contenus et méthodes d’enseignement. Il y a eu rupture que marque le changement de dénomination.

Pourtant, la véritable rupture dans le concept d’humanité ne tient pas à ce qui a bouleversé l’enseignement, mais à un élargissement conceptuel inédit, que Littré remarque en ces termes : humanité désigne « en un sens assez nouveau et qui n’est pas dans le latin, le genre humain, les hommes en général considérés comme formant un être collectif plus grand que la patrie ». De la nature humaine ou du sentiment spécifiquement humain ou tenu pour tel de bienveillance, le mot s’est élargi à l’ensemble des hommes, comme dans ces extraits du poète Béranger : « L’humanité manque de saints apôtres / Qui leur aient dit : enfants, suivez sa loi ; / Aimer, aimer, c’est être utile à soi ; / Se faire aimer, c’est être utile aux autres » ou encore : « Humanité, règne, voici ton âge, / Que nie en vain la voix des vieux échos ». Jusqu’alors, l’humanité se limitait au seul groupe proche. Ainsi ceux qui sont nommés « manouches » ou « gitans » se disent dans leur langue « roms », ce qui signifie « hommes ». Ils sont seuls hommes ou, pour eux, l’humanité se réduit à leur seule ethnie ou tribu. Ils ne sont pas les seuls peuples de la terre pour qui l’humanité a pour bornes les bornes mêmes de la race. Au-delà, ce ne sont plus des hommes, mais des animaux ou des sous-chiens. Les Français, rendons-leur cette grâce, ne procèdent pas ainsi : l’humanité, pour eux, ne s’arrête pas au Rhin ou à la Méditerranée.

Les académiciens en 1835 (DAF, sixième édition) ont défini ce nouveau sens ainsi : « le genre humain, les hommes en général » (idem en 1879 et en 1935). L’émergence dans les dictionnaires de ce nouveau sens, attesté à la fin du XVe siècle, mais rare jusqu’au XIXe siècle, coïncide avec le nouveau sens que prend universalité (qui s’étend à tous les hommes) et avec l’affaiblissement du catholicisme (catholicos en grec et en latin signifiant « universel », « bon pour tous les hommes », la religion de l’humanité se substituant à la religion du Christ), ces faits sémantiques traduisant dans la langue les séismes qui ont affecté, à la fin du XVIIIe siècle et au début du siècle qui a suivi, la pensée, la sensibilité, les croyances des Européens, leur façon de voir le monde, leurs idéologies et sans doute l’expansion mondiale de ce continent.

 

 

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Écrit par : Amédée | 30 novembre 2011

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