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03 décembre 2011

Bardache

 

            Le mot, aujourd’hui « vieilli » selon les académiciens (DAF, neuvième édition, en cours de publication) et dont l’existence est inconnue de la plupart d’entre nous, sauf peut-être de ceux qui ont la Correspondance de Flaubert comme livre de chevet, est emprunté à l’italien, lequel l’aurait emprunté sans doute à l’arabe (ou au turc ?) bardaj, « jeune esclave ». Cette origine est dans le Dictionnaire de la langue française de Littré : « italien bardascia, « prostitué » ; lombard et piémontais, bardassa, « jeune garçon » ; on le tire de l’arabe bardaj, « esclave ». Elle est confirmée par les lexicographes du Trésor de la langue française (1971-94) et par les académiciens (DAF, neuvième édition : « XVIe siècle, bredaiche ; emprunté de l’italien bardassa, lui-même de l’arabe bardag, « jeune esclave » »). On peut faire confiance à ces étymologistes, bien que le mot bardaj soit ignoré des dictionnaires bilingues consultés.

            En français, il est attesté, tantôt sous la forme bredache, tantôt berdaiche, tantôt bardage, à la fin du XVe siècle et pendant deux siècles, il semble avait été fréquemment employé, comme le confirment les nombreux extraits qui illustrent le sens de bardache (« mignon », « giton », « celui que se prête à des actes contre nature », « sodomite ») dans les dictionnaires de l’ancienne langue française, ceux de Frédéric Godefroy ou d’Edmond Huguet. Ce sont, entre autres, des extraits d’Aubigné (« on l’eût habillé (Henri III), comme l’étaient ses bardaches » (de Henri III), de Jean de La Taille (« pour plaire a l’eunuque bredache »), Henri Estienne («ça a été une subtile invention de se faire permettre de mener des novices, pour sous ce titre avoir toujours ou un bardache ou une garce »), Bonnivard (« un jouvenceau qui se testonnait n’était que un bardaze »), Thévet (« si c’est un mâle, ils le font bardache, ce qui leur est fort détestable et abominable, seulement de le penser »), Bodin (« Quintus Flaminius sénateur romain fit tuer l’un de ses esclaves, sans autre cause que pour gratifier et complaire à son bardache, qui disait n’avoir jamais vu tuer d’homme »), Du Vair (« Clodius menait toujours avec lui une batelée de putains et de bardaches »), etc.

            Il semble que le mot ait été oublié dans les siècles classiques. Il n’est relevé que dans la cinquième édition du DAF, celle de la « Révolution », publiée en 1798 : « terme obscène, jeune homme dont les pédérastes abusent », et par Littré : « terme obscène signifiant mignon, giton ». Ce n’est pas le mot qui est jugé obscène (ce qui n’aurait aucun sens), mais la réalité qu’il désigne. Les auteurs du Trésor de la langue française en font un terme argotique : « jeune garçon dont les gens de mœurs levantines abusent ; synonymes mignon, giton et par extension, personnage d’allures efféminées ». Ils font suivre cette définition de la remarque suivant laquelle Flaubert a employé souvent ce nom (quatorze attestations dans la Correspondance) dans le sens de « mignon » ou de « giton », ou bien pour désigner un individu obséquieux, qui n’était pas nécessairement un inverti, ou bien encore pour désigner des amis, comme dans cet exemple de 1868 : « le philosophe Baudry a publié le premier volume de sa Linguistique, qui doit lui ouvrir les portes de l’Institut. Je dîne chez ce brave homme mardi prochain avec Littré, Renan et Maury. Quelle réunion de bardaches ! ». Les académiciens affinent la définition (DAF, neuvième édition, en cours de publication) : le bardache a perdu son « obscénité » et il n’est plus nécessairement un jeune homme, mais un « homosexuel passif ». Cet adjectif passif aurait mérité une définition ou une explication.

            Aujourd’hui, la vigilance idéologique étant ce qu’elle est, c’est-à-dire acrimonieuse, inquisitoriale, bornée à force de bêtise, ce serait sans doute tenu pour un « dérapage » (nauséabond) ou une « insolence » (inadmissible) que de redonner une nouvelle jeunesse à ce bardache désuet…  

 

 

 

Commentaires

4 décembre

http://decadence-europa.over-blog.com/article-mots-91040593.html

Écrit par : Amédée | 04 décembre 2011

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