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10 décembre 2011

Energie

 

 

            Tout journaleux, sciencieux de l’asocial, cultureux, politiqueux, etc. se croit obligé de célébrer sur tous les tons et dans tous les médias l’énergie qui pousserait les « jeunes » et les moins « jeunes » des banlieues (ou cités, quartiers, etc.) « sensibles », « en difficulté », « défavorisées », etc. à survivre ou à trouver des expédients innombrables pour s'enrichir le plus vite possible. Ces « jeunes » seraient des boules d’énergie, quoi qu’ils fassent, et même s’ils tiennent les murs : chercher du travail, remplir des dossiers, envoyer des CV, s’agiter dans les associations, dealer, voler, mentir, rapper, hurler, insulter, agresser les keufs et les non keufs, etc. Dans toutes ces actions, ils libèreraient le trop plein d’énergie qui est ou serait en eux. L’énergie serait la clé pour comprendre ce qui se passe dans les banlieues, quartiers, cités, etc. Qu'en est-il exactement ?

            C’est saint Jérôme (331-420), traducteur de la Bible, qui a emprunté au grec le mot energia au sens de « force en action » et l’a introduit dans le latin de la chrétienté. Il est le seul qui ait employé ce mot selon M. Gaffiot (in Dictionnaire latin français). En français, le mot est attesté pour la première fois au tout début du XVIe siècle dans le sens de « puissance d’action, d’efficacité, de pouvoir » - et au sujet de la parole. C’est le sens qu’il a dans le Dictionnaire universel (1690) de Furetière : « force d’un discours, d’une sentence, d’un mot », sens illustré de cet exemple : « toutes les paroles de l’Ecriture sainte sont d’une grande énergie ». Energie désigne la force contenue dans la parole du Christ ou dans celle des prophètes qui pousse les fidèles à agir, les met en mouvement, réveille leur foi : « efficace, vertu, force ; il se dit principalement du discours, de la parole » (Dictionnaire de l’Académie française, 1694, 1762). Ce sens est illustré de ces phrases : « l’Ecriture sainte a une grande énergie », « il fit un discours plein d’énergie », « il y a dans les Prophètes des expressions d’une grande énergie ».

Dans L’Encyclopédie (1751-1765), l’Ecriture sainte, les paroles du Christ, les discours des prophètes ne sont plus cités comme sources ou comme réservoirs d’énergie. Le mot énergie est comparée à force « en tant que ces deux mots s’appliquent au discours ». Extrait du contexte religieux, le mot s’étend à tout discours public ou à toute forme d’expression. Selon Jean-François Féraud (in Dictionnaire critique de la Langue française, 1788), les mots « énergie et énergique sont fort à la mode ». Un siècle plus tard, Littré précise qu’énergie, « au sens de force d’âme, ne vint en usage que dans le cours du XVIIIe siècle », comme l’attestent ces réflexions de Mme du Deffant : « vous me demandez si je connais le mot énergie ? Assurément, je le connais, et je peux même fixer l'époque de sa naissance : c’est depuis qu’on a des convulsions en entendant la musique » et « je me souviens que l’abbé Barthélemy me tourna en ridicule une fois que, par hasard, je prononçai ce mot énergie ; eh bien ! qu’il sache qu’aujourd’hui il est devenu à la mode, et qu’on n’écrit plus rien qu’on ne le place ». Ce nouveau sens est enregistré dans la cinquième édition du Dictionnaire de l’Académie française (1798) : « il se dit aussi de la conduite dans les choses publiques et privées ». Exemples : « une administration pleine d’énergie » et « il se comporte avec beaucoup d’énergie ». Sous la Révolution, le fleuve en crue de l’énergie sort du lit des discours ou des pensées pour inonder les plaines de l’action, du comportement, de la direction des affaires publiques, du gouvernement. Il a fallu dépenser de l’énergie pour couper autant d’innocents en deux.

C’est entre la fin du XVIIIe siècle et le début du XIXe siècle qu’énergie se rapporte à d’autres réalités que les phrases, les discours, les prophéties, comme l’attestent les articles du Dictionnaire de l’Académie française (sixième édition, 1832-35) et du Dictionnaire de la Langue française de Littré (1863-1877). Les académiciens relèvent comme premier sens non pas la force de la parole, mais la vertu d’un remède et la puissance agissante des passions. Le mot, écrivent-ils, « se dit particulièrement de la vigueur d’âme », comme dans « c’est un vieillard encore plein d’énergie » et « une âme, un caractère sans énergie ». Le sens des premiers dictionnaires n’est cité qu’en troisième position : « il s’applique, dans un sens analogue, au discours, à la parole , alors que le sens que la Révolution a sanctifié, à savoir « fermeté qu’on fait paraître dans les actes de la vie publique », est cité en dernier et illustré par les exemples « un ministre plein d’énergie », « il a déconcerté ce complot par l’énergie de ses mesures ». Energie avait un sens religieux, il a un sens social.

Littré est le seul lexicographe qui rappelle en termes explicites qu’énergie n’a longtemps été qu’un « terme de théologie », signifiant « puissance de la Divinité », comme dans l’exemple « des hérétiques ont nié la Trinité en ne reconnaissant qu’une seule énergie dans le Père, le Verbe et le Saint-Esprit ». Il est aussi le premier à enregistrer dans le Supplément de 1877 l’emploi d’énergie en « physique mathématique », comme dans l’exemple « énergie dynamique, élément indestructible dans sa valeur numérique, mais capable de transmutations qui le font apparaître sous ses trois formes, travail, demi force et calorie ». Il semble que, dans ce sens nouveau, énergie soit un néologisme sémantique, à la manière de l’anglais energy, attesté dans ce sens depuis 1807.

Dans la huitième édition du Dictionnaire de l’Académie française (1932-35), le nouvel ordre sémantique est avalisé. L’énergie, c’est d’abord la « force agissante » d’un muscle ou d’un remède ; puis la « vigueur d’âme et la fermeté dans l’action ». Ensuite « le mot s’applique, dans un sens analogue, au discours, à la parole » (« s’exprimer avec énergie, il y a dans les prophètes des expressions d'une grande énergie »). Enfin, quand il est un « terme de physique et de mécanique »,  « il se dit de la capacité de produire du travail, de la puissance emmagasinée » (« énergie électrique, mécanique », « le principe de la conservation de l’énergie est un principe de physique générale »). A partir de ces sens usuels, le mot devient une valeur politique : « ce culte du moi dont Barrès sut faire un système qui exalte l’énergie nationale » (1928, cité dans le Trésor de la langue française, 1971-94). Mussolini, Hitler, Lénine, Trotski, Staline, Mao, Pol Pot, Castro et tous les tyrans du XXe siècle ont canalisé à leur profit l’énergie de leurs partisans pour purifier le pays qu’ils dirigeaient ou, comme le dit explicitement Lénine, pour « éliminer les insectes nuisibles » de leurs terres.

L’énergie des banlieues a des références qui en disent long à la fois sur ce qui s’y passe et sur l’aveuglement des journaleux et autres médieux qui tiennent cette énergie pour l’alpha et l’oméga de la France en crise, ce qui la sauvera et la fera renaître. Les sauveurs ont des dégaines de bourreaux.

 

 

 

Commentaires

mots

http://decadence-europa.over-blog.com/article-mots-91842149.html



leur énergie provient aussi de l'énergie au sens propre
( manne pétrolière du Qatar , arabie etc..) qui les subventionnent avec accord des umps
en discriminant les français
( aides raciales & religieuses exclusives ,
même pratique que pour le peuple élu
peuple élu BIS en Fwuouance)
& aides de la CIA USA etc..

Écrit par : Amédée | 11 décembre 2011

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