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29 décembre 2011

Guerre de religion

 

De l’abus du terme guerre de religion pour désigner les massacres de masse dont les chrétiens sont les victimes dans le monde

 

 

            Le mardi 27 décembre, à « C’est dans l’air », France 5, de 17 h 49 à 18 h 50, le débat entre quatre docteurs, prétendus ou avérés, ou experts, labellisés ou non, ès religions, Keymayou, Dumont, Colosimo, Vallet, portait sur les guerres de religion.

 

            A l’article guerre, les auteurs du Trésor de la langue française (1971-94) définissent la guerre de religion comme la « lutte armée entre partisans de religions différentes ». Cette définition est pertinente. Il en va de même de celle que l’on peut lire dans le Dictionnaire de l’Académie française (neuvième édition, en cours de publication) : la guerre de religion « oppose des adversaires guidés par les passions religieuses ou les dissensions confessionnelles ». Pour qu’il y ait « guerre de religion », il faut, comme dirait le Sapeur Camembert, 1° qu’il y ait une guerre et 2° que la religion soit la cause et le but de la guerre. Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77) rappelle cette vérité élémentaire, se contentant de déployer le syntagme « guerre de religion » en « guerre qui se fait à cause de la religion ».

Au XVIe siècle, les Français ont fait l’expérience tragique des guerres de religion, lesquelles, écrit Littré, « désolèrent la France sous François II, Charles IX et Henri III ». Ils savent donc ce qu’est une guerre dite « de religion ». « En France, écrivent les auteurs du TLF (op. cit.), guerres de religion s’applique aux guerres qui ont opposé les catholiques aux protestants durant le XVIe siècle ». On s’entretue parce qu’on n’est pas d’accord sur la foi ou la croyance ou la messe, on tue son voisin, lequel a tué un autre de ses voisins, chacun est armé, celui qui est tué aurait pu tuer son assassin, etc.

 

Au cours de l’émission de France 5, il n’a pas été question de guerre, bien que le vocable « guerre de religion » ait été utilisé, mais de tueries. On peut tuer des hommes sans leur faire la guerre. Dans les événements qui déchirent certains pays, Nigéria, Egypte, Tunisie, Irak, Turquie, Philippines, Indonésie, etc., et qui ont fait l’objet d’un débat entre « experts » ou « spécialistes » (experts en religion peut-être, mais pas en langue française), il n’y a pas deux armées qui se font ou se feraient face, ou deux groupes également armés. Les tueurs tuent, ils ne courent pas le risque d’être tués à leur tour par les membres de la famille de ceux qu’ils ont assassinés. Il y a des meurtres, des massacres, de pogroms, des attentats, des bombes qui explosent dans des églises ou près d’églises, des tueries, mais pas de guerre, et à chaque événement, quasiment quotidien, le bilan s’élève à 20, 30, 40, 50, 100, 200 morts et mille ou deux mille blessés, des enfants, des femmes, des vieillards, des hommes aussi, tous désarmés et paisibles, dont certains conserveront jusqu’à leur mort des séquelles douloureuses. Dans le site internet de cette émission, le débat, tel qu’il est présenté, n’est pas supposé consécutif à des guerres, mais à des pogroms et des massacres visant des chrétiens : « Après une série d’attentats meurtriers le jour de Noël et d’attaques visant la communauté chrétienne, des centaines de personnes ont fui le nord du Nigeria. Exprimant « sa profonde tristesse », le pape a déploré les persécutions auxquelles sont exposés les chrétiens dans divers endroits du monde... ». Là tout est dit. Pourtant, dans le titre du débat et pendant la bonne heure qu’il a duré, il n’a été question que de « guerres de religion » et aucun des haut-parleurs présents n’a jugé bon de critiquer ce « guerres de religion », pourtant impropre et même contraire à toute réalité.

La question qui se pose est la suivante : pourquoi, quand on pense bien, on nomme « guerres de religion » ces tueries et massacres d’innocents ? Il ne viendrait à l’esprit d’aucun de nos journaleux, experts, spécialistes, etc. de qualifier de « guerre de religion » le génocide par les Allemands de six millions de juifs, qui ne professaient pas la même foi qu’eux. Pourquoi le négationnisme se porte-t-il aussi bien quand les victimes sont des chrétiens ? La véritable raison est l’excessive complaisance des « haut-parleurs » envers l’islam et les musulmans. Ce serait les stigmatiser que de leur attribuer, conformément à la vérité des choses, les massacres dont ils sont responsables. Ne nous leurrons pas. Si l’Allemagne n’avait pas perdu la guerre ou s’il n’y avait pas eu de tribunal de Nuremberg, à la télévision française, soixante ans ou soixante-dix ans plus tard, on qualifierait le génocide de « guerre de religion » et on laisserait accroire que, si responsabilité il y a eu, elle était également partagée entre les deux camps. Le négationnisme est la seule mamelle des médias.    

 

 

 

 

26 décembre 2011

Modéré et islamistes modérés

 

 

Il est fait de cet adjectif un usage immodéré, comme si la réalité devait nécessairement infirmer ou contredire le sens que les hommes donnent ou croient donner aux mots qu’ils emploient. Dans les différentes éditions du Dictionnaire de l’Académie française, de la première édition (1694) à la neuvième (en cours de publication depuis 1994), il signifie, quand il est adjectif, « qui est sage et retenu, qui n’est point emporté » en parlant des personnes et « éloigné de toute sorte d’excès », en parlant de choses (1694 et 1762). La définition en quatre siècles ne change guère : aujourd’hui, c’est « qui est éloigné de l’excès, qui est contenu dans une juste mesure » (au sujet de chaleur, vents, prix, loyer) et « qui s’abstient de tout excès, se tient dans une juste mesure », en parlant de personnes.

C’est en 1798 dans l’édition dite « révolutionnaire » du DAF qu’est enregistré l’emploi de modéré comme nom et dans un contexte politique : « terme pour désigner ceux qui, en Révolution, professaient des principes modérés ». Ils n’étaient guère nombreux, ces révolutionnaires modérés, qui n’étaient décidés qu’à couper une tête sur deux, alors que les autres, les révolutionnaires immodérés, en coupaient deux sur deux et étaient prêts à en couper trois sur deux. Pour Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77), être modéré, en parlant des personnes, c’est « se tenir dans une juste mesure » (mais qu’est-ce que la « mesure » et qu’est-ce qu’une « juste » mesure ?), tandis que les « modérés » (en politique) sont « ceux qui ont la prétention d’appartenir au parti ennemi des extrêmes ». Les auteurs du Trésor de la langue française (1971-94) font de modéré, entendu dans ce sens politique (« qui professe des opinions éloignées des extrêmes (et souvent conservatrices)) », l’antonyme d’extrémiste ou d’intransigeant.

Un extrait de Jean-Christophe, roman oublié aujourd’hui de Romain Rolland, illustre ironiquement l’ambiguïté de cet adjectif ou nom, quand il s’applique à la politique et qu’il sert de masque social ou socialement correct à l’extrémisme : « comme la plupart des hommes de la petite ville, la politique tenait une grande place dans sa pensée. Il était républicain ardemment modéré, libéral avec intolérance, patriote, et, à l’exemple de son père, extrêmement anticlérical ».

Il en est ainsi dans « islamistes modérés », ce syntagme figé qu’affectionnent les sciencieux du social, les sociologues, les islamologues et bien entendu, à leur suite, journaleux et politiciens, et dont les deux mots qui le composent sont de la fausse monnaie. Les auteurs du Trésor de la langue française (1971-94, volume 10, 1983) n’enregistrent ni l’adjectif islamiste, ni le nom islamiste qui qualifient ou désignent les musulmans cherchant à instaurer la loi de l’islam partout dans le monde. Et pour cause, il n’existe pas dans la langue arabe. C’est une pure création verbale française ou occidentale, récente, contingente et conjoncturelle. Jusqu’à une date récente, ce mot était absent des dictionnaires. Le correcteur orthographique fourni avec les logiciels Word de 1997 soulignait en rouge sur l’écran islamiste. En français, il se substitue aux noms et adjectifs musulman, adaptés de l’arabe mouslim (pluriel mouslimoun, dérivé d’islam), et islamique, au sens de « relatif à l’islam », qui correspond à l’adjectif arabe islamiyya, qui est dérivé d’islam. Islamique signifie « relatif à l’islam », aussi bien en arabe (islamiyya) qu’en anglais (islamic), alors que islamiste semble signifier « relatif à l’islamisme », réalité dont les spécialistes essaient de faire accroire qu’elle est distincte de l’islam, alors que islamisme a été forgé en 1697 par l’orientaliste Herbelot pour désigner la religion des mahométans et servir de synonyme à islam, mot arabe que ce même Herbelot a introduit à la place du mot français courant alors mahométisme ou mahométanisme. Les musulmans qui ambitionnent d’imposer partout la charia sont dits islamistes ; eux, ils se disent musulmans. Les désigner par des noms fabriqués par on ne sait qui ou pour on ne sait quelle raison, qui n’existent pas dans leur langue et qu’ils récusent à juste titre, c’est effacer ce qu’ils sont. Quant à les qualifier de « modérés », c’est ajouter un cache-sexe à un masque.

 

 

 

 

 

23 décembre 2011

localiser, délocaliser, relocaliser

 

 

Le verbe localiser, dérivé par suffixation de l’adjectif local, fait partie de ces innombrables néologismes qui ont fleuri à la fin du XVIIIe siècle, pendant et après la Révolution. C’est l’inventeur de l’idéologie, au sens de « science des idées », Destutt de Tracy, qui y a donné en 1801 son sens, qui a été longtemps le seul et en usage en médecine, à savoir « placer, par la pensée, dans un lieu déterminé » (localiser les maladies). Ce sens est glosé ainsi par Littré : « placer, par la pensée, dans un siège déterminé » (« les facultés localisées par la phrénologie dans des parties déterminées du cerveau ; « on a essayé de localiser les fièvres dans le tube intestinal, dans les nerfs, dans le sang », Dictionnaire de la langue française, 1863-77), alors que les académiciens, qui enregistrent ce « terme didactique » dans la septième édition (1879) de leur dictionnaire, s’efforcent dans la huitième édition (1932-35) de distinguer le sens « général » (« placer par la pensée dans un endroit déterminé, rapporter à une date », localiser un fait, une légende, un souvenir dans le temps) du sens médical : « en termes de médecine, il signifie désigner l’endroit où réside une cause morbide et, par extension, délimiter une chose pour en réduire les effets » (localiser un incendie, localiser une affection morbide). Le nom localisation, attesté en 1816, a les sens du verbe dont il dérive : « terme didactique, action de localiser ; la localisation des facultés intellectuelles et morales qui, d’après Gall, appartiennent chacune à une partie distincte du cerveau ; terme de médecine, production, en un lieu déterminé du corps, d’une lésion consécutive à un état général morbide, dit diathésique ; la localisation, à la peau, de l'infection variolique » (Littré, op. cit.).

Le sens moderne du verbe et de ses dérivés localisation, délocaliser, délocalisation, relocaliser, relocalisation, qui sont dans toutes les bouches journaleuses, médieuses et cultureuses, comme l’étaient naguère Dieu, Sainte Trinité, Immaculée Conception, etc. dans les bouches des fidèles, est celui de l’économie. Le phénomène peut être daté. Il se produit dans le courant des années 1950-60, quand l’économie devient la science des sciences, comme dans cet extrait d’un économiste (1963) : « l’industrie française est actuellement très mal localisée ; malgré les efforts de décentralisation, malgré des abattements de zone excessifs, la plupart des usines se sont construites, depuis 1945, à proximité des grandes villes, et spécialement de Paris ». Dans le Trésor de la langue française (1971-94), ce processus est défini ainsi : « implantation d’une industrie dans un emplacement choisi pour des raisons géographiques ou économiques » et illustré de cet extrait (1963) : « surtout à partir de 1950, on reconnaît la nécessité d’une planification et d’un aménagement du territoire, et le mot localisation prend la premier sens : attribution de l’espace aux installations industrielles ».
            Quant au verbe délocaliser, attesté en 1863, il est défini ainsi par Littré en 1877 dans le Supplément à son Dictionnaire de la langue française : « ôter le caractère local », mais l’emploi qui en est fait est limité à la politique : « l’expédient monarchique, nationalisant le clergé et délocalisant les grands vassaux, après avoir eu, au début de la crise, qualité pour.... ». C’est en 1964 qu’il est employé dans un ouvrage sur l’économie du XXe siècle : « telle firme est localisée par la matière première ou la source d’énergie ; elle se délocalise par les réseaux de l’échange ». De ce verbe est dérivé le nom délocalisation, qui est employé pour la première fois en 1964 dans ce même ouvrage d’économie et dans un contexte dans lequel se lit, comme à livre ouvert, la tragédie que subit l’économie de la France : « Seul, le libéralisme, dans la vigueur de ses origines, a compris la fécondité de la délocalisation des activités économiques ». La délocalisation des activités féconde sans doute d’énormes profits pour quelques-uns, mais elle féconde surtout des malheurs sans nom pour les autres.  

On souhaite un peu moins de cynisme à tous les politiciens qui promettent (mais les promesses n’engagent que ceux qui les croient) de relocaliser (en France) les activités économiques dont ils ont accepté en toute connaissance de cause et le cœur léger que, dans les années 1980-1990-2000, elles soient délocalisées vers leurs pays chéris du tiers-monde.   

 

19 décembre 2011

Hormone

 

 

            Ce mot, devenu usuel, nous paraît aujourd’hui aller de soi, comme s’il était dans la langue depuis des siècles. Il n’est rien de plus faux ou trompeur. Le mot a cent ans, ce qui est jeune pour un mot. Il est attesté en français depuis 1911, emprunté à l’anglais, où il a été forgé en 1904, à partir d’un verbe grec (ormao, orman) signifiant « mettre en mouvement », « exciter », « diriger ». C’est à cause de ce sens là, impliquant des restrictions importantes à la liberté des individus quand ils sont « agis » par leurs hormones, que ce verbe grec a été choisi pour former un mot du vocabulaire médical et de la physiologie désignant, comme l’exposent les auteurs du Trésor de la langue française (1971-94), une « substance chimique élaborée par une glande endocrine (ou un groupe de cellules à fonction endocrine), déversée dans le sang circulant qui la transporte vers un appareil récepteur où elle déclenche une réponse spécifique, intervenant ainsi dans l’équilibre physiologique et psychologique de l’individu ». Les connaissances en biologie progressant, on a distingué d’innombrables hormones : femelle, folliculinique, génitale, gonadotrope, hypophysaire, lactogène, lutéinique, masculinisante, œstrogène, ovarienne, parathyroïdienne, sexuelle, somatotrope, surrénale, testiculaire; hormone de croissance; carence, déficit, excès, (hyper)sécrétion d'hormone; synthèse d'une hormone; doser, sécréter une hormone.

Le mot n’est enregistré dans le Dictionnaire de l’Académie française qu’à compter de la neuvième édition, en cours de publication depuis 1994, et avec un sens voisin de celui qu’y donnent les auteurs du TLF : « substance sécrétée à faibles doses par une glande endocrine, et apportée par le sang jusqu’aux cellules d’un autre organe dont elle assure la régulation ». Les exemples du poulet et du veau aux hormones, dont les médias ont amplement parlé au cours des trois dernières décennies, contribuant au succès du mot, illustrent assez bien ce que sont les hormones, à savoir des substances qui agissent sur les êtres vivants, à leur insu ou contre leur volonté, peut-être l'avatar moderne du fatum antique.   

 

13 décembre 2011

Ecrire l'histoire

 

 

Peut-on encore écrire l'histoire de France ? Un extrait du témoignage de l'historien Reynald Secher, publié dans le site internet du mensuel La NEF.  




En 1986, vous avez publié Le génocide franco-français, la Vendée-Vengé : comment ce livre a-t-il été perçu ?


Je tiens à préciser d’abord que lorsque j’ai commencé ma recherche, je ne pensais le sujet qu’en termes de guerre civile. Ce n’est qu’en découvrant les lois d’extermination et d’anéantissement, les écrits des contemporains républicains et vendéens, que je me suis posé la question de la nature de la répression et que je suis arrivé à la conclusion du génocide. Le contexte à l’époque était très passionnel car la France de Mitterrand se préparait à commémorer le bicentenaire de la Révolution. Cependant, contrairement à ce que certains ont écrit, je n’ai eu aucune difficulté dans le cadre de mes recherches. Bien au contraire, les conservateurs des Archives et les détenteurs privés de documents m’ont ouvert toutes grandes les portes.

Les problèmes ont commencé une semaine avant la soutenance : on a cambriolé mon appartement pour me voler ma thèse, puis le lundi suivant un homme prétendant agir au nom du gouvernement m’a proposé mon silence moyennant 500 000 francs et un poste à l’Université. J’ai refusé. Là encore, contrairement à ce qui a été écrit, j’ai pu soutenir ma thèse sans problème. Ce n’est qu’une année plus tard, suite à sa publication aux PUF et à l’émission de Bernard Pivot, le 11 juillet 1986, que mes problèmes ont commencé. J’ai dû donner ma démission de l’Éducation nationale et ma vie est devenue un véritable calvaire. Je raconte très précisément les choses dans un ouvrage intitulé La désinformation autour des guerres de Vendée et du génocide vendéen, édité par Fol’Fer. Quant aux médias, que dire, sinon que dans l’ensemble ils se sont déchaînés en me condamnant. Rares ont été les journalistes d’envergure courageux comme Georges Suffert, Louis Pauwels…


Quelle est la définition du génocide ? Pourquoi ce terme peut-il s’appliquer au massacre des Vendéens ?

Le génocide est l’acte qui consiste à arracher la vie à un groupe de personnes données non pas pour ce qu’elles ont fait, mais pour ce qu’elles sont. Un mot ou l’absence de mot n’est jamais innocent. Il a fallu attendre la Convention de Nuremberg pour qu’enfin ce crime contre l’humanité soit défini. Certains, comme Gracchus Babeuf, au nom des droits fondamentaux de l’homme, avaient en leur temps bien vu que ces crimes étaient anormaux, mais faute de vocabulaire, de référence et de jurisprudence ils n’avaient pas pu aller au-delà de ce constat et de la dénonciation des crimes qu’ils voyaient. Ce n’est que grâce au génie et à l’obstination d’un juriste polonais, Lemkim, qui a créé le néologisme génocide, que le droit international a pu définir ce crime et le sanctionner.

En fait, il y a trois crimes de génocide : la conception, ou/et la réalisation ou/et la complicité tant dans la conception ou/et la réalisation de l’extermination partielle ou totale d’un groupe humain de type politique ou/et ethnique ou/et racial ou/et religieux. Dans le cas de la Vendée, nous avons les crimes de génocide qui s’appliquent. Il y a bien eu conception, de surcroît collective car votée, réalisation collective car tant les politiques que les fonctionnaires, dont les militaires, ont œuvré sur le terrain pour « éradiquer du sol de la liberté cette race impure ». Quant aux sujets concernés, il s’agit bien d’un groupe humain de type politique et religieux. On tue le Vendéen car Vendéen, c’est-à-dire chrétien.

Vous avez beaucoup travaillé sur la question des responsabilités dans ce génocide. Quelle est la thèse officielle et quelle est la vérité ?

Officiellement, la Vendée n’est qu’une guerre civile avec des horreurs commises de part et d’autre. Certains universitaires, de nos jours, vont même jusqu’à dire et écrire que la Vendée avait été justement punie car traître à la nation. D’autres prétendent que, s’il y a eu des massacres, ils ne sont dus qu’à certains généraux, comme Turreau, qui ont agi sans ordres : ils n’hésitent pas à parler de dérapages. Si vous voulez vous faire votre propre opinion sur cette question, lisez les livres scolaires : c’est un véritable scandale qui dépasse l’entendement.

La réalité est tout autre. Ce sont les membres du Comité de Salut public qui ont conçu ce génocide et l’ont fait voter par la Convention. J’ai retrouvé l’écrit original de la loi du 1er octobre 1793 en date du 27 juillet. Ce sont les membres du Comité de Salut public, personnellement, qui décident et mettent en œuvre l’épuration de l’armée qui refuse ce génocide. Ce sont eux qui, sur le terrain, exécutent et font exécuter la loi d’extermination et d’anéantissement. Ce sont eux encore qui nomment Turreau général en chef de l’Armée de l’Ouest avec un programme précis ainsi que les officiers supérieurs. Ils sont si impliqués qu’ils vont même jusqu’à créer un plan, dit de masse, le 11 novembre, afin d’arriver plus rapidement aux objectifs qu’ils se sont fixés. J’ai retrouvé tous les écrits originaux signés par eux-mêmes. Les noms que nous retrouvons le plus souvent sont ceux de Carnot, Barère, Robespierre…

Ces documents se trouvent aux Archives nationales et militaires. J’ai mis scrupuleusement les références afin que les lecteurs puissent les consulter.

 

10 décembre 2011

Energie

 

 

            Tout journaleux, sciencieux de l’asocial, cultureux, politiqueux, etc. se croit obligé de célébrer sur tous les tons et dans tous les médias l’énergie qui pousserait les « jeunes » et les moins « jeunes » des banlieues (ou cités, quartiers, etc.) « sensibles », « en difficulté », « défavorisées », etc. à survivre ou à trouver des expédients innombrables pour s'enrichir le plus vite possible. Ces « jeunes » seraient des boules d’énergie, quoi qu’ils fassent, et même s’ils tiennent les murs : chercher du travail, remplir des dossiers, envoyer des CV, s’agiter dans les associations, dealer, voler, mentir, rapper, hurler, insulter, agresser les keufs et les non keufs, etc. Dans toutes ces actions, ils libèreraient le trop plein d’énergie qui est ou serait en eux. L’énergie serait la clé pour comprendre ce qui se passe dans les banlieues, quartiers, cités, etc. Qu'en est-il exactement ?

            C’est saint Jérôme (331-420), traducteur de la Bible, qui a emprunté au grec le mot energia au sens de « force en action » et l’a introduit dans le latin de la chrétienté. Il est le seul qui ait employé ce mot selon M. Gaffiot (in Dictionnaire latin français). En français, le mot est attesté pour la première fois au tout début du XVIe siècle dans le sens de « puissance d’action, d’efficacité, de pouvoir » - et au sujet de la parole. C’est le sens qu’il a dans le Dictionnaire universel (1690) de Furetière : « force d’un discours, d’une sentence, d’un mot », sens illustré de cet exemple : « toutes les paroles de l’Ecriture sainte sont d’une grande énergie ». Energie désigne la force contenue dans la parole du Christ ou dans celle des prophètes qui pousse les fidèles à agir, les met en mouvement, réveille leur foi : « efficace, vertu, force ; il se dit principalement du discours, de la parole » (Dictionnaire de l’Académie française, 1694, 1762). Ce sens est illustré de ces phrases : « l’Ecriture sainte a une grande énergie », « il fit un discours plein d’énergie », « il y a dans les Prophètes des expressions d’une grande énergie ».

Dans L’Encyclopédie (1751-1765), l’Ecriture sainte, les paroles du Christ, les discours des prophètes ne sont plus cités comme sources ou comme réservoirs d’énergie. Le mot énergie est comparée à force « en tant que ces deux mots s’appliquent au discours ». Extrait du contexte religieux, le mot s’étend à tout discours public ou à toute forme d’expression. Selon Jean-François Féraud (in Dictionnaire critique de la Langue française, 1788), les mots « énergie et énergique sont fort à la mode ». Un siècle plus tard, Littré précise qu’énergie, « au sens de force d’âme, ne vint en usage que dans le cours du XVIIIe siècle », comme l’attestent ces réflexions de Mme du Deffant : « vous me demandez si je connais le mot énergie ? Assurément, je le connais, et je peux même fixer l'époque de sa naissance : c’est depuis qu’on a des convulsions en entendant la musique » et « je me souviens que l’abbé Barthélemy me tourna en ridicule une fois que, par hasard, je prononçai ce mot énergie ; eh bien ! qu’il sache qu’aujourd’hui il est devenu à la mode, et qu’on n’écrit plus rien qu’on ne le place ». Ce nouveau sens est enregistré dans la cinquième édition du Dictionnaire de l’Académie française (1798) : « il se dit aussi de la conduite dans les choses publiques et privées ». Exemples : « une administration pleine d’énergie » et « il se comporte avec beaucoup d’énergie ». Sous la Révolution, le fleuve en crue de l’énergie sort du lit des discours ou des pensées pour inonder les plaines de l’action, du comportement, de la direction des affaires publiques, du gouvernement. Il a fallu dépenser de l’énergie pour couper autant d’innocents en deux.

C’est entre la fin du XVIIIe siècle et le début du XIXe siècle qu’énergie se rapporte à d’autres réalités que les phrases, les discours, les prophéties, comme l’attestent les articles du Dictionnaire de l’Académie française (sixième édition, 1832-35) et du Dictionnaire de la Langue française de Littré (1863-1877). Les académiciens relèvent comme premier sens non pas la force de la parole, mais la vertu d’un remède et la puissance agissante des passions. Le mot, écrivent-ils, « se dit particulièrement de la vigueur d’âme », comme dans « c’est un vieillard encore plein d’énergie » et « une âme, un caractère sans énergie ». Le sens des premiers dictionnaires n’est cité qu’en troisième position : « il s’applique, dans un sens analogue, au discours, à la parole , alors que le sens que la Révolution a sanctifié, à savoir « fermeté qu’on fait paraître dans les actes de la vie publique », est cité en dernier et illustré par les exemples « un ministre plein d’énergie », « il a déconcerté ce complot par l’énergie de ses mesures ». Energie avait un sens religieux, il a un sens social.

Littré est le seul lexicographe qui rappelle en termes explicites qu’énergie n’a longtemps été qu’un « terme de théologie », signifiant « puissance de la Divinité », comme dans l’exemple « des hérétiques ont nié la Trinité en ne reconnaissant qu’une seule énergie dans le Père, le Verbe et le Saint-Esprit ». Il est aussi le premier à enregistrer dans le Supplément de 1877 l’emploi d’énergie en « physique mathématique », comme dans l’exemple « énergie dynamique, élément indestructible dans sa valeur numérique, mais capable de transmutations qui le font apparaître sous ses trois formes, travail, demi force et calorie ». Il semble que, dans ce sens nouveau, énergie soit un néologisme sémantique, à la manière de l’anglais energy, attesté dans ce sens depuis 1807.

Dans la huitième édition du Dictionnaire de l’Académie française (1932-35), le nouvel ordre sémantique est avalisé. L’énergie, c’est d’abord la « force agissante » d’un muscle ou d’un remède ; puis la « vigueur d’âme et la fermeté dans l’action ». Ensuite « le mot s’applique, dans un sens analogue, au discours, à la parole » (« s’exprimer avec énergie, il y a dans les prophètes des expressions d'une grande énergie »). Enfin, quand il est un « terme de physique et de mécanique »,  « il se dit de la capacité de produire du travail, de la puissance emmagasinée » (« énergie électrique, mécanique », « le principe de la conservation de l’énergie est un principe de physique générale »). A partir de ces sens usuels, le mot devient une valeur politique : « ce culte du moi dont Barrès sut faire un système qui exalte l’énergie nationale » (1928, cité dans le Trésor de la langue française, 1971-94). Mussolini, Hitler, Lénine, Trotski, Staline, Mao, Pol Pot, Castro et tous les tyrans du XXe siècle ont canalisé à leur profit l’énergie de leurs partisans pour purifier le pays qu’ils dirigeaient ou, comme le dit explicitement Lénine, pour « éliminer les insectes nuisibles » de leurs terres.

L’énergie des banlieues a des références qui en disent long à la fois sur ce qui s’y passe et sur l’aveuglement des journaleux et autres médieux qui tiennent cette énergie pour l’alpha et l’oméga de la France en crise, ce qui la sauvera et la fera renaître. Les sauveurs ont des dégaines de bourreaux.

 

 

 

07 décembre 2011

Confrérie

 

 

            Les organisations politiques – surtout les Frères musulmans – sur lesquelles se portent partout dans les pays arabes les suffrages des musulmans sont dites, quand, dans les médias français, il est question d’elles, et cela se fait de plus en plus souvent, des « confréries ».

Ce mot est attesté depuis la fin du XIIe siècle sous la forme confrairie ou sous celle de confrérie. C’est une association de personnes qui se proposent « un but charitable ou de piété » : une « compagnie de personnes associées pour quelques exercices de piété » (Dictionnaire de l’Académie française, 1762, 1798, 1835) ou « association formée par des laïques en vue d’une œuvre de piété, de charité, de dévotion » (Littré, Dictionnaire de la langue française, 1863-77). Les confréries n’ont pas d’autre but que religieux, que ce soit celle du Saint Sacrement, du Rosaire ou de saint Joseph – plus exactement de dévotion ou de piété collective. Richelet (1680, Dictionnaire français des mots et des choses) décrit assez précisément ce qu’est une confrérie : « gens qui ont une dévotion à quelque saint, à quelque mystère ou à quelque autre chose que la religion révère, et qui moyennant quelque peu de chose qu’ils donnent se font écrire sur le registre où sont tous les noms des confrères. Ce registre se garde à la paroisse ou au lieu auquel on honore particulièrement le saint ou la chose sainte. Et à de certains jours de l’année les confrères vont visiter ce lieu ou cette paroisse et y faire leurs dévotions ».

Le mot a toujours ce même sens dans les dictionnaires actuels, que ce soit dans le Trésor de la langue française (1971-94 : « association de laïques fondée sur des principes religieux dans un but charitable ou de piété ») ou dans la neuvième édition du DAF (en cours de publication) : « association de laïcs unis par des liens de dévotion, de charité ».

Certes, dans la vieille langue française, le mot désignait aussi des associations professionnelles ou marchandes. Lacurne de Sainte-Palaye, dans le dictionnaire de l’ancien français qu’il a commencé à rédiger dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, note que confrérie a vu son sens se restreindre à compter de la fin du XVe siècle : « ce mot, dont nous avons presque restreint la signification aux associations de piété, était autrefois d’un usage bien plus étendu » ; il était en usage pour désigner l’association des chevaliers de l’ordre de la Jarretière ou encore la corporation des drapiers. Furetière (Dictionnaire universel, 1690) rappelle ces anciens usages dont il ne dit pas qu’ils sont désuets : « dans tous les corps d’artisans il y a des maîtres de confrérie qui s’élisent, comme les jurés ».

Or, il a suffi que l’islam et les choses de l’islam, même les plus étrangères à la civilisation européenne, investissent l’espace public en France pour que les belles âmes, les mêmes que celles qui béaient à l’Allemagne nouvelle entre 1940 et 1945, changent le sens de confrérie et utilisent ce vieux et noble mot, propre à la religion catholique, pour désigner des réalités toutes contraires à cette religion et à la civilisation qu’elle a fondée, avalisant de fait la main mise de la politique islamique sur la religion des Arabes ou celle de la religion islamique sur la politique arabe. Le mot confrérie était un beau mot ; il n’est pas sûr qu’il garde sa noblesse après avoir été souillé au contact des Frères musulmans et autres organisations idéologico-politiques qui régissent désormais les pays du Sud de la Méditerranée et les colonies issues de ces pays et établies en France.   

 

03 décembre 2011

Bardache

 

            Le mot, aujourd’hui « vieilli » selon les académiciens (DAF, neuvième édition, en cours de publication) et dont l’existence est inconnue de la plupart d’entre nous, sauf peut-être de ceux qui ont la Correspondance de Flaubert comme livre de chevet, est emprunté à l’italien, lequel l’aurait emprunté sans doute à l’arabe (ou au turc ?) bardaj, « jeune esclave ». Cette origine est dans le Dictionnaire de la langue française de Littré : « italien bardascia, « prostitué » ; lombard et piémontais, bardassa, « jeune garçon » ; on le tire de l’arabe bardaj, « esclave ». Elle est confirmée par les lexicographes du Trésor de la langue française (1971-94) et par les académiciens (DAF, neuvième édition : « XVIe siècle, bredaiche ; emprunté de l’italien bardassa, lui-même de l’arabe bardag, « jeune esclave » »). On peut faire confiance à ces étymologistes, bien que le mot bardaj soit ignoré des dictionnaires bilingues consultés.

            En français, il est attesté, tantôt sous la forme bredache, tantôt berdaiche, tantôt bardage, à la fin du XVe siècle et pendant deux siècles, il semble avait été fréquemment employé, comme le confirment les nombreux extraits qui illustrent le sens de bardache (« mignon », « giton », « celui que se prête à des actes contre nature », « sodomite ») dans les dictionnaires de l’ancienne langue française, ceux de Frédéric Godefroy ou d’Edmond Huguet. Ce sont, entre autres, des extraits d’Aubigné (« on l’eût habillé (Henri III), comme l’étaient ses bardaches » (de Henri III), de Jean de La Taille (« pour plaire a l’eunuque bredache »), Henri Estienne («ça a été une subtile invention de se faire permettre de mener des novices, pour sous ce titre avoir toujours ou un bardache ou une garce »), Bonnivard (« un jouvenceau qui se testonnait n’était que un bardaze »), Thévet (« si c’est un mâle, ils le font bardache, ce qui leur est fort détestable et abominable, seulement de le penser »), Bodin (« Quintus Flaminius sénateur romain fit tuer l’un de ses esclaves, sans autre cause que pour gratifier et complaire à son bardache, qui disait n’avoir jamais vu tuer d’homme »), Du Vair (« Clodius menait toujours avec lui une batelée de putains et de bardaches »), etc.

            Il semble que le mot ait été oublié dans les siècles classiques. Il n’est relevé que dans la cinquième édition du DAF, celle de la « Révolution », publiée en 1798 : « terme obscène, jeune homme dont les pédérastes abusent », et par Littré : « terme obscène signifiant mignon, giton ». Ce n’est pas le mot qui est jugé obscène (ce qui n’aurait aucun sens), mais la réalité qu’il désigne. Les auteurs du Trésor de la langue française en font un terme argotique : « jeune garçon dont les gens de mœurs levantines abusent ; synonymes mignon, giton et par extension, personnage d’allures efféminées ». Ils font suivre cette définition de la remarque suivant laquelle Flaubert a employé souvent ce nom (quatorze attestations dans la Correspondance) dans le sens de « mignon » ou de « giton », ou bien pour désigner un individu obséquieux, qui n’était pas nécessairement un inverti, ou bien encore pour désigner des amis, comme dans cet exemple de 1868 : « le philosophe Baudry a publié le premier volume de sa Linguistique, qui doit lui ouvrir les portes de l’Institut. Je dîne chez ce brave homme mardi prochain avec Littré, Renan et Maury. Quelle réunion de bardaches ! ». Les académiciens affinent la définition (DAF, neuvième édition, en cours de publication) : le bardache a perdu son « obscénité » et il n’est plus nécessairement un jeune homme, mais un « homosexuel passif ». Cet adjectif passif aurait mérité une définition ou une explication.

            Aujourd’hui, la vigilance idéologique étant ce qu’elle est, c’est-à-dire acrimonieuse, inquisitoriale, bornée à force de bêtise, ce serait sans doute tenu pour un « dérapage » (nauséabond) ou une « insolence » (inadmissible) que de redonner une nouvelle jeunesse à ce bardache désuet…