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05 janvier 2012

Lumières des livres : Vincent Courtillot

 

Vincent Courtillot, Nouveau Voyage au centre de la terre, Odile Jacob, « sciences », décembre 2009, 350 p.

 

 

            Il est rare que d’éminents savants publient des livres clairs, précis, bien écrits, qui ne soient pas des thèses ou des articles ardus, des livres à contenu scientifique riche qui ont des répercussions sur la pensée ou la culture d’un pays ou sur celle de l’humanité. Un des derniers grands livres de science publié en France est peut-être celui de François Jacob, La Logique du vivant, une histoire de l’hérédité (Gallimard, 1970). On peut parier que ce livre de Vincent Courtillot aura le même impact, d’abord parce que son auteur ne cherche pas seulement à faire comprendre, mais aussi qu’il est animé d’ambitions littéraires, qui sont manifestes dans le titre même du livre. En 1864, Jules Verne a publié un roman d’anticipation qu’il a intitulé Voyage au centre de la terre et dans lequel il raconte justement ce qu’annonce le titre : le voyage de savants au centre de la terre, à partir du cratère d’un volcan islandais. En 2009, près d’un siècle et demi plus tard, Vincent Courtillot réécrit ce voyage, ce qu’il souligne dans son livre même, puisque chacun des vingt chapitres dont il est formé commence par un extrait, placé en exergue, du roman de Jules Verne, extrait en relation avec le sujet traité dans le chapitre. C’est donc à un exercice éminemment littéraire de reprise ou de réécriture qu’il s’adonne, exercice illustré par les innombrables reprises ou réécritures de l’Iliade (dont La Guerre de Trois n’aura pas lieu), de l’Odyssée (dont L’Enéide et Ulysse), de L’Avare, de Don Juan, etc. A la différence de ces reprises, celle de Vincent Courtillot opère un changement de domaine ou de niveau : à Jules Verne, le roman, la fiction, la littérature ; à Vincent Courtillot, la science, la connaissance, le savoir accumulé par l’humanité depuis plus de vingt siècles (Archimède, Eratosthène, Galilée, Humboldt, Montredon, etc.) ; au premier, l’imaginaire ; au second, des images du réel, parfois aussi belles que celles de l’espace, reconstituées grâce aux techniques de la tomographie par conversion des ondes sismiques en signaux colorés. Outre le patronage de Jules Verne, Vincent Courtillot place son livre sous le patronage de Tocqueville, pour demander à ses lecteurs une bienveillance libérale, et sous celui Fontenelle, auteur de l’Histoire des oracles (1686), dont le chapitre IV commence ainsi : « Assurons-nous bien du fait, avant de nous inquiéter de la cause. Il est vrai que cette méthode est bien lente pour la plupart des gens, qui courent naturellement à la cause, et passent par-dessus la vérité du fait ; mais enfin nous éviterons le ridicule d’avoir trouvé la cause de ce qui n’est point », avertissement adressé à tous les prophètes du climat, qui vaticinent sur les causes et les conséquences dramatiques d’un phénomène dont la réalité n’est pas établie.

Les connaissances de Jules Verne en matière de géologie, de volcanisme, de tectonique des plaques, d’histoire de la Terre, de géochimie, de magnétisme, etc. étaient faibles, au mieux flottantes. Il en va tout différemment de Vincent Courtillot. Il expose non seulement les connaissances qu’il maîtrise, lui et les équipes qu’il a dirigées, et celles qui sont accumulées depuis un siècle par la « communauté » internationale des géologues, géophysiciens, sismologues, volcanologues, géochimistes, etc., mais aussi la genèse de ces connaissances : à la suite de quelles observations sur le terrain et de quels raisonnements elles ont été établies, en quoi elles ont été critiquées, comment elles ont contribué à éclairer l’histoire géologique de la Terre. Ainsi, la découverte du magnétisme a une histoire passionnante, qu’il résume par cette phrase latine magnus magnes ipse est globus terrestris : « le grand aimant est le globe terrestre  lui-même », et non le ciel, comme on le croyait dans l’Antiquité. Cette découverte s’est faite par étapes : d’abord les variations incessantes du champ magnétique ; puis les inversions de ce même champ, inversions complètes, au point qu’à des époques lointaines, le pôle nord magnétique s’est retrouvé sous l’équateur ; enfin l’origine de ce champ, qui se trouve au centre de la Terre, dans la graine solide et le noyau liquide faits de fer en fusion, porté à de très hautes températures et subissant des pressions quatre millions de fois plus élevées que la pression terrestre, une des fonctions de ce champ magnétique étant d’écarter les rayons cosmiques qui rendraient la vie sur terre impossible. Ou encore, Vincent Courtillot nous expose l’histoire de sciences telles la géophysique (la physique de la terre) ou la géochimie ou le magnétisme, et les grandes étapes à la fois conceptuelles et factuelles de la constitution de ces sciences, mais aussi la structure de la terre (le noyau, le manteau, la croûte), les matériaux dont elle est composée (beaucoup de fer en fusion dans le noyau liquide), mais surtout les grands épisodes qui ont façonné la Terre pendant 4,5 milliards d’années, et plus particulièrement les 500 derniers millions d’années de son histoire. La terre est une planète vivante : c’est une grosse machine thermique, dont le noyau atteint près de 6000° et qui se refroidit par convection, c’est-à-dire par la mise en mouvement d’énormes quantités de matières, les plaques de la croûte terrestre (tectonique des plaques et dérive des continents) et le magma (points chauds, éruptions volcaniques, traps, panache).

            Ce livre aborde aussi deux questions cruciales, le climat et l’extinction d’espèces vivantes. Vincent Courtillot montre que trois facteurs influent sur le climat : le Soleil, dont la chaleur varie dans des proportions importantes, ce qui explique les variations de température dans l’atmosphère depuis 4 milliards d’années, le quaternaire dans lequel nous vivons étant plutôt froid ; les changements légers de l’orbite de la Terre (elle peut se trouver plus ou moins loin du Soleil) ; enfin le refroidissement par convection de cette machine thermique qu’est notre planète. On a compris, au vu de cet exposé, que M. Courtillot compte parmi les « climato-sceptiques » qui sont interdits de participer au débat sur les causes du réchauffement : phénomène qui, selon lui, n’est pas avéré et qui, s’il était avéré, serait bien moindre que ce que la Terre a connu dans le passé ou la ramènerait au niveau de « l’optimum climatique du Moyen Age » autour de l’an mil, et dont les causes peuvent être innombrables, l’industrie et les transports n’intervenant que pour une petite part dans ces phénomènes. Quant à l’extinction avérée et datée d’espèces vivantes, dont celle des dinosaures il y a 65 millions d’années, Vincent Courtillot observe qu’elle est concomitante de gigantesques éruptions ayant donné naissance aux « traps » du Deccan, dans l’Inde du Nord-Ouest (des millions de Km² de basaltes volcaniques sur plusieurs centaines de mètres), ces éruptions ayant projeté dans l’atmosphère des milliers de gigatonnes de soufre et de CO² qui ont rendu impossible la survie des énormes sauriens de l’époque, les extinctions d’espèces plus anciennes (ordovicien : - 440 millions d’années ; dévonien, - 360 millions d’années ; permien, - 250 millions d’années) ayant toutes coïncidé avec de gigantesques éruptions, qui ont tué d’innombrables espèces.

Depuis deux siècles seulement, le concept de climat est lié à l’atmosphère, aux nuages, aux températures, etc. Auparavant, il se rapportait à l’inclinaison de la terre, c’est-à-dire à de grandes questions de physique et de géologie. Le grand mérite de Vincent Courtillot est de nous le rappeler par une démonstration rigoureuse qui est aussi un enchantement de l’intelligence.

 

 

Commentaires

quaRtenaire = quaTERNaire

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"" survenance """

ce livre à l'air passionnant
description alléchante

Écrit par : amédée | 08 janvier 2012

Merci. C'est corrigé. Cordialement

Écrit par : Arouet le Jeune | 08 janvier 2012

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