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17 janvier 2012

Canceller

 

Ce verbe, emprunté au latin et connu de tous ceux qui fréquentent les aéroports où s’affiche parfois le mot anglais cancelled (« annulé »), est attesté à la fin du XIIIe siècle et il est enregistré dans tous les dictionnaires des XIXe et XXe siècle, sauf dans la huitième et la neuvième éditions du Dictionnaire de l’Académie française (1932-35 et en cours de publication). Ce n’est donc pas un mot anglais, mais un motfrançais que les Anglais ont emprunté au français, grâce à quoi il a survécu, alors qu’en français, où il est resté vivant quelques siècles, il est sorti de l’usage : « les dictionnaires modernes donnent canceller comme un terme de jurisprudence vieilli », écrit Frédéric Godefroy dans son Dictionnaire de l’ancienne langue française… (10 tomes, 1881-1902), ouvrage dans lequel canceller est défini ainsi : « disposer en forme de treillis, barrer transversalement, croiser ; casser un acte en le barrant ou croisant à traits de plume, biffer, annuler ; par extension, annuler, détruire ». De très nombreux exemples illustrent ce sens que La Curne de Sainte-Palaye confirme : « barrer, annuler ; chanceler un acte était en ébranler la validité, le rendre caduc » ; de même Edmond Huguet (Dictionnaire de la langue française du XVIe siècle) : « rayer, raturer, annuler ». 

Le mot est dans les dictionnaires classiques, chez Furetière : « barrer une obligation, un acte, pour les rendre nuls, en passant la plume de haut en bas ou de travers sur les signatures, ce qui fait une espèce de châssis que les Latins nomment cancelli » (1690, Dictionnaire universel), chez Ménage : « canceller qui vient de l’italien cancellare, « effacer », pour dire, annuler un contrat, comme qui dirait y faire une grille d’encre ou passer des lignes en croix sur l’écriture » (Dictionnaire étymologique, 1694). Les académiciens (DAF, 1694) le définissent ainsi : « Annuler une écriture en la barrant ou croisant à traits de plume ou en passant le canif dedans » (1718, 1740, 1762, 1798, 1835, 1879) et ils ajoutent : « ce mot ne s’emploie qu’en pratique » (1694), « ce mot n’a d’usage qu’en style de palais » (1762), « terme de jurisprudence » (1798, 1835, 1879) « il est maintenant peu usité » (1835, 1879). Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77) précise : « terme de jurisprudence qui a vieilli ».

Les auteurs du Trésor de la langue française (1971-94) consentent à l’enregistrer (verbe transitif, vieux, annuler un document, un écrit par des ratures en forme de croix ou par des lacérations »), sans doute parce qu’il est relevé dans les éditions du DAF publiées au XIXe siècle, de 1798 à 1879, et que le TLF est un dictionnaire de la langue française des XIXe et XXe siècles. Cela dit, rien n’empêche désormais, sauf peut-être le défaut d’indépendance d’esprit ou le manque d’insolence, les responsables de l’affichage dans les aéroports de France de signaler un vol annulé par le très français et très anciennement français « cancellé ».

Commentaires

Merci pour notre apprentissage du mot !

Écrit par : Interdit Bancaire | 29 janvier 2013

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