Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

20 janvier 2012

Plagiaire

 

 

Se faire traiter de plagiaire, c’est pour un écrivain, bon ou mauvais peu importe, une infamie. Il en va différemment dans ce que l’on appelle la « culture » arabe, du moins si l’on en croit Abdelfattah Kilito, qui, dans L’Auteur et ses doubles : essai sur la culture arabe classique (Le Seuil, 2005), montre qu’il suffit de déclamer des vers, eussent-ils avoir été dits ou écrits par un autre, pour en être l’auteur présumé et reconnu. Il n’y a donc pas de plagiaire parmi les Arabes : bienheureux ces peuples qui jugent naturel de s’approprier des biens d’autrui et d’étendre la razzia aux œuvres de l’esprit.

En français, plagiaire, emprunté au latin, langue dans laquelle plagiarius désigne celui qui s’empare des esclaves d’autrui, est attesté au milieu du XVIe siècle, où il a le sens moderne et un sens qui s’est éteint au XVIIe siècle, celui de « voleur d’enfants », comme dans cet extrait de Du Bartas (« Ivrogne, plagiaire, infâme et parricide / Tu veux m’ôter mon fils, mais tu ne l’auras pas ») ou dans cet autre extrait d’un historien (« les plagiaires ou ceux qui dérobaient les enfants de libre condition leur présentaient de la fouace, de la dragée ou quelque autre friandise »). Il est vrai qu’un poème, roman, tragédie, oeuvre littéraire quelconque, est souvent assimilé par métaphore à un enfant : la femme enfante, l’homme crée, dit la doxa. Ce sens est encore exposé par quelques lexicographes du XVIIe siècle, mais il est rapporté à une période révolue de l’histoire, que ce soit Furetière (1690, Dictionnaire universel : ce mot chez les Romains signifiait celui qui achetait, vendait ou retenait un homme libre pour un esclave. On le nommait ainsi parce que, par la loi Flavia, ceux qui étaient convaincus de ce crime étaient condamnés au fouet ad plagas ») ou Thomas Corneille (Dictionnaire des arts et des sciences, 1694) qui reprend textuellement cette remarque de Furetière et, en conséquence, fait le « plagiaire ». Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77) rappelle aussi ce sens historique : « au sens propre, celui qui détourne les enfants d’autrui, qui débauche et vole les esclaves d’autrui », de même que les auteurs du Trésor de la langue française (1971-94) : « Histoire, à Rome, celui qui était accusé de détourner pour les vendre des esclaves appartenant à autrui, ou de vendre comme esclaves des personnes libres ».

Dans la langue classique, le mot et la personne que désigne le mot font l’objet de jugements hostiles, aussi bien de la part de Richelet (1680, « auteur qui s’attribue les ouvrages d’autrui », Dictionnaire français des mots et des choses) que de Furetière (1690, « épithète qu’on donne aux auteurs qui prennent effrontément les ouvrages d’autrui pour se les appliquer et s’en attribuer la gloire »). Dans son Dictionnaire universel, Furetière illustre les activités du plagiaire par quelques exemples : « Martial s’est servi du mot de plagiarius en latin et Molière de plagiaire en français, en parlant de ces larrons de pensées et de livres. Thomasius a fait un livre De Plagio litterario, dont il est parlé dans le Journal de Hollande (le pays, pas le candidat « à la magistrature suprême » évidemment) du mois de Juin 1684, où on voit la licence de s’emparer du bien d’autrui en fait d’ouvrages d’esprit ».

Le même mépris voué aux plagiaires imprègne la définition du Dictionnaire de l’Académie française, en 1879 : « qui s’approprie ce qu’il a pillé dans les ouvrages d’autrui » ; en 1694 : « qui fait un ouvrage de ce qu’il a pillé dans les ouvrages d’autrui ». Autrement dit, un plagiaire ne se contente pas de piller les ouvrages d’autrui, mais il se déclare l'auteur ou le propriétaire de ce qu’il a pillé. Dans les pays arabes, il fait la même chose, mais, à la différence de ce qui se passe partout ailleurs dans le monde, où les plagiaires sont condamnés ou couverts de honte, dans le monde arabe, les plagiaires paradent. C’est que la razzia est consubstantielle à cette aire de civilisation – comme son essence. Les Arabes qui sont essentialistes par essence étaient donc destinés à produire du pétrole.

 

Commentaires

Votre article a été très sympa à lire. Je reviendrai prochainement voir les autres.

Écrit par : Nail art noel | 28 décembre 2012

Les commentaires sont fermés.