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20 février 2012

Autisme

 

C’est le psychiatre suisse Bleuler qui a formé en 1911 le mot autisme, sous la forme autismus, à partir du mot grec autos « soi-même », pour désigner un trouble du comportement qui a été jugé proche de ce que Freud nomme auto-érotisme : « Autismus ist ungefähr das gleiche, was Freud Autoerotismus nennt », ce qui, vu l’état de nos connaissances, relève du pur délire obscurantiste – mais ce délire est bien peu de chose, comparé à l’obscurantisme dans lequel se complaisent depuis plus d’un siècle « sciences » humaines et sociales. De l’allemand, le mot passe en français en 1923, où cette maladie – car c’en est une - devient un thème de la philosophie morale et un argument de dissertation de potaches, comme dans cette définition du Traité du caractère (Emmanuel Mounier, 1946, Le Seuil) : « psychisme qui rompt le contact vital avec la réalité et renferme l’individu sur le développement en vase clos, dans une solitude de plus en plus totale, de thèmes intérieurs progressivement mécanisés ».  

Longtemps, l’autisme a été l’affaire des seuls psychologues, psychiatres, psychanalystes et autres spécialistes en sciences humaines et sociales. Dans le Dictionnaire de Médecine et de Biologie (quatre volumes, Masson, 1970-1972), l’autisme n’est pas une maladie, mais une « attitude mentale spéciale aux schizophrènes », qui se caractérise « par le repliement sur soi-même, un mode de pensée détaché de la réalité et une prédominance de la vie intérieure » (volume 1, 1970). Les mots maladie ou désordre génétique sont bannis, bien qu’un abîme sépare une maladie d’une attitude, fût-elle de l’esprit. Maladie, affection, trouble ou désordre sont inquiétants, attitude (de l’esprit) est anodin. Les mots ne servent qu’à nier la maladie, comme dans cet autre extrait du Traité du caractère : « Quand (l’intelligence) se replie à l’excès, elle divague bientôt vers le monde clos de l’autisme. C’est le sort de toute pensée qui s’enivre de sa suffisance et fuit la confrontation, s’amollit et glisse à la rêverie, se raidit et tourne à l’idée fixe, ou s’obscurcit et s’embrume de nuées ».

L’autisme est une maladie grave qui est due à un désordre neurologique ou une malformation génétique qui affecte dans le cerveau la zone de l’audition. Les dernières hypothèses cliniques – en voie de confirmation – portent sur des bactéries qui passent dans le sang et affectent le cerveau, ce qui entrouvre la voie d’une guérison possible. Ce dont on est sûr, c’est que l’incapacité à communiquer par quoi se manifeste l’autisme n’est pas un fait psychologique ou mental, encore moins le caprice d’un sujet replié sur lui-même. La zone du cerveau qui commande l’audition est altérée, de sorte que l’autiste ne distingue pas la voix humaine d’un cri animal ou d’un bruit du monde extérieur.

C’est dans les (sinistres) années 1960-1970 que l’explication psychologique et psychanalytique de l’autisme a connu une immense diffusion hors du cercle fermé des psys, bien que cette explication ne reposât sur aucun fait établi, ni aucun examen neurologique et qu’elle fût tout entière idéologique. L’obscurantisme a triomphé grâce, entre autres « penseurs », à Bettelheim, qui a usé de son aura pour abuser son monde. Pour lui, c’était la famille, et la seule famille, qui provoquait l’autisme : c’est elle qui aurait fabriqué et instillé chez les enfants la maladie. Elle en serait responsable et coupable. L’autisme aurait été une réaction de défense contre l’ordre familial, lequel serait tout autant répressif ou totalitaire que la prison, l’école, le droit, l’asile, la loi et que tout ce qui est institué en Occident (dans le seul Occident bien entendu) pour entraver l’épanouissement des individus et les empêcher d’être heureux. De ce fait, des pères et des mères de famille ont été accusés, sans preuve, sans le moindre indice, sans le moindre témoignage à charge, d’avoir martyrisé leurs propres enfants, comme jadis on brûlait pour sorcellerie (imaginaire, cela va sans dire) des femmes après les avoir soumises à la question. Non seulement les autistes n’ont pas été soignés, sinon par des charlatans verbeux (et véreux), mais leurs parents ont été culpabilisés à mort.

L’obscurantisme n’a pas touché le seul autisme, mais toute une série d’activités humaines : la lecture par exemple. Les mêmes charlatans (« mêmes » parce qu’ils illustrent les mêmes sciences humaines) ont convaincu des milliers de maîtres que la lecture, cette si belle activité et toute récente dans l’histoire de l’humanité, était affaire de globalité et que l’on pouvait lire un texte en se contentant de le parcourir des yeux, sans même reconnaître les traits, les points, les boucles dont il était fait. Il a fallu attendre Stanislas Dehaene (cf. Les Neurones de la lecture, 2007, Odile Jacob) pour que soit enfin démontré que la lecture dite globale, infligée pendant près de quarante ans à des millions d’élèves, n’était qu’une illusion et que tout le fonctionnement réel des aires du cerveau infirmait ces billevesées, que l’Education nationale a érigées en vérité absolue pendant près d’un demi-siècle. Dans l’enseignement de l’histoire, le même obscurantisme sévit, quand les « problèmes » (qui ne sont que de l’idéologie) se substituent à la chronologie disparue, laquelle a été pendant des siècles le pilier de l’histoire.

 

Le XXe siècle serait, dit-on ou croit-on, celui du progrès : tout aurait progressé, affirme-t-on. Ce qui a progressé surtout, c’est ce que les Lumières pensaient avoir terrassé, à savoir les ténèbres, comme si les éclairés des sciences humaines et sociales d’aujourd’hui n’étaient plus que des illuminés qui ramènent la connaissance à quelques formules magiques.  

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