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06 mars 2012

Versatile

 

 

 

En latin, versatilis signifie au sens propre « mobile, qui tourne aisément » et au sens figuré « flexible, qui se plie à tout ». Versatile, qui en est emprunté, est attesté au début du XIVe siècle et se dit d’une épée à deux tranchants, comme dans ces deux exemples dont l’orthographe a été « actualisée » : « une grande épée toute nue et bien émoulue à deux taillants, laquelle était aussi comme pointue et versatille, c’est-à-dire bien maniable » et « ce glaive est versatile, c’est-à-dire taillant des deux côtés ». A ce sens premier, s’en ajoute un second, toujours « au propre » : « qui tourne », comme dans cet exemple pris chez un auteur du XVIe siècle : « les cénacles étaient parés de tables liées faites d’ivoire, versatiles, c’est à noter qui se tournaient subtilement en la forme des mouvements des horloges ».

C’est Montaigne qui, le premier (Essais, III, 1590), emploie versatile dans un sens figuré : « l’esprit humain traite et soi et tout ce qu’il reçoit, tantôt avant, tantôt arrière, selon son être insatiable, vagabond et versatile » ; et c’est dans ce sens « figuré » que cet adjectif est enregistré dans les dictionnaires à compter de 1762 : « (quatrième, cinquième, sixième éditions du DAF) qui est sujet à tourner, à changer » (« il ne se dit guère qu’au moral, un esprit versatile ») ; « sujet à tourner, à changer » (Féraud, 1788 : « l’adjectif se prend en mauvaise part. Esprit souple est souvent un éloge ; esprit versatile est un blâme ») ; « (Littré, Dictionnaire de la langue française, 1863-77) qui change » et « figuré, qui ne sait pas se fixer », comme dans ces deux extraits, de Voltaire (« Alcibiade était un simple citoyen, riche, ambitieux, vain, débauché, insolent, d'un caractère versatile ») et de Rousseau (« un tempérament versatile qu’un vent impétueux agite, mais qui rentre dans le calme à l’instant que le vent ne souffle plus »). Ce sens figuré est exposé dans le Trésor de la langue française (1971-94) en ces termes : « (en parlant d’une personne ou d’un groupe de personnes, de son caractère), qui change souvent et aisément de parti, d’opinion ; qui est sujet à de brusques revirements ». Les synonymes en sont capricieux, changeant, fantasque, inconstant, instable, lunatique, velléitaire, et les antonymes constant, égal, ferme, obstiné, résolu.

C’est l’adjectif qui, par son sens, convient le mieux pour qualifier l’opinion ou la presse ou les hommes politiques. Edgar Faure, à qui il était reproché d’être une girouette, avait l’habitude de répondre que ce n’était pas lui qui changeait (ou qui tournait), mais le vent.

 

En français, l’empan sémantique de versatile s’est resserré en quelques siècles et tout ce qui se rapporte dans le sens de l’adjectif à quelque chose de matériel ou de physique a disparu, la langue ne conservant que le sens figuré de « changeant ». Le mot ne se dit plus d’une épée, mais seulement d’un esprit, d’un tempérament, d’une personne ou de ses opinions… En anglais, il en est allé tout autrement. L’adjectif, emprunté au français et au latin, se dit d’une personne qui « a des talents variés », d’un esprit « souple », d’un outil (comme le couteau suisse) ou d’un appareil, même d’un avion,  « polyvalent » ou « à usages multiples ». L'anglais n’hésite pas à faire coexister les sens techniques et matériels, se rapportant à des choses, et les sens moraux, se rapportant aux êtres humains. Il semble que le français ait renoncé, en partie, à cela.   

 

 

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