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19 avril 2012

Encore un effort, camarade Grass,

 

 

pour réaliser enfin les promesses de tes dix-huit ans !

 

 

            Dans un poème en allemand de cuisine et en vers de mirlitons, M. Grass, Günther de son prénom, écrivain, a accusé Israël de vouloir mettre à feu et à sang le Proche Orient. En Syrie, des dizaines de milliers de malheureux ont été assassinés ou exécutés en une année ; et c’est Israël qui, selon M. Grass, menace le monde. A Bahreïn, des manifestants pacifistes ont été écrasés par des chars saoudiens ; et c’est Israël qui, selon M. Grass, viole les lois internationales. En Iran, un régime tyrannique se dote de l’arme nucléaire ; et c’est Israël qui, selon M. Grass, ambitionnerait de vitrifier Téhéran ; etc. La population d’Israël ne dépasse pas huit millions d’habitants ; les pays alentour et les pays musulmans dont l’objectif affiché ou dissimulé est de détruire Israël comptent près d’un milliard et demi d’habitants. Les forces en présence sont totalement déséquilibrées : de l’ordre de 5 pour 1000. Pour 5 ou 6 Israéliens qui ne demandent qu’à vivre, il y a 1000 fous furieux qui rêvent de leur trouer la peau ou de les jeter à la mer. Et ce sont les Israéliens qui seraient belliciste !

Depuis plus d’un demi-siècle, Grass est, disent les journaleux, la conscience de l’Allemagne : la mauvaise conscience, devrait-on dire, toujours près d’imputer à crime, de soupçonner, de suspecter, d’accuser ses compatriotes ou les Occidentaux, surtout s’ils sont Américains, et, dans le même temps, d’excuser feu le régime de l’ancienne RDA et feu l’immonde URSS. Pendant un demi-siècle, il a joué le même air de serinette du compagnon de route, moral, progressiste, dissimulé sous le masque social-démocrate, Marx, congrès de Bad-Godsberg, social et démocrate. Partout, il est honoré, fêté, célébré, loué, glorifié, décoré, surtout par ceux qui ne l’ont pas lu, couvert de prix lucratifs et de récompenses diverses, grassement rémunéré pour disserter doctement sur la morale, surtout depuis que lui a été décerné en 1999 le Prix Nobel de littérature, dixit l’académie suédoise, « pour avoir dépeint le visage oublié de l'histoire dans des fables d'une gaieté noire ». « Dépeint le visage oublié de l’histoire » : ces Académiciens font de l’ironie, involontaire bien sûr. Grâce à eux, on apprend que l’histoire avait un visage et que ce visage était tombé dans l’oubli. Pour Grass, en tout cas, pendant un demi-siècle, l’histoire a toujours eu le même visage – celui de sa propre bonne conscience replète, grasse, bouffie, exhibée en sautoir comme les décorations d’un maréchal soviétique. Car Grass vient de révéler son vrai visage, celui que tout le monde a oublié ou n’a pas voulu voir. Il a reconnu, lui le progressiste en diable et tous azimuts, et cela, après soixante ans de mensonges, qu’il s’était engagé, à l’âge de 17 ans, à la fin de l’année 1944, dans les Waffen SS. Dans la notice biographique que diffuse l’Académie suédoise, depuis qu’elle lui a attribué le prix Nobel de littérature, il est écrit ceci : « après avoir servi sous les drapeaux pendant la guerre et avoir été prisonnier des Américains de 1944 à 1946 », etc. Il y a un abîme entre les Waffen SS et un service militaire. Enivré par son aveu, Grass se lance même, dans l’entretien qu’il a accordé le samedi 12 août 2006 au quotidien Frankfurter Allgemeine Zeitung, dans une défense et illustration inouïes des SS : « Pour moi, et je suis sûr ici de mes souvenirs, les Waffen SS n’avaient rien d’atroce, c’était une unité d’élite qui était toujours engagée là où ça chauffait ». Pour moins que ça, on a intenté des procès en sorcellerie à de pauvres types, un peu simplets, qui avaient eu le tort de ne pas se repentir d’avoir servi dans la Wehrmacht.

Personne ne reprocherait à Grass cette erreur, ni même de l’avoir aussi longtemps dissimulée, s’il n’avait pas été, dès qu’il a écrit ses premiers livres, un magistral Professeur de Vertu, un Sermonneur à tous vents et à tout crin, un Inquisiteur d’Etat de première classe, un Commissaire politique acharné, infligeant à ses lecteurs, et à toutes les lignes, d’interminables et assommantes leçons de Droiture, de Courage, d’Engagement, de Sincérité, d’Authenticité, de Transparence, de Sens de l’Histoire, de Progressisme, de Morale, accusant sans cesse ses malheureux compatriotes de x crimes tout en s’exonérant pieusement de toute repentance publique, exprimant à toute occasion sa complaisance vis-à-vis de la RDA et son mépris vis-à-vis de « l’impérialisme américain ». La bonne conscience, il s’en engraissait ; la mauvaise, il en couvrait ses compatriotes dont le seul crime a été de rester passifs entre 1933 et 1945 et, après 1945, de s’être accrochés, pour ne pas mourir de honte, à la RFA démocratique.

Chez les intellos, on ne moufte pas mot, on se tait, on se coud les lèvres, les doigts sur la couture des pantalons, on ne voit plus une seule tête, même pas celle qui dépasse d’habitude. Les organes restent cois. Ils ont perdu la voix d’avoir porté aux nues un ancien des Waffen SS qui semble ne pas regretter ses engagements passés et qui tient Israël pour responsable de tout le Mal du monde. En 2006, les journalistes d’Europe 1 ont annoncé que Grass avait fricoté chez les Waffen SS avec des trémolos dans la voix, comme s’il s’agissait du mariage de Mademoiselle avec le duc de Lauzun. Comment un écrivain si clean, comme on dit en anglais, a-t-il pu leur cacher ses saletés ? C’est que le progressisme, communiste ou non, compagnon de route, de beuveries et de virées nocturnes, est, depuis la fin de la guerre (et ce fut sa seule utilité) la lessiveuse des malpropres. Le blanchiment du passé a pour paradis l’engagement dans l’Armée du Bien. C’est le combat de la Vertu contre le Mal (jamais de gauche, évidemment). Mitterrand a montré la voie. Donnadieu l’a suivi, et Blanchot, etc. Les égarés, sincères ou non, comme Grass, les tièdes comme Sartre, les allumés de l’antisémitisme comme Blanchot, les apeurés et les timides, tous se sont lavés dans la lessiveuse progressiste. 

Pourtant, il ne faut pas trop accabler Grass. Il est plus prudent que les Waffen SS chez qui il combattait au temps de sa jeunesse folle. Il n’accuse pas encore les Israéliens d’être des « semeurs de désordre » ou des « fauteurs de trouble », comme les Juifs sont accusés de l’être dans le Coran. Patience, cela ne devrait pas tarder.    

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