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25 mai 2012

Déontologie (chroniques de la restauration, an I)

 

 

Le mot n’est ni grec, ni ancien, mais il est sinon anglais, du moins emprunté à l’anglais, et récent, donc moderne. Ce sont les philosophes utilitaristes qui l’ont formé à partir de mots qu’ils ont empruntés au grec : « ce qu’il convient de faire » et « le discours, la doctrine ». Il est attesté en français en 1825 dans la traduction d’un ouvrage de Bentham (1748-1832), grand pourvoyeur en moraline et vertuisme pour les rosières de la presse et les bedeaux de la politique. Le mot est si moderne qu’il n’est dans aucune des éditions publiées du Dictionnaire de l’Académie française, ni dans la sixième (1835), ni dans la septième (1879), ni dans la huitième (1932-35). Il faut attendre la neuvième édition, en cours de publication, pour trouver sous la plume des académiciens une entrée « déontologie » : « ensemble de règles de bonne conduite, de morale appliquée », écrivent-ils. Tout cela sent fort le pragmatisme, l’utilité sociale, la petitesse morale, les mœurs rabougries et étriquées, le hallal islamique. C’est, selon les auteurs du Trésor de la langue française (1971-94), qui accordent à la chose ainsi nommée beaucoup trop de hauteur ou trop d’ambitions de pensée, « la théorie des devoirs », du moins dans la seule philosophie morale.

La déontologie est destinée d’abord aux boutiquiers dans le but irraisonné de réduire la concurrence féroce et destructrice qui les oppose. C’est, par extension et employé de façon courante, « l’ensemble des règles morales qui régissent l’exercice d’une profession ou les rapports sociaux de ses membres » (TLF, op. cit.). Les académiciens précisent que le mot « s’emploie généralement à propos de morale professionnelle » (celle des avocats, des arracheurs de dents, des apothicaires, des brasseurs de bière, des brocanteurs, des pilleurs de tombe, des mafieux ou des voleurs à la tire). Tout cela ne sent pas bon. Du temps de Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77), le mot était nouveau et le sens assez obscur : « science des devoirs » - pas les devoirs d’école primaire faits à maison, mais les devoirs sociaux. Pour Littré, c’est un « terme didactique ». S’il y a de la didactique dans la déontologie, alors il faut s’en défier.

Il ne semble pas que s’en défient Monsieur de Hollande, qui restaure le socialisme en France, et son ministre Ayrault de Saint-Herblain, qui a obligé chacun des titulaires d’un maroquin à signer une « charte de déontologie ». On sait ce que deviennent ces bouts de papier : oubliés une fois paraphés et détruits dès qu’ils gênent. Un des articles de cette déontologie oblige les ministres à refuser tout cadeau dont la valeur serait supérieure à 150 euros. Mais, l’encre qui avait servi à écrire cette déontologie n’était même pas sèche que Monsieur de Hollande et sa favorite ont décidé d’offrir à la First Lady des Etats-Unis d’Amérique un sac de couturier de luxe et un nécessaire de toilette de grand parfumeur, le tout d’une valeur de dix à vingt fois supérieure à la limite déontologique. On interdit aux ministres de recevoir des cadeaux, mais on couvre de cadeaux l’épouse d’un chef d’Etat étranger. Oh, la belle déontologie que voilà, qui laisse augurer d’énormes accrocs, mais moins gros que ceux qui échancrent ou trouent la bannière que brandissait Monsieur de Hollande quand il briguait la charge suprême. « Je n’aurai pas autour de moi à l’Élysée des personnes jugées et condamnées », a-t-il déclaré le 14 avril. Un mois plus tard, il en avait trois dans son ministère, et d’abord le premier d’entre eux, Ayrault de Saint-Herblain, chef de la Bannière de la Foi socialiste dans le duché de Nantes. Quinze ans auparavant, la justice, dont le laxisme est connu, l’a condamné à six mois de prison avec sursis et à une forte amende pour avoir confié, sans passer d’appel d’offres, la propagande de sa Bannière à un aigrefin de ses camarades, à charge pour ce dernier de financer la Bannière de son Maître. Le deuxième repris de justice du ministère de Monsieur de Hollande est une reprise de justice : la Baronne Taubira du Moroni, qui représente dans ce ministère les richissimes planteurs de Guyane et qui en 2005 a été condamnée par le tribunal des Prudhommes à payer un an de salaire à une de ses employées, qu’elle faisait travailler gratuitement. Aurait-elle rétabli le hideux esclavage ? On est en droit de se le demander. Le troisième est Monsieur le Marquis de Montebourg, Chevalier de la Foi socialiste et chef de la Bannière de cette même Foi dans le département de Saône-et-Loire. A peine nommé ministre du Redressement, il a été condamné pour insultes publiques. Il y a un siècle, il aurait été envoyé, puisqu’il exalte le redressement, dans une maison de redressement et de correction pour y apprendre la courtoisie et la politesse.

Ayant appris cela, le baron Guerrini, chef des Bannières des départements des Bouches-du-Rhône et de la Corse, le général d’Empire Kucheida, qui commande le département du Pas-de-Calais, et le vicomte Navarro, de la Bannière de l’Hérault, se frottent les mains. Ces chevaliers de la Foi socialiste sont inculpés de détournement de fonds et autres abus de biens sociaux. Désormais, ils savent que la déontologie, la moralité et surtout l’exemplarité, qui sont la devise du nouveau régime, les propulseront sous peu, une fois les condamnations prononcées, au ministère Ayrault de Saint-Herblain. Bon vent !     

Commentaires

Mouaih...

Écrit par : Roger | 28 mai 2012

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