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07 octobre 2012

Compétitivité

 

 

            Voilà un mot de la dernière modernité, et si moderne qu’il a fini par entrer au gouvernement de la France. On aurait pu croire les ministres de la Restauration socialiste ringards, sortis d’un bocal de formol ou préservés de la pourriture par la naphtaline, que nenni ! Ils sont vivants et branchés ; la dernière langue à la mode leur est aussi familière qu’elle ne l’est à Rey.

L’adjectif compétitif, dérivé de la base nominale compétition, est attesté depuis un peu plus d’un siècle. Il a été fabriqué, peut-être sur le modèle de l’anglais competitive, plus ancien, en 1907 pour signifier ce qui « se rapporte à la compétition » (sportive, évidemment) et, en 1954, il a été étendu à l’économie avec le sens de « qui est susceptible d’affronter la compétition » (Trésor de la langue française, 1971-94). Sa modernité explique qu’il ne soit relevé que dans la neuvième édition du Dictionnaire de l’Académie française (en cours de publication depuis 1994). Encore est-ce dans le seul emploi propre à l’économie : « qui peut soutenir la concurrence ; qui est à même de soutenir la concurrence ».

C’est de cet emploi que dérive le nom compétitivité, attesté au début des années 1960 et qui est tenu pour un néologisme par les lexicographes du TLF (1971-94) : « aptitude d’un individu ou d’un groupe à affronter la concurrence » et « le fait de pouvoir soutenir la concurrence » (DAF, neuvième édition). Le mérite de compétitif et de compétitivité est leur clarté ; ils ne sont pas polysémiques ; leur sens ne présente aucune ambiguïté ; l’emploi qui en est fait est à la portée d’un enfant de dix ans, mais apparemment il pose des problèmes insurmontables à un ministre de la Restauration socialiste.

M. le Baron de l’Economie socialiste, ministre placé sous les ordres de M. Pigasse, banquier chez Lazard, grand maître des fusions et acquisitions, et rédacteur en chef du Monde et des Incorruptibles (c’est un éloge ironique !), est le seul qui pourrait dire, s’il parlait latin, « j’ai vaincu à Moscou » ou « j’ai vaincu Moscou » (c’est ironique !). Devant des centaines de micros et de caméras ébahis, il s’est lancé il y a deux ou trois jours dans une longue explication alambiquée de compétitivité. La France a, depuis x années, un déficit commercial de plusieurs dizaines (ou même centaines) de milliards d’euros ; elle importe de plus en plus de biens et en exporte de moins en moins. A n’importe quel citoyen prenant connaissance de ces données, il apparait que la France a un déficit de compétitivité ou qu’elle est moins compétitive que ses concurrents ou encore qu’elle est faible dans la concurrence internationale. Certes, il y a toujours la possibilité de supprimer cette concurrence; pour le moment, celle-ci existe. Mais quand on est ministre du gouvernement de la Restauration socialiste et que l’on est le pantin que fait parler M. Pigasse de Lazard, il est impossible de reconnaître la réalité de cette perte de compétitivité. Alors on louvoie, on hésite, on trébuche, on cache la vérité, on nie le réel, on refuse d’employer tel ou tel mot et on s’installe dans le charabia, qui est le dernier refuge des crétins. Donc, il n’y aura pas de « choc de compétitivité », s’exclame le vainqueur de Moscou, près de s’indigner, parce que choc n’est pas le mot adéquat et que lui, il condamne ce mot. Non, il y aura un « accompagnement de compétitivité », sans doute comme il y a un accompagnement pour les malades à l’agonie, ou mieux, comme l’a déclaré doctement M. Ayrault de Saint-Herblain à la bannière socialiste gouvernementale, une « trajectoire de compétitivité » – oui, une « trajectoire de compétitivité ».

Ce dont on est sûr avec les chefs d’escadrille, c’est qu’ils ne toucheront jamais le fond ou que, s’ils le touchent, ils sont capables de creuser encore pendant des siècles pour éviter des milliers d’autres fonds. En bref, on n’a pas fini de rigoler.

 

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