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28 novembre 2012

Normal

 

 

En latin, norma, auquel est emprunté norme, désigne une équerre, grâce à laquelle un maçon peut construire des angles droits. La norme, c’est de la géométrie pratique des métiers et des savoir-faire. L’adjectif normalis, dérivé de norme et que la langue française a emprunté sous la forme normal, e, aux, es, a pour sens « fait à l’équerre ». Monsieur de Hollande se vante d’être un président normal. La belle tartarinade ! Il n’est pas en angles droits, mais tout en rondeurs. S’il a été fait à l’équerre, c’est avec une équerre molle à la Dali. Quoi qu’il en soit, équerre molle ou équerre dure, personne ne s’abuse sur la normalité du président. Il n’est normal que parce que le prédécesseur ne l’était pas. « L’Autre » ou le « sale mec », comme il l’a nommé en public (il n’a pas osé dire « sale juif », mais c’est tout comme), ou « le salopard », comme il le nommait en privé, était réputé « anormal ». Par opposition ou pour faire la paire, comme dans le structuralisme élémentaire cher aux germanopratins, lui, il se vante d’être « normal ».

En français, ce qui a été retenu de ces deux mots latins, le nom et l’adjectif, ce sont les sens figurés : « règle » ou « modèle » et « qui sert de règle » ou « conforme à la règle », que les auteurs de dictionnaires relèvent au XIXe siècle, car norme et normal sont des mots modernes. En 1835 ou en 1872, les articles consacrés à l’un et à l’autre sont très courts ; à partir de en 1971 (Trésor de la langue française et Dictionnaire de l’Académie française, neuvième édition), ils sont interminables et même sans fin, puisque M. de Hollande, avec son « président normal », a inventé un nouvel emploi que les auteurs de dictionnaires recenseront jusqu’à la fin des temps.

En 1835 (Dictionnaire de l’Académie française), sont relevés deux emplois de normal. Le premier est glosé ainsi : « il se dit principalement des écoles destinées à former des maîtres pour l'enseignement public », une école normale (il y en avait une seule par département) servant de règle pour les autres écoles.  Le second emploi est illustré par état normal (« état » avec un E minuscule – ce n’est pas l’Etat, dont le chef est M. de Hollande), qui "s’emploie surtout en termes d’anatomie") : « état d’un être organisé ou d’un organe qui n’a éprouvé aucune altération ; état ordinaire et régulier ». M. de Hollande n’a subi aucune altération visible (pour ce qui est des invisibles, seule Mme de Maintenant peut en juger). Ce n’est pas sans raison qu’il se targue d’être un président normal. Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77) expose ces deux sens : « qui est conforme à la règle, régulier » (état normal) et « qui sert de règle » (école normale).

Le « président normal » est normal pour deux raisons. Il est conforme à la règle. A peine élu, il prodigue avantages et privilèges à sa clientèle ; il a même offert un TGI à sa bonne ville de Tulle. Et il sert de règle : tous les courtisans se plient à ses consignes et il trace même, comme un bon rédacteur en chef, la ligne politique des médias de France. Que l’on ne s’inquiète pas trop : tout cela n’est que feu de paille et la normalité affichée va vite virer à la pire des anormalités.

 

24 novembre 2012

Le Grand Remplacement

 

 

A porpos de Renaud Camus, Le Grand Remplacement, David Reinharc, 117 pages, 13 €.

 

            Il est quelques ouvrages qui ont façonné la pensée morale ou politique de la France et que l’on peut lire ou relire avec profit même un siècle après qu’ils ont été publiés pour la première fois. Ce sont De la démocratie en Amérique, Les Conséquences politiques de la paix, L’Opium des intellectuels, Race et culture, Histoire de la folie à l’âge classique, Le Bouc émissaire, Cours familier de philosophie politique, La Raison des nations. Espérons que Le Grand Remplacement prendra dans les décennies qui viennent autant d’importance dans la pensée morale et politique que chacun des ouvrages cités ci-dessus. L’ouvrage le mérite. Non seulement dans ces quelque cent vingt pages, Renaud Camus s’exprime dans une langue lumineuse d’élégance et de netteté, mais encore il a le courage de dire sans tabou les bouleversements qui affectent la France et l’Europe et, plus que ces entités juridiques et administratives, les populations qui y sont établies et s’y succèdent depuis la nuit des temps.

La nature de ces bouleversements est condensée dans le vocable « Grand Remplacement », dont la signification est expliquée pages 15, 16, 79, 80, 82, 112. Ainsi, page 112 : « Vous avez un peuple et presque d’un seul coup, en une génération, vous avez à sa place un ou plusieurs autres peuples (…) Le Grand Remplacement, le changement de peuple, (….), est le phénomène le plus considérable de l’histoire de France depuis des siècles, et probablement depuis toujours ». Par ces deux mots, Renaud Camus reprend une boutade de Berthold Brecht, lequel, constatant qu’un gouvernement était mécontent de son propre peuple, s’exclamait : « Dans ce cas, ne serait-il pas plus simple pour le gouvernement de dissoudre le peuple et d’en élire un autre ? » Ce que Brecht prêtait ironiquement à des gouvernants bornés, autoritaires, despotiques, c’était du cynisme et l’absence de tout scrupule. L’ironie de l’histoire est que ce sont les lointains disciples et admirateurs de ce même Brecht qui mettent en œuvre la politique que celui-ci suggérait d’appliquer. Ceux qui, dans les années 1960 et 1970, tenaient la « distanciation » brechtienne pour le nec plus ultra de l’esthétique du théâtre, ont appliqué sans distanciation aucune, cyniquement, brutalement, la politique contre laquelle s’insurgeait leur maître.

Ce phénomène est plus « considérable », pour reprendre le jugement de Renaud Camus, que l’Occupation, la guerre de 1914, la Révolution ou les révolutions de 1789 à 1876, le règne de Louis XIV, et pourtant, de ce grand phénomène historique, il n’est question nulle part dans les médias, essais et discours des hommes politiques. Il est même interdit de le voir, bien qu’il saute aux yeux, et pas seulement dans le 9–3. Chacun le constate et des millions de citoyens en font une expérience ou dramatique ou tragique. Et pourtant, ce phénomène est censé ne pas avoir lieu et il a été décidé une bonne fois pour toutes qu’il ne s’est jamais produit. Le constater serait une illusion des sens… Ce qui se joue en France, c’est, près de quatre siècles après la première représentation, la tragédie de Calderon La vie est un songe, dans laquelle il est montré que le monde n’est qu’illusion, étant tout autre chose que ce que les yeux voient. La différence pourtant est grande. Les spectateurs savent que ce qu’ils voient sur une scène, ce n’est pas « pour de vrai » ; c’est du théâtre ou de l’illusion, ce n’est pas la réalité. Il en va tout autrement du Grand Remplacement. Aux citoyens de ce début de millénaire, ce qui est exigé, c’est de se croire au théâtre et de tenir les réalités qu’ils voient pour les ombres fugitives et éphémères d’une scène, de théâtre public et subventionné, évidemment.

            Pourquoi, comment, par quel biais, à la suite de quels bouleversements il est fait interdiction aux citoyens de voir ce qui leur crève les yeux ? La principale cause tient à l’idéologie. Le Grand Remplacement va à l’encontre de l’idéologie dominante, laquelle, bien qu’elle soit fausse, totalitaire et source de malheurs innombrables, s’est guindée au rang élevé de la morale, de la seule morale qui vaille et donc de la seule morale qui soit. L’idéologie est devenue la seule morale dans cet Empire du Bien qu’est la France fantasmée des médias, des politiciens, des inquisiteurs, des commissaires politiques, des contrôleurs de discours, des chausseurs de lunettes roses et des négateurs du réel. La moraline idéologique justifie la nocence, les nuisances, les crimes, les malheurs : elle approuve donc le remplacement sur le territoire de la France par d’autres peuples, comme elle a célébré naguère les purifications ethniques de l’Algérie et des pays arabes, de l’Allemagne nazie, de la Russie soviétique…  

L’occultation de la réalité est la grande spécialité des « chercheurs » en sciences sociales et autres, lesquels, à force de « chercher », ont fini par trouver un écran qui masque le Grand Remplacement : c’est l’adjectif « français ». Tous ceux qui viennent en France pour se substituer au peuple français sont immédiatement français. N’importe qui peut l’être : il suffit d’un coup de tampon sur un morceau de papier, et une fois l’étranger grimé en naturel, il s’affirme plus français encore que les Français dont les ancêtres sont présents en France depuis des centaines de générations. Si un Français disait en Algérie qu’il est algérien et plus algérien que les indigènes, il se ferait traiter de « raciste » et serait expulsé sur le champ. Donc puisque tous les remplaçants sont français, il n’y a pas de lieu de voir de Remplacement, Grand ou Petit, là où il y a seulement des papiers en règle ou en voie d’être réglés. Cette manipulation s’accompagne d’innombrables mots mensongers : incivilités, quartiers populaires, cités, quartiers sensibles… Tout est pipé : les statistiques, qui servent à cacher dans les chiffres ce que l’on pourrait voir dans la réalité si l’on ouvrait les yeux ; l’histoire de France entièrement réécrite (il n’y a pas de peuple français, c’est l’immigration qui a fait la France, nous sommes tous des immigrés ou des enfants d’immigrés, etc.) afin que soit justifié et accepté le Grand Remplacement, le vocabulaire, qui sert à ne pas dire ce qu’il est interdit de voir.

Pour Renaud Camus, qui se fonde sur des injonctions de Boumediene appelant ses coreligionnaires à conquérir la France et l’Europe, le Grand Remplacement est de la contre colonisation et même de la colonisation au sens propre de ce terme, c’est-à-dire un transfert de populations importantes dans un pays donné. Certes, il reste un abîme entre la colonisation, qui a été, dans l’histoire récente, une mise en valeur de terres incultes, et la contre colonisation, qui est une razzia : on s’empare par cupidité de richesses que leurs détenteurs historiques croient naïvement défendues par le droit ou la morale. La « nocence », la délinquance, les incivilités, la criminalité et les innombrables infractions à la loi, celle de la France, pas celle d’Allah, etc. sont le carburant du Grand Remplacement. Combien d’indigènes, exaspérés par la délinquance les visant, ont-ils été contraints de quitter leur immeuble HLM, leur quartier, leur ville, leur département, pour s’établir ailleurs, laissant le champ libre aux délinquants et à leurs potes ? Des millions ? De cette purification ethnique, qui n’existe pas, il est évidemment interdit de parler. Le changement de peuple n’est pas le fait du hasard. Le phénomène a des causes, lesquelles ne tiennent pas au passé colonial de la France. La Suisse, le Danemark, les pays scandinaves, Norvège, Suède, Finlande, n’ont jamais eu de colonies ; et pourtant, ces pays sont exposés, autant que la France, au Grand Remplacement. La collaboration non plus n’est pas en cause. La Grande-Bretagne qui a résisté dès juin 1940 est touchée elle aussi, plus que les autres pays d’Europe, plus que l’Allemagne. Pour Renaud Camus, ce qui rend possible le Grand Remplacement, c’est la reductio ad Hitlerum : Hitler a commencé dès 1945 une seconde carrière qui dure encore. Il est invoqué à tout bout de champ, en particulier contre ceux qui voient le Grand Remplacement là où il se produit et qui sont assez téméraires ou inconscients pour dire ce qu’ils voient. En un instant, les voilà nazifiés, tandis que les remplaçants, eux, qui vomissent les Juifs, sont assimilés aux Juifs persécutés par Hitler et ses séides.  On comprend que, pour Renaud Camus, il n’y ait de pensée libre en France aujourd’hui que dans l’absence, dans l’ailleurs ou dans l’a-topie ou dans le non-lieu, dans les blancs des cartes, puisque la classe dominante et englobante, à savoir la petite bourgeoisie qui régit la France se conçoit sans extérieur : il n’y a rien d’autre qu’elle et ceux qui n’en sont pas sont condamnés au silence, à ne rien voir, à vivre dans les marges, à rester dans la nuit.  

 

 

             

17 novembre 2012

Coran ou Alcoran

 

 

Le religieusement correct ou la rectitude idéologique ou le catéchisme bien pensant, etc. et tous ces carcans qui emprisonnent le langage et la pensée en obligeant les Français (ou les Européens) à tourner mille fois leur langue dans la bouche avant de s’aventurer à parler de l’islam et de l’Islam, des musulmans ou des mahométans, du Coran et de la Sunna, etc. tous terrains mouvants, minés, interdits, piégés, plus périlleux que les « maelstroms furieux » du Bateau ivre, n’ont cours en France que depuis quelques décennies, plus exactement depuis que les soixante-huitards, prétendument insolents ou anticonformistes, qui interdisaient jadis d’interdire, ont pris le contrôle des media, des lieux de parole autorisés, des associations lucratives sans autre but qu’inquisitorial, etc. où ils imposent leur novlangue doucereuse, mielleuse, toute en euphémismes gluants comme des loukoums et d’où ils interdisent toute pensée qui contreviendrait à leur catéchisme.  

Il n’en allait pas ainsi avant Mitterrand, avant la gauche plurielle, avant les socialos à l’Elysée et avant l’invasion des media par les gauchistes. Alors, chacun avait le droit de dire ce qu’il pensait de l’islam ou de l’Islam, même s’il en pensait beaucoup de mal, sans que des hordes d’inquisiteurs avinés ou haschichés à mort menacent de procès à répétition ou de mort sociale les récalcitrants. C’était le temps, hélas révolu, où la France était un pays libre habité par des hommes libres. Les auteurs des anciens dictionnaires n’étaient pas confits en dévotion islamique et ils ne craignaient pas l’inquisition. Aussi disaient-ils les choses sans fard, comme le montrent les articles qu’ils consacrent au livre sacré des musulmans, l’Alcoran, comme ils l’écrivent, et que les Turcs nomment Alfurcan ou Alforcan. Ce que les auteurs anciens ont compris, c’est la nature juridique de l’islam : « le livre de leur loi », disent-ils à propos de l’Alcoran. Henri Estienne (1549) définit Alcoran ainsi : « il vaut autant à dire comme vraie loi », ce que reprennent Nicot (Le Thresor de la langue francoyse, 1606) et Cotgrave (1611, Dictionarie of French and English Tongues : « the word (Alcoran) signifies a true law »). Dans le Dictionnaire de l’Académie française, de la première à la huitième édition, de 1694 à 1932-35, l’Alcoran est le livre de la loi et la loi est celle de Mahomet : « livre qui contient la loi de Mahomet ; il signifie figurément la loi même » (1694, 1718, 1740, 1762, Féraud, Dictionnaire critique de la langue française, 1788, 1798, 1832-35, Littré, Dictionnaire de la langue française, 1863-77, 1879, 1932-35). Nulle part, il n’est question d’Allah, qui aurait dicté ou soufflé à Mahomet ce livre. Les lexicographes des siècles passés n’étaient pas tenus ou ne se sentaient pas tenus de se plier à une vérité imposée. Pour eux, Allah est muet. Il en va différemment dans la neuvième édition, en cours de publication, où les académiciens montrent patte blanche ou font amende honorable. Ils ne disent plus l’Alcoran, comme au XIXe siècle encore et avant le XIXe siècle, mais le Coran, qu’ils définissent comme le « livre sacré des musulmans » et la « parole d’Allah révélée à Mahomet », se pliant de fait à l’orthodoxie islamique, révérence dont s’abstenaient leurs prédécesseurs. A partir de la cinquième édition (1798), est relevée cette expression : « on dit familièrement, en parlant d’une chose à laquelle on n’entend rien je n’y entends pas plus qu’à l’Alcoran », qui est un peu moins insolente que « se moquer de quelque chose comme de l’Alcoran », où l’Alcoran a été transformé en l’an quarante. L’expression disparaît de la neuvième édition.

Voltaire, dans sa tragédie Mahomet ou le Fanatisme, fait parler Mahomet en ces termes : « Le glaive et l’Alcoran dans mes sanglantes mains // Imposeraient silence au reste des humains ». Au XVIIIe siècle encore, un Français n’était pas obligé de multiplier les circonvolutions pour dire ce qu’étaient l’Alcoran et Mahomet. Ainsi, Thevet, voyageur du XVIe siècle, résume cavalièrement la conquête par l’islam d’immenses territoires : « Omar, disciple de Mahomet, les subjugua et leur enseigna les folies de l’Alfurcan ». De tous les lexicographes anciens, Furetière (Dictionnaire universel, 1690) est sans doute le moins obséquieux : l’Alcoran est le « livre qui contient la loi du faux prophète Mahomet (« faux prophète », il a écrit « faux prophète », le saint homme !). C’est une prétendue conférence de Mahomet avec Dieu et les Anges, dont il dit qu’il a reçu sa loi ». Thomas Corneille (Dictionnaire des arts et des sciences, 1694) est peut-être plus féroce encore : « on peut dire que c’est un galimatias continuel, et sans aucun ordre. Il y a des titres fort extravagants dans la plupart des chapitres, comme des Mouches, des Araignées, et autres semblables ». Dans L’Encyclopédie (1751-65), cette bible des Lumières, le mépris est patent : « c’est le livre de la loi mahométane ou le livre des révélations prétendues et de la doctrine du faux prophète Mahomet ». « Dans toutes les fausses religions, le mensonge a affecté de se donner les traits de la vérité », ajoutent-ils. Il est vrai que les hommes des Lumières avaient en horreur le fanatisme et les fables, sentiment que leurs lointains descendants semblent avoir remplacé par la complaisance ou la dévotion ; ainsi dans le Trésor de la langue française (1971-94), où est énoncée la vulgate moderne : « livre sacré des musulmans, recueil de prédications de Mahomet, à caractère à la fois prophétique et législatif, qui constitue la base de la vie religieuse et politique de l’État théocratique musulman ».

Les encyclopédistes ont le mérite d’esquisser les grandes lignes de la genèse du Coran : « l’opinion commune parmi nous sur l’origine de l’alcoran est que Mahomet le composa avec le secours de Batyras, hérétique jacobite, de Sergius, moine nestorien, et de quelques Juifs ». Ils se réfèrent à l’admirable savant qu’était M. d’Herbelot (Bibliothèque orientale, 1697), lequel « conjecture qu’après que les hérésies de Nestorius et d’Eutychès eurent été condamnées par des Conciles œcuméniques, plusieurs évêques, prêtres, religieux et autres, s’étant retirés dans les déserts de l’Arabie et de l’Egypte, fournirent à cet imposteur (comprendre Mahomet) des passages défigurés de l’Ecriture Sainte et des dogmes mal conçus et mal réfléchis, qui s’altérèrent encore en passant par son imagination : ce qu'il est aisé de reconnaître par les dogmes de ces anciens hérétiques, dispersés dans l’Alcoran. Les Juifs répandus dans l’Arabie n’y contribuèrent pas moins ; aussi se vantent-ils que douze de leurs principaux docteurs en ont été les auteurs (…) Mais les Musulmans croient comme un article de foi que leur prophète, qu’ils disent avoir été un homme simple et sans lettres, n’a rien mis du sien dans ce livre, qu’il l’a reçu de Dieu par le ministère de l’Ange Gabriel, écrit sur un parchemin fait de la peau du bélier qu’Abraham immola à la place de son fils Isaac, et qu’il ne lui fut communiqué que successivement verset à verset en différents temps et en différents lieux pendant le cours de 23 ans. C’est à la faveur de ces interruptions qu’ils prétendent justifier la confusion qui règne dans tout l’ouvrage, confusion qu’il est si impossible d’éclaircir que leurs plus habiles docteurs y ont travaillé vainement ; car Mahomet, ou si l’on veut son copiste, ayant ramassé pêle-mêle toutes ces prétendues révélations, il n’a plus été possible de retrouver dans quel ordre elles ont été envoyées du Ciel ».

Arrêtons-là le massacre. On l’a compris, et tous les extraits le disent avec éloquence, jadis les Français se moquaient des fables à dormir debout ; ils étaient volontiers impertinents, insolents, anticonformistes, persifleurs ; ils ne se prosternaient pas devant les récitants du Coran. Tout cela est révolu. La main mise des socialos et des gauchistes sur l’université, la presse, les media, l’opinion, etc. a mis fin à la pensée libre et à l’expression juste. Les soixante-huitards n’ont pas interdit d’interdire, ils ont interdit de dire et pour cela, ils ont emprisonné la langue afin de tuer dans l’œuf toute pensée libre.

 

 

 

 

12 novembre 2012

Musulman

 

           

Ce mot, nom ou adjectif, est relativement récent dans l’histoire de la langue française. Il est attesté dans la seconde moitié du XVIe siècle et les académiciens l’enregistrent dans la quatrième édition de leur dictionnaire en 1762. L’islam commence au début du VIIe siècle, le mot qui désigne ses sectateurs apparaît en français neuf siècles plus tard. Ce long silence n’en est pas un. Jusqu’au XVIe siècle, et même jusqu’à une date récente, les musulmans n’étant pas désignés par le nom musulmans ou qualifiés de musulmans, mais ils étaient des mahométans, c’est-à-dire des sectateurs de Mahomet, ou des macommetistes, machommetistes, mahometicques, mahumetiques, macometicques, mahumediques. Le mot est emprunté au turc, lequel l’a emprunté du persan (c’est en persan qu’il prend le suffixe –an), lequel l’a emprunté de l’arabe ou, plus dire les choses plus exactement, c’est l’arabe, langue impériale et impérialiste, qui l’a imposé aux peuples non arabes que les arabes ont soumis. En arabe, musulman, c’est muslim.

Pour les auteurs de dictionnaires anciens, le mot n’est pas un nom, mais un titre : « titre que prennent les mahométans et qui signifie vrai croyant, qui met toute sa confiance en Dieu », non pas en Dieu, mais en Allah (DAF, 1762) ; « titre par lequel les mahométans se distinguent des autres hommes et qui signifie dans leur langue vrai fidèle, vrai croyant » (DAF, 1835). Un titre n’est pas un nom. Un nom désigne une réalité du monde, personne ou chose ; un titre est une dignité : « qualité honorable, nom de dignité » (DAF, 1762). Les académiciens, en 1762, illustre ce sens de titre des exemples suivants : « ce Seigneur a le titre de Duc, de Marquis ; cette terre porte titre de Comté ; il se dit héritier d’une telle Maison, Duc d’un tel lieu, mais ce n’est qu’un vain titre, il n’en a que le titre ». Autrement dit, en français, il faut les désigner par le nom de mahométans, musulmans étant le titre (de noblesse) qu’ils se donnent eux-mêmes ou la dignité qu’ils s’attribuent. Mahométan est neutre, musulman est mélioratif. Il y a de l’objectivité dans le premier de ces deux noms, de l’arrogance dans le second.

Apparemment, au terme objectif, les Français préfèrent le mot frelaté pour passer de la pommade dans le dos de ceux qu’ils courtisent ou devant lesquels ils s’aplatissent. Tous les Français ? Non, bien sûr, mais les seuls instruits (de la veille), les docteurs Diafoirus, les sciencieux du social, les prêts-à-tout et surtout au pire. Comme ils sont partout, ils ont imposé leur propre vocabulaire à un peuple, qui n’en peut mais. Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-1877) fait la différence entre mahométan et musulman, lequel est le « nom que les mahométans se donnent » ; de même les académiciens en 1932-1935 : « nom que se donnent les disciples de Mahomet et qui désigne les vrais croyants ».

Cette distinction a fini par s’effacer dans les dictionnaires actuels. Les auteurs du Trésor de la langue française (1971-1994) ne la font plus : « (adjectif) qui se réclame de la religion islamique, qui professe cette religion » et « (emploi substantif) adepte de l’Islam », mot qui aurait dû être écrit sans majuscule, la majuscule distinguant la civilisation (Islam) de la religion (islam). Mais ce Trésor étant l’organe du progressisme bien pensant, ses contributeurs ne s’embarrassent pas de distinctions, du moins quand elles les gênent ou pourraient aller contre leurs engagements, même s’ils citent un extrait « islamophobe » (comme on dit aujourd’hui, quand on exerce le pouvoir) de Guizot, « islamophobe » peut-être, mais objectif et juste : « Les Arabes (...) étaient conquérants et missionnaires (...). Plus tard ce caractère a déterminé le tour fâcheux de la civilisation musulmane ; c’est (...) dans la confusion de l’autorité morale et de la force matérielle, que la tyrannie, qui paraît inhérente à cette civilisation, a pris naissance... ». En 1935, les académiciens distinguaient encore le nom du titre ; dans la neuvième édition en cours de publication de leur dictionnaire, ils renoncent à cette salutaire distinction : « qui professe la religion islamique » (substantif : un musulman, une musulmane ; les musulmans des républiques anciennement soviétiques de l’Asie centrale sont en majorité sunnites).

Il n’en allait pas ainsi au temps où les écrivains, philosophes, savants de France pensaient que le devoir de tout « intellectuel » (pardon pour cet anachronisme) était de dire les choses telles qu’elles sont, sans les enrober de miel ou sans essayer d’en faire des villages Potemkine. C’était à la fin du XVIIe et au XVIIIe siècle, le siècle des Lumières. Elles brillaient alors ; elles sont bien éteintes aujourd’hui. Pour Furetière (Dictionnaire universel, 1690), musulman est « le titre que les mahométans prennent abusivement, qui veut dire en leur langue vrai croyant. Un Turc se fait grand honneur d’être appelé musulman ». Pour Thomas Corneille (Dictionnaire des sciences et des arts, 1694), c’est le « nom qu’on tient avoir été donné premièrement aux sarrasins et que les Turcs se font un grand honneur de porter ; il veut dire en leur langue vrai croyant ». Gilles Ménage (Dictionnaire étymologique, 1694) écrit : « nous appelons ainsi un mahométan. C’est un mot turc, qui signifie un homme qui croit ce qu'il faut croire ». L’Encyclopédie de d’Alembert et Diderot (mazette !) est sans doute l’un des ouvrages les plus « islamophobes » (pardon pour cet anachronisme) qui soient. Alors, elle combattait l’obscurantisme, les ténèbres, l’ignorance. Pour les auteurs de L’Encyclopédie (1751-1772), musulman est le « titre par lequel les mahométans se distinguent des autres hommes ». En d’autres termes, ils chantent Islam über alles. « Les mahométans, ayant établi leur religion par le fer et le feu, massacrant ceux qui ne voulaient pas l’embrasser, et accordant la vie à tous ceux qui l’embrassaient, les appelaient musulmans, c’est-à-dire exempti è periculo (ou soustraits au danger ou arrachés du danger) ; de là il est arrivé par la suite des temps que ce mot est devenu le titre et la marque distinctive de cette secte et a été attaché par eux à ce qu’ils appellent vrais croyants ».

            On peut gager qu’aucun écrivain actuel n’osera mettre dans ses écrits sur les mahométans et le mahométanisme le millième de la vérité et le centième de l’insolence des philosophes des Lumières.

 

 

09 novembre 2012

Refondation

 

 

Le verbe fonder, qui, en latin, signifie « bâtir », mais aussi « établir » et « instituer », fait partie du vocabulaire, riche de significations puissantes, qui définit ou caractérise une civilisation, en l’occurrence celle dont nous sommes les héritiers : la civilisation chrétienne ou judéo-chrétienne et gréco-romaine.

Le sens propre de fonder, attesté au début du XIIe siècle, à savoir « bâtir » ou « mettre les premières pierres ou les premiers matériaux pour la construction d’un bâtiment » (Dictionnaire de l’Académie française, 1694), n’appelle guère de commentaires. Il en va différemment du sens figuré, attesté dès 1160 : « établir, instituer » (une ville, une religion, etc.). Il est exposé ainsi dans le DAF (1694) : « figurément (on dit) fonder un empire, un royaume, un Etat pour dire être le premier à le former, à l’établir, et, fonder un ordre religieux pour dire en être le premier instituteur ». Les académiciens ajoutent que ce verbe se dit « des choses d’esprit, des choses morales et signifie établir sur quelque principe, appuyer de raisons ». Les compléments de ce verbe, employé dans ce sens, sont opinion, prétentions, demandes, espérance en Dieu ». Enfin, « fonder signifie aussi donner un fonds suffisant pour l’établissement, pour la subsistance d’une Eglise, d’une communauté, etc. pour l’exécution, pour l’accomplissement de quelque œuvre pieuse, de quelque chose de louable ». On fonde une église, une chapelle, une messe, un hôpital…

Ces divers emplois sont relevés dans les éditions successives du DAF, comme dans celle de 1835 : « Fonder signifie au figuré établir le premier quelque chose, créer, instituer » (empire, royaume, Etat, république, colonie, ordre religieux, académie, manufacture, religion, doctrine, système…) et « il signifie particulièrement donner un fonds suffisant pour l’établissement et l’entretien de quelque chose de louable, d’utile » (une église, une chapelle, un hôpital, un collège, etc.). Ces sens, tous liés à ce qui s’est fait de grand en deux millénaires en Europe et en France ou ailleurs dans le monde, sont enregistrés dans le Dictionnaire de la langue française (1863-77) de Littré : « figuré, faire le premier établissement d’une chose ; fonder une académie, une colonie, un ordre religieux » ; « léguer, donner un fonds pour l’établissement d’une œuvre religieuse, charitable, littéraire ; fonder une église, un couvent, une chapelle » ; « figuré, établir d’une façon permanente ». Le nom fondation, emprunté au latin, langue dans laquelle il est dérivé du verbe fundare, reprend les divers sens de fonder. Voici quelques-uns de ceux que Littré relève : « Figuré, action de créer quelque établissement » (fondation d’une colonie, d’un hôpital, d’une société savante) et « fonds légué pour une œuvre pieuse ou charitable ou louable d’une façon quelconque ».

           

Parmi les chefs d’escadrille qui composent le gouvernement de M. de Hollande, il en est un qui n’a que le mot fondation ou, mieux encore, refondation à la bouche. C’est l’homme de la boutique et des boutiquiers, qui porte mal son patronyme. Il s’écrie partout « payons », payons », « payons », mais il veut dire « payez », « c’est vous qui paierez » ou « payer, c’est l’emploi de votre avenir ». Sa tâche est de fonder et de refonder l'école, non pas avec son argent, mais avec celui des autres et, parmi les autres, les plus pauvres, les riches s’étant exilés depuis quelque temps vers des cieux moins incléments. La refondation de l’école est son slogan. L’école existe depuis vingt-cinq siècles au moins. Elle a été fondée par les centaines de générations qui se sont succédé en deux mille cinq cents ans. Eh bien, ce ministre se donne pour objectif de refaire ce que des millions d’hommes ont fait - mal selon lui. On se dit qu’il va rétablir la connaissance, le savoir, l’instruction publique, l’accès aux grandes œuvres, etc. Que nenni. Sa refondation, c’est la reprise de la démolition commencée sous Savary, Jospin et Lang. Tout cela serait tragique, si l’on prenait les chefs d’escadrille de M. de Hollande pour autre chose que ce qu’ils sont. Et le tragique s’évanouit d’un coup quand on apprend que la refondation de l’école consiste à ajouter trois jours de congés supplémentaires à la Toussaint aux chers camarades du clergé enseignant et à multiplier les emplois factices pour remplacer les innombrables enseignants absents pendant les semaines qui précèdent ou qui suivent les vacances légales. Pour un ministre, ça, c’est un chef d’escadrille !  

 

           

06 novembre 2012

Pacte

 

 

En latin, pactum, auquel est emprunté pacte, a pour sens « traité », « accommodement », « convention ». C’est dans ce sens que le nom pacte, écrit souvent pact ou pat (Furetière, en 1690, continue à l’écrire pact, bien que Vaugelas, en 1647, ait décidé que « pact ne valait rien du tout » et qu’il fallait y préférer pacte), est attesté au début du XIVe siècle : « li pat vainquent les lois » (les accords sont au-dessus des lois) et qu’il est défini dans les différentes éditions du Dictionnaire de l’Académie française ; en 1694 et 1762 (première et quatrième éditions), « convention » (« il y a pacte entre eux ») ; 1835 (sixième édition) : est ajouté l’emploi de pacte de famille ou « accord fait entre les membres d’une famille souveraine occupant des trônes différents », que Littré définit plus explicitement ainsi : « traité conclu en 1761 entre la France et l’Espagne, par lequel toutes les branches de la maison de Bourbon s'obligeaient à se soutenir mutuellement », emploi qui n’est plus relevé dans la huitième édition (1935) du Dictionnaire de l’Académie française, sans doute parce que les affaires royales étaient devenues désuètes dans une République triomphante. Dans cette édition, le mot n’est plus défini par le seul équivalent convention, mais par la description : « convention qui est, en général, accompagnée d’actes publics qui lui donnent un caractère d’une importance particulière ».

Ce que les académiciens notent en 1694, ainsi que dans les éditions suivantes de leur Dictionnaire, c’est, dans les exemples cités (« cela ne se peut sans pacte avec le diable »), l’emploi de pacte dans un contexte de diableries, cet emploi étant attesté (entrer en pacte avec le diable) au début du XVIIe siècle. Contrairement à ce qui en a été dit, le XVIIe siècle n’a pas été seulement le siècle de la raison, de la mesure, de l’ordre ; il a été aussi celui de l’omniprésence du diable, de l’usage abusif des poisons, du recours à la magie et des croyances superstitieuses. Furetière, bien qu’il fût membre de l’Académie française, n’est pas retenu par les scrupules bienséants de ses collègues. Dans son Dictionnaire universel (1690), il s’étend longuement sur le sens sulfureux de pacte : « il se dit particulièrement des consentements qu’on donne aux impostures et sortilèges de ceux qui prétendent faire des choses merveilleuses par la puissance ou le ministère du Diable : et en ce cas, on distingue un pact exprès, quand on donne un consentement formel à ces impostures ; et un pact tacite, quand on pratique leurs enseignements ou cérémonies sans faire une renonciation expresse à tout commerce avec les puissances infernales », confirmant de fait que le siècle du Roi Soleil a pactisé avec le Diable d’abondance.

 

C’est au XVIIIe siècle, chez Rousseau, que la diablerie entre dans le social et même, comme on dit aujourd’hui, le sociétal : « le pacte social établit entre les citoyens une telle égalité qu’ils s’engagent tous sous les mêmes conditions et doivent tous jouir des mêmes droits » (in Contrat social). Alors se déclenche l’extension de ce nom à toutes les réalités imaginables, à condition qu’elles soient sociales : pacte pour l’emploi, pacte pour le logement, pacte écologique et pacte présidentiel de Madame Royal en 2007 et le maintenant célébrissime PACTE pour la COMPETITIVITE du sieur Gallois, PDG de toutes les entreprises nationalisées ou d’Etat qui sont, ont été ou seront en France. Selon les auteurs du Trésor de la Langue française (1971-1994), à l’origine, pacte serait un terme de droit (« convention expresse ou tacite, en principe immuable, entre deux ou plusieurs parties »), ce que les exemples cités ne confirment pas : « on viole le pacte non écrit qui lie les gens d’une certaine caste ; on devient celui contre qui, s’il s’obstine, tout sera permis » (Mauriac, 1940) ; « l’amitié est un pacte, où l’on fait la part des défauts et des qualités » (Maupassant, 1884). Du droit civil (pacte de préférence, « convention par laquelle le propriétaire d’un bien, pour le cas où il le vendrait, le réserve au bénéficiaire de la clause, de préférence à toute autre personne, pour un prix déterminé ou déterminable ») et du droit international (« accord conclu entre Etats » ; pacte de non-agression, pacte de la Société des Nations, pacte atlantique), le nom pacte passe à l’histoire économique (pacte de famine, « accord qui aurait été conclu entre des financiers au XVIIIe siècle pour s’assurer le monopole des grains »), à la société (pacte social, « convention par laquelle les hommes sont unis en société et défèrent pouvoir et autorité à certains d’entre eux »), à l’économie (pacte colonial, « système élaboré pour régler les relations douanières entre les colonies et les puissances européennes, par lequel le marché colonial est réservé à la métropole et le monopole du pavillon est réservé à la marine métropolitaine »). Outre « convention », les auteurs du Trésor de la Langue française donnent à pacte le sens de « résolution par laquelle quelqu’un décide de rester fidèle à quelque chose » et, par métonymie, celui de « accord constant » avec la chance, l’enfer, la lâcheté, la mort.

Soit le pacte pour la compétitivité. Ce serait de l’impiété inutilement insolente que de supposer que le bureaucrate qui a rédigé ce pacte pour les chefs d’escadrille qui ne volent pas et qui, ne volant plus, sont ministres, députés, sénateurs, maires, présidents de CG, de CR et autres conseils, commissions, comités à jetons de présence, mais tous du même bord que le chef des chefs d’escadrille, a passé un pacte avec le diable ou avec d’autres forces malfaisantes. Il est évident aussi qu’aucune convention n’a été signée entre ce bureaucrate et les citoyens, ni accord, ni traité, ni accommodement. Ce pacte est un énième rapport qui, enfonce les portes ouvertes et qui, pour cacher qu’il les enfonce, est baptisé pacte.

 

01 novembre 2012

Couac et couacs

 

 

Ce mot est une onomatopée, c’est-à-dire que les sons dont il est formé imitent un bruit, un cri ou un son discordant. Il est attesté dans la première moitié du XVIe siècle chez Marot et Palissy : « Le renard d’une vitesse soudaine empoigne la grolle (le corbeau ou la corneille), laquelle ne sut tenir aucune contenance que de faire coua ».

Il n’est enregistré dans les dictionnaires qu’à compter de 1872. Littré le relève dans le Dictionnaire de la langue française (1863-77), en indiquant que le pluriel est couac : « Onomatopée burlesque qui se dit pour exprimer les fautes que font avec les instruments à anche ou à bocal les débutants qui n’ont pas l’embouchure ; on le dit aussi des chanteurs ». Le couac était un cri d’animal ; il devient une fausse note. C’est ce que confirment les académiciens (1932-35) : « onomatopée qui s’emploie pour désigner une fausse note rendue par une voix ou par un instrument de musique », et dans la neuvième édition (en cours de publication) : « son discordant et désagréable émis fortuitement par un chanteur ou par un instrument à vent (on dit aussi canard) ».

Dans le Trésor de la langue française (1971-94), les deux sens, cri d’un animal et fausse note, sont exposés : « Onomatopée du cri du corbeau et, par analogie, d’autres oiseaux » et « note fausse, discordante, produite par un instrument à vent ou un chanteur ». Comme couac est le cri du corbeau, cette onomatopée est aussi employée comme un nom pour désigner un « cri de moquerie dont on poursuit les ecclésiastiques en raison de leurs vêtements noirs comme le plumage du corbeau » et, par métonymie, en argot, un « prêtre » : enfin, ce peut être «un « calembour de mauvais goût ».

Dans aucun de ces dictionnaires, n’est enregistré le sens « figuré » qui obtient un vaste succès chez les mondains et les journaleux au sujet des chefs d’escadrille qui nous gouvernent : « nous », pas d’exagération, ils sont seulement membres d’un gouvernement de la République. Ces gouvernants ne sont ni des corbeaux (encore que quelques-uns d’entre eux croassent quand ils parlent), ni des prêtres (essayez de croasser au passage de Peillon Payez), ni des musiciens, ni des chanteurs, et pourtant ils font couacs sur couacs (au pluriel, couacs prend un s, quoi qu’en ait dit Littré) et vice versa couacs sur couacs, sur tout sujet, à tout moment, à tout propos, comme des chefs d’escadrille apprenant à jouer du pipeau. Certes, M. de Hollande est célèbre par les blagues stupides qu’il raconte à tout moment. Pour lui, un couac est sans doute un calembour « de mauvais goût ».

Si le sens dans lequel est entendu couac dans les médias n’apparaît pas dans les dictionnaires, c’est qu’il est tout moderne : il est juste de la veille. Les académiciens le signalent, mais dans la neuvième édition du DAF : « figuré et familièrement : dans cette alliance, on percevait déjà quelques couacs, quelques dissonances ». Chacun au gouvernement tire à hue et à dia et dissone à la diable.

Il est un autre couac, emprunté aux langues des Caraïbes, qui a pris la même forme que le cri du corbeau. Littré le relève dans le sens de « terre argileuse dont les nègres sont très avides ». Littré, qui est un vrai progressiste, emploie sans retenue le mot nègre et prête aux noirs, qu’il ne connaît ni d’Eve ni d’Adam, des habitudes alimentaires étranges : ils mangeraient de la terre. Il faut vraiment être progressiste, autant que les ministres à couacs, pour croire que les noirs mangent de la terre. Et pourquoi pas des pierres ? Les auteurs du TLF (1971-94) lèvent le mystère. Cette « terre argileuse » est de la « fécule de la racine des maniocs amers, légèrement torréfiés ». Les auteurs de couacs produisent donc de la terre argileuse dans laquelle, par temps de pluie, ils pataugent, s’enfoncent ou glissent. Voilà qui ravit sans doute les rieurs, mais qui désespère ceux qui se font une idée de la France qui ne se réduit pas aux couacs, quelque sens que l’on donne à cette onomatopée.