Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

26 janvier 2013

Otage

 

 

Dans la langue française, jusqu’à la fin du XVIIIe siècle, le mot otage n’a jamais désigné les actes barbares que sont aujourd’hui les prises d’otage ou le sort indigne qui est réservé aux otages. Il est dérivé du nom « hôte » et il a désigné d’abord une maison ou une demeure où était accueilli un hôte. Au XIesiècle, prendre en ostage quelqu’un, c’était l’héberger. L’otage n’était donc pas chez lui, mais chez autrui, celui qui lui offrait l’hospitalité et l’accueillait pour garantir l’exécution d’une promesse ou d’un engagement ou d’un traité. C’est ainsi qu’il est défini dans le Dictionnaire de l’Académie française, dès la première édition de 1694 : « Gage qu’on donne pour la sûreté de l’exécution d’un traité, d’une convention » (exemple : « on a donné six seigneurs en otage ») et le mot « se prend aussi pour les personnes qu’on met en otage ». Dans l’édition de 1762, la définition est plus claire. Un otage est « la personne qu’un général, un prince, un gouverneur de place, etc. remet à ceux avec qui il traite, pour la sureté de l’exécution d’un traité, d’une convention ». Les académiciens ajoutent : « il ne se dit proprement qu’en parlant d’affaires d’État ». Autrement dit un otage n’est jamais retenu contre son gré ; il est toujours volontaire ; il atteste par sa bonne volonté que les engagements pris par son camp seront tenus au iota près. Il sert donc de garantie au respect de la parole donnée ou des engagements pris.  Dans L’Encyclopédie (d’Alembert et Diderot éditeurs, 1751-72), le terme otage relève du « droit politique » et le sens qui y est donné est celui que l’on peut lire dans les différentes éditions du Dictionnaire de l’Académie française : « un otage est un gage de la sureté d’une convention ; l’on joint quelquefois aux traités de paix, pour sureté de leur exécution, des otages, des gages ou des garants. Les otages sont de plusieurs sortes, car ou ils se donnent eux-mêmes volontairement, ou c’est par ordre de leur souverain, ou bien ils sont pris de force par l’ennemi… »

Le sens moderne, à savoir « personne que l’on arrête et détient comme gage pour obtenir ce que l’on exige », commence à être attesté dans un mélodrame de La Martelière qui a été joué pendant la Terreur. Les événements politiques d’alors (massacres dans les prisons, génocide en Vendée, exécutions pour simple divergence d’opinion, etc.) ont sans doute favorisé l’apparition de ces actes immondes, comme l’atteste cet emploi, cité par Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-72) : « loi des otages, loi rendue sous le Directoire et en vertu de laquelle les parents des émigrés étaient responsables de la fuite et des complots de ceux-ci ». Pourtant, les auteurs de dictionnaires, pendant tout le XIXe siècle, n’ont pas jugé bon d’enregistrer ce sens. Ils ont préféré s’en tenir à la définition « chevaleresque » de l’otage : « la personne qu’un général, un prince, un gouverneur de place, etc., remet à ceux avec qui il traite ou qu’il exige qu’on lui remette, pour la sûreté de l’exécution d’un traité, d’une convention » (DAF, 1835) et « sûreté qu’on donne à des ennemis ou à des alliés, pour l’exécution de quelque promesse, en remettant entre leurs mains une ou plusieurs personnes » (Littré, Dictionnaire de la langue française, 1863-77).

 Il faut attendre le XXe siècle, ce sinistre siècle des ténèbres, pour que soit glosé le sens moderne : dans la huitième édition du Dictionnaire de l’Académie française (1932-35) : « il se dit encore de personnes que l’on arrête et que l’on détient, comme une sorte de gage, pour obtenir ou pour arracher ce que l’on exige », dans le Trésor de la langue française (1971-94) : « personne dont on s’est emparé et qui est utilisée comme moyen de pression, de chantage ».

Il suffit de comparer la définition de la neuvième édition du DAF (en cours de publication depuis 1994) : « personne, choisie en général arbitrairement, que des individus détiennent de force et menacent de tuer, pour contraindre une collectivité, un État à céder à leurs exigences », laquelle décrit parfaitement ce que font musulmans, islamistes, djihadistes, etc. partout où ils sévissent, à celle de la quatrième édition de 1762 : « personne qu’un général, un prince, un gouverneur de place, etc. remet à ceux avec qui il traite, pour la sûreté de l’exécution d’un traité, d’une convention », pour prendre conscience que, dans ces affaires-là comme dans tant d’autres, la civilisation, dont les modernes sont si fiers, a surtout régressé et que le progrès s’est fait sans doute, mais vers la barbarie.

 

24 janvier 2013

Consistant

 

 

 

Oui, M. de Hollande a déclaré, il y a quelques jours, à propos de la cosidetta « manif pour tous » du dimanche 13 janvier, qu’elle était « consistante ». Oui, consistante. M. de Hollande parle le français de M. Prudhomme ou de M. Perrichon, mais on ignorait qu’il le parlait aussi mal ou, pour employer ses mots, de façon aussi peu consistante.

Consistant est attesté comme adjectif au XVIe siècle, mais l’emploi premier qui en est fait, comme forme du verbe consister, est antérieur. Dans les quatre premières éditions du Dictionnaire de l’Académie française, de 1694 à 1762, il n’est même pas défini (dans les éditions ultérieures, le sens en est paraphrasé par « qui consiste ») mais seulement illustré par ce même exemple, répété jusqu’en 1835 : « une terre consistante en bois, en terres labourables, prés, etc. ». A la fin du XVIIIe siècle, est relevée l’esquisse du sens moderne de consistant, sens qui est propre d’abord aux sciences physiques d’alors (quelque peu balbutiantes, à dire vrai) : « en physique, il signifie qui a quelque degré de solidité » (1798, 1835).

C’est Littré qui, le premier semble-t-il, donne à la définition de cet adjectif un peu de consistance : « qui a de la consistance » (un système consistant, un homme consistant), « qui a une certaine cohésion » (les corps consistants, des sirops consistants), « qui consiste en, qui est composé de » (un domaine consistant en bois, terres labourables, etc., une escadre consistant en vingt vaisseaux) (Dictionnaire de la langue française, 1863-77).

Les divers synonymes que proposent les auteurs du Trésor de la langue française (1971-94) sont, se rapportant à des choses (sol ou terrain), compact, dur, ferme, solide ; à des liquides (gelée, graisse, huile, pâte, bouillie), épais, pâteux, visqueux ; à des repas ou au petit déjeuner, abondant, copieux, important, solide ; à quelque chose d’abstrait (apparence, image, caractère, plaisir) ferme, résistant, solide, stable. Aucun des emplois de cet adjectif ne se rapporte à des personnes qui se rassemblent pour défendre une opinion.

Ou bien, M. de Hollande est un grand logothète, capable d’inventer de nouveaux mots ou de nouveaux emplois, auquel cas, il mérite d’entrer au Panthéon des Grands Hommes ; ou bien, il connaît admirablement bien le français. En français classique et dans la langue de la religion, les consistants étaient des « pénitents qui, chez les premiers chrétiens, assistaient aux mystères sans pouvoir communier » (Littré, op. cit.) – définition qui pourrait assez bien s’ajuster aux personnes qui protestaient contre le mariage homo. Mais il suffit d’écouter M. de Hollande, orateur médiocre, bien en-dessous de M. Prudhomme, pour se convaincre que ces deux hypothèses (logothète ou grand connaisseur de la langue) forment un costume bien trop grand pour M. de Hollande. On s’en tiendra au premier constat : il parle comme un pied.

 

 

 

 

14 janvier 2013

Homo

 

 

            Homo est, disent les linguistes, un morphème qui sert à former d’autres morphèmes, adjectifs, noms, verbes, tels homogénéiser, homothétique, homogamie, etc. mais qui, à la différence des noms, verbes, adjectifs qu’il contribue à former, n’est pas autonome et ne peut donc pas être employé seul. S’il l’est, comme adjectif ou nom, comme dans « le mariage homo » ou « les homos ont décidé que… », c’est qu’il n’est plus un « élément formant », ni un morphème autonome, mais un adjectif ou un nom.

            Jusque là, pas de difficulté. L’intérêt de ce morphème non autonome est le sens qu’il a aussi bien en français qu’en grec. Homo, en grec et en français, signifie « semblable », « même », « pareil ». C’est une façon de désigner l’identité, non pas au sens d’ipséité, mais au sens de mêmeté. Etre homosexuel(le), c’est préférer le même, le pareil, l’identité, celui ou celle qui est du même sexe que soi, comme d’autres préfèrent leurs frères à leurs cousins, leurs cousins à leurs voisins, leurs voisins à ceux qu’ils ne connaissent pas, ceux qu’ils ne connaissent pas, mais qui sont leurs compatriotes, aux étrangers et, pour couronner le tout, s’ils sont aryens ou musulmans, les aryens aux juifs ou les musulmans aux mécréants…

            Il n’est rien de plus banal, ni de plus commun dans le monde. C’est même la grande loi qui régit l’humanité.

            Même les bien pensants qui larmoient au quotidien Le Monde, même, et surtout devrais-je écrire, les hiérarques socialos ou écolos ou encore les activistes qui avancent à la sauce raciste préfèrent un membre de leur famille à un étranger et, s’ils exercent un semblant de pouvoir, ils sont prêts à prodiguer avantages, passe-droits, sinécures, privilèges aux leurs au détriment des autres et des étrangers. M. de Hollande procède ainsi, comme n’importe quel tyranneau arabe. Il se plie à la grande loi – ce en quoi il fait preuve d’intelligence, puisqu’il sait y adapter ses décisions.

            Le problème, car il y en a un, est que ces militants de l’homo – du pareil, de l’identique, du même – et de la préférence accordée au même sont aussi ceux qui dispensent au monde entier de belles leçons sur l’Autre (qu’ils écrivent avec un A majuscule), sur l’urgente nécessité de s’ouvrir à l’Autre, d’accueillir l’Autre, de se faire Autre. Pure comédie, habituelle tartufferie, simulacre de pantomime, direz-vous. J’en conviens. Le fait est, incontestable, que la différence majeure dans l’humanité, celle qui est la plus malaisée à affronter et à accepter, est la différence sexuelle. La grandeur est de la préserver, pas de la nier ou de la haïr. Or les promoteurs de l’homo, du mariage homo, de l’homophilie et de l’homogamie, etc. haïssent l’Autre, l’hétéro, la différence. Ils sont altérophobes et hétérophobes ; ils ne sont que cela. Ils ne comprennent même pas ce qu’ils font, ni qui ils sont.  

     

11 janvier 2013

Utopie

 

 

En 1516, a été publié un ouvrage dans lequel est décrite une île imaginaire régie par des règles qui alors ont paru idéales ou proches de l’idéal. L’auteur en est Thomas More et le titre Utopia, du nom éloquent que More a fabriqué pour désigner cette île et le système qui la caractérisait. Dans le Complément au DAF (1842), le terme est mentionné comme relevant de la philosophie et il lui est donné une origine inexacte : « Pays supposé par Rabelais ; c’était le royaume de Gargantua. Selon les commentateurs, Rabelais aurait eu en vue le royaume de Navarre, alors presque entièrement envahi par le roi d’Espagne ». En fait, Rabelais, en 1532, emprunte ce mot et la chose à Thomas More : il n’en est pas l’inventeur. Pour de bons humanistes du XVIe siècle connaissant le grec, ce nom était transparent. Ils y ont reconnu le nom grec topos, qui signifie « région » ou « lieu », et le mot de sens négatif « ou ». Autrement dit, ce que dit ce nom du pays qu’il désigne, c’est que ce pays n’existe pas : c’est un non lieu, un lieu de nulle part, une pure fiction. Pourtant, il est des philologues qui ont pensé que la première syllabe « u » n’était pas de sens négatif, mais qu’elle représentait l’adjectif « eu », que l’on trouve dans « euphorie », « Eugène » ou « euphonie » et qui signifie « agréable ». L’utopie, étymologiquement, ne serait pas un non lieu, mais un lieu agréable. Cette double étymologie annonce à la fois l’intérêt et les débats qu’a suscités l’utopie.  

Quoi qu’il en soit, le mot et la chose ont connu un immense succès et une vraie ferveur pendant tout le XVIe siècle. Les occurrences du mot sont innombrables. Huguet (Dictionnaire de la langue française au XVIe siècle) en cite près d’une centaine dans la littérature de cette époque. Celle-ci par exemple illustre parfaitement le besoin d’utopie qui a nourri les hommes au XVIe siècle : « La république d’Utopie, œuvre grandement utile, démontrant le parfait état d’une bien ordonnée police, traduite du latin de Thomas More, chancelier d’Angleterre, lequel sous une feinte narration d’une nouvelle île d'Utopie, a voulu figurer une morale république et très parfaite police ». « République morale » et « très parfaite police » (c’est-à-dire « politique »), on croirait entendre parler M. de Hollande et son acolyte de la Bannière socialiste, M. Ayrault de Saint-Herblain.  

Les académiciens enregistrent le mot à compter de la quatrième édition de leur dictionnaire (1762), distinguant le nom propre ou « titre d’un ouvrage » (celui de Thomas More) de l’emploi figuré qui désigne le « plan d’un gouvernement imaginaire, à l'exemple de la République de Platon ». La définition de l’édition de 1798 est beaucoup plus positive. Il est vrai que la France est en pleine révolution et que, partout, fleurissent des plans de gouvernement idéal : « plan de gouvernement imaginaire, où tout est parfaitement réglé pour le bonheur commun, comme dans le pays fabuleux d’Utopie décrit dans un livre de Thomas Morus qui porte ce titre ». Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77) distingue deux sens, correspondant à deux emplois, l’un comme nom propre (« pays imaginaire où tout est réglé au mieux, décrit dans un livre de Thomas Morus qui porte ce titre »), illustré par l’exemple « chaque rêveur imagine son Utopie (avec majuscule) », et l’autre, comme nom commun de sens figuré : « plan de gouvernement imaginaire, où tout est parfaitement réglé pour le bonheur de chacun, et qui, dans la pratique, donne le plus souvent des résultats contraires à ce qu'on espérait (avec une minuscule) ». C’est aussi chez Littré que le nom utopie est cité, déterminé par des adjectifs de sens négatif, comme dans l’exemple « de vaines utopies », ce qui incite les académiciens en 1879 à rappeler l’étymologie (« il signifie ce qui n'est en aucun lieu, nulle part ») et en 1932-35 à distinguer deux sens figurés, l’un neutre : « conception imaginaire d’un gouvernement, d’une société idéale », l’autre étendu et défavorable : « par extension, il se dit d’une chimère, de la conception d’un idéal irréalisable ». C’est aussi, dans ses grandes lignes, la définition que l’on peut lire dans le Trésor de la langue française (1971-94) : « plan imaginaire de gouvernement pour une société future idéale, qui réaliserait le bonheur de chacun » ; « système de conceptions idéalistes des rapports entre l’homme et la société, qui s’oppose à la réalité présente et travaille à sa modification » (« le système travaille à (sa) modification » - celle de la réalité présente : on croirait lire de la propagande PC ou Front de Gauche) ; « idées qui participent à la conception générale d’une société future idéale à construire, généralement jugées chimériques car ne tenant pas compte des réalités ».

Dans les dictionnaires, il n’est cité aucun exemple faisant référence aux utopies réelles et effectivement réalisées dans des sociétés données : l’URSS, la Chine, la Corée (du Nord), le Cambodge (de Pol Pot), Cuba, etc. Pourtant, le XXe siècle a été le siècle des utopies, non pas les utopies livresques, mais les utopies devenues réalités, et toutes ces utopies ont produit comme mêmes effets des meurtres de masse, des malheurs innombrables, l’esclavage. Si l’humanité a été heureuse dans les utopies, mais personne ne peut le prouver, c’est dans l’au-delà. Les utopies font de la vie un enfer et de la mort un paradis.

 

05 janvier 2013

Sultan

 

 

 

 

Le sens de ce mot, emprunté à l’arabe où il signifie « pouvoir, autorité, domination », ne soulève pas de difficulté. Attesté dans l’ancienne langue française sous la forme soudan (« prince souverain mahométan »), puis à compter du début du XVIe siècle sous sa forme actuelle, il désigne le souverain de certains pays musulmans. Richelet (1680, Dictionnaire français des mots et des choses) et Furetière (1690, Dictionnaire universel) relèvent les deux formes : le sultan, « c’est le grand seigneur », le soudan, « un prince souverain de quelque pays et qui faisait hommage au grand seigneur » (Richelet) ; le sultan est un « titre qu’on donne aux empereurs d’Orient » (« ce mot est turc et signifie Roi des Rois »), le soudan ou soldan, un « prince mahométan » (Furetière). Les académiciens n’enregistrent que sultan : « titre qu’on donne à l’empereur des Turcs et à tous les princes de la religion mahométane » (DAF, 1694, 1762 et suivantes ; Littré, Dictionnaire de la langue française, 1863-77). C’est aussi, à peu de choses près, la définition que l’on peut lire dans le Trésor de la langue française (1971-94) : « dans les pays musulmans ou fortement islamisés, chef temporel puis souvent également spirituel, souverain d’un État plus ou moins important » et « souverain de l’Empire ottoman » (synonymes Grand Seigneur, Grand Turc).

A partir de cet emploi objectif et de pure désignation s’est développé dans la seconde moitié du XVIIIe siècle un sens figuré ou étendu : « despote, tyran ». Le fait que ce sens figuré se soit développé à partir de la façon tyrannique dont le pouvoir est exercé au nom de l’islam et par les musulmans illustre ce qu’est l’autorité ou la domination « en terre d’islam ». Les auteurs de L’Encyclopédie (d’Alembert et Diderot éditeurs, 1751-72) sont les premiers à porter un jugement, sans doute hostile ou méprisant, mais assez juste à dire vrai et fort lucide, sur la réalité des pays musulmans : « Le sultan, est-il écrit à l’article portant ce titre, exerce sur ses sujets l’empire le plus despotique ». Suit un exposé argumenté qui justifie le despotisme attribué à ce pouvoir : « selon la doctrine des Turcs, leur empereur (à savoir le sultan) a le privilège de mettre à mort impunément chaque jour quatorze de ses sujets, sans encourir le reproche de tyrannie, parce que, selon eux, ce prince agit souvent par des mouvements secrets, par des inspirations divines (comprendre : allahiques), qu’il ne leur est point permis d’approfondir ». Ce despotisme n’est guère efficace, les sultans étant souvent « exposés à la fureur et à la licence d’un peuple furieux et d’une soldatesque effrénée qui les dépose et les met à mort, sous les prétextes les plus frivoles ». Bien entendu, l’étiquette met entre les sultans et leurs sujets la plus grande distance possible : « on n’aborde le sultan qu’avec beaucoup de formalité ; nul mortel n’est admis à lui baiser la main (de peur qu’elle ne soit mordue ?)… Le sultan n’admet personne à sa table ; nul homme n’ose ouvrir la bouche sans ordre dans son palais ; il faut même y étouffer jusqu’aux envies de tousser ou d’éternuer ; on ne se parle que par signe ; on marche sur la pointe des pieds ». Le pouvoir exercé par le sultan est absolu et sans limite : « les résolutions prises par le sultan passent pour irrévocables, quelque injustes qu’elles soient ; il ne peut jamais se rétracter. Ses ordres sont reçus comme s’ils venaient de Dieu même (comprendre : Allah), et c’est une impiété que d’y désobéir ; quand il veut faire mourir un grand vizir, il lui signifie sa sentence par écrit… Le vizir obéit sans hésiter, sans quoi il serait déshonoré et regardé comme un impie et un excommunié ».

Au XVIIIe siècle, les « intellectuels » ou ce qui en tenait lieu ne se prosternaient pas devant les tyrans. Ils n’essayaient pas non plus d’abuser leurs contemporains en leur racontant des histoires à dormir debout sur les lumières de l’islam, sur « notre ami le Roi », sur l’émir du Qatar ami de la France, sur la modération et la tolérance des Séoud qui se succèdent sur le trône d’Arabie, sur Bouteflika ou Saddam Hussein, etc. etc. etc.

Le sens figuré de sultan est relevé dans les éditions de 1798, 1835, 1879 du DAF : « il se dit figurément et familièrement d’un homme absolu, tyrannique », dans le DLF de Littré (« figuré, par extension, il se dit d’un prince absolu comme les sultans » ; « figuré et familièrement, homme absolu, tyrannique ») et dans le TLF : « vieilli, homme qui, par son état, sa situation, ses actes, présente certaines caractéristiques propres à un sultan ».

Il fut un temps, bien révolu hélas, où les intellectuels ne se berçaient d’aucune illusion sur la brutalité tyrannique des pays et communautés islamiques, comme s’il était dans la nature de l’islam d’engendrer un pareil despotisme, non éclairé évidemment, sauf par les musulmans dits « modérés », quand il ont trop picolé au H. Cette insolence ancienne est en train de disparaître. Dans le TLF, le sens despotique est tenu pour vieilli et les académiciens en 1932-35 (huitième édition du DAF) ne l’enregistrent pas, ouvrant des brisées sur lesquelles marchent aujourd’hui tous ceux qui pensent bien. C’est pourquoi l’Elysée et Matignon viennent d’attribuer le grade de chevalier de la Légion d’honneur à un des thuriféraires établis en France de ces pouvoirs tyranniques, le sinistre imam Obrou. En matière de prosternation devant le despotisme incarné, il est difficile de faire plus servile.     

 

 

02 janvier 2013

Métèque

 

 

Ce nom est attesté en français à compter du milieu du XVIIIe siècle et avec le sens que metoikos (en latin metoecus) avait en grec : « étranger domicilié à Athènes ». Les académiciens, qui l’enregistrent à compter de la septième édition (1879) du DAF, le présentent comme un « terme d’antiquité » : « nom à Athènes des étrangers domiciliés qui jouissaient des droits civils, mais non des droits politiques » (1879), « nom donné en Grèce aux étrangers domiciliés qui jouissaient des droits civils, mais non des droits politiques » (1932-35) et, propre à l’antiquité grecque, « nom donné, sans valeur péjorative, aux étrangers établis dans une cité, qui jouissaient des droits civils, mais non des droits politiques » (neuvième édition, en cours de publication depuis 1994). Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77) en fait un terme propre à l’antiquité grecque : « à Athènes, étranger domicilié », formé, écrit-il, d’un mot indiquant changement » (meta) et « d’un autre signifiant maison, demeure » (oikos – c’est donc quelqu’un qui a changé de résidence et qui, de chez lui, s’est établi à Athènes) – ce que confirment les rédacteurs du Trésor de la langue française (1971-94) : « (Histoire grecque) étranger domicilié dans la cité, protégé par la loi et soumis, d’une façon générale, aux mêmes obligations militaires et fiscales que les citoyens, sans être admis, toutefois, à la citoyenneté ».

C’est à quelques détails près le statut juridique des étrangers qui aujourd’hui résident légalement en France, mais qui ne sont pas soumis à des « obligations militaires » - les Français non plus d’ailleurs. Pourtant, il ne viendrait à l’idée de personne de désigner ces étrangers du nom de métèques. La prudence a rendu ce mot tabou ; il est désormais banni du vocabulaire, bien qu’il n’ait rien d’infamant. Ce qui en rend l’emploi impossible, c’est sa valeur péjorative. Au début du XXe siècle, métèque, utilisé hors de ce contexte de l’antiquité grecque, a désigné péjorativement des étrangers : « il se dit, en mauvaise part, d’étrangers séjournant dans un pays » (DAF, 1935) : « par extension, péjorativement, personne, souvent étrangère, dont l’aspect exotique, l’allure, le comportement n’inspirent pas confiance » (TLF, 1971-94 ; ou encore : « par extension (métèque) s’emploie parfois, dans une intention insultante, pour désigner un étranger ou une personne d’origine étrangère » (DAF, neuvième édition).

Voilà comment un nom qui désignait objectivement des personnes sans porter sur elles le moindre jugement est devenu inemployable. Il n’est pas le seul de ces mots parfaitement honorables qu’un usage abusif a relégués dans les culs de basse fosse de la langue : les bien pensants et dominants actuels en éliminent ainsi des dizaines chaque mois.

 

 

01 janvier 2013

Voeux

 

 

Arouet le Jeune souhaite à ses lecteurs tout ce qu'il est de règle de souhaiter un premier janvier : réussite, bonheur, santé, plaisir, etc.

 

 

En 2007, ce « blog » a eu 47850 lecteurs et 101986 pages ont été lues ; en 2008, les chiffres ont été respectivement de 63788 et de 126418 ; en 2009, de 91444 et de 235194 ; en 2010, de 105081 et de 288658 ; en 2011, de 147.154 de 439.229.  

 

En 2012, la NLF a eu 157.902 visiteurs qui ont lu 490.182 pages.