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16 février 2013

Abrutis !

 

 

            Abrutis ! Voilà un mot qui, prononcé à l’Assemblée nationale (sise dans l’ancien palais de ces ducs de Bourbon qui ont appris la politesse et à la courtoisie à la France – leçons dont M. le baron Bartolone, de la noblesse d’empire, a été apparemment privé), du « perchoir » et par le président en personne de cette assemblée d’élite, résonne comme un programme politique et peut servir d’emblème ou même d’étendard (« nous sommes tous des abrutis, première, deuxième, troisième génération ! ») au camp de celui qui le profère. En bref, il est, comme on dit, emblématique.

            Le mot, adjectif ou nom, est une forme (le « participe », dit « passé) du verbe abrutir, attesté au XVIe siècle et qui, dès qu’il entre dans la langue française, en concurrence avec abêtir d’abord, a le sens que lui donne sa formation (il est dérivé de brute) : « rendre (quelqu’un) comme une bête brute » ou "rendre stupide comme une bête brute" (Dictionnaire de l’Académie, de 1694 à 1935). Les causes de l’abrutissement sont l’alcool, le vin pris avec excès, le bruit, une chaleur très forte, une émotion violente, l’excès de travail, les sévices, la propagande, etc. Si l’on choisit le baron Bartolone, ce sous-orateur de cabaret, comme sujet d’observation, c’est la politique ou la passion partisane ou l’esprit militant qui rabaisse l’homme au rang de la bête stupide. Evidemment, les lexicographes actuels affinent la définition de ce verbe qui leur paraît, à juste titre peut-être, trop brute. C’est « diminuer les qualités physiques, intellectuelles ou morales de quelqu’un » ou « s’abaisser jusqu’à ressembler à une bête par le visage, par un amoindrissement important de son activité intellectuelle, de ses qualités morales » ou même « diminuer par un effort excessif ou mécanique sa valeur humaine et notamment intellectuelle » (Trésor de la langue française, 1971-94) et c’est « amoindrir les facultés intellectuelles », « rendre incapable de réflexion personnelle, abêtir » ou même « fatiguer, étourdir » (Dictionnaire de l’Académie, neuvième édition, en cours depuis 1994).

            L’adjectif et le nom abruti (e, s, es) sont d’un usage fréquent depuis le XIXe siècle et toujours dépréciatifs. Ce sont des injures « modernes ». Injures ? N’exagérons rien. Dans la bouche de M. le baron Bartolone, abrutis n’est pas une injure, mais un miroir. C’est de lui-même et de ses gentils camarades qu’il parle. Les Français traités d’abrutis par cet individu devraient être flattés de constater qu’ils obligent par leur seule présence la Bête stupide (ou immonde ?) à sortir de sa tanière et à se montrer au grand jour. L’abrutissement ne suffit pas, il faut aussi que le monde entier soit informé de cet état.  

 

 

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