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28 février 2013

Hessel

 

 

Le voyage en Indignistan d'Orimont Bolacre (J’y crois pas !, David Reinharc, 2011, 32 pages).

 

Orimont Bolacre a 31 ans ; Monsieur Hessel en a 93. Orimont Bolacre est tantôt chômeur, tantôt travailleur précaire, allant de petits boulots en petits boulots et de CDD en CDD ; Monsieur Hessel est retraité de la très haute fonction publique, nationale et internationale. Orimont Bolacre sait ce qu’est la nécessité ; Monsieur Hessel ne connaît que le superflu. Orimont Bolacre vit dans un petit deux-pièces d’un immeuble de « quartier suburbain » ; Monsieur Hessel, après avoir hanté les ors des palais de la République, jouit de ses rentes. Tout les oppose donc – et d’abord l’échelle sociale, l’un tout au sommet, l’autre tout en bas ; et pourtant l’un et l’autre s’indignent, le nanti de la façon dont va le monde où, pourtant, tout lui sourit, le travailleur des indignations du rentier du haut de l’échelle.    

On sait – et il est sans doute utile de le rappeler – à quel point la posture « anciens combattants » et « héros de Verdun » a empoisonné la vie publique dans les années 1930, au point de faire du « Vainqueur de Verdun » le « Sauveur de la France », c’est-à-dire celui qui l’a conduite aux abîmes. Les anciens de la France libre auraient pu, ayant accédé au pouvoir en 1958, étaler leur vanité d’anciens combattants. Instruit par l’histoire et mû par de hautes ambitions, De Gaulle s’y est refusé, préférant la politique à la manipulation des esprits. Stéphane Hessel, 93 ans, n’a pas ces scrupules – et ceux qui le manipulent encore moins, car, sans une logistique capitaliste digne d’une armée en campagne, ce « tract payant » qu’est Indignez-vous n’aurait jamais été tiré en quelques jours à des centaines de milliers d’exemplaires, traduit dans cinq ou six langues – ou plus encore -, déposé en des centaines d’exemplaires dans tous les points de vente de France (et même du monde où l’on parle le français), sans la moindre rupture de stock.

Que répondre à Hessel ? Et fallait-il répondre à la campagne de désinformation à laquelle il sert, la bonne conscience repue, de caution ? Par des haussements d’épaules ? Par un ricanement à la Muray : « sois rebelle et tais-toi » ou « laisse tinter le tiroir-caisse » ? Par une argumentation serrée ? Mais que peut-on arguer à une émotion larmoyante de grenouilles de mosquée ? Orimont Bolacre a opté pour une solution élégante, ne serait-ce que par respect pour le très grand âge : faire semblant de prendre au sérieux ces indignations et les confronter à la réalité des choses. C’est de la naïveté à la Candide ou de l’ironie à la Socrate, mais le résultat est désopilant – et dévastateur pour les innombrables marionnettistes qui font s’agiter le rentier.         

Orimont Bolacre a perdu la journée où il a lu Indignez-vous en démarches à la caisse de Sécurité sociale de sa ville, à la C.A.F. et au Pôle emploi : formulaires à remplir, attestations à demander, pièces justificatives à montrer, files d’attente, etc. Nulle part dans ces lieux il n’a vu les populations étrangères refoulées, persécutées par la police, interdites de guichets, etc. comme l’affirme Hessel l’indigné : au contraire, partout, dans les bureaux de la Sécurité sociale, de la C.A.F., du Pôle emploi, elles viennent en très grand nombre jouir des droits que la République accorde à tous, qu’ils soient français ou étrangers, sans discrimination. Monsieur Hessel s’indigne aussi que la presse et les médias soient aux mains des nantis – ce qui indigne à juste titre Orimont Bolacre, car, dans la presse qu’il lit et dans les médias, radio ou télévision, qu’il écoute et regarde, il n’entend à chaque instant que les mêmes discours de nantis, ceux-là mêmes que tiennent Hessel l’indigné et tous ceux qui s’indignent de conserve avec lui, au point que les Français sont devenus dans leur for intérieur des traducteurs, habitués à transposer dans un français clair la langue de béton (« jeunes », « quartiers populaires, » « zones sensibles », « cités en difficulté », etc.) par laquelle les indignés à la Hessel cachent aux Français la réalité du monde. Monsieur Hessel s’indigne de l’existence d’une circulaire sur l’Education signée en 2008, mais jamais il ne s’indigne, lui qui a bénéficié dans sa jeunesse d’un enseignement d’excellence, de la disparition de tout enseignement digne de ce nom dans les écoles, collèges et lycées, cela sous la houlette de son pote Jospin et de ses potes socialos et gauchistes – enseignement dont n’a pas pu bénéficier Orimont Bolacre, qui s’en indigne à juste titre. Monsieur Hessel, né à Berlin, de parents allemands, s’indigne que l’Etat juif d’Israël mène une politique agressive, violente, fasciste ou même raciste à l’encontre de ses voisins. Ce qui indigne Orimont Bolacre, c’est l’israélophobie de Monsieur Hessel, une obsession anti-israélienne qui se double d’un silence assourdissant sur les dictatures qui mettent aux fers les peuples voisins d’Israël. Un Ambassadeur de France n’aurait-il aucune information sur les violations systématiques des droits de l’homme en Syrie, en Arabie, en Egypte, en Libye, en Tunisie, en Algérie – violations qui ne suscitent chez lui ni ire, ni réprobation, ni condamnation ? Il n’y a pas deux poids et deux mesures, mais un poids unique et pas de mesure du tout. Hessel fait dans l’outrance mensongère : plus la charge est lourde, plus il est béat.

L’éditeur de Monsieur Hessel a trouvé dans l’indignation un filon qui va rapporter gros. Cet éditeur, dont la maison de commerce est à l’enseigne des Editions Indigène, est un vieux cheval de retour. Militant stalinien (comprendre « communiste »), puis maoïste (comprendre « hyper stalinien ») dans les années 1960, pote à l’inénarrable Sartre, il a fait, non pas dans la négation, mais dans l’apologie du crime contre l’humanité : quatre-vingt dix millions (au minimum) de morts, quatre génocides, des massacres à la pelle, l’esclavage rétabli, des délires racistes, ce qu’il essaie d’oublier par l’indigénisme. Lui et sa femme ne jurent plus qu’aborigènes, autochtones, indigènes, cultures en voie de disparition, Tibet, peuples exotiques et lointains : c’est leur nouvelle raison sociale. Hessel est né à Berlin, de parents allemands, de grands-parents allemands. En France, il est tout, sauf un indigène, toujours du bon côté du manche et toujours prompt à défendre les droits des colons contre les indigènes qu’il condamne au silence et couvre de honte. L’indigène Orimont Bolacre a eu au moins le courage de lui répondre.

 

 

22 février 2013

Carence

 

 

Ce nom est emprunté au « bas » latin ou au latin tardif carentia, signifiant « privation » ou « indigence » et dérivé du verbe carere, « manquer de quelque chose ». Il est enregistré dans le Dictionnaire de l’Académie française à compter de 1798 comme un « terme de pratique », c’est-à-dire de droit ou de jurisprudence. L’emploi qui en est fait ou en serait fait alors se limite au « syntagme » procès-verbal de carence : « procès-verbal qui constate qu’un défunt n’a laissé aucun bien » (1835, 1879). Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77) élargit le procès-verbal de carence aux constats d’huissier : « procès-verbal qui constate qu’un défunt n’a rien laissé ou qu’un débiteur est sans ressources ». En 1935, les académiciens notent, comme Littré, que le mot est employé en dehors de ce seul syntagme : « absence totale ou presque totale d’effets mobiliers dans une succession ou de meubles dans une saisie d’huissier » et « par extension, (le mot) désigne l’insolvabilité d’un débiteur ».

C’est dans la langue moderne que ce terme de droit, prenant le sens général de « manque », « insuffisance », « absence », s’étend à d’autres réalités que les procès-verbaux de notaire ou d’huissier : à l’éducation (« les incroyables carences d’éducation dont souffrent certains parmi ceux qui entrent dans nos facultés ? », 1966), à l’armée (les carences du commandement), aux devoirs (les carences d’une institution), à la médecine (carence de vitamines), à la psychologie (carence affective, maternelle, familiale) et surtout à la législation sociale, comme l’indiquent les lexicographes du Trésor de la langue française (1971-94) : « délai de carence (à l’occasion d’une interruption ou d’un arrêt de travail), délai pendant lequel le travailleur salarié ne perçoit pas les indemnités normalement servies par les assurances sociales ».

Cet emploi « hypermoderne », que les ministres de la Restauration socialiste ont remis au goût du jour, n’est pas relevé dans la neuvième édition du Dictionnaire de l’Académie française (en cours de publication depuis 1994). Pour les académiciens, il existe, pour carence, un emploi propre au droit (« absence de biens meubles saisissables lors d’une saisie d’huissier ou d’un inventaire »), à la morale et aux devoirs (« le fait pour une personne, un organisme, une autorité, de ne pas remplir ses devoirs, de manquer à ses obligations »), à la psychologie (« insuffisance de la présence morale des parents au cours de l’éducation d’un enfant »), à la pathologie (« insuffisance ou absence de certains éléments indispensables à la nutrition, au développement ou à la survie de l’organisme »). Que de carences ou les carences sont partout !, pourrait-on conclure, ce qui est fort paradoxal dans une société d’hyperconsommation et de surabondance. C’est au moment où les Français ne manquent de rien qu’ils font un usage étendu et quasiment illimité du mot carence, employé au pluriel, sans doute pour exagérer les manques et faire passer ceux qui se plaignent pour des victimes.

C’est d’ailleurs ce que les « nantis » de France, à savoir les fonctionnaires, ont réussi à faire accroire à leurs ministres fonctionnaires ou à leurs fonctionnaires de ministres. Entre fonctionnaires et socialistes de surcroît, il est facile de gober ou de faire gober les mêmes fables. Supprimer le (seul) jour de carence, c’est favoriser la croissance illimitée de l’absentéisme, donner le coup de grâce aux finances publiques qui sont à l’article de la mort et bien entendu discréditer la politique : tout pour les copains et les crétins. La vicomtesse Lebranchu, de la bannière socialiste des Côtes-du-Nord, a été maoïste quand elle avait vingt ans ou plus : elle sait comment conduire un pays jusqu’au fond de l’abîme. Les fonctionnaires croient dur comme fer qu’ils seront préservés de la catastrophe, sans doute par un tour de magie. Les naïfs, ils ne comprennent pas qu’ils creusent leur propre tombe et celles de leurs enfants à qui, comme les défunts sans le sou ou comme les faillis sans ressource, ils ne laisseront rien. Alors le procès-verbal de la France en carence, c’est-à-dire en faillite, dans le sens que le mot avait au XIXe siècle selon Littré, pourra être dressé.

 

 

 

 

16 février 2013

Abrutis !

 

 

            Abrutis ! Voilà un mot qui, prononcé à l’Assemblée nationale (sise dans l’ancien palais de ces ducs de Bourbon qui ont appris la politesse et à la courtoisie à la France – leçons dont M. le baron Bartolone, de la noblesse d’empire, a été apparemment privé), du « perchoir » et par le président en personne de cette assemblée d’élite, résonne comme un programme politique et peut servir d’emblème ou même d’étendard (« nous sommes tous des abrutis, première, deuxième, troisième génération ! ») au camp de celui qui le profère. En bref, il est, comme on dit, emblématique.

            Le mot, adjectif ou nom, est une forme (le « participe », dit « passé) du verbe abrutir, attesté au XVIe siècle et qui, dès qu’il entre dans la langue française, en concurrence avec abêtir d’abord, a le sens que lui donne sa formation (il est dérivé de brute) : « rendre (quelqu’un) comme une bête brute » ou "rendre stupide comme une bête brute" (Dictionnaire de l’Académie, de 1694 à 1935). Les causes de l’abrutissement sont l’alcool, le vin pris avec excès, le bruit, une chaleur très forte, une émotion violente, l’excès de travail, les sévices, la propagande, etc. Si l’on choisit le baron Bartolone, ce sous-orateur de cabaret, comme sujet d’observation, c’est la politique ou la passion partisane ou l’esprit militant qui rabaisse l’homme au rang de la bête stupide. Evidemment, les lexicographes actuels affinent la définition de ce verbe qui leur paraît, à juste titre peut-être, trop brute. C’est « diminuer les qualités physiques, intellectuelles ou morales de quelqu’un » ou « s’abaisser jusqu’à ressembler à une bête par le visage, par un amoindrissement important de son activité intellectuelle, de ses qualités morales » ou même « diminuer par un effort excessif ou mécanique sa valeur humaine et notamment intellectuelle » (Trésor de la langue française, 1971-94) et c’est « amoindrir les facultés intellectuelles », « rendre incapable de réflexion personnelle, abêtir » ou même « fatiguer, étourdir » (Dictionnaire de l’Académie, neuvième édition, en cours depuis 1994).

            L’adjectif et le nom abruti (e, s, es) sont d’un usage fréquent depuis le XIXe siècle et toujours dépréciatifs. Ce sont des injures « modernes ». Injures ? N’exagérons rien. Dans la bouche de M. le baron Bartolone, abrutis n’est pas une injure, mais un miroir. C’est de lui-même et de ses gentils camarades qu’il parle. Les Français traités d’abrutis par cet individu devraient être flattés de constater qu’ils obligent par leur seule présence la Bête stupide (ou immonde ?) à sortir de sa tanière et à se montrer au grand jour. L’abrutissement ne suffit pas, il faut aussi que le monde entier soit informé de cet état.  

 

 

11 février 2013

Dégager

 

 

Le verbe dégager employé à la deuxième personne du singulier de l’impératif, « dégage ! », est devenu le nec plus ultra de la pensée politique « engagée » (dégager va de soi quand on est engagé) ou le slogan préféré des musulmans et des gauchistes ou, pour faire court, des islamo-gauchistes. C’est l’injonction comminatoire adressée à la France par des fous furieux : « la France, dégage » ou « Hollande dégage » (du Mali ou de Tunisie) ou adressée par les gauchistes français ou par les musulmans français à l’encontre du juif et fils d’immigré Sarkozy « Sarko dégage ». C’est aussi le slogan qui s’est répandu comme la peste à Tunis, au Caire, en Lybie ou en Syrie lors des prétendues révolutions « arabes » ou pendant le cosidetto « printemps arabe ». De printemps, il n’y a pas eu, non plus que de révolution, mais il en est resté le slogan répété par les foules atteintes de psittacisme, que ce soit en France, en Europe, au Proche-Orient ou en Afrique. Voilà un verbe devenu mot d’ordre politique en arabe et qui connaît un destin hors du commun, ce qui en rend nécessaire l’examen.

Rien ne prédisposait ce verbe à devenir un slogan politique et encore moins à entrer dans la langue arabe, cette langue qui est supérieure, de milliers de coudées, à toutes les langues qui existent, qui ont existé ou qui existeront sur la Terre, parce que c’est la langue d’Allah en personne et de son messager « chair et os ».

Ce verbe est attesté au XIIe siècle et le premier sens dans lequel il est employé est celui de sa formation : dérivé du nom gage, il signifie « retirer ce qui était en gage » (chez l’usurier ou au Mont de Piété ou au Crédit Municipal). « Retirer ce qu’on avait engagé » (une terre, des pierreries, un manteau), écrivent les académiciens (1694), et « retirer ce qui était engagé, ce qui avait été donné en hypothèque, en nantissement, en gage » (de 1762 à 1935 et à la neuvième édition, en cours de publication). D’autres lexicographes reprennent cette définition : Littré en 1863-77, les linguistes du Trésor de la langue française (1971-94), lesquels notent cependant qu’entendu ainsi, dégager est ou serait « vieilli ». Ce qui ne laisse pas d’étonner, c’est l’ampleur de l’éventail des sens de ce verbe dans la langue moderne. Il est en usage en chimie, en mathématiques, en météorologie, dans les finances, dans des sens figurés (dégager sa parole, dégager un soldat : « ne plus payer ses gages, le congédier »), en médecine, dans le vocabulaire de l’escrime et de la danse, et même du vêtement… En bref, c’est un feu d’artifice. Pourtant, aucun des lexicographes cités ne relève l’emploi injonctif et absolu (sans complément) de ce verbe dans le vocabulaire de la politique, sinon les linguistes du TLF, qui expriment volontiers leur fierté d’avoir conçu un dictionnaire « exhaustif », qu’ils ont nommé, pour cela, trésor, et qui se targuent de cet anticonformisme qui leur fait accepter tous les emplois, même les plus récents ou les plus bizarres, mais qui citent cet emploi dans une « remarque ». « En emploi absolu et à l’impératif, le verbe est fréquent en langue populaire ». Et de citer un extrait du Feu (1916) de Barbusse : « Dégagez, vous autres ! Ben quoi, dégagez, que j’vous dis ! (...) Allons, oust, la fuite ! J’veux plus vous voir dans le passage, hé ! ».

L’exposé des académiciens (neuvième édition, en cours) est sans doute plus complet. Cet emploi injonctif dépend du sens « faire qu’une chose ne soit plus obstruée, encombrée, dissimulée, etc. ». On dégage un couloir, un passage, une porte, un monument, la voie (ferrée) ; et, dans la langue populaire, qui n’est pas nécessairement celle du peuple, mais qui peut être, comme elle l’est aujourd’hui en France, celle des nantis et des élites : « dégager les lieux ou, elliptiquement, dégager, vider les lieux, s’en aller ». C’est désormais dans ce sens que le verbe « dégage » est en usage en arabe :

 دﺟاج

Sans doute faudrait-il écrire le premier avec trois points souscrits, au lieu d’un seul. Peu importe d’ailleurs. Le fait essentiel est l’appropriation par les arabes de cette injonction (ce qui prouve la profondeur de leur pensée politique et la grandeur de leurs ambitions), qui est devenue l’alpha et l’oméga de l’imaginaire politique de la Tunisie, de l’Egypte, de la Libye, de la Syrie et bientôt du Maroc, de l’Algérie, de l’Arabie, du Qatar ? A moins qu’elle ne devienne, comme elle semble y être destinée, l’horizon unique des quartiers, cités ou autres banlieues (à qui est adressée l’injonction ? A ceux à qui elle est proférée ou à ceux qui la profèrent ?), et même des partis politiques extrémistes, du type NPA ou PdG ou SFIC ou PC, qui s’empressent tous de répéter l’injonction, comme les valets répètent les ordres de leurs maîtres.

  

06 février 2013

Procréation, Assistance, Médecine

 

 

 

Dans le syntagme figé « procréation médicale (ou médicalement ?) assistée », tous les vocables font difficulté.

Dans le Dictionnaire critique de langue française (1788), Féraud remarque au sujet de procréation et de procréer, qui signifient « génération » et « engendrer », que ces deux mots « ne se disent sérieusement qu’en style de pratique » (ce sont des termes en usage au Palais (de justice) dans les procès) et que « hors de là, on ne peut s’en servir qu’en plaisantant ». Avec la procréation des socialos, il est évidemment hors de question de plaisanter : ce serait un crime de lèse-majesté. Dans L’Encyclopédie (d’Alembert et Diderot, 1751-74), la procréation, terme de jurisprudence, « est la génération des enfants ; c’est un acte qui est du droit naturel et qui est commun aux hommes avec tous les autres animaux ». Les socialos, écolos et autres gauchos veulent faire basculer ce terme du « droit naturel » vers l’artifice, c’est-à-dire la négation du droit, sous le prétexte que la procréation peut être effectuée par la technique médicale. Pendant huit siècles, puisque procréation est attesté au début du XIIIe siècle, en 1213 justement, le mot a signifié « génération » ou « action de procréer » - rien d’autre – et la chose était de la seule responsabilité d’un homme et d’une femme, qui n’avaient pas besoin d’un médecin manieur d’éprouvette pour faire cela. La seule question soulevée était celle des limites à mettre à la procréation, étant entendu qu’il n’était pas du destin des femmes de mettre au monde vingt enfants en vingt ans. Mais, apparemment, cela est en train de changer. Le syntagme figé procréation médicalement assistée est enregistré dans la neuvième édition du Dictionnaire de l’Académie française (en cours de publication depuis 1994). 

En latin, il n’est pas d’équivalent du nom assistance, mais seulement le verbe adsistere, qui a deux sens : « se placer auprès de quelqu’un, s’arrêter auprès de quelqu’un » ou « s’arrêter en se tenant droit, se tenir debout ». Le sens moderne « venir en aide à quelqu’un » n’est pas exprimé par l’équivalent du verbe latin assistere. En 1680, pour Richelet (Dictionnaire français des mots et des choses), l’assistance est ou bien une « assemblée de personnes qui sont présentes à une action publique » ou bien une « aide », un « secours » ; assister, c’est « être présent, être spectateur de quelque chose, se trouver en un lieu » et c’est aussi « aider, secourir ». De même, Furetière (1690, Dictionnaire universel) : « prêter secours à quelqu’un » et « être présent ». Ce sens, ainsi que le nom assistentia, sont propres à la langue latine de la chrétienté. Saint Augustin emploie assistentia au sens d’« aide ». Autrement dit, assister dans le sens d’aider et assistance dans le sens d’aide sont deux mots chrétiens ; et depuis un siècle ou plus, ces mots sont dévoyés, dans la procréation assistée par exemple. Le monde est plein d'idées chrétiennes devenues folles, disait un sage : encore une. Littré (Dictionnaire de la Langue française, 1863-1877) note que le nom assistance s’étend à tout ce qui est social ou y ressemble : « assistance publique, ensemble de l’administration et des établissements qui viennent au secours des malades et des nécessiteux ». Le sens social se développe au XXe siècle, grand siècle de la religion sociale. Dans la huitième édition (1932-35) du Dictionnaire de l’Académie française, il est relevé les emplois suivants : œuvres d’assistance, assistance judiciaire, assistance privée (ou « secours de tout genre donné par les sociétés particulières »). Le développement du sens social entraîne la lente disparition du vieux sens de « présence », mentionné comme rare ou vieilli dans le Trésor de la Langue française (1971-94). Même le sens ancien attesté au XVe siècle, « action d’aider quelqu’un dans ses fonctions », a vieilli, au profit du sens, « action de secourir quelqu’un », propre à la législation sociale. Ainsi, chez Jaurès : « les dépenses vraiment communes et humaines, dépenses pour les travaux publics, pour l’instruction à tous ses degrés, pour l’assistance et l’assurance sociales, ne représentent encore qu’une faible fraction des budgets d’Etat ». En un siècle, tout ce dont Jaurès notait l’absence est devenu présence massive : la « fraction des budgets d’Etat » est presque le tout ; le social qui était réduit à la part congrue est devenu l’essentiel : assistance éducative, judiciaire, médicale gratuite, psychiatrique, publique, et même dans le domaine international : assistance technique des Nations Unies, internationale, nucléaire, maritime. Même les sociétés d’assurance vendent de l’assistance aux personnes dans le monde entier. En un siècle donc, le mot a été accaparé par les juristes et autres spécialistes du social et la chose qu’il désigne fait la seule activité des « acteurs sociaux ». Même la procréation relève de l’assistance et même la médecine. Naguère, il était entendu que le but de la médecine était de soigner les malades ; aujourd’hui, c’est à elle qu’il incombe d’offrir du confort ou de satisfaire des envies puériles.

Voilà qui donne une image fidèle de l’ordre nouveau de la France ou, comme on voudra, des rets dans lesquels, peu à peu, elle agonise. 

 

 

02 février 2013

Gestation

 

 

 

En latin, le nom gestatio, dont a été emprunté au XVIe siècle gestation, est dérivé du verbe gestare, qui signifie, entre autres sens, « porter çà et là », « porter sur soi », « transporter » et « se faire porter en litière ». Ce nom latin désigne l’action de porter ou la promenade en litière ou en voiture. C’est dans ce dernier sens qu’il survit dans la langue de l’ancienne médecine de la Renaissance sous la forme gestation : « sorte d’exercice propre à stimuler les forces ». Dans L’Encyclopédie (d’Alembert et Diderot, 1751-72), ce terme de « gymnastique médicale » est défini ainsi : « sorte d’exercice d’usage chez les Romains pour le rétablissement de la santé ; il consistait à se faire porter en litière, en chaise, ou à se faire traîner rapidement, soit dans un charriot, soit dans un bateau sur l’eau, ainsi de donner au corps du mouvement et de la secousse ». Les médecins anciens, comme Celse, ont prescrit cet exercice pour traiter les « maladies chroniques ». Les encyclopédistes ajoutent (c’est très sérieux, ils ne plaisantent pas !) : « nos médecins modernes recommandent aussi la gestation dans des voitures un peu rudes, et non pas dans celles qui mollement suspendues indiquent des sybarites dans une nation guerrière : toute gestation où l’on se sent à peine mouvoir ne peut produire aucun effet ». A Rome, les malades y préféraient la « promenade à pied » ou la promenade d’après-dîner.

            C’est ainsi que les auteurs de dictionnaires définissent la gestation : « sorte d’exercice en usage chez les Romains pour le rétablissement de la santé ; il consistait à se faire porter en chaise ou en litière, à se faire traîner rapidement dans un chariot ou dans un bateau, afin de donner au corps du mouvement et de la secousse » (Dictionnaire de l’Académie française, 1762, 1798, Littré 1863-77). C’est Féraud (in Dictionnaire critique de la langue française, 1788) qui le premier indique le sens moderne, qui concurrence le sens ancien : « grossesse des animaux ». Féraud précise : « Pour les femmes, on dit grossesse ». A partir de 1835, les académiciens enregistrent le sens moderne : « état d'une femelle qui porte son fruit et le temps que dure cet état » (la femelle pouvant être une femme : la gestation de la femme est de neuf mois), tandis que le sens ancien disparaît peu à peu. Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77) fait de gestation un « terme d’histoire naturelle » : c’est « l’état des femelles des mammifères qui ont conçu ; durée de cet état », sans préciser si cet état se dit aussi des femmes. En 1932-35, les académiciens franchissent le pas et incluent les êtres humains dans la gestation : « état d’une femme enceinte, d’une femelle qui porte son fruit, et le temps que dure cet état » (Dictionnaire de l’Académie française). C’est aussi ce qu’en disent les auteurs de dictionnaires actuels, le Trésor de la langue française : « activité physiologique ou état d’une femelle vivipare à partir du moment où elle est enceinte jusqu’à l’accouchement » (synonyme (en parlant d’une femme) grossesse) et l’Académie (neuvième édition, en cours de publication) : « (physiologie) état d’une femme enceinte ou d’une femelle vivipare gravide ; le temps que dure cet état, entre la conception et la naissance ».

            La grande affaire des petits amis et très riches marquis de M. de Hollande et de son gouvernement, c’est la cosidetta « gestation pour autrui ». Une femme, car seule une femme peut le faire, les hommes n’en sont pas (encore) capables (mais cela ne saurait tarder, si M. de Hollande y fait travailler ses juristes et communicants), porte l’embryon d’une autre femme et donne naissance à l’enfant de cette autre. La première, dite « mère porteuse », généralement très pauvre, compte sur son ventre pour ne pas mourir de faim ; la seconde, qui ne porte pas encore de nom (mère par procuration, par substitution, par transaction ?), généralement très riche, y trouve le confort. Comme les anciens très riches et très décadents Romains, elle paie (sans doute mal) des porteuses qui la promènent en litière. Remake des reines fainéantes des vieux livres d’histoire. Tout cela pue le fric, le fric, le fric. On rétablit l’esclavage pour le confort de quelques-uns et –(z)unes, tou(te)s LGTB, (non ?) « gendré(e)s », tou(te)s fervent(e)s admirateur(trice)s des milliardaires PB ou autres. Ces très riches marquis sont « de gauche » ou se disent « de gauche » ; ils sont progressistes à tout crin ; ils achètent des corps pour assouvir des désirs enfantins, mais la baronne Taubira du Moroni, Dame Duflot et le sieur Ayrault de Saint-Herblain les approuvent, les soutiennent, les financent sans doute. Les enfants pour soi nés à la suite d’une gestation lucrative à l’étranger seront même automatiquement français, a décidé la Baronne. Qu’en pensent ses amis guyanais ? La gestation, c’est, mais pas pour tous, la promenade de santé en litière tandis que le « travail » est fait par les malheureuses du tiers-monde qui ont besoin de quelques centimes d’euros pour nourrir leurs enfants et qui sont soudain réduites au statut de femelles. Et tous ces marchandages plus immondes que la Bête du même nom n’existent que pour satisfaire les caprices des homos et des homos(es) !