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15 mars 2013

Embaumer

 

 

Dérivé du nom baume, ce verbe est attesté dans la seconde moitié du XIIe siècle et dans l’ancienne langue française, il est employé dans ce sens que relèvent les académiciens dès 1694 : « remplir de baume et d’autres drogues pour empêcher la corruption » (« il ne se dit que des corps morts »).

D’une édition à l’autre du Dictionnaire de l’Académie française, la définition se fait plus précise et « descriptive », sans doute pour compenser par quelques détails la désuétude dans laquelle est tombée la pratique de l’embaumement : « remplir un cadavre de substances balsamiques, de drogues odorantes et dessiccatives, pour empêcher qu’il ne se corrompe » (1835). Ou bien ce sont les exemples qui transforment le dictionnaire en petite encyclopédie : « les anciens embaumaient leurs morts par l'emploi de goudrons, de substances aromatiques et balsamiques » (DAF, neuvième édition, en cours de publication depuis 1994). Littré, conscient de la disparition de l’embaumement en Europe, a compris la nécessité d’en expliquer le principe : « remplir un corps mort de substances balsamiques, pour le préserver de la putréfaction » (Dictionnaire de la langue française, 1863-77). Les exemples cités par Littré relèvent d’un dictionnaire de choses : « le moyen le plus habituel employé par les Égyptiens pour embaumer les corps était d’en saturer chaque partie avec de l’asphalte » ou « les substances les plus employées aujourd’hui pour embaumer sont le deutochlorure de mercure, une solution d’acétate ou de chlorure d’alumine poussée par les artères, ou de chlorure de zinc avec addition d'hyposulfite de soude ».

            Le totalitarisme païen et ses pompes ayant plus ou moins disparu dans le monde, on aurait pu penser que l’embaumement, qui y est étroitement lié, disparaîtrait lui aussi. Eh bien non. Il prospère chez les progressistes à tout crin et chez les révolutionnaires dernier cri, les progressistes de chez progressiste et les révolutionnaires de chez révolutionnaire. Ils ressuscitent l’embaumement : voilà donc Lénine, Staline, Kim Il Sung, Mao et le tout dernier de la liste, Chavez, embaumés, comme s’ils étaient de vulgaires pharaons de l’Egypte antique, celle de l’esclavage à outrance et du cléricalisme obtus. Les progressistes et les révolutionnaires seraient-ils d’affreux réactionnaires qui se vêtent de l’ample manteau du progressisme pour tromper les dupes ?

Quoi qu’il en soit, ces embaumements, qui ne sentent pas bon, ont une raison d’être, qui est de santé publique : couvrir les mauvaises odeurs qui se dégagent des révolutions en putréfaction. Car, ce verbe a un second sens, qui apparait dans l’histoire de la langue quelques décennies après le premier. C’est « parfumer, remplir de bonne odeur » (DAF, 1762). L’exemple qui illustre ce sens est il vient une odeur de ces oranges qui embaume toute la maison. Embaumer un autocrate, quel qu’il soit, mais seules les « révolutionnaires », sinon dans les actes, du moins dans les discours, sont embaumés, c’est tenter en vain de mêler aux odeurs de putréfaction qu’exhale le régime que le cadavre a mis en place des parfums d’encens, quitte à vaporiser sur la charogne d’abondants volumes de parfum.

 

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