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28 mai 2013

Suppression du mot "race"


 

            Selon les anciens ethnographes, les peuples « primitifs », comme étaient nommés alors les sauvages, refusent de dire les mots désignant des réalités désagréables ou des entités hostiles, de peur que le seul prononcé du mot tabou ou interdit (en novlangue métissée, on dit désormais « haram ») ne fît advenir l’entité menaçante ou ne produisît les réalités que l’on s’efforçait d’éviter à tout prix.

            C’est ainsi qu’en usent les députés actuels (pas tous, les seuls socialos, écolos, cocos) qui non seulement s’indignent que les citoyens ne soient pas aveugles et voient ce qu’ils ne devraient pas voir, mais exigent aussi qu’ils soient muets. Voilà pourquoi ils ont décidé de biffer le vieux nom français race, fort bénin pourtant, puisqu’il désigne une lignée de femmes et d’hommes, du texte de la Constitution, et cela parce qu’ils sont persuadés, les bougres, qu’en supprimant race, ils feront disparaître le racisme. Vaste programme, mais ils ne sont pas près de s’attaquer au racisme primaire de l’islam qui sévit partout en France. Sous peu, ils vont interdire chômage, crimes, meurtre, guerre (mais surtout pas djihad) pour faire disparaître les réalités détestables que désignent ces mots.

On pensait naïvement que les peuples primitifs vivaient dans des forêts reculées, impénétrables, à l’écart de la civilisation honnie ; eh bien non, ils sont installés au Palais Bourbon et au Palais du Luxembourg, au cœur de Paris et au cœur du cœur de la France. Et ce sont ces primitifs qui font les lois ! Pas de panique, ils se contentent d’avaliser les lois des commissaires européens ou celles que leur transmet, pour aval, le gouvernement.

 

            Le mot race étant tabou ou « interdit de séjour » dans la langue française (ce qui doit faire une belle jambe à cette langue, déjà fort méprisée et maltraitée par les « primitifs » de l’Assemblée nationale et par leurs affidés), comment désigner des peuples ou des groupes d’individus, « différents » et qui se définissent eux-mêmes par des traits singuliers relatifs aux costumes, aux coutumes, aux manières de faire, au langage, aux croyances, traits dont ils sont fiers et auxquels ils ne veulent en aucun cas renoncer ? Le mot le plus proche de race est ethnie, calqué du grec. Le remplacement ne saurait tarder, d’autant que surfer sur la mode « ethnique » est commercialement très rentable : ça fait vendre des disques, des coiffures, des tissus, de la mangeaille immangeable, des films, des documentaires, des émissions de télévision, des hommes et des femmes politiques, etc.

Ethnie, emprunté au grec ethnos, est attesté en français depuis la toute fin du XIXe siècle. Il n’est pas dans la huitième édition du DAF (1932-35), mais dans la neuvième édition, en cours de publication depuis 1994 : « Ensemble d’individus que rapprochent des traits communs, notamment une relative unité d’histoire, de langue, de culture et, le plus souvent, la référence à une occupation actuelle ou ancienne d’un territoire » (exemple : « les Québécois constituent une ethnie en même temps qu’ils appartiennent à la nation canadienne »). C’est aussi la définition qu’en proposent les auteurs du Trésor de la langue française (1971-94) : « groupe d’êtres humains qui possède, en plus ou moins grande part, un héritage socioculturel commun, en particulier la langue ».

L’adjectif ethnique, emprunté au latin, lequel l’a emprunté au grec, est plus ancien que le nom, étant attesté dès le XIIIe siècle. Il figure donc dans les anciens dictionnaires : « Les auteurs ecclésiastiques emploient le mot ethnique pour dire gentil, païen, idolâtre » et « les grammairiens appellent mot ethnique celui qui désigne l’habitant d'un certain pays ou d’une certaine ville ; français, parisien sont des mots ethniques » (DAF, 1762, 1798, 1835, Littré, DLF, 1863-77). En 1932-35, les académiciens établissent un lien entre race et ethnique, faisant de l’adjectif un synonyme de racial : « qui tient à la race » (exemples : « caractères, différences ethniques »).

            Autrement dit, la race, chassée par la porte, revient par la fenêtre ethnique. Faudra-il interdire aussi ethnie et ethnique, en dépit de la hausse des ventes et des recettes de l’Etat, grâce à la TVA et aux différents impôts sur les sociétés, que produit la mode ethnique ?  En 1956, dans un ouvrage au titre messianique, Tiers monde, l’ethnie était distinguée de la race en ces termes : « La plus répandue des confusions est celle qui substitue la race à l’ethnie et réciproquement. (...) L’ethnie (est) le groupement naturel pour la détermination duquel entrent en ligne de compte surtout la culture et la langue, tandis que la race est un groupement déterminé par les savants ». Et pan sur le bec de la science (la sociale, évidemment) : la voilà accusée de justifier l’existence des races qu’elle est la seule à distinguer.

            Le plus divertissant dans le remplacement d’un mot jugé nauséabond (on a du flair au Palais Bourbon !) par un autre tenu pour bénin est l’aveuglement des marteleurs de mots. Le mot nauséabond n’est pas celui qui est accusé de l’être. Race en effet est un mot anodin, fort bénin et dont la signification est clairement expliquée dans les dictionnaires qu’apparemment les députés ne consultent pas. Savent-ils seulement lire, ces néo-primitifs ? Ethnie en revanche n’est pas anodin. C’est un des théoriciens du racisme, Vacher de Lapouge, qui, en 1896, l’a introduit en français dans Les sélections sociales, cours libre de science politique professé à l’université de Montpellier. Autrement dit, le racisme que l’on prétend combattre le matin est glorifié l’après-midi. Vacher de Lapouge, qui était comte, ne se contentait pas d’être aussi un pédago, car, comme tout pédago qui se respecte, il était athée et socialiste. Il a fondé avec Jules Guesde le Parti ouvrier français avant de rejoindre la SFIO, ou Section française de l’Internationale ouvrière, la deuxième, celle de Marx, et ancêtre du parti socialiste. Dès lors les choses sont claires. Les primitifs du Palais Bourbon connaissent les textes fondateurs. En supprimant le très quelconque race, ils laissent le champ libre au très raciste ethnie, invention d’un camarade théoricien du racisme. Comme eux ?

 

 

Commentaires

Très logique démonstration !

Si l'homme a des tyrans , il les doit détrôner.

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Descends du haut des cieux,auguste Vérité!
Répands sur mes écrits ta force et ta clarté.

Écrit par : amédée | 29 mai 2013

Très logique démonstration !

Si l'homme a des tyrans , il les doit détrôner.

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Descends du haut des cieux,auguste Vérité!
Répands sur mes écrits ta force et ta clarté.
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Nous autres ,( faux députeux , sénateurs ) , sur notre petit tas de boue, nous ne concevons rien au-delà de nos usages.
( Micromégas)

Écrit par : amédée | 29 mai 2013

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