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24 juin 2013

Privilèges

 

Privilèges de tout type, de toute sorte, de toute espèce, himalaya de privilèges et autres avantages indus mais acquis, etc.

 

 

Dans la langue latine du droit, le nom privilegium désignait une loi (lex, legis) qui concernait un particulier (privus) ou une personne unique, soit que la loi en question ait été hostile à cette personne, soit qu’elle lui ait été favorable. Il est acclimaté en français sous la forme francisée de privilège à la fin du XIIe siècle.

            Dans le Dictionnaire de l’Académie française en 1694, il a le sens de « faculté accordée à un particulier ou à une communauté de faire quelque chose à l’exclusion de tous autres » (1762 : « faculté (…) de faire quelque chose ou de jouir de quelque avantage à l’exclusion des autres ») et aussi « d’acte qui contient la concession du privilège ». Les « sociétés » d’Ancien Régime étaient des sociétés de privilèges, c’est-à-dire de lois spécifiques dont jouissaient les communautés, les corps, les corporations, les jurandes, les familles, même les plus petites et les moins influentes, et, en conséquence, les personnes, même les plus pauvres, qui étaient membres de ces communautés, corps, corporations, familles, etc. Chacun jouissait de privilèges, certes spécifiques et différents les uns des autres, mais, de ce point de vue, il y avait égalité : les privilèges étaient pour tous, chacun avait ses privilèges, dont il excipait volontiers pour défendre ses droits, ses revenus, son niveau de vie ou celui de ses enfants, l’Ancien Régime ignorant l’universalité des lois, règles, règlements, etc. Dans les anciens dictionnaires, cet état de choses, qui nous semble, à nous modernes, incompréhensible, tant nous aspirons au nivellement ou à l’arasement de ce qui dépasse ou à la destruction des différences, est assez bien décrit par cette autre définition (1694, 1762, 1798, 1835), qui confirme l’universalité des privilèges : « privilège se dit de toutes sortes de droits, de prérogatives, d’avantages attachés aux charges, aux emplois, aux conditions, aux états, etc. ». Ainsi le privilège de librairie, d’imprimerie ou d’édition, garantissait à un libraire le droit d’exploiter pendant x années l’ouvrage qu’il avait fait imprimer… Le privilège protégeait aussi les créanciers qui avaient « le droit, établi par la loi, de se faire payer sur certains objets préférablement à tous autres créanciers, à cause de la qualité de leur dette ».

            Les révolutionnaires ont réussi à faire accroire à l’injustice des privilèges, abolis par la porte en 1789 et rétablis par les fenêtres grandes ouvertes, mais sous une autre forme, dès le lendemain. Car, s’il est un pays dans le monde qui étouffe sous des montagnes de privilèges, c’est bien la France et même, comme dirait un idéologue jadis célèbre, la seule France. Evidemment, le nom privilèges est tabou et il est interdit de le prononcer, les privilèges étant habilement dénommés avantages ou hypocritement grimés en mesures de justice ou qui rétablissent une justice longtemps bafouée. Récemment, dix députés (c’est fort peu, à peine 2% des 577 élus de la Nation) ont demandé à ce que soient abolis les privilèges (retraites scandaleusement avantageuses, réserve personnelle, plus de 70000 euros de revenus défiscalisés chaque année, possibilité d’acquérir un bien avec de l’argent public, etc. etc. etc.) dont ils jouissent et dont ils ont honte, alors que les sénateurs et autres politiciens régionaux n’ont pas honte des privilèges encore plus nombreux qui leur sont prodigués.

Il est d’autres privilèges dont jouissent les fonctionnaires et assimilés pour ce qui est des pensions et qui ne sont pas près d’être, non pas supprimés (ne rêvons pas), mais diminués, par exemple par alignement des droits sur le lot commun. L’ineffable M. Ayrault de Saint-Herblain, chef de la bannière socialiste de Bretagne et des Pays de la Loire, a désigné, pour proposer des réformes à son gouvernement, un de ses clients et obligés, dame Moreau, 68 ans, camarade de chez camarade et fonctionnaire de chez fonctionnaire, fonctionnaire camarade ou camarade fonctionnaire. Si dame Moreau, dès son plus jeune âge, ne s’était pas mise au service des politiciens Mitterrand, Chevènement, Jospin, Hollande, etc., elle aurait terminé sa carrière comme administrateur civil au secrétariat aux anciens combattants. Au lieu de quoi, grâce à ses protecteurs, elle a surfé sur tous les sommets de la haute fonction publique, elle et son mari, à près de 20000 euros par mois et autant pour la pension. Ses propositions de réforme sont à l’image de ce qu’elle est (camarade) et de sa carrière (fonctionnaire camarade) : on ne touche pas au moindre iota des nombreux privilèges des fonctionnaires et assimilés (régimes spéciaux et autres), mais on fait payer les entrepreneurs, les seuls qui soient en mesure de faire travailler autrui, mais qui croulent sous les impôts, charges, taxes, etc. Pour eux, la loi qui se prépare va renouer avec ce qu’était un privilège dans le droit latin, c’est-à-dire une loi qui leur est hostile et qui n’est hostile qu’à eux.

 

 

 

20 juin 2013

Islamophobie et autres phobies

 

 

 

 

            Phobie, du grec phobia, « peur morbide », est d’abord employé par les psychologues, psychiatres et autres spécialistes de psychopathologie (ou maladie de l’esprit) pour composer des mots savants ou plus ou moins savants qui désignent des désordres mentaux ou des peurs maladives. On peut se demander si ces désordres mentaux ont une réalité ou s’ils sont seulement la conséquence nécessaire, presque arithmétique, de la multiplication des psys de tout type, genre, sexe, ethnie, nationalité, depuis un siècle et demi, psys qui ont dû inventer d’innombrables désordres mentaux et les nommer, ne serait-ce que pour justifier leur existence. C’est à partir de 1897 que les psychologues et psychopathologues français, à l’instar de leurs homologues anglais, commencent à employer phobie comme mot autonome, et non plus comme élément servant à former des noms composés. Phobie est enregistré dans la huitième édition du Dictionnaire de l’Académie française (1932-35) : « Peur morbide de certains actes ou de certains objets » (avoir la phobie de la parole publique, la phobie de l'automobile ; il a des phobies étranges). La définition n’est contaminée par le jargon psy, bien que la peur soit qualifiée de « morbide ». En revanche, les rédacteurs du Trésor de la langue française (1971-94) en rédigent une version psy : « (Psychopathologie) Symptôme prévalent des névroses obsessionnelles, caractérisé par une réaction d’angoisse ou une répulsion ressentie devant le même objet, la même personne ou une situation bien déterminée », définie qui est illustrée de cet extrait psy d’un psy : « Parmi les anomalies mentales, l’une des plus curieuses est celle qu’on nomme la phobie. Les analystes définissent, en général, la phobie comme une peur excessive qui a son origine dans une série complexe de situations et de rapports, et qui conduit à l’hostilité, à une agressivité refoulée ou à un sentiment de culpabilité très intense ». La modernité étant furieusement psy, le mot sort des cabinets de psy et des asiles d’aliénés pour désigner une « aversion très vive, irraisonnée ou une peur instinctive » (phobie de l’automobile, du mariage, des moustiques, de la poussière, du tabac, l’incendie). Le même phénomène d’extension de sens est noté par les académiciens (DAF, neuvième édition, en cours de publication) : « Réaction irraisonnée d’angoisse et de répulsion, suscitée de façon persistante et injustifiée par un être vivant, un objet ou une situation » et, « par affaiblissement », « aversion, répugnance instinctive pour un être, une chose, une situation ».

Le préfixe anti sert à former des milliers de mots. D’un individu ou d’un groupe d’individus, d’une pensée, d’un pays, d’une organisation, qui, entre 1930 et 1945, ont rejeté ou critiqué le socialisme national ou s’y sont opposés, on dit qu’ils sont antinazis. Les jésuites de Lyon qui, en 1941, ont fondé Témoignage catholique devenu, par souci d’œcuménisme, Témoignage chrétien, et qui, dans une belle et émouvante prosopopée, ont exhorté la France « à ne pas perdre son âme », ce qu’elle faisait en collaborant avec les armées d’occupation, sont antinazis. Ceux qui critiquent le fascisme ou s’y opposent sont antifascistes. Ceux qui critiquent le christianisme sont antichrétiens. Voltaire qui critiquait la Révélation, dont il jugeait qu’elle était source d’abus, était anti-judaïque et antichrétien. Comme il déteste les despotes cruels, il a composé une tragédie, Mahomet, dans laquelle le prophète a les traits d’un tyran barbare. Voltaire peut être dit anti-musulman. Selon les auteurs du Trésor de la Langue Française, « anti- est toujours en expansion ». Ceux qu’horripilent les cyclistes, les camions, la dépression nerveuse, les fusées, la lune, sont ou peuvent être dits anticyclistes, anticamions, antilune, antifusées, antidépression. Il n’y a pas de limite à la formation de mots suivant ce modèle. En usant du mot ainsi forgé, le sujet parlant fait savoir qu’il est contre la notion, la chose, la personne désignée par le mot qui suit anti. C’est clair, simple, efficace, sans ambiguïté. Pourtant, anti ne suffit pas. Les réserves, même timides, sur les homosexuels ou leurs mœurs, valent à ceux qui les expriment d’être taxés d’homophobie. S’il est question d’islam, toute critique de cette religion et des musulmans, même bénigne, parfaitement légitime en France, puisqu’elle est reconnue par le droit de « libre communication des opinions et des pensées » (in Déclaration des droits de l’Homme, 1789), devient de l’islamophobie.

Phobie, terme de psychologie et de psychiatrie attesté à la fin du XIXe siècle, à la grande époque du scientisme triomphant, n’est pas neutre. Ce qu’il désigne n’est pas une répugnance ou une peur ordinaire, c’est un « symptôme névrotique » qui se caractérise par « une réaction d’angoisse ou une répulsion ressentie devant le même objet, la même personne ou une situation bien déterminée ». Phobie contient l’essence de la modernité, qui consiste à multiplier des normes imaginaires et à accuser de folie ceux qui ont l’imprudence de se tenir à l’écart de la grande folie totalitaire moderne. Ainsi, chaque fois qu’un citoyen ose dire ce qu’il est interdit de dire ou ose penser ce qu’il est interdit de penser, c’est-à-dire chaque fois qu’il fait usage de sa liberté, que lui garantit la déclaration des droits de l’homme, une maladie mentale, purement imaginaire, lui est imputée et, ce qui n’est pas imaginaire, une place lui est réservée à l’hôpital psychiatrique.

C’est au cœur de ces momeries bouffonnes qu’ont été fabriquées deux nouvelles phobies, qui n’ont pas plus de réalité que la phobie des dinosaures ou celle des cirons, à savoir l’homophobie et l’islamophobie, mais qui sont, comme le principe de précaution, éminemment politiques. L’objectif n’est pas seulement de faire taire, il est aussi de faire honte. Se livrer à un examen critique de l’islam et de l’Islam, comme on le fait, sans la moindre retenue, du christianisme ou de la Chrétienté (abolie depuis des siècles), est ramenée à une folie. La critique de l’islam en tant que religion (avec un i minuscule) ou de l’Islam (avec un I majuscule) en tant que civilisation, à partir du moment où elle est qualifiée d’islamophobie, devient taboue. Si, malgré l’interdit, elle se fait entendre, celui qui ose l’exprimer est un dérangé mental. Un libre penseur qui critique les chrétiens et le christianisme n’est pas christianophobe. Là où la critique raisonnée des dogmes est une phobie, la liberté d’examen est abolie. Dans les tyrannies, qu’elles soient modernes ou archaïques, communistes ou fascistes ou musulmanes, la liberté d’examen est impossible. C’est ce qui menace en France où il est fait obligation de renoncer à l’exercice du libre examen devant les forteresses islam et Islam. La stigmatisation islamophobe est le prodrome de futurs bûchers.

 

La relation existant entre les deux « mots », islam et phobie,  qui composent islamophobie est ambiguë, islam étant complément du nom phobie : c’est, mot à mot, la phobie de l’islam. Or, les exemples de grammaire célèbres comme la « crainte » ou « la peur des ennemis » prouvent que ces constructions « nom (désignant un sentiment) + de + nom (désignant des personnes, une religion ou une entité composée d'êtres humains) » portent en elles deux sens opposés suivant que les personnes (les ennemis dans l'exemple ci-dessus) éprouvent de la haine ou en sont la cible. De la même manière, l'islamophobie peut désigner la haine vouée à l'islam et aux sectateurs de cette religion ou bien la haine phobique et même rabique que l'islam et les musulmans vouent aux juifs, aux païens, aux koufars et aux « associateurs » des traductions du Coran, c'est-à-dire aux chrétiens.

La première de ces haines est avérée dans de nombreux pays au monde : en Inde, en Afrique australe, en Arménie, en Europe du Sud-est et elle est justifiée par les innombrables crimes contre l'humanité, dont les musulmans se sont rendus coupables au cours de l'histoire, et jusqu'à aujourd'hui. Mais elle n'est guère avérée en France, sinon dans les discours des musulmans et affidés. Ce qui est attesté, c'est le contraire, l'islamophilie, l’amour de l’islam, la complaisance envers l’islam, l’impunité totale dont jouissent l’islam et les musulmans.

La seconde de ces haines, à savoir la haine que les musulmans vouent à ce qui n’est pas islam, est avérée depuis plus de quatorze siècles dans les faits, les événements, les textes fondateurs, le Coran, les hadiths, la Sunna, les textes de loi et les règlements en vigueur dans les pays musulmans. De fait, c’est l’islam qui nourrit une islamophobie délirante et ce sont les musulmans qui accablent d’une haine sans limite et sans fin leurs voisins, les étrangers, les autochtones, tous ceux qui n’ont pas prononcé la chouhada. Le racisme, le vrai, le racisme brut, primaire, le racisme des bas instincts et des tripes, le racisme pulsionnel, est là, consubstantiel à l’islam et à l’islamophobie qui nourrit les musulmans.

 

15 juin 2013

Les efforts écrasants selon M. Ayrault de Saint-Herblain

 

 

 

 

Selon Féraud (Dictionnaire critique de la langue française, 1788), écrasant, employé comme un adjectif, était, à la fin du XVIIIe siècle, un « néologisme ». De fait, le mot n’est enregistré dans le Dictionnaire de l’Académie française qu’à compter de 1842 (le Supplément de Barré) et de 1879 (septième édition). Féraud n’en glose pas le sens, qu’il tient sans doute pour une extension du verbe écraser. Il se contente d’en illustrer l’emploi de cet exemple : « Cette somme modique (de trente mille ducats), qu’un seul marchand aurait pu fournir quelques années auparavant, parut alors écrasante pour la ville entière (de Milan) ». A ce sens propre « qui écrase », Barré, un demi-siècle plus tard, ajoute un sens figuré : « qui étourdit, qui humilie » (exemple : « l’insolence de la politesse froide, dit le prince de Ligne, est cent fois plus écrasante que la hauteur »). Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77) expose ces deux sens, « qui écrase » (« en termes de guerre, forces écrasantes, forces de beaucoup supérieures ») et « qui étourdit, qui humilie » (« le ridicule est d’un poids écrasant chez la nation qui aime le plus à rire en Europe »). Tandis que les académiciens en 1879 se contentent du seul sens propre relevé par Littré : « en termes de guerre, forces écrasantes, forces très supérieures », en 1935, ils indiquent les deux emplois : « dont le poids est tel qu’il peut écraser » (une charge écrasante) et au figuré, « une preuve écrasante ; le poids écrasant des affaires ».

Dans l’ancienne France, personne n’étant écrasé, personne ne se sentait écrasé, quoi qu’on en ait pu dire ultérieurement, comme s’il fallait absolument accabler rétrospectivement les Français d’avant en leur infligeant anachroniquement les tares de la France « moderne ». En revanche, s’il fallait caractériser la modernité, celle qui rend si fiers d’eux-mêmes les imbéciles, de quelques adjectifs, l’un des plus justes serait écrasant. Les dictionnaires gardent la trace de ces écrasements innombrables, et pas seulement « en termes de guerre ». L’entrée consacrée à écrasant est cinq ou six fois plus longue dans le Trésor de la langue française (1971-94) qu’elle ne l’est chez Littré et beaucoup plus longue dans la neuvième édition du Dictionnaire de l’Académie française (en cours de publication depuis 1994) que dans celle de 1879. Le sens propre (« qui exerce une forte pression, qui peut écraser ») comme dans poids, masse, fardeau, choc écrasant(e) est tenu pour « rare » dans le TLF. Les seuls emplois qui s’étendent à toutes les réalités sont figurés : les impôts, la chaleur, la lumière, le sommeil, le soleil peuvent être qualifiés d’écrasants ; le mépris aussi, ainsi que l’amour, le poids des mots, la hauteur des montagnes, un spectacle grandiose, un gratte-ciel, le score, la supériorité, le succès, la victoire, la majorité, les dépenses, les fonctions exercées, les arguments, etc. A la fin du XVIIIe siècle, écrasant était un mot nouveau à l’emploi très restreint ; depuis le milieu du XXe siècle, il n’est rien qui ne puisse être écrasant.

M. Ayrault de Saint-Herblain, ce génial logothète, a étendu à de nouvelles réalités l’emploi d’écrasant. Au sujet de la réforme des retraites, il a solennellement déclaré, de ce ton suffisant qu’affectionnent tous les Monsieur Prudhomme de la politique, ceux qui enfoncent des portes ouvertes et enfilent les perles, les clichés et les évidences avec la componction des pénitents qui portent le Saint Sacrement, que les efforts à faire ne seront pas écrasants. C’est un emploi étrange. Ce ne sont pas les efforts qui peuvent être qualifiés d’écrasants, sauf à penser que M. le Premier Ministre de l’An II de la Restauration socialiste entend ce mot au sens de « charges ». D’ailleurs, comme tout cela sera couronné par une diminution des revenus, sauf pour les nantis, les politiciens et leurs clients, c’est un allègement que constateront les Français, à l’exception de la clientèle, qui est, comme la smala d’Abdel Kader, avide et innombrable. Le fardeau prétendument écrasant sera d’abord une réduction ou une soustraction.

Quant à M. Ayrault de Saint-Herblain, parlant pour lui et de son cas personnel, cette réforme sera moins qu’une charge très légère. Agé de 63 ans, il jouit de sa pension d’enseignant que l’on imagine élevée, à force de promotions hors-classe dont il a bénéficié grâce à ses relations, de celle de son épouse ; il jouit de sa pension de député, l’une des plus scandaleusement avantageuses qui soient (député pendant 26 ans, voilà qui rapporte gros, plus qu’au loto) et qu’il n’entend surtout pas ramener à la loi commune ; il jouit aussi de sa pension d’élu local. En plus de cela, il y a le traitement de ministre, sans parler de la vie qu’il mène depuis près de trois décennies « tous frais payés », même une partie des frais de bouche. Autrement dit, il ne court pas le risque de voir ses revenus diminuer, fût-ce d’un euro : même pas de quelques centimes. L’écrasement, ce sera pour les autres. C’est d’ailleurs ce à quoi sert une carrière politique : on préserve ses intérêts personnels et ceux de la famille, on les fait prospérer, on les multiplie et on en multiplie les bénéficiaires, on case ses enfants dans des sinécures, et pour payer tout ça, on demande aux autres, les pauvres, les ploucs, ceux qui travaillent ou qui ont beaucoup travaillé, de nouvelles charges qui, elles, vont être écrasantes au point de finir par les écraser.

 

 

12 juin 2013

Retour de l'amalgame

 

 

 

L’amalgame est l’avenir de l’homme

 

 

            Avec le printemps, reviennent l’allongement des jours, les soirées chaudes, les oiseaux migrateurs, les tenues légères, les Français qui ne partent pas en vacances, les promos cyniques en faveur de la Tunisie islamique, l’entchadorisation des femmes et bien entendu les amalgames.  

Dans l’histoire de la langue, amalgame apparaît d’abord sous la forme latine amalgama (c’est du latin médiéval) en 1250. Celui qui l’introduit en Europe est un dénommé Geberus, alchimiste, auteur d’un traité intitulé Alchimista arabo-latinus. Avant d’être latin, le mot est arabe, langue dans laquelle il est composé des deux mots : amal, « travail, œuvre », gamaa, « union charnelle », les alchimistes établissant (alchimie étant aussi emprunté à l’arabe), dans leurs belles élucubrations, une analogie entre l’union charnelle et la combinaison entre le mercure et les métaux. Dans un autre traité d’alchimie, le mercure est assimilé à l’homme et l’argent à la femme. Littré (Dictionnaire de la Langue française, Supplément de 1877) est le premier à faire état de cette origine arabo-alchimique : « Monsieur Devic (Dictionnaire étymologique), écrit-il, apporte ses conjectures sur ce mot, qui n’est pas encore éclairci. Il se demande si c’est l’arabe amal al-djam’a, « l’œuvre de la conjonction », ou une altération de al-modjam’a, « l’acte de la consommation du mariage ». Amalgama nous est venu par les alchimistes, M. Devic n’en connaît pas d’exemple avant le XIIIe siècle ».

Le mot français amalgame est attesté en 1549 au sens alchimique de « alliage de mercure avec un métal ». Chez Bernard Palissy, il désigne le mélange de mercure (ou vif-argent) et d’or : « amalgame est appelé par les alchimistes l’or, quant il est dissout, et entremêlé avec le vif-argent ». Dans l’article consacré à amalgame dans L’Encyclopédie, il est exposé en quoi consiste la technique de l’amalgame en alchimie et dans la métallurgie naissante. En 1751, Lavoisier n’a pas commencé ses travaux et ce qui est nommé chimie est encore de l’alchimie, comme le dévoile cet extrait : « un des plus grands secrets de la chimie », c’est de trouver « une méthode d’anoblir les métaux ou de les retirer des métaux moins précieux. Cette manière philosophique de purifier les métaux peut s’appliquer à tous les métaux, excepté au fer ». Du français, le mot est passé dans les langues européennes ; en anglais, où amalgam est employé dans les deux sens, alchimique (« alloy of mercury) et figuré (« soft mixture ») ; en allemand, Amalgam est un Mischung, « mélange » de gens ou d’idées ; en italien amalgama (miscuglio) ; en espagnol amalgama. Il est relevé dans le Dictionnaire de l’Académie française à compter de la quatrième édition (1762) avec le seul sens des alchimistes : « terme de chimie, union d’un métal ou d’un demi métal avec le mercure ou le vif-argent ». Aujourd’hui, amalgame s’étend à d’autres sciences, techniques et domaines que ceux de la chimie : à l’odontologie (il sert à obturer les dents), à l’art culinaire (« mélange d’ingrédients »), à l’imprimerie (tirer en amalgame : « tirer des impressions différentes, présentant les mêmes caractéristiques de commandes (papier, couleurs, etc.) en même temps, sur le même support, avec la même machine, l’imposition de leurs formats étant possible dans celui de la feuille utilisée »), à l’armée (« réunion dans une même unité combattante de troupes d’origines diverses »).

 

Ce n’est pas ce sens propre qui importe, mais le sens figuré, lequel est attesté en 1774 chez Voltaire : « le plaisant et le tendre sont difficiles à allier : cet amalgame est le grand œuvre » (grand œuvre, au masculin, est un terme d’alchimie). A partir de la sixième édition (1832-35) du Dictionnaire de l’Académie française, le sens figuré apparaît dans les dictionnaires, près d’un siècle après que Voltaire en a fait usage : « amalgame se dit, figurément et familièrement, d’un mélange de personnes ou de choses qui ne sont pas ordinairement unies » (« cette société offre un étrange amalgame de tous les rangs et de toutes les opinions » et « son caractère est un singulier amalgame de bassesse et d’insolence »). Chez Littré, le sens figuré est glosé ainsi : « mélange de personnes ou de choses de nature, d’espèce différente » et illustré de ces exemples : « un amalgame d’hommes de tous les rangs » et « cet homme, étrange amalgame de défauts et de qualités ». Dans un sens figuré, il prend ou non une valeur péjorative, suivant qu’il s’applique à des personnes (« ensemble hétérogène » : « Quel bel amalgame que cette compagnie ! Des bas-bleus, des rapins, des croque-notes mêlés aux rédacteurs ordinaires et extraordinaires du Flambeau », 1842) ou à des choses : « mélange, alliance d’éléments hétérogènes et parfois contraires » et, en parlant de la création artistique, « mélange, combinaison ».

 

L’amalgame, dans le sens qu’il a pris dans la langue hyper ou ultra moderne – en un mot : dernier cri -, est, selon les académiciens (édition en cours du Dictionnaire de l’Académie française), un procédé rhétorique, supposé malhonnête, qui est « employé pour déconsidérer soit un adversaire en le mêlant indûment à un groupe honni, soit ses idées en les identifiant à une doctrine largement réprouvée ». La reductio ad Hitlerum (id est tout adversaire est Hitler ou même pire qu’Hitler, De Gaulle est fasciste, les CRS sont des SS, le retour dans leur pays de clandestins est une rafle de la Gestapo) est une des formes exacerbées et fort communes que prend l’amalgame dans la société de simulacre qu’est la société du spectacle et qu’on devrait nommer la société d’amalgame. Mélenchon, Ayrault, Hollande, Bitaura et leurs âmes damnées des média usent et abusent jusqu’à plus soif de cet amalgame-là, qui est l’arme des dominants.

L’amalgame est aussi un crime sous la forme de l’imputation d’amalgame, laquelle consiste à accuser ses adversaires de recourir à tout moment à l’amalgame. Tel est le cas de l’injonction mille fois ressassée par les calotins de l’islam et les musulmans en calotte qui disent : « pas d’amalgame entre les musulmans et les musulmans ; pas d’amalgame entre le pareil et le pareil, entre le même et le même, entre l’islam et l’islam, entre les barbus et les barbus, entre les niqabs et les niqabs, entre les assassins d’enfants et les assassins d’enfants, qu’ils vivent outre Méditerranée ou qu’ils en viennent ». Que les musulmans imputent le crime d’amalgame à tout un chacun, même à ceux qui se contentent d’affirmer que le soleil brille, quand il brille (« pas d’amalgame entre le soleil et le soleil ») est dans l’ordre de leurs choses : le mot est arabe, l’amalgame est dans leur être.

 

07 juin 2013

Théories du genre

 

 

Genre, gendre et mauvais genre

 

 

 

            On n’en finit pas avec genre. En veux-tu en voilà : syndicats bien pensants, enseignants du premier et du second degrés, magistrats, policiers, inspecteurs du fisc, gendarmes, tout le monde est obligé de s’y mettre, sous peine de sanction ou de réprimande par les matons que sont Mmes Taubira, Belkacem, Bertinotti ou MM Peillon, Ayrault, Delanoë, etc.

Les célébrissimes « gender studies », qui renouvellent les disputes sur le sexe des anges, lesquels sont, comme chacun le sait désormais, « non gendrés », n’ayant pas encore décidé de leur genre, sont au programme des classes de première des lycées français, des députés et des magistrats. Ce mot gender se traduit ou est transposé dans le sabir des sciencieux et des cultureux par genre. Il faut dire les « études de genre », en employant genre sans déterminant, et non « étude du genre », masculin ou féminin, des mots, comme à l’école communale de jadis, ce qui fait ringard et bien sûr dépassé, archaïque, mis dans le formol, passéiste, conservateur, moyenâgeux ou inutilement insolent. En anglais, gender a deux sens. C’est, si l’on se réfère à l’Oxford Advanced Learner’s Dictionary of Current English : « 1. grammatical grouping of words, nouns and pronouns, into classes (masculine, feminine and neuter). 2 sex (being male ou female) ». La moins mauvaise traduction de ces gender studies (ou theory) pourrait être « études (ou théorie) de sexe », ce mot étant entendu dans le sens de « sexuation » ou de « devenir sexuel ».

            Pourtant, la difficulté n’est pas là, mais dans l’origine commune ou lointainement identique de genre ou en anglais gender, au sens « d’ensemble d’êtres ou d’objets ayant la même origine ou liés par la similitude d’un ou de plusieurs caractères » (Trésor de la langue française, 1971-94) et de gendre, au sens de « celui qui a épousé la fille de quelqu’un, et à qui l’on donne ce nom par rapport au père et à la mère de la fille » (Dictionnaire de l’Académie française, 1762). Ces deux mots, qui se ressemblent, ont le même étymon latin ou indo-européen, l’un et l’autre ayant un rapport avec la génération. Gendre se dit en latin gener (génitif generi) ; genre, genus (génitif generis). Le mot latin genus a pour sens « origine, naissance, lignée, famille, race, souche, extraction, sang » ou « peuple, nation » et par extension « espèce, genre, sorte, manière » ou « rejeton, fils, enfant », tandis que le gener (ou gendre) est celui qui, à la suite d’une alliance matrimoniale, donne des descendants à la lignée et fait se maintenir la famille, la race, la famille, la souche.

Dans l’histoire de la langue française, il est arrivé, il y a très longtemps, que genre se soit dit gendre. Au début du XIIe siècle, le gendre, dans l’ancien français d’alors, n’était pas l’époux de la fille de la famille, mais avait pour sens « sorte » ou « type ». Ou encore, ce même mot a signifié aussi au XIIIe siècle « sexe », comme en anglais. Littré, dans la définition qu’il donne du « terme de grammaire » (Dictionnaire de la langue française, 1863-77), s’abuse quand il renvoie le genre (grammatical) au sexe : « propriété qu’ont les noms de représenter les sexes, et, dans certaines langues, l’absence de sexe », proposition qui n’a de validité que pour les noms désignant des êtres vivants. Elle ne se vérifie pas toujours chez les êtres humains : recrue et sentinelle désignent des êtres humains de sexe masculin, et les noms de fonction ont toujours été « neutres » pour ce qui est du sexe, en dépit de M. Jospin et de Mme Trautmann, qui ne fut jamais ministresse. La remarque de M. Littré est exacte pour ce qui est du fait « les langues romanes ont supprimé le genre neutre qui appartenait au latin », mais aventurée pour ce qui est des causes : « qui en effet ne répondait plus à aucune distinction effective entre mâle et femelle ».

Gendre, terme de parenté, ne présente guère d’ambiguïté sémantique. Il en va différemment de genre. C’est un terme de taxinomie ou de classement qui consiste, non pas le mot bien entendu, mais l’opération intellectuelle à laquelle il réfère, à distinguer, séparer, discriminer, établir des classes et des hiérarchies et à y confiner des êtres humains. C’est ce que montre un rappel de quelques acceptions, telles que « ce qui est commun à diverses espèces, ce qui a sous soi plusieurs espèces différentes ; on dit en termes de logique la définition est composée du genre et de la différence ; il se prend quelquefois simplement pour espèce ; on appelle genre humain tous les hommes pris ensemble ; il se prend encore pour espèce, mais dans un sens plus général, et il signifie à peu près sorte, manière ». Le mot désigne aussi des distinctions que l’on fait dans les arts : « genre signifie encore la manière, le goût particulier dans lequel travaille un peintre, un sculpteur ; il se prend aussi pour le style et la manière d’écrire ; la rhétorique divise le discours oratoire en trois genres, le démonstratif, le délibératif et le judiciaire ; la grammaire latine divise les noms en trois genres, le masculin, le féminin et le neutre ». Ou bien on désigne « par genre nerveux en anatomie tous les nerfs pris ensemble et considérés comme un assemblage de parties similaires distribuées par tout le corps » et en botanique, c’est « l’assemblage de plusieurs plantes qui ont un caractère commun, établi sur la situation de certaines parties qui distinguent essentiellement ces plantes de toutes les autres » (Dictionnaire de l'Académie française, 1762). Le genre, c’est de la discrimination et des classements selon Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77) : « caractère commun à diverses espèces ; ce qui comprend plusieurs espèces » ; « sous le genre être vivant, il y a deux espèces comprises, l’animal et le végétal ; genre supérieur, celui qui a plus d’extension qu’un autre ; genre suprême, celui qui ne peut plus devenir espèce relativement à un genre supérieur ». Ou encore : « terme d’histoire naturelle, assemblage de corps organiques ou inorganiques qui constituent des espèces, et qui se ressemblent par quelques caractères communs » (« dans le système de Linné, les classes se divisent en ordres, les ordres en genres et les genres en espèces et toute plante a deux noms, celui du genre et celui de l’espèce »). La consultation de l’article genre du Trésor de la langue française donne des résultats encore plus convaincants pour ce qui est de la nature taxinomique de genre. C’est « l’idée générale ou la classe d’êtres ou d'objets qui possèdent un ou plusieurs caractères communs » et, en taxinomie, biologie animale et végétale, le « niveau de la classification des êtres vivants, placé sous la famille au-dessus des espèces ». Les locuteurs ont assimilé le principe classificateur qui est à l’œuvre dans genre, puisqu’ils emploient dans la langue courante d’innombrables locutions qui réfèrent à ce principe : être le genre de quelqu’un, du même genre, de tous (les) genres, de tout genre, en tout genre, en tous genres, dans tous les genres, dans le genre, dans, en + possessif + genre, dans le genre de, etc.

            De toute évidence, la théorie du « devenir sexuel » des êtres humains a été élaborée (« construite ») dans ces cervelles progressistes qui, conscientes qu’elles ne feront jamais la révolution sociale, la seule qui vaille, se sont rabattues sur des ersatz, où le risque de se voir défoncer le crâne à coups de piolet est nul et où l’on peut faire la révolution en robe de chambre : les sciences humaines, le langage, la littérature, les arts, la sexualité, etc. Le problème, justement, est que le progressisme affiché (faire table rase, tout se vaut, on ne discrimine pas, pas de distinction, etc.) est contredit par l’inconscient de la langue, à savoir, pour ce qui est de genre et de gendre, le retour à la lignée, la race, à la souche, aux classements, aux hiérarchies, à la distinction et aux distinctions de tout ordre. Cette révolution du « genre » est d’un genre impayable, comme on n’en a jamais vu encore. C’est le retour à l’archaïque. On fait la révolution pour revenir dare-dare là d’où le genre humain est parti. Beau programme de « déconstruction », à dire vrai.

Cette « révolution » dans les concepts se résume à deux ou trois proposition, du type « ce sont les rapports ou les codes sociaux qui déterminent le sexe d’un individu ou les choix sexuels d’un individu » ; en bref, on ne naît pas mâle (ou femelle), on le devient. La même soupe idéologique a été servie il y a une vingtaine d’années dans la revue Social Texts. Elle se ramenait à un brouet du type « les connaissances données par les sciences ne viennent pas des faits ou d’une étude des faits, mais des conditions sociales à un moment donné » ; en bref, c’est la société qui fait la science, ce qui n’est qu’une resucée des thèses de Staline, Lyssenko ou Mao. Il a suffi que deux véritables scientifiques, Sokal et Bricmont, démontrent l’absurdité de ces thèses (Impostures intellectuelles, 1997) pour que, d’un coup, elles apparaissent à tous pour ce qu’elles sont, de la fumée, de la bonne blague, du foutage de gueule, etc. Les gender studies sont de la même farine. Que des aigrefins essaient de les fourguer à l’Educ nat, aux gogos de M. Ayrault, à Mme la baronne T…, aux magistrats du SM, aux journaleux, est dans l’ordre des choses. Ils sont les gendres de la sexuation, c’est-à-dire les beaufs de la science sociale, des beaufs instruits, pas des Bac – 15.   

 

 

04 juin 2013

Mon Dieu, quelle langue parlent-ils ?

 

 

Minimaliste

 

 

Le journal très bien pensant (pas d’affolement, pensant est incongru) Le Monde annonce, dans un articulet mis en « ligne » le premier juin 2013 à 9 heures 58, que « pour l’Elysée et le gouvernement, les vacances d’été seront minimalistes ». Cette phrase peut avoir deux ou trois significations différentes. Elle se traduit ainsi, dans la probable version gouvernementale du sens : ce ne sont pas les vacances de tous les Français qui seront réduites au minimum (encore que ce « malheur » leur pende au nez), mais celles du seul président et des seuls ministres. Dans l’article, il est indiqué ceci : « Les vacances, cette année, seront minimalistes, dit un conseiller. Seuls un ou deux conseils des ministres aoûtiens devraient être rayés de l’agenda ». Ce sabir étant difficile à entendre, il faut donc le traduire. Voici ce que cela donne. En août, devraient avoir lieu quatre conseils des ministres, puisqu’il y a quatre mercredis dans ce mois-là (les 7, 14, 21, 28 août). Il ne s’en tiendra pas quatre, mais deux ou trois, comme les années précédentes depuis les débuts de la Ve République, à moins que la durée de chacun de ces conseils ne soit réduite au minimum. Le changement, ce n’est donc pas maintenant.  

Pourtant, en dépit de ces nécessaires commentaires, les choses restent obscures, en particulier à cause de minimaliste. Les académiciens (DAF, neuvième édition, en cours de publication depuis 1994) établissent que minimaliste, adjectif ou nom qui n’était pas dans les éditions antérieures, de 1694 à 1935, a trois sens. Dans la langue de la théologie, c’est, en parlant de théories ou de courants ou de thèses, ce « qui tend à réduire le plus possible le nombre et la portée des articles fondamentaux qu’une Eglise propose à la foi des fidèles ». Cette théologie est, cela va sans dire, catholique ou chrétienne. En islam, elle est maximaliste. Quoi qu’il en soit, ce premier sens ne peut pas s’appliquer aux « vacances d’été », qu’elles soient des Français ou du gouvernement, sauf à croire que M. de Hollande est près de se suicider en annonçant une réduction importante de la durée des congés payés (cela ne saurait tarder pourtant). Le deuxième sens est glosé ainsi dans le DAF : « se dit, par opposition à maximaliste, et particulièrement dans le domaine de l'action politique, d'une personne qui se refuse aux solutions extrêmes, qui, par des prétentions ou des exigences réduites, favorise le compromis ». Les solutions extrêmes commencent à poindre certes, mais cela ne concerne en rien les ministres. En conséquence, ce sens ne peut pas expliquer les vacances minimalistes. Enfin, minimaliste signifie, en tant que terme propre aux Beaux-arts, « qui est relatif à l’art minimal ». Ainsi, d’Albers, le peintre des carrés jaunes, on peut dire qu’il est un artiste minimaliste et même un théoricien du minimalisme en peinture – seulement en peinture, pas dans les vacances des Français.

Il s’avère qu’à l’Elysée et au Monde, on écrit et on parle petit-nègre et que ce sabir doit être traduit pour devenir intelligible. Mais, dans ces hauts lieux de la langue malmenée, on ne se contente pas de cela. Pour faire savant, on recourt aussi à des termes de la théologie ou des Beaux-arts ou de l’idéologie. Minimaliste fournit un exemple éloquent de ce que signifie parler pour ne rien dire. Les ministres vont réduire la durée de leurs vacances, non pas la durée de leurs vacances de ministres, mais la durée de leurs vacances de citoyens lambda, car, pour les ministres, il n’y a pas de congés payés, pas de convention collective, pas de 35 heures, pas de limite du temps de travail, pas de pause-déjeuner, etc. et ce n’est pas M. de Montebourg qui va fonder un syndicat de ministres pour aligner la vie des ministres sur celle des Français. En bref, ce qu’annoncent le gouvernement, Le Monde, l’Elysée, les conseillers, etc., c’est que tout est semblable à ce qui a été, pareil au même, identique à ce qui sera, et que rien ne change sous le soleil de Satan, c’est-à-dire d’Allah. El hamdou loland.

 

02 juin 2013

Refuge et réfugiés

 

 

 

On a lu récemment dans des journaux parisiens que les « écoles privées » étaient désormais des « refuges » pour des élèves français fuyant le « service public d’éducation ». On a appris aussi du Ministère des Finances que de nombreux citoyens avaient payé en 2012, An I de la Restauration, des impôts d’un montant supérieur à leurs revenus (plus de 8000 contribuables ont payé un impôt égal ou supérieur à 100% de ce qu’ils gagnent, et autant de contribuables plus de 85% et encore autant plus de 75%) et, des journaux parisiens, que ces citoyens spoliés étaient en quête d’un refuge, comme l’ont été les protestants après 1685 ou les Juifs entre 1940 et 1944.

Le refuge, c’est ce qui reste à ceux qui désirent que leurs enfants reçoivent une instruction digne de ce nom et à ceux qui n’acceptent pas que le fruit de leur travail soit confisqué par une armée de militants cupides qui vivent, non pas leur travail, mais du travail des autres. Refuge est donc l’un des mots les plus importants de l’An II de la Restauration socialiste, celui dans lequel elle imprime ce qu’elle est.

Le mot est ancien, étant attesté au XIIe siècle. Il est emprunté au latin, langue dans laquelle il a le sens de « refuge », « asile », sens qu’il conserve en français : « asile, retraite, lieu où l’on se sauve, pour être en sûreté » (Dictionnaire de l’Académie française, 1694, 1762, 1798, 1835 ; Féraud, 1788 ; Littré, 1863-77). La « sûreté » est un des quatre droits de l’homme qui a été déclaré naturel et imprescriptible en 1789. Il ne semble pas que les restaurateurs du socialisme aient lu cette déclaration. Quoi qu’il en soit, elle ne leur inspire rien - peut-être du dégoût ? Ma chi lo sa ? La déclaration n’a guère eu d’effet, puisqu’au XXe siècle, la définition de refuge ne change pas : « lieu où l’on se met en sûreté pour échapper à un ennui ou à un danger qui menace ».

 

De refuge a été dérivé le verbe réfugier et, dans la seconde moitié du XVIe siècle, du participe passé de ce verbe, le nom et adjectif réfugié. Ce nom est entré dans l’Histoire, à la suite de la tragédie de 1685. « On appelle absolument réfugiés les calvinistes qui sont sortis de France à l’occasion de la révocation de l’Édit de Nantes » (DAF, 1762) ; « il se dit des calvinistes chassés de France par la révocation de l’édit de Nantes » (Littré, 1863-77) ; « les réfugiés protestants et, absolument, les réfugiés, les calvinistes que la Révocation de l'Édit de Nantes fit sortir de France » (DAF, 1935) ; « exilé protestant qui a quitté la France après la Révocation de l’Édit de Nantes » (Trésor de la langue française, 1971-94). C’est dans ce sens que Voltaire emploie réfugiés : « il y a dix mille réfugiés français à Berlin, qui ont fait de cet endroit sauvage une ville opulente et superbe ». Apparemment, MM de Hollande, Ayrault de Saint-Herblain et la baronne Taubira ignorent tout de l’histoire tragique de la France, puisqu’ils ont résolu d’imposer à notre malheureux pays une nouvelle tragédie. Plus de deux millions de Français ont trouvé refuge en Grande-Bretagne, aux Etats-Unis, en Belgique, en Suisse, etc. soit pour échapper à la misère et au chômage, soit pour ne pas finir comme fonctionnaire territorial végétant sous la schlague des véreux Guérini, Kucheida, Dalongeville, Andrieux, usw., soit pour exprimer leurs talents et leurs mérites, soit pour jouir honnêtement de l’argent qu’ils ont gagné en travaillant. Ils sont dix fois plus nombreux à avoir quitté la France qu’en 1685 ou en 1940. Or ces Français ayant trouvé un refuge ailleurs ne sont pas nommés réfugiés. Aucun journaliste, aucun homme politique, aucun sociologue, aucun professeur d'un quelconque collège de France, etc. ne jugent juste de les désigner de ce terme adéquat, car réfugiés est réservé à d'autres, ceux qui sont issus de grandes races ou de races supérieures. Seuls les ressortissants de pays du tiers-monde qui s’invitent à la table de l’Etat providence moribond et se pressent aux guichets de l’assistance sociale à l’agonie sont nommés réfugiés. C'est un euphémisme. Les désigner ainsi n’est pas neutre : c’est laisser croire qu’ils ne seraient plus chez eux « en sûreté ». Il est même parmi ces réfugiés des « activistes » de l’islam qui n’auraient en rien détonné dans le troisième Reich et qui, quand ils accèdent au pouvoir dans leur pays natal, agissent en tyrans ou en autocrates gloutons. En dépit de cela, en France, ils sont tenus pour des réfugiés, tandis que les partisans de la Restauration tiennent les Français qui cherchent un refuge hors de France ou loin de l’Etat, comme les Réformés en 1685 ou les Juifs en 1940, pour des minables ou des traîtres.