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19 juillet 2013

Reprise

 

 

 

            Ce mot, qui est le participe passé du verbe reprendre employé comme nom de genre féminin, est attesté au début du XIIIe siècle au sens d’action de reprendre ou d’action de continuer ce qui a été ininterrompu. Fort ancien, il a connu au fil des siècles d’innombrables emplois, techniques ou non, dans des domaines divers, tels que l’équitation, le théâtre, la couture et le ravaudage, la comptabilité, le droit, la musique, la mécanique (les fameuses reprises des moteurs d’automobiles nerveuses ou puissantes), la botanique, la marine, le tennis (le commandement reprise se substitue en France au time anglais pour annoncer la fin de la minute et demie de repos), certains jeux de carte, l’art de peindre, la maçonnerie, l’escrime, etc.

            Lorsque M. de Hollande a benoîtement déclaré « la reprise est là », ce n’est pas dans ces sens anciens qu’il a employé reprise, mais dans un sens tout moderne, car, bien que M. de Hollande soit l’homme de la Restauration socialiste et que le socialisme ne soit plus qu’un cadavre en décomposition, dont on cherche, en haut lieu, à se débarrasser dare-dare, il emploie des mots de la dernière modernité ou de vieux mots, mais dans un sens hypermoderne. Ce sens est ignoré de Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77) et il est relevé pour la première fois par les académiciens dans la huitième édition du DAF (1932-35) et dans un emploi qui convient assez bien aux socialistes quand ceux-ci se convertissent, mal ou en partie, aux dures réalités du monde : « La reprise des affaires, le recommencement des transactions commerciales, des entreprises industrielles qui avaient éprouvé du ralentissement ». Le restaurateur du socialisme se réjouit que les pires de ses ennemis de classe, à savoir les financiers, ceux dont il a voulu ou a annoncé la mort, reprennent du poil de la bête et retrouvent un peu de leur splendeur d’antan. Il est difficile de faire mieux en matière de retournement ou de retour en arrière.     

Il faut attendre la publication du Trésor de la langue française (1971-94) pour lire une définition « moderne » de reprise qui éclaire l’emploi qu’en fait M. de Hollande : « (en économie) fait de s’accroître, pour une économie ou un secteur économique, et de retrouver un cours normal après une période de déprime ». Il reste évidemment à examiner si ce sens-là peut s’appliquer à l’état de l’économie française en juillet 2013, au moment où M. de Hollande a déclaré « la reprise est là » - , c’est-à-dire sous nos yeux, qu’il suffit d’ouvrir grands pour voir les manifestations ou les effets de la reprise dans la réalité des choses. Ce président n’est pas très intelligent ; il n’est pas non plus réputé avoir une vue perçante, étant bigleux. Sa déclaration n’a aucun sens, à moins qu’il n’ait voulu employer l’adjectif las, féminin lasse, et qu’il ait oublié d’accorder l’adjectif avec le nom. « La reprise est lasse » - fatiguée comme l’économie, les affaires, la croissance, au point de ne jamais plus advenir, le socialisme restauré étant un obstacle à toute prospérité.

 

 

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