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24 juillet 2013

Décryptage des discours de ministre

 

 

 Inacceptable, intolérable, insupportable, etc.

 

 

Si l'on devait résumer par un mot la « pensée » politique de M. de Hollande et de ses ministres (pas de panique : c'est le degré zéro de la pensée, zéro ou en-dessous de zéro, et même jusqu'au zéro absolu), ce serait inacceptable, intolérable, insupportable, etc. ou tout autre adjectif formé à partir du même schéma : préfixe « in » de sens négatif + verbe transitif + suffixe – able (ou – ible), ce dernier signifiant à la fois la potentialité (ou la capacité) et le passif. Inacceptable, c'est ce « qui ne peut pas pas être accepté », intolérable « qui ne peut pas être toléré », insupportable « qui ne peut pas être supporté (au sens d'enduré) ».

Ces adjectifs sont les oriflammes du Socialisme, restauré le 6 mai 2012 avec son cortège habituel de langue de béton armé, de falsification des faits, de désinformation, de petites blagues, de répression sauvage, de censure, de bêtise immonde, de saloperies mafieuses, de vol d'argent public, etc. Le monstre pense par formes négatives. Il est « in », non pas au sens où il est dans le vent ou tendance, mais dans le sens négatif du préfixe : il nie et comme tout négation est une dénégation, il dénie. Le Socialisme restauré, c'est le déni de réel, le négationnisme, la négation de ce qui est et qui revient à affirmer que ce qui est n'est pas, que nous voyons ce que nous ne devrions pas voir et que le réel est invisible ou qu'il n'est visible que par quelques grands prêtres assermentés par l'Elysée.

Accepter, c'est dire oui et dire oui à quelque chose d'agréable : un cadeau, une invitation,. Tolérer ou être tolérant, c'est le summum du vertuisme. Supporter au sens d'endurer, c'est une preuve de grandeur d'âme. Ces sens positifs sont contraires au « in » négatif. La négation est à la fois un oxymore et un paroxysme. Entre le sens négatif du préfixe et le sens positif des verbes se creuse un abîme, qui ne sera jamais franchi ni comblé. D'un ministre, on attend qu'il dise « non » et non pas qu'il se répande dans les médias pour affirmer qu'il est impossible de dire oui. De dire non à dire que l'on ne peut pas opiner, s'étendent les sables mouvants de l'inconscient et les marais putrides de la mauvaise conscience. Les grands principes interdisent aux ministres d'opiner au racisme et au nazisme islamiques; d'ailleurs tout les en protège (privilèges, avantages exorbitants, argent qui coule à flots dans leurs comptes, beaux quartiers où ils résident, les policiers à leur service, etc.), mais les citoyens lambda ou « de souche » sont contraints, par des rapports de force en leur défaveur, à tout accepter, à tout tolérer, à tout endurer, lapidations, vols, blessés détroussés, policiers, pompiers, ambulanciers attaqués, etc.

Inacceptable se traduit donc ainsi : certes, les citoyens vivent dans l'enfer, mais qu'ils ne comptent pas sur M. de Hollande et ses ministres pour faire cesser cet enfer.

 

 

19 juillet 2013

Reprise

 

 

 

            Ce mot, qui est le participe passé du verbe reprendre employé comme nom de genre féminin, est attesté au début du XIIIe siècle au sens d’action de reprendre ou d’action de continuer ce qui a été ininterrompu. Fort ancien, il a connu au fil des siècles d’innombrables emplois, techniques ou non, dans des domaines divers, tels que l’équitation, le théâtre, la couture et le ravaudage, la comptabilité, le droit, la musique, la mécanique (les fameuses reprises des moteurs d’automobiles nerveuses ou puissantes), la botanique, la marine, le tennis (le commandement reprise se substitue en France au time anglais pour annoncer la fin de la minute et demie de repos), certains jeux de carte, l’art de peindre, la maçonnerie, l’escrime, etc.

            Lorsque M. de Hollande a benoîtement déclaré « la reprise est là », ce n’est pas dans ces sens anciens qu’il a employé reprise, mais dans un sens tout moderne, car, bien que M. de Hollande soit l’homme de la Restauration socialiste et que le socialisme ne soit plus qu’un cadavre en décomposition, dont on cherche, en haut lieu, à se débarrasser dare-dare, il emploie des mots de la dernière modernité ou de vieux mots, mais dans un sens hypermoderne. Ce sens est ignoré de Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77) et il est relevé pour la première fois par les académiciens dans la huitième édition du DAF (1932-35) et dans un emploi qui convient assez bien aux socialistes quand ceux-ci se convertissent, mal ou en partie, aux dures réalités du monde : « La reprise des affaires, le recommencement des transactions commerciales, des entreprises industrielles qui avaient éprouvé du ralentissement ». Le restaurateur du socialisme se réjouit que les pires de ses ennemis de classe, à savoir les financiers, ceux dont il a voulu ou a annoncé la mort, reprennent du poil de la bête et retrouvent un peu de leur splendeur d’antan. Il est difficile de faire mieux en matière de retournement ou de retour en arrière.     

Il faut attendre la publication du Trésor de la langue française (1971-94) pour lire une définition « moderne » de reprise qui éclaire l’emploi qu’en fait M. de Hollande : « (en économie) fait de s’accroître, pour une économie ou un secteur économique, et de retrouver un cours normal après une période de déprime ». Il reste évidemment à examiner si ce sens-là peut s’appliquer à l’état de l’économie française en juillet 2013, au moment où M. de Hollande a déclaré « la reprise est là » - , c’est-à-dire sous nos yeux, qu’il suffit d’ouvrir grands pour voir les manifestations ou les effets de la reprise dans la réalité des choses. Ce président n’est pas très intelligent ; il n’est pas non plus réputé avoir une vue perçante, étant bigleux. Sa déclaration n’a aucun sens, à moins qu’il n’ait voulu employer l’adjectif las, féminin lasse, et qu’il ait oublié d’accorder l’adjectif avec le nom. « La reprise est lasse » - fatiguée comme l’économie, les affaires, la croissance, au point de ne jamais plus advenir, le socialisme restauré étant un obstacle à toute prospérité.

 

 

14 juillet 2013

Nationalisme, nationaliste

 

 

 

Nationalisme et nationaliste sont devenus, comme populisme et populiste, des insultes, du moins dans le discours des instruits et bien sachant du complexe médiatico-politique.

Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77) ne consacre aucun article à nationalisme, bien que ce mot soit attesté pour la première fois en 1798, près de trois-quarts de siècle avant qu’il ait publié son dictionnaire. Dans le Trésor de la Langue française (1971-1994), le nationalisme est entendu dans un sens qui varie suivant les lieux et les moments, tantôt favorable, tantôt défavorable. En 1798, l’abbé Barruel, qui était hostile à la Révolution, le définit comme « l’exaltation du sentiment national ». Ce mot péjoratif a le sens de « chauvinisme » ou de « xénophobie ». C’est à peu de chose près le sens qu’il prend aujourd’hui, non plus chez les héritiers de la Contre Révolution, mais chez les encenseurs de la Révolution, comme si, deux siècles plus tard, les idéologies opposées avaient échangé leurs paradigmes. En 1834, nationalisme est attesté chez Lamartine dans un sens positif. Ce n’est plus une opinion criminelle, mais une vertu de la République impériale. En 1865, il est défini dans le Grand Dictionnaire du 19e siècle, ce dictionnaire militant, progressiste, anticlérical, républicain, franc-maçon, etc. du pédago Pierre Larousse (qui s’incarne aujourd’hui en MM. Jospin, Hollande, Mélenchon, Besancenot et tutti quanti), dans le sens élogieux et très positif « d’aspiration à l’indépendance politique et économique d’une nation opprimée »

Nationalisme est donc problématique, dans la mesure où le lien étroit avec l’article 3 de la Déclaration de 1789 (« le principe de souveraineté réside essentiellement dans la nation », la nation étant le seul souverain) fait l’objet de jugements opposés. Ainsi, la même « exaltation du sentiment national » est tantôt un crime, tantôt une noble inspiration.

En dépit de leur objectivité apparente, les auteurs du Trésor de la Langue française (1971-94) prennent parti. Il n’est pas d’autre jugement que tranché et binaire, le moyen terme est inconcevable. Ou bien le nationalisme est le « courant de pensée, après la Révolution française, fondé sur la sauvegarde des intérêts nationaux et l’exaltation de certaines valeurs nationales » ; ou bien il « exalte les caractères propres, les valeurs traditionnelles d’une nation considérée comme supérieure aux autres et qui s’accompagne de xénophobie et/ou de racisme et d’une volonté d’isolement économique et culturel ». C’est le progrès ou la régression, la marche en avant ou le retour en arrière, le moderne ou l’archaïque, le jacobinisme ou l’extrême droite. Les citations qui illustrent ces acceptions sont tirées d’ouvrages écrits par des marxistes qui, s’ils avaient été soviétiques, auraient envoyé sans hésiter les résistants polonais, baltes, ouzbeks, ukrainiens, etc. au Goulag. L’ouvrage intitulé La Nation (Editions sociales, 1979 : comprendre les éditions de la SFIC, dite PCF) est cité deux fois. L’auteur, un dénommé Martelli, est un écrivaillon qui s’est spécialisé dans les brouets idéologiques. Idéologue attitré, en sa qualité « d’agrégé », du Parti communiste, il a toujours nié que des millions d’innocents aient été envoyés à la mort dans les glaces de Sibérie et que des millions d’autres innocents aient été exterminés. Ce pedigree explique les jugements exprimés : « dans son premier sens le nationalisme est (...) marqué dans un sens révolutionnaire et se confond avec la conscience nationale révolutionnaire (encore convient-il de noter que la référence nationale sert de justificatif dans la phase d'expansion territoriale et de conquête, pendant la Révolution elle-même) » et « le nationalisme organisé en partis politiques tend (...) à exprimer des politiques de droite, à justifier la remise en cause des acquis républicains (...) et, plus largement, à justifier idéologiquement la politique d’expansion de l’impérialisme français (le nationalisme s’articule alors aux idéologies élaborées dans le cadre de la politique d’État) ». De même, sont cités le marxisant Jaurès (« la nation demande son salut aux conceptions les plus rétrogrades, à la politique la plus détestable et au plus stérile et avilissant nationalisme »), le progressiste Durkheim (« tout retour d’un nationalisme étroit a toujours pour conséquence un développement de l’esprit protectionniste, c’est-à-dire une tendance des peuples à s’isoler, économiquement et moralement, les uns des autres »), Roger Martin du Gard qui, par pacifisme, s’est rapproché des communistes  (« la presse est à la solde des nationalismes (…) ; pour masquer leurs convoitises, tous les gouvernements ont besoin d'une presse mensongère qui persuade à leurs peuples qu'en se massacrant les uns les autres, chacun d’eux se sacrifie héroïquement à une cause sainte, à la défense sacrée du sol »). Le seul nationalisme qui trouve grâce aux yeux des auteurs du Trésor de la langue française est celui des pays du tiers-monde, bien que, dans ces pays, la prise du pouvoir par les nationalistes se fût accompagnée d’une épuration ethnique, de haines racistes inexpiables et de l’expulsion, par la menace ou violemment, de ceux qui n’étaient pas de la bonne race ou religion.

La partialité atteint son acmé dans cet extrait : « Acceptation d’un déterminisme, ce nationalisme exalte (...) la volonté de combattre tous ceux qui s’opposent au salut de l’État... Il ne se présente pas comme une opinion, mais comme l’évidence d’une condition que seuls nient les imbéciles et les criminels ; d’où son fanatisme, caractéristique des doctrines qui énoncent une fatalité de l’histoire ».  Rien n’est dit de l’élimination par l’URSS de centaines de milliers de Polonais, Ukrainiens, Lettons, Estoniens, Lithuaniens, Ouzbeks, Tchétchènes, Japonais. Il n’a servi à rien que les dissidents soviétiques aient mis en lumière que l’accusation de nationalisme servait de prétexte pour éliminer les opposants ou les peuples jugés inférieurs, ni que, lors de la Deuxième Guerre Mondiale, les nationalistes, anglais, français, polonais, serbes, etc. combattaient à Londres ou de Londres un Reich, c’est-à-dire un Empire, qui a exterminé autant d’innocents que l’Empire soviétique, chéri des nationalismophobes actuels. Il est vrai que ceux-ci n’ont pas fait ce séjour dans des camps soviétiques ou nazis qui leur eût peut-être ouvert les yeux.

 

 

Jacques Rossi, ce Français polyglotte qui fut un agent actif de l’Internationale communiste pendant une dizaine d’années, a été condamné en 1937 à cinq années de Goulag, puis à vingt années supplémentaires, pour avoir « espionné » sa patrie soviétique au profit de la France et de la Pologne. Il n’a pu quitter l’URSS pour la Pologne qu’en 1961 et il a retrouvé son pays, la France, à la fin des années 1980. De son expérience, il a tiré un ouvrage admirable, Le Manuel du Goulag, écrit en russe, traduit d’abord en anglais, et dont une version française réduite a été publiée en 1997 au Cherche Midi. Dans cet ouvrage, qu’il présente sous la forme d’un dictionnaire encyclopédique, Rossi examine les mots, les idées, les faits du communisme. Il n’est pas de mensonge qui résiste à l’examen. En voici l’article nationalisme (ou nationaliste) bourgeois : « Dès le lendemain du coup d’Etat bolchevique de 1917, on trouve dans les prisons et dans les camps des gens condamnés pour « nationalisme bourgeois ». Si au début il y a parmi les coupables des Russes de « race pure », à partir du début des années 1920, on ne rencontre plus parmi eux que des non russes. L’auteur, qui a connu des dizaines d’établissements pénitentiaires soviétiques de 1937 à 1958, n’a jamais rencontré de Russe avec ce chef d’accusation. En revanche, le nombre de nationalistes bourgeois non russes n’a cessé d’augmenter ». Après 1945, même des Japonais, qui résistaient à la tyrannie, ont été condamnés en URSS aux travaux forcés. Sous l’inculpation de nationalisme, se cache le racisme : le nationaliste, c’est l’autre. Ce n’est pas le bourreau, c’est la victime. Les nationalistes sont des hommes et des femmes qui résistent, par la désobéissance ou en faisant preuve de mauvaise volonté, aux armées qui ont envahi leur pays. Avant d’être condamnés ou exécutés, ils ont été étiquetés ennemi du peuple, bourreau de l’humanité, nationaliste bourgeois ou Finlandais blanc. Ce dernier terme, précise Rossi, « apparaît lors de la tentative d’annexion de la Finlande par l’URSS en 1917-1918, et réapparaît en 1939, au moment de l’agression de la Finlande par les Soviétiques ». L’accusation « nationalisme » est le prétexte qui a déclenché une vaste purification ethnique. 

 

07 juillet 2013

Justice

 

 

La justice est la grande affaire des Ans I et II de la Restauration socialiste. M. de Hollande, chef de la bannière socialiste du canton de Tulle, n’a que justice en bouche et M. Ayrault de Saint-Herblain, porteur des bannières de Bretagne et de Basse-Loire, prétend rétablir la justice partout où il passe, et même là où il n’ira jamais.  Leur justice n’est pas celle de la baronne Bitaura, qui se contente de garder les sceaux de l’Etat : ils sont à l’abri dans des salles mieux protégées que des coffres-forts blindés.

Dans le Dictionnaire de l’Académie française, de 1694 à 1935, la conception de la justice est stable : c’est la « vertu morale qui rend à chacun ce qui lui appartient ». Ce qui est supposé, c’est qu’un individu, sujet, personne ou un groupe ou une communauté ont été spoliés : un bien (argent, immeuble, terre, droit, etc.) leur appartenant leur a été enlevé par la violence ou arbitrairement. La justice consiste à les remettre en possession de ce bien ou à leur permettre de jouir à nouveau de ce ou ces droits. Voilà pourquoi dans les exemples des dictionnaires, la justice est la « reine des vertus » et que « les Etats sans justice sont de grands brigandages ».

Qu’en est-il des décisions prises depuis un an ou plus par les ministres de M. de Hollande, chef des cantonniers de Tulle, et votées par les députés et sénateurs de sa bannière ? Elles relèvent de tout ce que l’on veut, sauf de la justice. En quoi accorder aux camarades de la fonction publique, instituteurs ou agents du trésor, le droit de prendre leur retraite deux ans avant les autres, qui n’ont pas l’heur d’appartenir à la race élue des prébendiers du pouvoir, est-il une mesure de justice, comme l’ont clamé MM de Hollande, Ayrault de Saint-Herblain, Payons de la Boutique et tous leurs perroquets ? Rien de ce qui leur appartenait ne leur a été rendu. D’ailleurs, ils n’ont été privés de rien. Mais un privilège leur a été prodigué, que les travailleurs vont payer. C’est le contraire exact de la justice.

La Sécurité sociale est une d’abord une assurance : se font rembourser leurs soins ceux qui cotisent. En quoi soigner gratuitement des clandestins qui n’ont jamais cotisé et ne cotiseront jamais est-il une mesure de justice ? C’est l’exact contraire. Les victimes de l’injustice sont ceux qui cotisent et qui, en plus, ne se font pas soigner gratuitement.

On pourrait multiplier les exemples, qui prouvent que chaque fois que MM. de Hollande, de la Boutique, de Saint-Herblain, etc. ou Mmes de Touraine, de Bitaura, des Flots et l’émissaire de Sa Majesté M6 emploient le mot « justice », il faut l’entendre au sens d’injustice et mettre un préfixe négatif devant chacun des mots dont ils usent. La vertu, chez ces gens-là, se confond avec le vice, le pire, celui qui non seulement met de l’injustice partout, mais encore tord le sens des mots les plus nobles pour les jeter dans les culs de basse fosse du brigandage.          

 

02 juillet 2013

Discriminer

 

 

 

 

En latin, discriminare a pour sens « séparer » ou « diviser ». D’une route, on disait en latin qu’elle discrimine, c’est-à-dire sépare en deux parties, une région ; ou d’une route éclairée par des torches, qu’elle « discrimine les champs contigus », la lumière des torches séparant nettement la route éclairée des champs obscurs.

En 1876, le verbe discriminer, emprunté au latin, sous la forme du participe présent et adjectif discriminant, est attesté en français comme terme de mathématique (Littré, Supplément au Dictionnaire de la Langue française). Voici la phrase citée que les mathématiciens comprendront : « si on différentie une forme à k variables, le résultant de ces k dérivées prend le nom de discriminant de la forme x (fonctions homogènes à un nombre quelconque d’inconnues). Il n’est pas nécessaire d’avoir l’expression du discriminant pour construire la solutive ». Ce verbe est donc de la dernière modernité. Il n’est relevé dans aucune des huit éditions (1694-1935) du Dictionnaire de l’Académie française. En revanche, à ce verbe, il est consacré un article dans le Trésor de la Langue française (1972-1994). Le sens n’est pas très différent du sens du verbe latin. Discriminer, c’est « différencier en vue d’un traitement séparé, un élément des autres ou plusieurs éléments les uns des autres en (le ou les) identifiant comme distinct(s) », c’est-à-dire s’adonner à une des plus hautes activités de l’esprit. Le verbe a pour synonyme distinguer. Ainsi on discrimine les problèmes, les rhumatismes infectieux, les choses, les sujets normaux des sujets présentant un syndrome mental donné, etc.

 

Le drame est que ce verbe ressemble au verbe anglais to discriminate, attesté en anglais depuis 1638, et qui, lui, a les deux sens que voici : « discriminate ong thing from another, between two things : make, see a difference between » (distinguer une chose d’une d’autre, entre deux choses, faire ou voir une différence entre deux choses) et « discriminate against ; treat differently, make distinctions. Laws which do not discriminate against anyone, treat all people in the same way » (discriminer quelqu’un, le traiter différemment. Lois qui ne discriminent personne, qui traitent tout le monde de la même manière).

Autrement dit, le verbe discriminer, au sens de violer le principe constitutionnel d’égalité des citoyens devant la loi, est un néologisme sémantique. Ce sens est étranger à la France, à son histoire, à sa civilisation. C’est un sens propre à l’anglais, langue dans laquelle to discriminate a désigné les déplaisantes réalités juridiques de la ségrégation raciale spécifique des Etats-Unis d’Amérique ou de l’Afrique du Sud. En France, les discriminations sont interdites depuis deux siècles ou plus. Introduire en français ce sens pour en faire une réalité sociale de la France, c’est une escroquerie. Mais la barrière de l’escroquerie n’arrête pas les sciencieux du social, ni les cultureux et autres journaleux, ni les politiqueux. L’importer pour le plaquer sans vergogne sur les réalités de la France est peut-être conforme aux règles du libre échange ou du commerce international, mais doublement inutile : la langue française est libéralement pourvue en monstres et la discrimination n’a pas de réalité en France, sinon dans les plus hautes activités intellectuelles, quand l’esprit s’efforce de distinguer des propriétés différentes ou de séparer l’une de l’autre des molécules, comme Lavoisier l’a appris à faire aux chimistes modernes.

Employer des mots impropres ou réciter des formules obscures pour faire advenir des réalités qui n’existent pas, c’est de la magie. C’est sans doute aussi ça les sciences sociales et la culture des cultureux.