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27 août 2013

De la harbitude

 

harbitude, néologisme. 

 

 

 

En arabe, l’adjectif harbi dérive du nom harb, qui signifie « guerre ». Il est aussi employé comme nom pour désigner des hommes à qui la guerre est faite et qui sont définis par la guerre qu’on leur fait et réduits à ce seul être. Il n’existe pas en français d’adjectif ou de nom qui équivalent à harbi. Le concept n’est pas pensé par les Français, il est étranger à leur langue et à leur histoire. Pour les Français, il est concevable que des hommes soient réduits à cet être de harbi. Il faut se reporter à l’injonction « Tuez-les tous, Dieu reconnaîtra les siens » que Simon de Montfort aurait adressée à ses soudards chargés d’éliminer les Albigeois pour trouver un être qui correspondît à celui de harbi, mais aucun mot n’a été forgé à cette époque pour signifier cet être de « tué ». Le mot ennemi ne convient pas pour traduire harbi. On a des ennemis sans leur faire la guerre et ces ennemis, après une guerre, deviennent des alliés. Harbi n’est pas une qualité provisoire ou éphémère, mais un être, une qualité continuelle qui ne cesse qu’avec l’extermination de ceux à qui la qualité est attribuée. L’être harbi disparaît avec ceux qui sont nommés harbis. Le harbi est à ceux qui leur font la guerre ce que les juifs étaient aux socialistes nationaux en Allemagne, de 1933 à 1945, et dans les pays que les armées allemandes ont envahis et occupés de 1939 à 1945. Là, c’est la défaite de l’Allemagne qui a mis fin à la guerre que les Allemands faisaient aux juifs. On pourrait traduire harbi par guerroyé. Mais même un mot inventé comme guerré (au sens de « celui à qui est faite une guerre à mort ») ne convient pas. Seul à exterminer traduit assez bien harbi, dont l’être est de subir la guerre jusqu’à ce qu’il soit tué et qui est réduit à ce seul être.

D’où vient cet être ? Qu’est-ce qui y donne sens ? 

Pour l’islam et cela depuis le VIIIe siècle, le monde connu est divisé en deux zones. D’une part, le dar el islam ou « maison de l’islam », où l’islam fait loi ; de l’autre, le dar el harb ou « maison de la guerre », où l’islam fait la guerre aux harbis. Les « gens d’un livre » (ahl kitab), juifs ou chrétiens, se répartissent en dhimmis, quand ils vivent dans le dar el islam et acceptent que l’islam gère leur pays, et en harbis quand ils vivent dans la zone de guerre. Les premiers se soumettent, aux seconds il faut faire la guerre. Quant aux païens, hindous, animistes, athées, ils sont harbis.

La harbitude est donc l’être des harbis. Elle est aux harbis ce que la dhimmitude est aux dhimmis.

 

Il est un savoir méprisé qui est éclairant pour comprendre ce qu’est un harbi. C’est l’antique savoir des dhimmis, ces peuples qui, leur pays ayant été conquis, pillé, mis en coupe réglée par les arabes ou les ottomans islamisés, se sont soumis aux conquérants et envahisseurs et se sont retrouvés dans leur propre pays en moins de deux ou trois siècles minoritaires, mais « protégés » (c’est le sens du mot arabe dhimmi) par les nouveaux seigneurs du monde devenu islamique. Je ne connais qu’un seul penseur qui fasse l’effort de comprendre le monde à la lumière de la dhimmitude : Bat Ye’or, islamologue de nationalité britannique, née dans la communauté juive d’Egypte, qui adopte le point de vue des vaincus. La condition de dhimmi, qui est vieille pourtant de plus de quatorze siècles, dure encore dans les pays qui n’ont pas été totalement islamisés (id est purifiés), à savoir Irak, Syrie, Jordanie, Egypte, Soudan. Contrairement aux chercheurs en islam dûment estampillés ou patentés par l’Université et qui se pressent dans ces pays pour se prosterner aux pieds des oppresseurs, Bat Ye’or prend le parti des opprimés pris « dans le lacis des contraintes discriminatoires » qu’impose l’islam. Si les organisations dites antiracistes et autres ligues dites des droits de l’homme étaient fidèles à ce qui les fonde, elles protesteraient contre ces discriminations et militeraient pour qu’elles soient abolies. Comme elles restent coites, on est en droit d’en déduire qu’elles les approuvent. Bat Ye’or explique la pieuse allégeance de ces organisations par le négationnisme qui leur est consubstantiel.

« Etre dhimmi, c’est avant tout une façon d’être au monde, en fonction d’un conditionnement inconscient de la totalité de l’être », façonnée, modelée par une expérience millénaire vécue par des millions d’hommes et surtout régie par des lois. « L’histoire des sociétés esclaves ne peut pas être analysée avec les mêmes paramètres que l’histoire des peuples libres ». Bat Ye’or libère ces dhimmis du double avilissement islamique et occidental dans lequel ils ont sombré.

 

La France se trouve dans le dar el harb. Elle est une zone de guerre, parce que la loi islamique n’y est pas appliquée ou n’y est appliquée que dans quelques zones ou quartiers ou cités, et que les Français ne sont pas soumis. Ils ne sont pas musulmans (en arabe, musulman signifie « soumis »). Puisqu’ils vivent dans le dar el harb, ils sont harbis ou à exterminer ou guerrés. La guerre doit leur être faite et il est du devoir des musulmans de leur appliquer l’injonction de Simon de Montfort, citée ci-dessus, laquelle convient assez bien pour décrire leur être de harbi, à condition de remplacer Dieu par Allah, ou bien la « solution finale » décidée à Wannsee en 1942. Si les Français se soumettent avant que l’extermination ne soit achevée, ils seront ou musulmans, c’est-à-dire « soumis », ou dhimmis, c’est-à-dire protégés. S’ils reconnaissent la supériorité de l’islam, ils auront la vie sauve. Un droit leur sera reconnu : celui de vivre dans leur propre pays.  

C’est le djihad qui configure le monde, à savoir cet « effort » (djihad signifie « effort ») qui s’impose aux musulmans d’islamiser le monde, de faire entrer le dar el harb dans le dar el islam, d’en éliminer les harbis ou en faire des dhimmis, de soumettre l’humanité à la loi d’Allah. L’être de harbi cesse avec la victoire de l’islam. La condition de dhimmi, elle, résulte de la victoire de l’islam, ou nasr ou fattah, écrit à l’entrée d’un nombre important de mosquées. « Les lois édictées par la charia, écrit Bat Ye’or, touchent à tous les domaines de l’existence ». Les dhimmis paient des impôts particuliers. Il leur est interdit de construire, agrandir, restaurer leurs lieux de culte (églises ou synagogues) ; leur culte doit être discret (les cloches ne sonnent pas) ; leur témoignage contre un musulman n’est pas recevable ; ils sont condamnés à mort s’ils épousent une musulmane ou s’ils ont l’audace de faire du prosélytisme ; il leur est fait obligation de pourvoir au harb qui pousse les musulmans qui font le djihad (les moudjahidoun) à faire main basse sur de nouveaux territoires. La possession du sol leur est interdite. Leur terre est dite fey : c’est un butin de guerre. C’est donc l’islam victorieux qui décide des interdits dont pâtissent les dhimmis et des droits qui leur sont abandonnés. La négociation n’est pas possible. Le dhimmi est un harbi qui reconnaît la victoire de l’islam. Dès lors, il est protégé du djihad qui prescrit contre les harbis (que nous sommes) l’esclavage, les massacres, les pillages, le butin. C’est ainsi qu’il faut entendre la « protection » offerte aux dhimmis, ce dont les spécialistes de l’islam et autres « sciences sociales et humaines » déduisent sans rire ni ironie une tolérance qui serait consubstantielle de l’islam. Si le dhimmi se rebiffe, il redevient harbi et les lois du djihad lui sont appliquées.

 

C’est la vision que les musulmans, où qu’ils vivent, dans des pays d’islam, en Inde, en Europe, aux Etats-Unis, ont du monde. La popularité dont jouissent Ben Laden et autres moudjahidoun en est l’expression. Les principes musulmans ou islamiques (non pas islamistes) qui régissent la condition, le statut ou le sort des dhimmis et l’être des harbis (c’est-à-dire les ressortissants du dar el harb ou « maison de la guerre ») rendent compte plus clairement et avec plus de pertinence des événements qui se produisent dans les banlieues sensibles (incendies d’écoles, de gymnases, de synagogues, de bâtiments publics, d’autobus, de femmes, de biens privés, agressions contre les personnes, insultes, etc.) que les explications habituelles ou trop souvent ressassées des spécialistes des « sciences » sociales et humaines (humiliation, « pauvreté », ressentiment post-colonial, nécessité, etc.). Les intellectuels doivent en finir avec le mépris. Il faut analyser, comprendre, considérer l’islam pour ce qu’il est, en fonction de ce qui le fonde, des actes qu’il inspire, des croyances qu’il génère.            

            Le lundi 25 mars 2002, les chaînes de télévision ont montré des images de la « Boucherie ENNASR » de Lille, devant laquelle avait explosé un gros pétard. Personne ne s’est interrogé sur la raison commerciale écrite en très gros caractères latins et arabes. En arabe, ENNASR signifie « LA VICTOIRE ». La victoire en question n’est pas le résultat d’un match de football mais l’issue d’une guerre. De quelle guerre s’agit-il ? Non pas la Victoire de 1914-18, mais la victoire des guerriers de l’islam qui, en un siècle de 622 à 732, ont conquis par les armes la moitié du monde connu d’alors et y ont imposé la charia. Le nom de cette boucherie célèbre la victoire de l’islam sur les infidèles et leur réduction au statut de dhimmis. Des mosquées établies en France se nomment El Fattah. Qui s’étonne de ce nom ? En arabe, fattah signifie « ouverture » et « conquête ». Il désigne le fait historique suivant, quand, après 632, les armées de l’islam se sont ouvert d’importants territoires et les ont conquis. En France donc, des commerces et des lieux de culte célèbrent la guerre et la victoire de l’islam. Que des mosquées en Iran ou au Maroc soient nommées El Fattah ne nous importe guère. En revanche, que des termes de guerre soient affichés dans l’espace public soulève des questions qu’il ne faut pas éluder.

            Un autre mot, anodin en apparence, révèle les enjeux des « langages des Arabes », pour parler comme Berque. Dans les quartiers où ces musulmans sont majoritaires, les Français sont nommés gaulois. Il leur est donné le nom d’un peuple que des soldats, des colons, des envahisseurs décidés et résolus ont fait disparaître de l’histoire. Ce nom n’est pas neutre. Il réduit les Français au simple statut d’autochtones qui sont en passe de ne plus l’être et il les ramène à un être ethnique et racial de vaincus. S’ils ont été colonisés une première fois, ils peuvent l’être une seconde fois.    

Formés à partir du verbe latin migrare, auquel sont ajoutés les préfixes - in et - ex ou - é, immigrer et émigrer désignent deux actions inverses : entrer dans un pays et en sortir. Ils impliquent un déplacement et le franchissement de frontières. Ces termes se répondent : un émigré est aussi un immigré, et vice versa. Pour l’islam, l’immigré à proprement parler n’existe pas. Les émigrés sont nommés mouhajiroun, c’est-à-dire, mot à mot, des « hommes de l’hégire », qui font ou refont l’hégire. L’hégire (an 622) est le premier jour du comput islamique. Les musulmans qui émigrent sont censés imiter Mahomet, le premier mouhajir de l’islam, qui, en fuyant La Mecque pour émigrer à Médine, a fondé l’islam. Pour l’islam, émigrer, c’est répandre la vraie croyance pour agréger de nouveaux territoires au dar el islam. Une des organisations qui, de Londres, appelle à la guerre contre les harbis, se nomme « les émigrés » ou mouhajiroun. Les mots d’ordre qui résonnent dans les mosquées El Fattah aménagées en Europe relèvent de cette logique fondatrice de l’émigration, aussi ancienne que l’islam. C’est « là où vit un musulman, la loi d’Allah doit être appliquée » et « mort aux chrétiens et aux juifs » (ou aux infidèles et aux mécréants). Il y a identité entre le mouhajir et le moudjahid, entre l’émigré et le combattant du djihad.

Les jets de pierre de plus en plus fréquents dans les cités sensibles sont nommés caillassage, mot qui n’est pas relevé dans le Trésor de la Langue française. En arabe, ils ont pour nom lapidation. On lapide les femmes dites adultères, mais aussi Satan. Jeter des pierres sur chitan (id est Satan) est un des rites du pèlerinage à La Mecque. Accueillir les policiers à coups de pierres n’est pas neutre. La lapidation est un devoir islamique quand un musulman a en face de lui Satan ou l’un de ses affidés. Comme les Français sont harbis, il est juste, d’après les principes du Coran, non seulement de les lapider, mais aussi de les voler : « le butin revient aux émigrés (mouhajiroun) pauvres qui ont été obligés de quitter leur pays », prescrit Le Coran. Analysés avec les mots des sciences sociales, les faits de banlieue sont déformés. Quand la situation est décrite avec les mots de l’islam et dans le langage des Arabes, elle est éloquente.

 

Les spécialistes de l’islam jugent sacrilèges les mots impurs des infidèles. Ce ne sont que des préjugés (évidemment racistes) d’Occidentaux dégénérés, pense Gardet dans Les hommes de l’islam. Pourtant, dès qu’ils étudient les colonies islamiques établies en France et en Europe, le tabou est violé. Les concepts infidèles deviennent heuristiques. Ce qui est hachouma en islam devient sacré en terre infidèle. La belle tartuferie ! L’Autre étant Autre, il n’est pas soi : autant ne pas le prendre pour ce semblable qu’il n’est pas. Ainsi on préserve son irréductible altérité. Dhimmi et harbi non seulement éclairent, mais encore ils font voler en éclats les mots frelatés, fictifs, trompeurs des experts en islam et autres sciences socialos humanitaires.

 

19 août 2013

Comment pensent les islamologues

 

 

L’exemple de Bruno Etienne, in L’islamisme radical, Hachette, 1987, Le Livre de Poche, biblio essais, 1991.

   

            Monsieur le Professeur Etienne est un anthropologue qui fait dans le culturel, et pas, comme ceux qui l’ont précédé dans cette discipline, dans le physique, c’est-à-dire dans l’ethnique, le racial et le raciste. Il compte parmi ces professeurs d’université dont l’objet d’étude est la culture et l’imaginaire de l’islam. Il se présente comme un orientaliste marchant sur les brisées du très dépressif Nerval, dont le mérite, voyageant en Egypte, est d’avoir épousé à la mode islamique une jeune fille achetée au marché aux esclaves pour qu’elle satisfasse ses appétits sexuels et lui tienne son ménage. Monsieur le Professeur Etienne « a fait le voyage comme Gérard de Nerval ». On espère qu’il ne l’a pas imité en esclavagisme. Il écrit Islam avec une majuscule, comme il écrit par souci d’impartialité Christianisme avec un grand C. Il défend ceux qui se réclament de Sayyed Qotb (celui qui fait du djihad contre les infidèles, étrangers, impies, chrétiens, etc. la sixième obligation de tout musulman), Kischk, El Banna (celui qui a voulu purifier l’Egypte des immigrés qui y avaient trouvé un asile ou un emploi) et qui prêchent un islam guerrier, agressif et conquérant, les faisant passer pour les dignes successeurs de Lénine, Trotski, Pol Pot, Mao. Ce sont des khmers verts en quelque sorte. Comme Monsieur le Professeur Etienne est marxiste léniniste maoïste radical, il comprend ses frères en révolution, il les justifie, exposant aux béotiens tout le bien qu’il pense de l’islam.

            Il est impossible de douter qu’il connaisse bien son objet d’étude. Le glossaire des mots arabes qui clôt son livre compte six pages denses. Les concepts islamiques sont désignés par le mot arabe qui les exprime, puis traduits en français, quand la traduction est possible. Monsieur le Professeur Etienne n’a rien d’un amateur. A n’en pas douter, le docteur en marxismes est devenu expert ès choses islamiques. Ce qu’il expose est ruminé. Ce ne sont pas des opinions à l’emporte-pièce qu’il exprime, mais une série de thèses. Il est donc pertinent d’analyser ce qu’il pense et comment il en est arrivé à penser ce qu’il exprime.

           

            Ce qui sous-tend ses thèses est le mépris sans limites qu’il exprime à l’encontre de l’occident. Son occident est un monstre à mille têtes. Pourquoi ? Cet occident ne connaît rien de l’islam, il ne veut rien en connaître et il ajoute à l’ignorance de bêtes préventions, évidemment racistes. « L’imaginaire occidental s’est construit une hostilité dramatique à l’encontre de l’Islam », écrit-il dans un français approximatif, en prenant soin de préciser qu’il traite de l’imaginaire occidental, non pas de l’occident réel. La prudence est bienvenue. L’occident réel commerce avec l’islam, accueille des dizaines de millions de musulmans, mille fois plus que l’islam n’accueille d’infidèles (de ce point de vue, l’occident est victime d’un échange inégal – mais Monsieur le Professeur Etienne ne s’interroge pas sur les causes de cette inégalité ni sur ce qu’elle signifie), leur offre asile, travail, avantages sociaux, études et libertés. Cette politique réelle, tangible, vérifiable est à l’opposé d’une hostilité dramatique. S’il traitait de l’occident réel, les thèses qu’il développe s’effondreraient comme châteaux de sable à la marée montante. L’imaginaire présente l’avantage d’être friable, imperméable aux faits, sans fondement solide, fluctuant. Il échappe à toute critique réfléchie et la contradiction l’épargne. On peut en dire ce qu’on veut, rien ou quelque chose, n’importe quoi, tout et son contraire.

 

            C’est la colonisation qui alimente l’hostilité de l’imaginaire occidental. Examinons cela. Je doute que les institutions de la France aient exprimé quelque hostilité que ce soit à l’encontre de l’islam depuis un siècle ou plus. Cette hostilité a peut-être eu un semblant de réalité chez les apologistes lyriques des colonies. Pourtant la colonisation n’implique pas d’hostilité de principe à l’encontre de l’islam. Jamais dans les colonies l’islam n’a été interdit, encore moins entravé ou brimé. Jamais il n’a été interdit à qui que ce soit de le pratiquer ou même de le prêcher. De ce point de vue, les lois et les décisions ont été impartiales. De 1870 à 1960, les Républiques coloniales (la IIIe et la IVe) avaient pour ennemis non pas l’islam, ni les musulmans, mais l’Eglise et les catholiques pratiquants. Et s’il y a eu pendant un siècle de République une hostilité de principe, exprimée dans les lois, à l’égard d’une religion, c’est l’Eglise catholique qui en était la cible, pas l’islam. 

            En France, la colonisation expliquerait, plus que dans tout autre pays d’occident, cette hostilité. Acceptons la conjecture d’une relation de cause à effet entre la colonisation et l’hostilité. Elle n’est pas le fait des Français. La France s’est débarrassée en 1962 d’un énorme boulet qui, si elle l’avait conservé aux pieds, l’aurait entraînée dans l’abîme sans fond du néant destructeur : rapporté aux cent ou deux cent mille malheureux et aux centaines d’étrangers égorgés en Algérie depuis 1991, les innocents tués et les martyrs auraient été de dix à vingt plus nombreux si l’Algérie était restée dans le giron de la France. Si hostilité il y a ou y a eu, elle est le fait des ex-colonisés. Il n’importe guère qu’ils soient hostiles à la France tant qu’ils restent dans leur pays. En revanche, quand ils traversent la Méditerranée, clandestinement ou non, pour faire en France, dite dar el harb, « maison de la guerre », le djihad contre les Français, la situation est toute différente. Dans leur histoire, les Français ont déjà connu en 1940 une situation équivalente, sans que d’ailleurs les élites et les professeurs d’Université alors résistent à l’occupation qui a suivi. Monsieur le Professeur Etienne a de qui tenir.  

            La disqualification colonialiste est opposée à l’Eglise, aux Français, aux occidentaux, jamais aux musulmans ni à l’islam. « L’Europe ne serait pas exactement ce qu’elle est si elle n’avait pas connu l’islam », écrit-il. Il cite l’Espagne andalouse, la Sicile, la Crimée, les Balkans. Or, dans ces pays, l’islam a été colonial et pendant plus de siècles que la France ne l’a été au Maghreb. Pendant huit siècles, les chrétiens d’Espagne ont subi la tyrannie islamique. Pendant quatre siècles, les Serbes, les Bulgares, les Roumains, les Grecs, les Albanais, etc. ont vécu sous le joug de l’islam qui a été plus féroce, plus destructeur, plus négateur que la tolérante république française. Quatre siècles (au minimum), c’est plus de trois fois plus longtemps que la France n’a colonisé à tort l’Algérie ou plus de dix fois plus longtemps que la France n’a protégé à tort le Maroc. Or, Monsieur le Professeur Etienne ne s’interroge jamais sur l’hostilité dramatique ni sur le racisme que l’islam conquérant, impérial et colonisateur nourrit à l’encontre des pays d’Europe qu’il a vaincus et soumis pendant de longs siècles. Pourtant, ces haines racistes existent. Il suffit de lire les tracts musulmans, d’écouter les prêches des imams et autres ayatollahs, ou même de lire le Coran pour s’en convaincre. Il n’est pas besoin de lire ce qu’ont écrit les victimes de l’islam. En retour, quel savoir colossal ont accumulé pendant des siècles les peuples d’orient, qu’ils soient dhimmis (« protégés ») ou harbis (« à exterminer ») : les coptes en Egypte, les chaldéens assyriens, qui ne sont ni arabes, ni musulmans, les grecs catholiques de Syrie, d’Egypte et du Liban, les maronites, les melkites, enfin tous ces peuples vaincus il y a quatorze siècles, soumis, humiliés, dominés, qui sont à peine mieux traités dans leur propre pays que des chiens abandonnés dont l’écuelle est remplie chaque jour d’un quignon de pain !

            Dans L’islamisme radical, Monsieur le Professeur Etienne réduit l’orient au seul islam, ce qui est faux sur le plan historique et un contresens sur le plan épistémologique. L’orient, c’est dans la mystique chrétienne le Christ. L’opposition occident vs orient a d’abord (c’est encore vrai aujourd’hui) un sens dans le monde chrétien : chrétienté d’occident vs chrétienté d’orient, Rome vs Constantinople puis Byzance. Il est plaisant qu’un expert patenté ès Maghreb (il s’est patenté lui-même, il ne paie pas patente à l’Etat) ignore qu’en arabe maghreb signifie « occident » - là où le soleil se couche – et qu’il englobe, contre toute vérité historique et en dépit de toute réalité géographique, les pays du Maghreb, qui sont d’occident, dans l’aire qu’il nomme orient. Ou il a perdu le sens de l’orientation, ou il ne sait pas lire une carte. De ce fait, un expert en islams (pour lui, l’islam est pluriel, comme Jospin), malgré le savoir colossal qu’il prétend maîtriser, n’esquisse pas le début du moindre commencement d’analyse du savoir accumulé par ces humiliés et ces opprimés, menacés dans leur chair, et qui peu à peu s’éteignent, sans que le défenseur des opprimés verse la moindre larme sur leur sort. De toute façon, c’est préférable : s’il se lamentait, se larmes de crocodile seraient couverts par des youyous d’allégresse. Il se fonde sur les vainqueurs pour analyser l’islam. Mutatis mutandis, sa méthode est celle d’historiens qui établiraient ce qu’a été le national socialisme en occultant la soumission de l’Europe à l’ordre germanique ou l’extermination organisée de peuples entiers par les Allemands. Le seul méchant est l’occident qui orne sa méchanceté originelle de perversité, d’arrogance, de bêtise ; la victime est l’islam, qui couronne son savoir naturel, de bonté, d’humilité, d’honnêteté, de respect d’autrui, bien entendu de tolérance. Ou Monsieur le Professeur Etienne fait de la science sans savoir ce qu’est la science, à savoir, dans ces disciplines que sont l’histoire, l’anthropologie historique, l’étude des textes, le respect des faits. Ou, pour lui, la science dont il se gargarise est pure complaisance vis-à-vis de l’objet d’étude, c’est-à-dire vulgaire idéologie engagée.

 

            L’islamisme radical a été publié en 1987. Dans cet ouvrage, Monsieur le Professeur Etienne déplore que l’islam ne soit perçu (toujours dans l’imaginaire occidental) que comme un péril : id est, il est anxiogène. L’anxiété éprouvée par les occidentaux ne tiendrait à aucune cause raisonnable. Cette fiction serait le produit frelaté de l’ignorance des choses islamiques ou des mensonges éhontés que des media sans scrupules diffusent de l’islam. Cette fable (fable n’est pas impropre, puisque tout est imaginaire) ne prend une apparence de validité que parce que sont occultés les faits réels qui suscitent cette anxiété : purification ethnique des pays arabes, crimes de masse commis par des musulmans au nom d’Allah, enlèvement d’étrangers, appels au meurtre qui résonnent dans les mosquées. Pourtant, avant que Monsieur le Professeur Etienne n’écrive L’islamisme radical, des attentats aveugles ont été commis en France par des musulmans. Pourtant des centaines de Français ont été tués ici ou là par des musulmans, à Paris, dans des trains, au Liban, un peu partout dans le monde. 

            La critique des media de masse à laquelle il se livre est-elle autre chose qu’une rhétorique spécieuse, visant à rendre caduque toute critique de l’islam ? Se produit-il des meurtres de masse dans les pays arabes ou dans les colonies islamiques établies en France ? Monsieur le Professeur Etienne est invité pour donner un avis autorisé. Il est le chouchou des media qu’il vilipende. La reconnaissance du ventre est un sentiment qui semble indigne de sa haute personne. En septembre 1995, Canal +, qui est censé diffuser de l’islam des représentations fausses et anxiogènes, l’a reçu en même temps que des musulmans, des « jeunes » comme on dit en jargon politiquement correct, pour débattre des attentats qui ont tué des dizaines de Français « innocents » et en ont blessé gravement des centaines d’autres (Nota bene : les Français ne sont pas des chiens, du moins en théorie) au cours de l’été 1995. Le débat a été escamoté, car Monsieur le Professeur Etienne s’est évertué à opiner aux « jeunes » présents sur le plateau (ils se sont entropinés), à savoir que l’islam n’a pas inspiré les poseurs de bombes, que les musulmans ne peuvent pas tuer sans raison des innocents, qu’ils ne sont pas des criminels contre l’humanité. La preuve : ce sont les Serbes qui ont commis ces attentats ou qui auraient eu intérêt à les commettre pour se venger de la France qui s’opposait à la guerre qu’ils menaient contre les Croates et les Bosniaques ! Autrement dit, Monsieur le Professeur Etienne exonère les musulmans des crimes qu’ils commettent au nom d’Allah et il en charge les Serbes dont le seul crime est l’étiquette racistes que les bien pensants leur ont cousue sur la poitrine.  

            « En Europe, écrit-il, désormais, l’image de l’Orient est correctement maîtrisée par les professionnels, comme le prouvent les nombreuses publications et les colloques sur la vie et la mort de l’orientalisme. Or la coupure est drastique entre les professionnels de l’orientalisme et la façon dont les Français reçoivent l’actualité orientale ! Il semblerait que la constitution d’un savoir immense sur cette aire géographique ne dépasse pas la sphère des milieux scientifiques alors que le phénomène religieux, sous sa forme politique transmise par les médias, fait irruption chaque jour dans nos foyers ». Les faits doivent nous amener à renverser cette proposition dogmatique. En septembre 1995, c’est le professionnel de l’islam qui s’est répandu dans les media pour nier la réalité. Monsieur le Professeur Etienne est un incontournable expert en négationnisme.

 

            Il écrit encore, et je le cite : « Le record dans la différence de traitement et d’interprétation apparaît à propos des guerres du Moyen Orient, et notamment de celle du Liban ». Le Liban de la guerre des années 1976-1986 illustrerait les préventions de l’imaginaire occidental. Pourquoi ? A la télévision et dans les journaux, l’armée israélienne, nommée affectueusement Tsahal, n’aurait jamais été désignée pour ce qu’elle est ou était, à savoir une armée d’occupation. Certes. Les journalistes et les experts ont eu le tort alors de ne pas préciser (si tant est qu’ils l’aient oublié, ce dont je doute) que Tsahal occupait une partie du Liban et que les Libanais étaient en droit de combattre cette armée. Je dis les « Libanais ». Car, le Liban alors, ce que cache pieusement Monsieur le Professeur Etienne, était occupé, non pas par une armée, mais par trois armées : celle d’Arafat, l’armée syrienne et Tsahal, l’armée israélienne. Si Monsieur le Professeur Etienne avait été impartial et qu’il eût respecté les faits, il aurait rappelé cette triple occupation, dont l’une, la syrienne, a duré trente ans ; il aurait précisé qu’Israël occupait un dixième du territoire du Liban, que la Syrie et les Palestiniens armés en occupaient 80%, et que les Libanais n’exerçaient leur souveraineté que sur une fraction de leur pays croupion, à savoir la montagne chrétienne. Or, Monsieur le Professeur Etienne occulte ces faits, désignant comme méchants les Israéliens, qui, à leur décharge, justifiaient l’occupation de la frange sud du Liban par la nécessité vitale d’empêcher les Palestiniens de pénétrer en Israël pour y tuer « du juif ». Les Syriens n’avaient aucune autre raison d’occuper le Liban, sinon leur volonté connue depuis longtemps d’annexer ce pays ami de la France et pour le salut duquel l’occident réel n’a rien fait, manifestant une hostilité dramatique à l’encontre des Libanais. Quant aux Palestiniens, le Liban leur avait donné l’asile. Or, ils y ont porté la guerre, d’abord contre ceux qui les ont accueillis, leur déniant toute souveraineté et leur imposant une domination arabo-islamique dont ils meurent lentement. Le sort du Liban infirme les analyses de Monsieur le Professeur Etienne. Ce protectorat syrien survit sous la tutelle des Saoudiens, célèbres dans le monde pour l’esprit démocratique dont ils font preuve, pour le « respect de l’Autre » qu’ils propagent, pour le sentiment d’humanité qu’ils éprouvent, pour leur sens de l’hospitalité et pour leurs engagements en faveur de ces opprimés que Monsieur le Professeur Etienne, tel un Saoud, se targue de défendre. Le destin du Liban est celui dont rêvait entre les lignes ou en secret Monsieur le Professeur Etienne, à savoir un pays éternellement occupé et colonisé. 

             « Quoi qu’il en soit d’une éventuel confusion du religieux et du politique, écrit encore Monsieur le Professeur Etienne, les cas de la Pologne et de l’Iran ne sont pas traités de la même façon » (dans les media et par l’opinion publique). Au sujet des relations entre le « politique » et le « religieux », il propose de prendre le parti opposé et de mettre sur le même plan l’Iran et la Pologne. En 1987, quand il énonce cette hénaurmité (comme aurait écrit Flaubert qui était expert en Bêtise), l’Iran est une république islamique où le pouvoir est accaparé par les mollahs et autres ayatollahs et où la charia fait office de loi civile, pénale et constitutionnelle (avec des arrangements bénins) ; en Pologne, le pouvoir était confisqué par un parti unique, totalitaire et tyrannique, à savoir le POUP ou Parti communiste, et l’Eglise catholique et les associations de citoyens qui se réclamaient d’elle y luttaient pour transformer la Pologne communiste en un pays libre et démocratique, qui ne soit plus inféodé à l’URSS coloniale. La situation en Pologne était à l’opposé de celle qui prévalait en Iran. La preuve en est que quinze ans plus tard, la Pologne est une démocratie laïque et que l’Iran est restée une tyrannie islamique. Cela n’empêche pas Monsieur le Professeur Etienne qui enseigne dans un Institut d’Etudes politiques (on frémit à l’idée qu’il ait pu asséner ces hénaurmités à de malheureux étudiants) de mettre sur le même plan la Pologne et l’Iran, et tout cela pour discréditer l’occident (réel ou imaginaire ?), le catholicisme, la Pologne, tous coupables (mais de quoi ?). Même Bouvard et Pécuchet, les parangons de la Bêtise française, n’auraient pas vu d’analogie entre la Pologne et l’Iran. Monsieur le Professeur Etienne, si, qui confond un oeuf et un boeuf. Ainsi, il écrit : « l’Islam « radical » est essentiellement arabe, ainsi que je le montrerai ». Les faits criminels qui se produisent dans les pays musulmans ou hors de ces pays prouvent le contraire. Les Iraniens, les Afghans, les Nigérians apôtres de la charia, les Indonésiens, les Pakistanais, les Philippins du sud ne sont pas arabes. Cela ne les empêche pas d’être plus radicaux encore que les arabes. Pour Monsieur le Professeur Etienne, l’islam est pluriel. Il n’y a pas un islam, mais des islams. Celui des arabes est radical, celui des autres serait différent. Or les événements du Nigeria, des Philippines, d’Indonésie, etc. infirment cette thèse. Mettre islam au pluriel est impossible en arabe, pour des raisons à la fois grammaticales et théologiques. Les musulmans eux-mêmes seraient effrayés si on prétendait que leur foi n’est pas une, qu’elle ne tend pas à l’unité, mais qu’elle est éclatée en une multitude de fois, de concepts, de morales, d’attitudes, de dogmes.

 

            Monsieur le Professeur Etienne diabolise l’occident (réel ou imaginaire, peu importe) qu’il rend coupable des malheurs des pays arabes, faisant siennes les analyses des révolutionnaires de l’islam radical. Ainsi, il écrit : « Reprenant, par exemple, dans une opération inverse de celle pratiquée par l’Occident, l’ensemble des théories du développement qui font du sous-développement un phénomène « naturel », lié au « retard » de certaines sociétés périphériques, les islamistes soutiennent, tout au contraire, qu’il est le produit de l’Occident et de son imitation (taqlid) ». Soit les émeutes qui ont secoué l’Egypte, le Maroc, l’Algérie, la Tunisie à partir de 1977 et qui ont été violemment réprimées : des musulmans armés ont massacré des musulmans sans défense. C’est ignoble. De toute évidence, les responsables de ces tueries sont ceux qui les ont ordonnées, à savoir Sadate, Hassan II, Boumedienne ou Chadli, Bourguiba et leurs divers ministres de la guerre et de la police. Or, Monsieur le Professeur Etienne les explique d’une toute autre manière, purement imaginaire pour employer l’adjectif dont il raffole. Il fait porter la responsabilité de ces massacres, non pas sur l’islam, ni sur les régimes arabes qui se réclament de l’islam, mais sur le seul FMI ou Fonds Monétaire International, dont le crime est d’être composé majoritairement d’occidentaux. Pourquoi ? Le FMI a conseillé de supprimer les subventions aux produits courants : farine, huile, riz, gaz, essence. Les dirigeants arabes n’étaient pas obligés de suivre ces décisions de bon sens dont le but était d’assainir les finances publiques et de rémunérer à leur juste prix les producteurs. Pour acheter la paix sociale, des régimes tyranniques issus de coups d’Etat ou du prophète Mahomet vendaient à vil prix – à un prix inférieur au coût de revient – de l’essence, du gaz, du pain, du riz, de l’huile, etc. ce qui pénalisait les paysans et tous ceux qui dans ces pays produisaient des biens ou offraient des services, et cela pour le seul bien être de la caste dirigeante et de la bourgeoisie nationale à qui était prodiguée la manne de l’Etat. Ces subventions n’avaient pas d’autre raison d’être. Les supprimer, c’était prendre le parti des opprimés et de tous ceux qui vivaient de leur travail ; c’était abolir les privilèges que la caste au pouvoir s’arrogeait au grand dam des populations laborieuses : oui, les pays arabes ne sont pas habités que par des branleurs prêchant au crochet d’autrui, que cet autrui soit les fellahs arabes ou les contribuables occidentaux, invités, mal gré qu’ils en aient, par des élites complaisantes, à financer, sous prétexte d’aide au tiers monde, les corrompus qui font tirer sur leur peuple à la mitrailleuse lourde. En rendre responsable le FMI, comme le fait Monsieur le Professeur Etienne, et mettre ces tueries au seul débit de l’occident, c’est prendre le parti de la tyrannie établie contre la démocratie. C’est donner un semblant de vérité aux analyses de l’islam radical. C’est aussi un crime contre la Vérité, indigne d’un savant qui pose ses fesses sur une « chaire ».

            L’explication de la répression des émeutes populaires par l’action nocive ou diabolique de l’occident montre bien quel camp Monsieur le Professeur Etienne a choisi ou, comme on disait il y a trente ans, de quel lieu il parle. C’est un marxiste-léniniste honteux et délirant : honteux, quand il dissimule ses engagements idéologiques sous une anthropologie culturelle de pacotille, et délirant, quand il explique les massacres commis par les musulmans au nom d’Allah par la lutte des classes, exonérant l’islam de toute responsabilité pour en charger les structures de la société capitaliste. « La religion étant une des formes de réalisation de l’humanité, les catégories théologiques rendent impossible la lutte des classes en tant que telle : en revanche, elles permettent de la mener, sans toujours la penser, sous la forme d’une guerre de religion. C’est le sens que je donne à la guerre du Liban et au conflit Iran / Irak. La lutte des classes passe bien dans ces deux cas par l’émergence des chiites en tant que classe, oubliée, confortée par le thème musulman de l’opprimé : al mustadafun. Ce thème, fort constant dans l’histoire arabo-musulmane, est aujourd’hui réapproprié avec vigueur par les groupes islamistes, comme nous le verrons ; il signifie clairement « tous ceux qui sont en déréliction, abandonnés de tous, peut-être même de Dieu ».  

            Les chiites formeraient une classe opprimée qui lutterait contre ses oppresseurs pour établir la justice sur terre. Pourquoi pas ? Le problème est que les faits contredisent cette analyse. En Iran, dans les années 1950, le clergé chiite s’est allié à la dynastie Pahlavi et aux Américains pour chasser du pouvoir Mossadegh et son parti laïque. En 1964, l’alliance a été rompue. Pourquoi ? Le Shah d’Iran a décidé une réforme agraire. Dans un premier temps, quelques grands domaines ont été distribués aux serfs qui les exploitaient. Or, un des plus grands propriétaires était l’ayatollah Khomeiny qui voulait bien que ses serfs fussent de bons musulmans pourvu qu’ils restassent serfs. Le clergé chiite, qui possède de nombreuses terres, l’a suivi dans la lutte qu’il a entamée, non pas contre le Shah impie, mais contre le Shah qui donnait aux opprimés de quoi survivre. Il faut tout ignorer des fortunes colossales des dignitaires chiites ou occulter la situation sociale qui prévaut dans les pays arabes et musulmans ou n’avoir jamais fréquenté les colonies chiites établies en Afrique de l’Ouest, en Côte d’Ivoire en particulier, pour répandre la fable des chiites opprimés qui lutteraient pour leur dignité. C’est pure et simple dénégation de la réalité et volonté de la déformer ou de l’embellir, toujours dans le même sens favorable à l’islam radical. Le titre de la première partie « le Coran comme praxis » reprend l’interprétation marxiste léniniste que Monsieur le Professeur Etienne propose de l’islam radical. Praxis, terme fétiche des révolutionnaires léninistes (qu’ils soient ou non de pacotille importe peu), fait de l’islam la pratique révolutionnaire par excellence. Plutôt que de plaquer sur l’islam le vocabulaire momifié du marxisme léninisme, illustrant ainsi la définition du comique : « de la mécanique plaquée sur du vivant », Monsieur le Professeur Etienne aurait été mieux inspiré d’étudier l’islam en le comparant aux textes, aux actes, aux gestes, aux décisions des nationaux socialistes allemands et de montrer les analogies existant entre le Coran et Mein Kampf. Soutenir la thèse du Mein Korampf eût été faire preuve de courage. Mais quand on est confit en dévotion, c’est ce fonds qui manque le plus.

 

            Dans cet ouvrage farci d’hénaurmités et de mensonges, sourd parfois la vérité, en particulier quand Monsieur le Professeur Etienne définit l’islamisme. « Je le prends au sens premier du terme, la doctrine de l’islam à la racine, et au sens américain du terme, l’islam politiquement radical ». Lui au moins, il confond islam et islamisme, alors que les media complaisants et les experts en islam nous enjoignent de les distinguer. Les deux mots ont le même sens, ce que les lexicographes enseignent depuis trois siècles. En annexe, il cite les versets du Coran qui appellent au djihad, c’est-à-dire à tuer des innocents, pour la seule raison qu’ils sont nés, et la Déclaration islamique universelle des droits de l’homme, pour laquelle la seule loi qui ait une validité et un fondement est la charia : citations qui illustrent parfaitement la nature violente, guerrière, agressive, raciste de l’islam. C’est un savant musulman cité par Monsieur le Professeur Etienne qui révèle le fondement de la pensée des islamologues. « Lorsque deux religions s’affrontent, écrit ce savant, ce n’est pas pour se comparer et se décerner les compliments mais pour se combattre. C’est pour cela que jamais vous ne nous entendrez dire que nous respectons votre religion… De votre part, ce respect à l’égard de la nôtre paraît une abdication : vous renoncez à nous imposer votre foi, nous ne renoncerons jamais à l’étendre l’Islam… Du point de vue religieux, vous êtes restés des vaincus ». Tout est dit dans ces lignes : la vérité de l’islam est dans son identité conquérante, impérialiste, criminelle. Il est vain d’y ajouter quoi que ce soit, sinon que la pensée « orientaliste » n’est que la énième version du discours collabo.

 

 

17 août 2013

Hommage à Oriana

 

 

 

Oriana Fallaci, La Rage et l’Orgueil, Plon, 2002, traduit de l’italien.

 

            Dans La Rage et l’Orgueil, Oriana Fallaci amplifie un article assez long qu’elle a écrit dans les jours qui ont suivi les attentats du 11 septembre 2001 et que le grand quotidien italien Corriere della Sera a eu le courage de publier. En France, les thèses d’Oriana Fallaci, journaliste et romancière, effraient les bien pensants des media. « Cachez ce livre que nous ne saurions voir », s’indignent-ils, « ne le lisez surtout pas ». Il a de quoi, à dire vrai, apeurer ceux que le courage a désertés. La forme est enragée. Oriana Fallaci a choisi d’écrire ce qu’elle nomme un « sermon », qui aurait été soporifique sans son exceptionnel talent d’écrivain grâce auquel elle rend vivante et agréable à lire sa « rage », qu’elle laisse exploser après l’avoir rentrée pendant près de trente ans, depuis que ses activités de journalistes l’ont amenée à côtoyer les principaux « acteurs » du monde arabe et islamique (Arafat, Khedafi, Khomeiny, mollahs, imams, militants palestiniens, membres libanais du Hezbollah, etc.). Le livre est une adresse aux Italiens, aux Européens et à tous les Occidentaux (désignés par un « tu » singulier), qu’elle juge, non sans raison, menacés dans leur être, leur culture, leur identité, leurs valeurs démocratiques. Il tient de la harangue désespérée ou des prédictions catastrophiques de Cassandre que les Troyens refusaient d’écouter. Bien entendu, les cris de vierges effarouchées poussés par les tartufes doivent inciter chacun à lire La Rage et l’Orgueil, à examiner les thèses qui y sont soutenues, éventuellement à en débattre, à comprendre ce qui y donne sens.

Oriana Fallaci, qui, en 1944, âgée de 14 ans, s’est engagée dans l’armée italienne de Libération, est par sa famille (Florentins et Toscans, authentiques résistants) l’héritière de la résistance libérale au fascisme et au nazisme, qui trouve son inspiration idéologique dans le Risorgimento et les luttes menées par les Carbonieri de Garibaldi pour faire l’unité de l’Italie et en chasser les armées étrangères, dont les Autrichiens, qui occupaient le nord et le sud de la péninsule. Ses héros sont Cavour, Churchill, De Gaulle, Garibaldi, les opposants au fascisme, tous ceux qui se sont réfugiés aux Etats-Unis pour ne pas vivre sous la férule de Mussolini.

 

C’est au nom de cette résistance passée qu’elle appelle les Italiens, les Européens, les Occidentaux à résister comme le fait avec courage le peuple américain à la menace que les musulmans font peser sur eux. Son « sermon » repose sur une triple certitude. 1. L’islam est une religion de haine et de mort. 2. L’islam a déclaré la guerre à la civilisation occidentale. 3. Les musulmans, en émigrant massivement, en Europe mettent en œuvre ce programme. Oriana Fallaci a été le témoin des principaux événements qui, depuis trente ans, ensanglantent le Proche Orient : guerre du Liban, main mise des mollahs sur l’Iran, délires terroristes des Libyens, des Syriens, des Palestiniens, guerre d’Afghanistan, arrivée massive d’imams en Italie, constitution de « bases » militaires en Italie (al qaida, en arabe, signifie « base » ou « QG »), etc. Elle analyse les discours, elle parle d’expérience des humiliations que subissent les femmes (parfois de leur plein gré) dans les pays arabes et musulmans, elle a connu la haine sans fin de l’islam pour la culture, la liberté, la dignité de l’homme et tient pour une blague le « dialogue » des cultures ou même l’éminente dignité ou égalité des cultures. Dans la culture islamique, dont elle connaît les réalités (les Mille et une nuits, la haine des femmes, l’invention de l’algèbre et du zéro, que les Arabes se sont appropriés, en les « volant » aux mathématiciens de l’Inde ancienne), elle ne retient quasiment rien de positif qui puisse avoir une valeur universelle ou être admiré par l’humanité.

            En bref, ce livre n’est pas un brûlot haineux. C’est un appel au courage, à la lucidité, à la résistance – la vraie, la seule qui vaille – contre la barbarie.

15 août 2013

Bis repetita

 

 

 

Révolution arabe : l’hénaurme blague

 

 

 

Arouet le Jeune ne résiste pas au plaisir de republier une note écrite en février 2011, au moment où les journaleux d'Occident entonnaient des dithyrambes à la gloire de ce que ces crétins et abrutis nommaient le "printemps arabe" ou les "révolutions démocratiques du monde arabe".

 

 

Une même et unique rumeur bruit dans les media depuis trois semaines et met en transe les journaleux : la Révolution. Nihil novi sub sole. Il y a trente-deux ans déjà, en 1979, les mêmes journaleux, dans les mêmes media, saluaient le fait que l’ayatollah Khomeiny avait posé ses grosses fesses sur le trône de Perse comme un grand bond en avant, celui de l’humanité se libérant de ses chaînes. En fait de chaînes brisées, c’est dans un cul de basse fosse que Khomeiny et ses séides laissent croupir les Iraniens. L’histoire n’échaude même pas les media. De cela, on peut tirer deux maximes : il n’y a pas d’eau assez bouillante qui puisse échauder un journaleux ou tout journaleux échaudé en redemande. Ils concluent leurs « papiers » d’un « vive la Révolution arabe » martial, mais ce n’est pas par prudence, car ils ignorent que le subjonctif « vive » signifie le souhait et relève de l’exorcisme. On souhaite que cette révolution vive, parce qu’elle ne va pas durer ou qu’elle est tout ce que l’on veut, sauf une révolution, à moins d’entendre révolution dans son vrai sens, le sens que le mot a en astronomie, à savoir « retour à son point de départ ».

En effet, depuis quatorze siècles, l’histoire (ou la prétendue histoire) de ce que l’on nomme les pays arabes, et qui sont, à l’exception des pays de la péninsule arabique, des pays arabisés de force et par la terreur, est une non-histoire. A partir de 642-643, ces pays qui, tels la Mésopotamie, la Syrie, la Perse, l’Egypte, étaient les berceaux et les phares de la civilisation ont été envahis, conquis, colonisés, razziés, exploités, régis par des soudards arabes islamisés qui se sont « ouvert » ces pays riches et prospères pour les soumettre au sabre d’Allah, liquidant toutes les élites qui leur résistaient.

Le résultat est qu’il n’y a que deux forces politiques dans ces pays : l’armée ou l’islam ou l’armée et l’islam, l’armée secondée par l’islam ou l’islam appuyé par l’armée. C’est ce qui se passe au Soudan, en Egypte, en Jordanie, en Algérie, au Maroc, en Libye, en Turquie, etc. C’est un invariant, qui n’a pas changé d’un kasra depuis quatorze siècles. Parfois, l’armée essaie de mener une politique autonome en y soumettant l’islam, comme l’a fait Mustapha Kemal en Turquie pendant trente ans ; aujourd’hui, c’est Erdogan qui soumet l’armée turque à la loi de l’islam. Ben Ali et Moubarak étaient l’un et l’autre généraux ; Sadate était militaire, comme Nasser, les mamelouks, Salah el din, les Soliman et autres Mehmet, sultans ottomans, etc.

Deux pays ont échappé à ce destin : le Liban, qui n’en a plus pour longtemps, et l’Egypte, de 1860 à 1950, mais le colonel Nasser et ses soudards, admirateurs du cheikh Abdou, ont remis l’Egypte dans le droit chemin en chassant les élites juives et chrétiennes qui constituaient un embryon de société civile et avaient contribué à faire de l’Egypte un Etat de droit. Bien entendu, en 1952, l’intelloterie française, en transe, a applaudi ce coup d’Etat, qui a été tenu alors pour une révolution arabe – en fait, une simple « révolution de palais » qui a remis l’Egypte sur la juste voie, tracée en 643.

Les choses étant ce qu’elles sont, on ne peut attendre de ces révolutions qu’un rappel de la règle millénaire : l’islam ou l’armée, ou l’armée et l’islam. Tant que ces pays arabisés n’auront pas brisé le sabre d’Allah pour se libérer enfin de la double occupation qu’il impose depuis quatorze siècles, ils resteront ce qu’ils sont, conformes à ce qui leur a été imposé par la force et la terreur.