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17 septembre 2013

Mots et maux de l'islam

 

 

 

Pendant des siècles, les Bororos et les Nambikwaras, qui sont les meilleurs hommes qui soient au monde, ont été décrits comme des sauvages, parce que nos ancêtres les ont jugés à partir des normes de l’Occident. En 1956, année où la maison Plon a publié de Cl. Lévi-Strauss Tristes Tropiques, tout a changé. Etudiés en eux-mêmes et pour eux-mêmes par un observateur détaché, froid, impartial, qui a su se départir des oripeaux de sa culture, ils nous paraissent cultivés, ils forment une société juste, ils mènent une existence adaptée au milieu dans lequel ils vivent, etc. Ce livre nous a appris à respecter l’Autre, c’est-à-dire à ne pas le réduire à ce que nous sommes ou que nous croyons être, à lui rendre sa dignité d’homme. Il nous a enseigné en outre que la plus détestable (et la plus trompeuse, fausse, abusive, etc.) des attitudes intellectuelles est l’ethnocentrisme ou ses variantes en - centrisme, tels européocentrisme ou occidentalocentrisme, parce qu’elle consiste à juger autrui à partir de valeurs qui ne sont pas les siennes. En bref l’ethnocentrisme n’est rien d’autre que du colonialisme intellectuel.

Ce qui est bon pour les Bororos et des Nambikwaras l’est aussi pour les Arabes et les musulmans. Il y a une trentaine d’années, le célèbre islamologue Jacques Berque publiait un livre intitulé Les langages des Arabes dans lequel il utilisait pour étudier les Arabes leur propre langue et restituait la façon dont eux-mêmes ils se percevaient. Il leur rendait ce dont ils avaient été dépossédés. A la même époque, un autre islamologue célèbre, Louis Gardet, dans Les Hommes de l’islam, nous enjoignait à ne pas étudier l’islam avec les concepts occidentaux, trompeurs, inadaptés, hostiles ou impurs, mais uniquement avec les concepts islamiques   

Soit islamisme. Un peu de science est nécessaire. Islamisme est un nom formé « par dérivation » à partir d’une base nominale (le nom islam emprunté à l’arabe, qui signifie « soumission »), à laquelle a été ajouté le suffixe - isme, emprunté au latin, lequel l’a emprunté au grec. Ce suffixe, très productif, sert à former, d’abord en latin scolastique, puis en français, des noms qui désignent une doctrine, une croyance, un système, un mode vie et de pensée, etc. C’est un nom français et de formation française. Il n’est pas emprunté à l’arabe. Il n’existe pas en arabe. En français, il est « bien » formé, au sens où les règles qui régissent la formation des noms exprimant une croyance (etc.) sont appliquées. Il est attesté dans notre langue pour la première fois en 1697 dans la Bibliothèque orientale de d’Herbelot. On sait pourquoi ce savant a forgé ce nom. En français, les noms qui désignent une croyance sont tous terminés par - isme : christianisme, protestantisme, bouddhisme, catholicisme, shintoïsme, animisme, paganisme, etc. Seul (ou quasiment seul), islam échappe à cette règle morphologique. Par analogie et pour le franciser ou pour le naturaliser, pour en faire un mot français qui soit un pendant à christianisme, le suffixe - isme a été ajouté à islam, sans que cette adjonction ajoute quoi que ce soit au sens de ce nom.

En effet, islamisme est relevé dans les dictionnaires comme un synonyme d’islam. Dans le Dictionnaire de la Langue française d’Emile Littré, publié dans la deuxième moitié du XIXe s, islamisme est suivi des deux acceptions « 1° la religion de Mahomet. 2° L’ensemble des pays où règne cette religion, dans le même sens que chrétienté par rapport aux pays chrétiens ». Islam a aussi deux acceptions « religion des mahométans » et « pays musulmans ». Comparons les significations. Il suffit de les lire pour constater qu’elles sont identiques. Le Trésor de la Langue Française, 16 volumes, œuvre des meilleurs linguistes de France, monument de la science lexicographique française, publié par les Editions du CNRS, relève dans son volume 10, publié en 1983, islamisme, suivi de la seule acception suivante : « Religion des musulmans. Synonyme : islam ». Il est donc faux

1° d’employer le nom français islamisme pour désigner des réalités du monde arabe et du monde musulman ; en arabe, on dit islam, la langue arabe ignore islamisme ;

2° d’employer islamisme dans un autre sens qu’islam, comme les bons apôtres qui plaquent sur les réalités de l’islam des mots qui y sont étrangers nous enjoignent de le faire.

On objectera sans doute que le sens des mots évolue, qu’il n’est pas établi ad vitam aeternam et que les hommes donnent aux mots des significations qui peuvent changer en fonction des événements. De fait, dans l’édition de 1992 du Petit Larousse (en grand format), islamisme signifie :

« 1. Vieilli. Religion musulmane, islam ». 

« 2. Mouvement politico-religieux préconisant l’islamisation complète, radicale, du droit, des institutions, du gouvernement dans les pays islamiques ».

On est en droit de juger étrange que les lexicographes de Larousse aient décidé de leur propre chef que le sens « islam » d’islamisme, sens établi neuf ans auparavant dans ce monument de la lexicographie du CNRS qu’est le Trésor de la Langue française, était « vieilli ». En général, dans un dictionnaire, une acception est considérée comme « vieillie » (d’autres adjectifs sont utilisés : « vieux », désuet ») quand elle n’est plus attestée depuis un siècle. Un sens qui « vieillit » en moins de dix ans, cela ne s’est jamais vu dans aucune entreprise lexicographique du monde, sur quelque langue qu’elle porte. Le « vieilli » du Petit Larousse (je le dis sans ironie) mériterait de figurer dans le Guiness des records !

Attardons-nous un instant sur la nouvelle définition d’islamisme qui figure dans le Petit Larousse. C’est un « mouvement politico-religieux préconisant l’islamisation complète, radicale, du droit, des institutions, du gouvernement dans les pays islamiques ». Qu’en est-il de cette définition ? Eh bien, c’est la définition exacte de l’islam, non pas comme foi, mais comme système politique, social et juridique, totalitaire par nature et par essence. Ce que, selon les lexicographes du Petit Larousse, « préconise l’islamisme » n’est rien d’autre que le dogme islamique, à savoir que l’islam soit l’islam et soit conforme tel quel, à un iota près, à ce qu’il a été pendant des siècles, jusqu’au début du XXe s. En effet, l’islam impose l’islamisation complète du droit, des institutions, du gouvernement dans les pays islamiques et même dans tout pays où vit un musulman. Le Coran l’exige. Mahomet l’a institué. En islam, tout est musulman, les hommes, les choses, les lois, les institutions, les gouvernements.

De fait, la mention vieilli qui apparaît dans cette définition est sujette à caution. On connaît les engagements idéologiques de la maison Larousse. On y est « progressiste » à souhait, bien pensant, très politiquement très correct. Tout ce qui pourrait ébrécher la statue parfaite de l’islam est gommé ou minimisé et la synonymie  islamisme = islam - qui pourrait porter tort, vu les événements, à l’islam, alors qu’elle en est consubstantielle - est renvoyée à un état de langue antérieur et révolu et jeté « dans les poubelles de l’histoire », diraient les marxistes. Autrement dit, le Petit Larousse, édition de 1992, n’est pas seulement une œuvre lexicographique, mais aussi une oeuvre idéologique, ce que l’on sait depuis longtemps. La séparation nette entre islam et islamisme, qui n’a pas de fondement conceptuel, le prouve. Ce faisant, les auteurs de ce dictionnaires se soumettent volens nolens à ceux qui, musulmans ou non, nous enjoignent de ne plus confondre islam et islamisme, bien que les Français, pendant plus de trois siècles, aient tenu ces deux noms pour des synonymes parfaits et qu’ils fussent fondés en droit et en fait à le faire.

Pourtant, dans les media, nous n’entendons plus que ce nom et l’adjectif islamiste qui en dérive. Le paradoxe consiste en ceci : pour désigner des réalités de l’islam, des gens bien intentionnés qui assènent qu’il faut respecter l’Autre n’hésitent pas à user de mots qui n’existent pas dans la langue de l’Autre et qui, tous, véhiculent une histoire et contiennent des points de vue étrangers à cette religion.

 

Soit l’expression mouvance islamiste que l’on entend dans les media et que l’on lit dans les journaux dans la bouche ou sous la plume de spécialistes. Elle soulève une double difficulté, qui est due à l’adjectif et au nom. Le Trésor de la langue française, dans son volume 10 de 1983, ne consacre pas d’entrée à islamiste (adjectif, au sens de relatif à l’islamisme), non plus qu’à l’emploi de cet adjectif comme nom désignant les personnes qui se réclament de l’islamisme. Quand je tape islamiste sur le clavier de mon PC, Windows 95, le mot apparaît sur l’écran souligné en rouge, parce que la fonction orthographique du logiciel de traitement de texte Word 97 (très récent) ignore cet adjectif et nom. Il n’est pas recensé dans les dictionnaires. D’ailleurs, il n’existe pas en arabe. Existe en français islamique (au sens de relatif à l’islam et qui correspond à l’adjectif arabe ISLAMIYYA, dérivé de islam), comme dans GIA, acronyme de Groupes Islamiques Armés. Islamiste, qui est un néologisme ou une invention (très récente) du français et du seul français, ne devrait pas être utilisé pour désigner des réalités de l’islam.

En revanche, mouvance existe bel et bien en français. Il est relevé aussi bien par Emile Littré dans son Dictionnaire de la langue française que par les lexicographes du Trésor de la langue française (volume 11, 1985). C’est un très vieux nom français, attesté pour la première fois en 1516 dans le Nouveau Coutumier Général. Ce nom est bien formé. Il est dérivé du verbe mouvoir, comme le participe présent et adjectif mouvant, par adjonction à la base verbale mouv - du suffixe -ance, longtemps tombé en désuétude, mais très productif au XXe s. surtout dans le vocabulaire de la science (cf. impédance, etc.). En français, c’est un terme de droit féodal dont le sens très précis est « dépendance d’un fief à l’égard d’un autre », l’adjectif mouvant, en jurisprudence féodale, signifiant « qui dépend de ». Dans la langue moderne, le nom est sorti du domaine très spécialisé qui était le sien et a pris le sens de « zone d’influence ». En 1967, Belorgey, dans Gouvernement et Administration française, l’emploie dans ce sens en parlant de l’information diffusée par la radio et la télévision, laquelle, avant le démantèlement de l’ORTF et la vente par l’Etat de ses participations dans des radios privées, est « un service public de fait » et le seul qui « s’appuie sur un organisme placé dans la mouvance de l’Etat ». De fait, cet organisme dépendait - quasi féodalement - de l’Etat et du ministre qui assumait au gouvernement la charge de l’Information.

L’expression mouvance islamiste est impropre et étrange, pour ne pas dire surréaliste. Pourquoi ? Elle désigne (employons un vocabulaire correct, au sens de « précis » ou de « propre », pas de « politiquement ou idéologiquement correct ») des organisations musulmanes ou islamiques (les adjectifs sont équivalents, musulmanes au sens où elles sont formées de musulmans ou de vrais croyants qui se réfèrent aux dogmes de l’islam), dont l’objectif affiché, répété, martelé, ressassé, etc. est d’islamiser par la force et la guerre la planète ou de conquérir le monde au nom de l’islam, et d’imiter la geste de Mahomet et de ses califes (ou « successeurs ») qui ont conquis et islamisé aux VIIe et VIIIe siècles la péninsule arabique, puis le Proche Orient, l’Asie Mineure, toute l’Afrique du Nord, une grande partie de la péninsule ibérique, la Sicile, etc. 

J’ignore la jurisprudence islamique ou le droit islamique. Pourtant, je doute que le concept, spécifiquement occidental et historiquement daté, puisqu’il a disparu de notre droit, de « dépendance dans lequel un fief existe par rapport à un autre », ait existé et existe dans l’islam et qu’il puisse justifier l’emploi de mouvance islamiste. Les spécialistes français de l’islam vitupèrent les Occidentaux supposés racistes et méprisants et les accusent sans cesse d’occidentalocentrisme ou d’européocentrisme : id est ils leur reprochent d’ignorer le langage de l’islam ou, pour parler comme Berque, les « langages des Arabes » : en bref, de parler de l’islam avec leurs concepts, de ne pas tenir compte des différences et de réduire cette religion à ce qu’ils sont. Or ce sont justement les « spécialistes » de l’islam qui emploient sans cesse islamisme et mouvance islamiste. Ils sont assez vigilants et même chatouilleux pour condamner le vocabulaire impur des autres, mais ils ne font pas preuve de la même vigilance pour juger le leur.

Il n’est pas très élégant et il est encore moins fondé de renvoyer des organisations authentiquement islamiques, qui utilisent les techniques de l’informatique, aux temps obscurs et obscurantistes de l’Occident féodal ! Mouvance islamiste est censé désigner des groupes qui se revendiquent de l’islam. Or, nous l’avons vu à propos d’islamisme, l’islamisme est un synonyme d’islam et il n’existe pas en tant que tel. C’est une pure invention, et très récente, des seuls Français. Il faudrait s’interroger sur la fonction pragmatique que ses inventeurs font jouer à ce terme. Quoi qu’il en soit, on ne peut pas en bonne rigueur user d’un terme réducteur, faux, erroné et qui désigne, si l’on se fonde sur le sens des mots, des réalités qui n’ont aucune existence.

 

Ouvrons un dictionnaire étymologique ou bien consultons à l’entrée assassin du Trésor de la Langue française l’article intitulé « histoire et étymologie ». Dans le Dictionnaire étymologique de la langue française d’Oscar Bloch et Walther Von Wartburg (1975, 6e édition, PUF), il est précisé que ce mot, attesté en français pour la première fois en 1560, est emprunté à l’italien assassino et que ce mot italien est la transcription d’un mot arabe hachichiya, dérivé de hachich (« herbe » et par extension « cannabis »), et dont le sens exact serait « buveur de hachisch » : en fait  « fumeur de hachisch », parce que, en arabe, le verbe boire est utilisé pour dire fumer et que l’on « boit une cigarette ». Suit dans l’article un court développement sur la secte dont les membres tuaient à l’arme blanche les autorités civiles qui leur déplaisaient. « On attribuait leur férocité à l’influence du hachisch qu’ils buvaient » (en fait, qu’ils fumaient). Telle est la « fable » que racontent dans tous les médias les journalistes et même les spécialistes de l’islam. Cette étymologie « fantaisiste » de assassin a été suggérée en 1809 par Silvestre de Sacy, un orientaliste distingué certes et friand de pittoresque, mais qui ignorait tout des lois de la linguistique historique.

Ouvrons le Trésor de la Langue française, volume 3, 1974. L’article « étymologie et histoire » qui suit l’entrée assassin est assez développé. Il est précisé que le pluriel *hachichiyyin n’est pas attesté en arabe. L’astérisque signale sa non attestation. Il existe bien un singulier hacchichiyya, mais pas de pluriel qui aurait pu justifier la terminaison italienne en - ino. De même, le passage du ch arabe à s italien n’est pas expliqué. Normalement, le mot italien et français aurait dû être hachachin ou hachichin. L’étymologie proposée est-elle exacte ? Les auteurs du Dictionnaire Historique de la langue française (Le Robert, 1992) font état des doutes exprimés par des spécialistes de la langue arabe. « Très critiquée par certains orientalistes, cette origine pourrait céder la place au substantif ‘asas « patrouille » et ‘asaas « gardien » (pluriel ‘asaasin) », l’apostrophe devant asas transcrivant la consonne arabe aïn ». Il existe en effet une racine ‘as « faire le guet » dont est dérivé le nom ‘asass « gardien », « surveillant », « veilleur de nuit ». Les auteurs ajoutent : « quoi qu’il en soit, c’est bien comme « fumeurs de haschich » que la secte a été connue en Occident »

En arabe, il existe une autre racine, AS, dont est dérivé le nom ASSASS, dont le pluriel est OUSSOUSS et qui signifie « base » ou « fondement ». L’adjectif qui en est dérivé et dont le sens est « fondamental » ou « essentiel » est ASSASSI. En arabe, loi organique ou institution se dit QANOUN ASSASSIYA. Ce que fait apparaître sûrement l’étymologie rétablie de assassin, c’est que ces doctrinaires de l’islam, les ASSASSIYIN, qui recouraient de façon systématique au meurtre comme un moyen d’éliminer ceux qui ne pensaient pas comme eux, et d’abord les chrétiens, ne tuaient pas parce qu’ils étaient sous l’emprise de la drogue, mais parce qu’ils se référaient aux fondements des textes religieux, dont ils se considéraient les seuls gardiens, comme si assassin et fondamentaliste étaient un même mot.

              

En français, les mots immigré et émigré sont neutres. Formés à partir d’une base latine (le verbe migrare), à laquelle sont ajoutés les préfixes - in et - ex ou - é, ils désignent deux procès ou actions inverses, celui d’entrer dans un pays et celui d’en sortir. Ils supposent un déplacement dans l’espace et le franchissement de frontières. Ce sont des termes réciproques, qui se répondent en quelque sorte : un émigré est aussi un immigré, et vice versa.

Qu’en est-il en arabe ? Pour l’islam, l’immigré à proprement parler n’existe pas. D’ailleurs, il y en a très peu dans les pays musulmans. Quand il y en a, ils sont souvent maltraités, soit qu’ils soient considérés comme des esclaves ou des bêtes de sommes, soit qu’ils soient des ennemis à éliminer, sauf si ce sont des expatriés européens ou américains protégés par des accords politiques, comme en Arabie saoudite. Ces hommes que nous désignons par le terme émigrés sont nommés en arabe mouhajiroun, c’est-à-dire, mot à mot, des « hommes de l’hégire », qui font ou refont l’hégire. L’hégire, an 622 de l’ère chrétienne, est le premier jour du comput islamique. Selon les musulmans, c’est le jour où commence leur histoire. Les musulmans qui émigrent sont censés répéter Mahomet, qui fut le premier mouhajir de l’islam, qui, en fuyant La Mecque pour se réfugier à Medine, a fondé l’islam. Pour l’islam, émigrer, ce n’est pas seulement se déplacer, c’est répandre la « vraie croyance », c’est islamiser de nouveaux territoires. D’ailleurs, les musulmans le disent, l’affirment, le ressassent. Une des nombreuses organisations islamiques qui, de Londres, justifient, légitiment, préparent des attentats un peu partout dans le monde, se nomme justement mouhajiroun. Or, personne ne les écoute. Les slogans qui résonnent dans de nombreuses mosquées aménagées en Europe et en France relèvent de cette logique fondatrice de l’émigration, vieille de quatorze siècles, aussi ancienne que l’islam. C’est « la loi d’Allah prime sur toutes les lois françaises », « là où vit un musulman, la loi d’Allah doit être appliquée » et « mort aux chrétiens et aux juifs » (ou aux infidèles et aux mécréants, comme on voudra).

En arabe, moudjahid signifie « celui qui fait le djihad », c’est-à-dire la guerre sainte, que le Coran légitime et sanctifie. Le mot désigne les soldats ou les combattants du djihad. En France, ils sont désignés d’un terme spécifiquement français, donc faux et trompeur, celui de terroristes, qui ne fait que masquer ou occulter ce qu’ils sont et ce qu’ils font. Terroristes est à prohiber. Pour les musulmans, il y a identité entre le mouhajir et le moudjahid, entre l’émigré et le combattant de l’islam, entre celui qui se met en route pour soumettre les infidèles à la loi d’Allah et le soldat qui brandit le sayf Allah (le sabre qui tranche les têtes libertines et les mains coupables).

 

En français, colonie signifie ou « établissement fondé par une nation dans un pays étranger » ou « réunion d’individus qui ont quitté un pays pour en peupler un autre ». Le verbe coloniser qui en dérive signifie « peupler par une colonie ». Le phénomène historique et universel de la colonisation désigne à la fois ce processus de peuplement et le résultat de ce processus. L’émigration massive de musulmans qui ont décidé de s’installer définitivement en Europe et en France est, au sens propre de ce terme, une colonisation. En Palestine, vivent des juifs. Ils ont eux aussi quitté leur pays, Israël, pour s’installer dans un pays voisin. Ils ont émigré. Or, de tous les émigrants du monde, ils sont les seuls à être qualifiés de « colons » et pis encore de « colons juifs ». Est-ce parce qu’ils sont juifs et pas musulmans ? Si l’inverse se produisait, on ne parlerait pas de colons musulmans. En France, vivent des colons islamiques. En France, se sont constituées depuis 20 ans des colonies islamiques. Or, ces mouhajiroun ne sont jamais désignés ni par les mots de leur langue, ni par des mots propres au français. Toujours, on use d’euphémismes. Des Marocains qui ont fomenté des émeutes à Thonon les Bains ont été qualifiés de Français originaires de Thonon : jamais de moudjahidoun. Leur vraie nature est apparue soudain, lorsque les corps de trois d’entre eux, tués dans un accident de la route, ont été rapatriés au Maroc pour y être inhumés.

         

Les spécialistes de l’islam jugent sacrilège d’étudier l’islam avec les concepts occidentaux, qui sont, comme chacun sait, impurs, impies et infidèles, donc à prohiber. Ce ne sont que d'horribles préjugés racistes d'Occidentaux dégénérés, dixit Gardet, in Les hommes de l'islam. Pourtant, dès qu'ils étudient les colonies islamiques qui sont établies en France et en Europe, le tabou est violé. Les concepts infidèles deviennent heuristiques. Ce qui est hachouma en islam devient sacré en terre infidèle. La belle tartuferie ! L’Autre étant autre, autant ne pas le considérer comme un semblable, afin de préserver son irréductible altérité et de respecter sa différence. La clarté, comme la vérité, sortent du vocabulaire juste et précis.  

 

 

 

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