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31 octobre 2013

Otage

 

 

 

            Aujourd’hui, un otage est un être humain que l’on (des musulmans) transforme en marchandise et dont on s’empare pour le vendre au plus offrant ou après avoir fait monter le plus haut possible les enchères. C’est ainsi qu’en usent les mahométans, partout où ils exercent leurs méfaits. Au nom de leur Allah, ils font prisonniers des voyageurs chrétiens ou des mécréants pour les revendre cher à leur famille, à leur entreprise, à leur pays. C’est ignoble.

Il n’en était pas ainsi jadis. Otage est dérivé d’hôte. Etait otage dans l’ancienne France celui qui était accueilli par un hôte : il était laissé en otage, comme on disait au XIIe siècle. C’est ainsi que le mot est défini dans les dictionnaires de siècles classiques : « gage qu’on donne pour la sûreté de l’exécution d’un traité, d’une convention » (DAF, 1694). Les exemples cités sont : on a donné six seigneurs en otage ; il était en otage chez les ennemis. On laissait une personne de haut rang en otage, toujours quelqu’un de volontaire, pour exprimer sa bonne foi et sa volonté de respecter ses engagements. « On appelle villes d’otage des villes qu’on donne pour gage de l’exécution d’un traité » et « otage se prend aussi pour les personnes qu’on met en otage ». D’une édition à l’autre du DAF, la définition se précise : c’est « la personne qu’un général, un prince, un gouverneur de place, etc. remet à ceux avec qui il traite, pour la sureté de l’exécution d’un traité, d’une convention ». La définition de Féraud (Dictionnaire critique de la langue française, 1788) est succincte, mais claire : « la personne qu’on remet à un général avec qui l’on traite pour assurer l’exécution d’un traité ».

Le mot n’avait pas alors le sens sinistre qu’il a pris en terre d’islam. C’est sans doute là une preuve irréfutable de la grandeur indépassable de la grande civilisation islamique. La France moderne, hélas, n’a rien à remontrer sur ce point à l’islam. En 1793, pendant la Révolution, sous la Terreur, la prise d’otage est devenue une réalité cruelle, barbare, inhumaine. Le terrorisme a donné à otage le sens de « personne que l’on arrête et détient comme gage pour obtenir ce que l’on exige ».

Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77) est le premier à relever les deux sens : le sens ancien, relativement humain, et le sens moderne, à l’image des événements révolutionnaires ; ou, dit en d’autres termes, les otages volontaires, qui prennent un risque certes, mais pour le bien de tous, et les otages malgré eux et contre leur gré, à qui il est fait violence et dont la vie est menacée. C’est (sens classique) la « sûreté qu'on donne à des ennemis ou à des alliés, pour l’exécution de quelque promesse, en remettant entre leurs mains une ou plusieurs personnes » et (sens moderne) « loi des otages, loi rendue sous le Directoire et en vertu de laquelle les parents des émigrés étaient responsables de la fuite et des complots de ceux-ci ». Il y a loin entre celui ou celle qui reste chez les ennemis comme otage de la bonne foi de son camp et des innocents que des hordes menacent de tuer pour arracher à un peuple des rançons ou des soumissions supplémentaires.

Cette distinction ne s’efface pas dans la langue moderne, où le premier sens pourtant s’affaiblit. Elle est dans le Trésor de la langue française (1971-94) : « personne livrée ou reçue en garantie d’un accord, d’un traité » et « personne dont on s’est emparé et qui est utilisée comme moyen de pression, de chantage ». Le premier sens est illustré par un exemple historique célèbre : "François 1er accepta le traité de Madrid, donnant ses deux fils en otage à son ennemi" ; le sens moderne par les horreurs auxquelles la modernité nous a accoutumés : fusiller un otage ; hold-up avec prise d’otages ; les Boches (...) ont encore pris dix otages, à cause d'un train qui a sauté dans le voisinage. Les auteurs de ce dictionnaire, s’ils avaient été les rebelles qu’ils prétendent être, auraient pu illustrer ce sens moderne par l’usage systématique, à des buts politiques et crapuleux (ou politiques, donc crapuleux ; ou crapuleux, donc politiques) des prises d’otages par les régimes totalitaires d’URSS, de Corée, etc. et par les organisations islamiques, où qu’elles soient établies. La distinction est aussi maintenue dans la neuvième édition du Dictionnaire de l’Académie française : « personne qu’une armée, un gouvernement livre à la partie adverse ou détient, en garantie de l’exécution d’un traité, d’une promesse, etc. » et « personne, choisie en général arbitrairement, que des individus détiennent de force et menacent de tuer, pour contraindre une collectivité, un État à céder à leurs exigences ». Elle aurait été sans doute plus éclairante si les académiciens, et d’ailleurs les auteurs du TLF, avaient précisé (cela leur aurait pris une ligne) que le premier sens est celui de la langue française depuis le XIIe siècle et que le second sens apparaît en 1793 pendant la Terreur, mais qu’il ne s’est pas éteint avec la Terreur, puisqu’il fait florès en terre d’islam.

 

 

Commentaires

Oui, vous avez raison. Il semble que Banville, qui écrivait un français admirable, emploie le nom "otage" dans le sens historique : "état conforme aux règles de l'hospitalité de celui qui est reçu ou retenu dans une maison". Voilà pourquoi il ne met pas "en otage" au pluriel. Cet exemple est choisi pour illustrer, non le sens d'état, mais le sens de personne servant de garantie à un traité... L'exemple à mon sens est admirable, mais il n'a pas sa place dans la rubrique où il apparaît. Tout se passe comme si les lexicographes du TLF n'avaient pas compris le sens de "en otage" chez Banville.

Écrit par : Arouet le Jeune | 07 novembre 2013

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