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10 novembre 2013

Suspension et rétropédalage

 

 

 

            On ne dira jamais assez à quel point la langue française est redevable, pour ce qui est de son « enrichissement », à M. de Hollande, ses conseillers, les ministres de son « gouvernement », les camarades de sa bannière… Bénis soient-ils ! On a eu droit à minable, normal, inacceptable (et équivalents innombrables), inversion de courbe, dérapage, pour tous, Madame de Maintenant, etc. Ces inoubliables contributions sont à la hauteur de leur rapacité de fonctionnaires à vie, vivant du berceau au tombeau de l’argent public qu’ils détournent à leur seul profit ou à celui de leur clientèle.

Aujourd’hui, c’est rétropédalage et suspension. Ces deux là sont dans un pédalo. Le premier tombe dans la mare. Que se passe-t-il ? Le second lui enfonce la tête sous l’eau. 

 

Rétropédalage est apparu à peu près en même temps que les premières techniques de bicyclette. Les cyclistes ont pu freiner ou changer de vitesse en pédalant « en arrière » ou vers l’arrière, c’est-à-dire en inversant le sens de rotation du pédalier et de la chaîne. Cela s’est produit dans les premières décennies du siècle dernier. M. de Hollande devrait commémorer le centenaire du rétropédalage : il conviendrait beaucoup mieux dans ce rôle de troupier drolatique que dans celui du héraut des poilus. Puisque le rétropédalage est devenu désuet dans les techniques de la bicyclette, le mot n’est plus employé que par métaphore pour désigner le « rétro-planning » : on établit le calendrier d’un projet à partir du jour où le projet doit prendre fin et en remontant le temps pour déterminer les diverses étapes qui doivent aboutir à la réalisation. Ou encore, depuis un an, il désigne les reculades du gouvernement de M. de Hollande, sans doute parce que les compétences de ce dernier ne vont pas au-delà de celles d’un « capitaine » de pédalo. Ces reculades ne sont pas des reculades, sinon par métaphore. Ce sont des renoncements, assez lâches d’ailleurs, à appliquer une loi votée par les représentants du peuple français (il est dans de beaux draps le souverain !) ou à faire voter par ces mêmes représentants une loi exigée pour éviter la faillite de l’Etat et des collectivités publiques.

            Il en va différemment de suspension, mot emprunté du latin et qui est attesté dans la langue française depuis le début du XIIe siècle. Aujourd’hui, le mot a d’innombrables emplois dans des domaines variés : électricité, automobile, chimie, musique, rhétorique, biologie, gymnastique, médecine, liturgie, horlogerie, athlétisme, hydrologie, pharmacologie, sports. Ces emplois modernes n’ont pas totalement effacé les emplois anciens du droit, de l’administration ou de la stratégie militaire, les seuls que relèvent les académiciens en 1694, 1762, 1798, 1835 : « surséance », « cessation d’opération pour quelque temps », « cessation d’actes d’hostilité », « action d'interdire un fonctionnaire public de ses fonctions pour un temps ». Or, c’est dans ce sens ancien de « surséance » qu’il faut entendre la célébrissime suspension de l’écotaxe, c’est-à-dire cessation momentanée d’application (comme la suspension des poursuites ou des paiements), du moins jusqu’à son inéluctable suppression.

            Ainsi M. de Hollande et les siens sont capables de remettre au goût du jour un mot fort ancien (suspension) et de mettre en circulation ou à la mode un emploi métaphorique nouveau (rétropédalage). De ce point de vue, ces gens-là sont de vrais magiciens. Il n’y a pas à en douter. N’ont-ils pas, en moins d’un an, transformé leur prédécesseur en homme politique d’exception, le plus lucide, le plus courageux, le plus intelligent, du XXIe siècle, tellement exceptionnel que l’Europe et le monde entier vont nous l’envier pendant un siècle ?      

 

 

 

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